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« Pour rouler droit sur les chemins de la vie! »
Le rayon "Honneur"

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Matthieu : « Honneur … honneurs… Voila des notions étrangères à notre génération. Elle ne sait même pas les distinguer …

Moi : « Selon le Littré, l’honneur, c’est le sentiment qui fait que l'on veut conserver l'estime de soi même et des autres".
Il connote indéniablement un effort vers le haut, un désir de grandeur mais il a fait marcher des gens pendant des siècles.
L’actualité nous montre cependant que ce « grand absent » devrait rester l’un des piliers de notre existence individuelle et collective. Qu’en pensez-vous ? »

Olympe : «C’est vrai que, pour nous, ces idées là sont, non seulement inintelligibles, mais même suspectes… »
Capucine : « La vie devient si dure qu’on a pas le temps de s’embarrasser de l'honneur…Et puis, pour nous, prendre le métro sans ticket, copier un CD sur Internet ou se fabriquer des anti sèches au lycée, c’est une espèce de sport… »

Axel : « C’est de votre faute, à vous, les anciens. D’abord, avec «le Cid » et autres vieilleries, vous avez essayé de nous faire croire qu’il faut sacrifier son intérêt personnel, y compris l’amour, au devoir… C’est carrément maso… Ensuite, en fait d’honneur, vous nous avez montré que, vous, vous pensiez surtout aux honneurs.
Par réaction, nous jetons tout cela aux oubliettes… »
Matthieu : « Il est certain que l’honneur était la base de la société aristocratique. Du coup, la société civile essayait de vivre à l’unisson. On se sentait très lié par un engagement moral, comme la dette d'honneur. Le commerçant qui faisait de mauvaises affaires refusait d'être mis en faillite; il tenait à dédommager ses créanciers sur ses biens. On en est très loin aujourd'hui. La démocratisation a contribué « à jeter le bébé avec l’eau du bain », sauf peut-être dans l’armée où on continue évoquer, sans respect humain, la devise : « Honneur et Patrie », et à crier : « Mort au champ d’honneur », chaque 11 Novembre…

Axel : « C’est un vrai scandale de faire tuer des gens au nom de principes comme ça !… »

Caroline : « Mais il a aussi d’autres aspects. L’industriel, l’artisan ou le commerçant restent aussi des gens d’honneur quand ils tiennent leurs engagements vis à vis de leurs clients, ceux du cahier des charges, et vis-à-vis de leurs employés, ceux du contrat de travail … De même pour la couturière, le maçon ou le peintre qui fignolent leur travail. Pour moi, l’honneur comporte 2 dimensions élémentaires : « l’honnêteté » et « l’amour du bel ouvrage». C’est pourquoi j’aime les compagnons du devoir qui en font toujours le centre de leur éthique professionnelle… »

Benoît : « L’honneur, pour moi, c’est aussi le refus de la corruption, du pot de vin offert ou accepté…»

Olympe : « A l école, ça serait la fin de la triche : copier sur son voisin, préparer des anti sèches… Ca découragerait aussi les vols, mêmes baptisés larcins…De là à réinventer le tableau d’honneur et le prix d’honneur, on en reviendrait à la Bibliothèque Rose !... »

Capucine : « Sur le stade, ce serait de respecter les règles, les décisions d’arbitrage et l’adversaire et de refuser le dopage. Bref, une révolution !... »

Matthieu : « Soyons sérieux ! Finalement, l’essentiel de l’honneur, n’est-ce pas tenir ses engagements. Pour un parent, celui de s’occuper de son conjoint et de ses enfants. Pour un enfant, c’est de respecter ses parents et de les assister quand ils sont vieux. »

Axel : « En Corse…et ailleurs, un homme d’honneur, c’est surtout une terreur qui exploite le code social ancestral pour régler les conflits dans le sang, protéger jalousement la vertu des filles et soutenir les bandits et les proscrits, en imposant l’omerta, la loi du silence. Cette conception méditerranéenne - voire maffieuse - de « l’honneur » a contribué à disqualifier chez nous ce que vous appelez le vrai honneur… »

Caroline : « On peut en dire autant du comportement mégalo d’une partie de notre bonne société pour qui distinction signifiait souvent morgue hautaine… »

Olympe : « …et de tous ces hommes qui s'entretuaient en duel pour défendre leur honneur, des broutilles... »

Benoît : « …sans parler de ceux qui recherchent surtout les honneurs... »

Matthieu : « Il faut donc distinguer entre honneur et ambition. Je connais des gens qui savent combiner la noblesse de sentiments avec la simplicité et la gentillesse. C’est cela la vraie élite… »

Moi : « Revenons un instant à la vision militaire de l’honneur. Des facteurs politiques l’ont souvent compliquée, d'où de douloureux cas de conscience dans certaines circonstances. En 1940/42, au sein de promotions formées dans le même moule, certains officiers ont mis leur honneur à obéir et d'autres à désobéir. Ceux d’Algérie ont connu le même déchirement en 1962 comme leurs grands anciens lors des inventaires des églises en 1905.
Sur un autre plan, je reconnais que ce vocable a couvert des entreprises que nous jugeons folles aujourd’hui : les charges stupidement héroïques de nos cavaliers, d'Azincourt à Reichshoffen, ou le sacrifice de commandants se faisant un devoir de rester sur leur passerelle pour couler avec leur bâtiment… »

Olympe : « Aujourd'hui, plus prosaïquement, beaucoup de gens ne se sentent plus liés par les promesses qu'ils avaient faites en fondant une famille. Le divorce est banalisé, l’abandon d’enfants n’est pas rare et le refus de payer les pensions alimentaires est fréquent… »

Capucine : « Les affaires en tous genres démontrent l’affaiblissement de la simple honnêteté chez beaucoup de nos responsables et chez les particuliers. C’est déplorable, d’autant que ces scandales sont médiatisés. Sans parler des retournements de vestes liés au jeu politique, il y a aussi l’écart fréquent entre les promesses publiques de certains candidats aux élections et leurs comportements dès lors qu’ils sont élus. Tout se passe comme si les mots honneur et politique devenaient antinomiques… »

Caroline : « A l’école il y a toujours eu des conflits de devoir pour les enfants, par exemple, quand le maître demande à l’auteur d’un méfait de se dénoncer sous peine de punition collective, que le coupable refuse et que la classe est tiraillée entre justice et solidarité.
En plus, de nos jours, la "fauche" et la tricherie sont devenus des fléaux scolaires.

Benoît : « L’idéal olympique était splendide mais la professionnalisation du sport et le développement du sport–spectacle ont abouti à des abus criants comme le dopage sportif, et les trafics d’argent liés, par exemple, au rachat de joueurs vedettes. »

Matthieu : « Cette crise est perceptible aussi à l'échelon des Nations. Autrefois, au nom de l'honneur national, on se déclarait la guerre pour un coup de chasse mouches (Alger 1830) ou pour le libellé d'une dépêche qu'on estimait injurieux (Ems 1870). Aujourd'hui, nos démocraties préfèrent se déshonorer que courir un risque. De 1945 à 1979, elles ont laissé les mains libres à l'URSS pour écraser les tentatives de révolte des Hongrois, des Tchèques, des Polonais et des Allemands de l'Est. La menace nucléaire a inhibé notre velléité de les aider.
On peut en revanche se demander pourquoi la communauté internationale répugne à intervenir sérieusement aujourd’hui au Soudan et ailleurs.

Caroline : « Un récent sondage sur la vision moderne de l'honneur chez les jeunes montre que le contenu de celui-ci a profondément évolué. Laisser attaquer un ami est refusé par 70%, être obligé de se mettre nu 66%, trahir ses idées 51%, trahir un secret 48%, être pris en train de mentir 34%, se faire gifler 33%, ne pas payer ses dettes 30%, mentir 28%, se faire accuser d'avoir triché 25%, tricher 24%, voyager sans billet 20%, être mal habillé 16%, être mauvais élève 10%, montrer qu'on a peur 7%, avoir peur 5%, être dans la rue avec quelqu'un qui se fait remarquer 4%, avoir un père au chômage 2%.
Il y a encore plus fort :
-Pour un savant : renoncer à une découverte qui peut être dangereuse pour les hommes 51%
- faire une découverte qui peut sauver la vie des hommes 48%
-pour un soldat : accomplir un exploit à la guerre 42%
- refuser de faire une guerre injuste 57% -
-pour un sportif: abandonner une course pour aider un camarade en difficulté 73%
- gagner une compétition 25%.

Olympe : « Ton sondage n'a évidemment qu'une valeur indicative. Il montre quand même que beaucoup de jeunes restent épris d'idéal. Il y a certes un abîme culturel entre la génération pétrie de Corneille et de Péguy et celle de la TV, je souffre cependant de ce que les préoccupations de trop de nos contemporains restent si éloignées de ce qui fait la grandeur de l’homme.

Moi : « Je vous l’ai dit souvent. Les Valeurs sont inséparables les unes des autres. La réhabilitation du sentiment de l’honneur va de pair, à l’échelon individuel, avec celui du courage, du sens de la responsabilité ou de la générosité, et, sous un angle collectif, celui de l’autorité, de la famille et du civisme…
Cela dit, que faire pour relancer tout cela, et comment le faire ? »

Matthieu : « Le renouveau du sens de l’honneur me parait porter sur deux points :
• Exaltation de la loyauté et refus du mensonge et de la tricherie
• Encouragement à respecter ses engagements.


Cette action devrait se traduire par des actions adaptées à l’âge et à la mentalité des cibles.

Caroline : « Pour les enfants, notre effort devrait d’abord porter sur l’apprentissage de l’honnêteté en commençant par la chasse aux mensonges et aux petites tricheries… »
Olympe : « C'est d'abord une affaire d’incitation au quotidien.
Saisissons par exemple toute occasion de réagir quand nous les voyons revenir à la maison avec un jouet, un article scolaire ou un blouson qui n'est pas à eux.
Incitons-les aussi à débarrasser l'école de la tricherie scolaire qui est une préparation néfaste pour la vie civique. »

Capucine : « Incitons-les aussi à être fidèles à leurs engagements : aux entraînements sportifs, aux répétitions de chorales, aux services ou activités auxquels ils ont été volontaires pour s’inscrire et qu’ils doivent rendre ou suivre de façon régulière… »

Benoît : « Aidons-les à ne pas faire systématiquement comme les autres dans les petites choses de la vie, pour les préparer à l’indépendance d’esprit qui leur sera indispensable plus tard. Amenons les à exercer leur esprit critique vis à vis de la télévision… »

Olympe : « Incitons-les à faire du sport en leur montrant que le respect de la règle du jeu, de l’adversaire et des décisions d'arbitrage est aussi important que la musculation...

Capucine : « Les mouvements de jeunesse offrent un complément d’éducation. Encourageons-les ! La loi scoute en particulier est un véritable code d'honneur…»

Matthieu : « Et surtout donnons leur l’exemple. Qu’il s’agisse de travail au noir, de voyage sans billet ou d’indélicatesse, le contre témoignage des adultes est la pire des choses… »

Benoît : « C’est difficile de rattraper les mauvaises habitudes. Nous pouvons cependant saisir toute occasion de dire nos convictions, sans apparaître trop moralisateurs. … »

Capucine : « Des gens se dévouent pour ramasser les papiers gras dans les jardins publics pour réduire la pollution matérielle… cherchons à être les artisans patients, souriants et mesurés mais déterminés, d’une campagne permanente contre la pollution morale.. »
Caroline : « Essayons de promouvoir la vérité et l’honnêteté autour de nous.
Montrons le danger de l’incivisme que représentent le vol et la tricherie sous toutes ses formes. »

Olympe : « Montrons l’importance de la fidélité aux engagement pris et à la parole donnée : dans la famille, dans les affaires, dans la vie publique… »

Matthieu : « Réclamons en particulier que la TV montre, en plus des vedettes du sport ou de la chanson, des modèles qui soient aussi des exemples sympathiques... »

Moi : « Attention au moralisme casse-pieds ! Dans ce domaine sensible, l’humour, la fermeté et la simplicité sont nos meilleurs atouts. Proposons nos Valeurs mais essayons de les rendre sympathiques, sans grands discours mais par l'exemple souriant et l'opiniâtreté. »

Axel : « Pendant qu’on y est, je propose aussi que la devise de l’ENA devienne :
"Servir et non se servir"... »

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