MÉMOIRE   et   HISTOIRE   


Dossier MEMOIRE et HISTOIRE

«Les pays qui n'ont plus de légendes seront condamnés à mourir de froid »
(Patrice La Tour du Pin, les «Trente Mémorieuses»)
Plan
1./ : De quoi s'agit-il ?
2/ : Pourquoi cette crise ?
3/ : Comment réagir ?
1/ De quoi s’agit-il ?

      Pendant des siècles, dans tous les milieux, le souvenir du passé était considéré comme la base de la cohésion sociale et nationale et nos élites étaient comme imbibées d’histoire.
     Aujourd'hui, nous vivons une situation paradoxale :

- Certes, les livres et émissions historiques rencontrent du succès et on multiplie les commémorations et les appels solennels au devoir de mémoire.

- Mais, ce faisant, l’opinion publique et la classe politique confondent abusivement « mémoire » et « histoire ». Les lois Gayssot (sur la condamnation du négationnisme) et Taubira (sur celle de l’esclavage Européen ), notamment, ont eu des effets pervers en troublant bien des esprits.

- Par ailleurs, quand je discute avec des jeunes, je suis attristé de leurs lacunes, et notamment de leur difficulté à se situer sur l’échelle du temps. Les plus ignares, même s’ils ont des connaissances scientifiques étendues, mettraient presque dans le même tiroir aux vieilleries, l’homme de Cro Magnon, Louis XIV, Napoléon, la guerre de Quatorze et de Gaulle…

- Rien d’étonnant à cela quand des intellectuels affectent de mépriser le passé.
     Alors que Maurice Druon dit : « Le maintien du souvenir du passé est un devoir envers l’avenir… », Sylviane Agacinski (Mme Lionel Jospin) réplique, dans son livre « Le passeur de temps », « Notre époque doit apprendre à se libérer du passé » et « L’oubli du passé de leurs parents est un droit des nouvelles générations… »

- Encore plus grave, le traitement idéologique du passé, l’orientation et la falsification volontaire de l’histoire sont patents et me semblent s'inscrire dans une volonté subversive.
      J’ai développé cette thèse dans mon livre « Lettres à mes petits-enfants sur des sujets qui fâchent » (« Lettre à Agnès sur la guerre des idées »)

     Le résultat est celui que constate Paul Ricoeur, dans « La Mémoire, l'Histoire, l'Oubli »:
     « L’inquiétant spectacle que donne le trop de mémoire ici, le trop d'oubli ailleurs, pour ne rien dire de l'influence des commémorations et des abus de mémoire - et d'oubli. »

      Jean-Pierre Rioux, un autre historien, écrit : «La France perd la mémoire comme on perd la boule, la main ou le nord». Il dénonce « cet épuisement du roman national qui a abouti à cette mémoire collective nationale «en charpie (...), avec bouffées délirantes à répétition».

2/ La crise de l’histoire, une composante de la crise de notre société

     Cette crise se manifeste de 4 façons :
- Impasse est faite dans beaucoup de programmes sur cette discipline jugée non essentielle pour des hommes modernes. L’engouement actuel pour les disciplines scientifiques et la complexité croissante de celles-ci ont en effet conduit à élaguer ailleurs les emplois du temps.
     Par exemple, en première et terminale S, les élèves n'ont que 2 heures d'histoire et géographie par semaine contre 4 heures dans les autres séries, comme si ces disciplines ne devaient être utiles qu'aux littéraires…
     Au Concours d’admission à St Cyr, l’épreuve écrite d’histoire, autrefois affectée d’un coefficient important, semble avoir été supprimée dans 2 filières sur 3.

- L’enseignement lui-même a été profondément transformé. Il néglige dorénavant l’histoire événementielle et la chronologie pour se polariser sur l’évolution des idées, des techniques ou des institutions.
- Cet enseignement est souvent orienté idéologiquement et dans un sens carrément marxiste.

     Je trouve dans l'actualité bien des symptômes de cette tendance. Je les rapporte en vrac :

- Un Tribunal administratif Français vient de condamner la SNCF pour avoir transporté des malheureux Juifs déportés pendant l’Occupation. Le Tribunal semble ignorer que nous étions alors durement occupés et que nos chemins de fer étaient réquisitionnés...

- Cette nouvelle affaire tombe après le regrettable aller et retour du Gouvernement et du Parlement sur les «aspects positifs de la colonisation».

- Lors de la rédaction de la Constitution Européenne, nos dirigeants avaient refusé de reconnaître nos racines Chrétiennes alors même que notre sol est couvert de cathédrales, de chapelles et de calvaires…

- S'agissant de l'Algérie, la plupart des livres scolaires axent l’information des jeunes générations sur la torture et oublient de dire que, depuis la plantation des orangers jusqu’à l'exploitation pétrolière, c’est par les Français que le Maghreb a été mis en valeur et que la paix y a été établie.

- L’Assemblée Parlementaire du Conseil de l'Europe a hésité, le 25 Janvier dernier, à dénoncer par un vote solennel, la résolution 1431, les « crimes commis par les régimes communistes totalitaires », au même titre que ceux du nazisme. Les partis communistes s’étaient en effet mobilisés depuis plusieurs semaines contre ce texte.

- La commémoration de l'esclavage est un autre exemple récent de cette repentance historique sélective qui nous conduit à la mauvaise conscience. Le 10 mai dernier, nous avons été officiellement invités à commémorer les victimes de l'esclavage mais l'historien Olivier Pétré-Grenouilleau, spécialiste de la question, était poursuivi en justice pour avoir rappelé dans Le Journal du Dimanche du 12 juin 2005, que l'esclavage est «un phénomène qui s'est étendu sur 13 siècles et 5 continents» et que «les traites négrières ne sont pas des génocides» car «la traite n'avait pas pour but d'exterminer un peuple». Trois associations de fils et filles d'Africains déportés ont porté plainte contre l'universitaire pour «apologie de crime contre l'humanité» et «diffamation publique raciale». La loi Taubira autorise en effet les associations qui «défendent la mémoire des esclaves et l'honneur de leurs descendants» à déclencher l'action publique. Or, s’il est indéniable que nos armateurs ont participé au XVIIIe siècle au transport d’une partie des noirs victimes du trafic triangulaire, il aurait été juste de souligner aussi la responsabilité des africains qui, des siècles durant, capturaient leurs frères et les vendaient à des marchands arabes. Il aurait fallu rappeler aussi, qu’au XIXe siècle, c'est la colonisation qui a mis fin à la traite interne en Afrique. Et évoquer la mémoire des esclaves chrétiens enlevés sur les côtes méditerranéennes et constituant, pendant des siècles, la chiourme des galères ottomanes et barbaresques ou détenue dans les bagnes d’Alger, Tunis et Tripoli. Et souligner enfin que l’esclavage perdure de nos jours, sous diverses formes, notamment autour de la Mer Rouge et au Moyen Orient, en Afrique et en Haïti.

     Chacun sait qu’il est impossible d’être rigoureusement objectif en pareille matière mais tout se passe chez nous comme s’il y avait, pour nos historiens idéologues, « un bon » passé, politiquement correct, et « un mauvais ».

      C’est dans cet esprit que 3 films récents glorifient les quelques mutins de 1917 plutôt que les millions d’héroïques poilus. Même traitement pour les «porteurs de valises du FLN » de 1957 préférés aux paras et aux harkis. C’est sous la même influence que Boudarel, le tortionnaire de nos prisonniers du sinistre camp Viet 113 au Tonkin, devenu universitaire spécialiste du Viet Nam, est mort impuni, dans son lit .
     Et, le 11 février 2006, un Président de Région a pu qualifier les harkis de «sous-hommes» sans que son parti n’exige sa démission et son inculpation !

     On mesure ainsi le caractère arbitraire de lois que les groupes de pression font voter et utilisent surtout lorsqu'elles les arrangent.
     De façon plus générale, Rioux souligne les étapes de cette entreprise de démolition de la mémoire commune.
     Il stigmatise notre « incapacité à trier, sélectionner et hiérarchiser le passé », la défaite de la raison, l'avènement, au nom du «devoir de mémoire», d'une «démocratie d'émotion et de compassion (qui) sanctuarise à tout hasard des bouts d'histoire disjoints, des bribes de passé en charpie, pour apaiser des porteurs de mémoires qui la mettent au défi et la provoquent impunément».

     « Faute de se situer dans le passé et de se projeter dans l'avenir, une société est inintelligible, s'enferme dans son opacité, s'immobilise puis entre en convulsions, avant d'agoniser. »


-Confusion entre mémoire et histoire.

      Face à cela des historiens réagissent : ils demandent que ce soit à l'historien et non au législateur de faire l'histoire.

      (Paul Ricoeur parle, plutôt que de devoir de mémoire, de devoir d'histoire ou de travail d'histoire.)

     Ils revendiquent une claire distinction entre les 2 termes.

     Si la mémoire est par définition subjective et affective, l'histoire se veut recherche scientifique (tout au moins rigoureuse) de la vérité. Une mémoire partielle ne peut être que partiale.
     Or, l'histoire ne peut être différente selon les groupes sociaux et ne devrait pas susciter de conflits tels que les récentes violences aux Antilles. De même, l’inauguration d’un monument que l'on voulait ériger à Lyon en mémoire du génocide arménien a abouti à une violente manifestation de la communauté Turque...

      L'historienne Madeleine Rebérioux a pu ainsi écrire dans Le Monde, en qualité de présidente de la Ligue des Droits de l'Homme (21 mai 1996), sans doute à propos de la Loi Gayssot :

     « Ce texte est hautement critiquable pour trois raisons :

– il confie à la loi ce qui est de l'ordre du normatif et au juge chargé de son application la charge de dire la vérité en histoire alors que la vérité historique récuse toute autorité officielle. L'URSS a payé assez cher son comportement en ce domaine pour que la République française ne marche pas sur ses traces.

– Il entraîne quasi inéluctablement son extension un jour à d'autres domaines qu'au génocide des juifs : autres génocides et autres atteintes à ce qui sera baptisé
«vérité historique».

Il permet aux négationnistes de se présenter comme des martyrs, ou tout au moins comme des persécutés... »

      …. De son côté, René Rémond a créé, en décembre 2005, une association appelée "Liberté pour l'histoire" qui va justement dans le même sens.

      Il vise à l'abolition des lois dites mémorielles comme les lois Gayssot ou Taubira pour montrer que c'est à l'historien de rechercher la vérité, et qu'il doit pouvoir le faire librement.

      En bref, l'histoire ne doit être ni confondue avec la mémoire, ni délimitée par des lois...

      Il reste que les historiens, eux, ont évidemment un devoir d'honnêteté, vis-à-vis de la vérité.

***
3/ Comment réagir ?

     S’agissant d’un problème complexe, sa solution nécessiterait, à la fois des réformes officielles et la création d’un nouvel état d’esprit chez les jeunes à travers une véritable éducation par l’histoire et à l’histoire.

Retour au bon sens au niveau de l’Education nationale pour mettre fin à certaines lacunes et à certains abus.
Il devrait, par exemple, être possible de réhabiliter l’histoire et de rétablir un certain enseignement de la chronologie...

     Des historiens commencent d’ailleurs à se rendre compte de l'importance des dates dans l'intelligibilité de l'histoire.
     Alain Corbin vient ainsi d'écrire un livre dans ce sens : « 1515 et les grandes dates de l'histoire de France revisitées par les grands historiens d'aujourd'hui » (2005).

• Remédier au traitement idéologique du passé impliquera en revanche de grands et longs efforts, tant est profonde l’imprégnation marxisante de générations entières…
(Un jeune ami professeur évoque par exemple la difficulté pour lui d’enseigner l’histoire contemporaine à ses élèves. Quand il a abordé l’Algérie, des enfants d'origine maghrébine lui ont dit que « de toute façon, les Harkis étaient des traîtres, que c'était bien fait pour les "sales français d'alors !" etc )...

Mais le même genre d’état d’esprit règne dans certaines Facultés …

• C’est donc d’abord en direction des jeunes qu’un effort général d’information et de pédagogie serait nécessaire visant
- à éveiller chez eux le goût de l’histoire,
- à leur donner un certain nombre de connaissances historiques de base et, surtout, une grille de lecture des évènements, une méthode de pensée qui leur permette de comprendre et d’analyser l’actualité avec bon sens et à la lumière des leçons de l’histoire.

• Il faut pour cela les aider à aiguiser leur ESPRIT CRITIQUE, à prendre l’habitude de vérifier ce qu’on leur raconte, de trier et de comparer les points de vue. C’est le B-A - BA du travail de l’historien mais ce devrait aussi être l’attitude du téléspectateur moyen qui a trop tendance à gober au 1° degré tout ce qu’on lui montre …

Les aider aussi à cultiver leur INDEPENDANCE d'ESPRIT. Face à la dictature de la mode et à la contamination de la pensée unique, cela me paraît, avec le courage, l’une des vertus cardinales de la génération montante, une des plus difficiles aussi à acquérir et à entretenir.

     C’est dans cet esprit que j’ai écrit les « Lettres à mes petits enfants sur des sujets qui fâchent » dont je reprends des extraits dans l’annexe jointe.

Par-dessus tout, je crois qu’il faudrait leur faire comprendre que, dans notre histoire comme dans toute œuvre humaine, il y a du blanc et du noir. Mais nos anciens ont fait ce qu’ils ont pu pour nous faire ce que nous sommes. Nous sommes donc solidaires d’eux.

C’est donc tout notre passé qu’il faut assumer !

Ce qui suppose qu’on ose transposer chez nous la belle formule anglaise :
« Right or wrong, my country ! »
Qu’il ait tort ou qu’il ait raison. C’est mon pays !

***
Jean Delaunay

Livre recommandé : « La France perd la mémoire » Jean-Pierre Rioux, Perrin, 224 p, 16 €.



Annexe

Extraits de « Lettres à mes petits enfants sur des sujets qui fâchent » en rapport avec le sujet.

Lettre à Agnès sur la guerre des idées.
« La révolution masquée
      Sans assassinats, ni déploiement de foules, certains de nos concitoyens cherchent à prendre, très progressivement et de façon quasi imperceptible, le contrôle du coeur et de cerveau des hommes.
      Ils ont compris avec Gramsci que " la prise du pouvoir politique exige au préalable la conquête du pouvoir idéologique et culturel ". (…)
     Pour Gramsci en effet, faire la révolution consiste d'abord à chercher à modifier la façon de penser et de vivre des hommes.
     Si on y arrive, dit-il, le pouvoir politique s'effondrera de lui même car il ne sera plus en prise avec la société civile qu'il est chargé d'encadrer. (…) C’est pourquoi les intellectuels de gauche travaillent à renverser les valeurs anciennes, à lancer de nouvelles valeurs, à créer de nouveaux héros, à promouvoir un nouveau type d'art, de mode vestimentaire… bref, à transformer nos repères culturels. (…)

     Il est impossible de trier ce qui, dans la situation actuelle, résulte de l'évolution naturelle des idées, de ce qui est imputable à notre crise de civilisation et ce qui relève de la volonté de certains decasser la baraque.
     Ces derniers, cependant, dénoncent le retour d’un soi-disant ordre moral, et dénigrent comme obscurantistes et réactionnaires, des notions simples et éprouvées comme la famille fondée sur le mariage et le mariage fondé sur un engagement définitif, le devoir par rapport au droit, la responsabilité par rapport à la liberté, le sens de l'honneur, l'autorité, la politesse (en même temps que la cravate, symbole de conventions vestimentaires dépassées…)
     Leur travail de sape mené pendant des années a porté ses fruits et a abouti à une véritable déprogrammation des cerveaux.. Ils en profitent pour promouvoir de nouvelles valeurs à travers les émissions radio et TV branchées, les BD, les magazines, les films et romans à la mode. La musique et la chanson leur sont d’un puissant secours en créant de nouvelles idoles dont le comportement a valeur d’exemple.
(…)
Tout cela est d’ailleurs encouragé par une partie du personnel politique qui craint de passer pour ringard.

« Le traitement du passé n’échappe pas à cette volonté subversive
     La polémique de 1996 à propos du baptême de Clovis a opposé ceux qui, comme nous, pensent que c'est l'effort opiniâtre de nos Rois qui a réalisé progressivement l'unité nationale, et ceux pour qui la France est née à Valmy...
     Ceux-là dénigrent et déforment depuis des années notre oeuvre colonisatrice, dans des films, des émissions TV et les livres scolaires.
      On a l’impression qu’ils veulent nous couper de nos racines, nous donner honte de notre passé qu’ils nous présentent comme synonyme de mal, alors que la modernité serait a priori synonyme de bien.

Lettre à Mayeul sur la France


Les HOMMES QUI ONT FAIT LA FRANCE

     « Pour que nous vivions mieux, nos pères ont défriché la forêt gauloise, tracé les routes, amendé le sol, bâti et rebâti les villes, guerre après guerre. Notre gratitude s’applique donc à leur œuvre matérielle. Mais la façon dont ils l’ont accomplie recouvre toute notre histoire humaine. Elle a été écrite, avant nos Républiques, par quelques Rois illustres et leurs soldats mais autant ou davantage par l’innombrable foule anonyme des hommes et femmes, bergers et laboureurs, artisans et marchands, pauvres tâcherons qui signaient d’une croix ou fin lettrés, sans oublier les bâtisseurs de cathédrales dont certains ont consacré toute leur vie à polir une seule statue...

     Cette histoire, je suis navré de constater que, même bons élèves, vous n’en connaissez pas grand chose, votre génération préférant sans doute Buffalo Bill et Astérix à Jeanne d'Arc. C'est pourquoi, quand j’ai la chance de vous avoir auprès de moi, j’essaye de vous en révéler des bribes. En bateau au dessus du site paléolithique englouti dans notre lac, j'essaye de vous montrer comment vos ancêtres savaient, non seulement survivre dans un univers hostile mais aussi fabriquer des outils en série, domestiquer des animaux sauvages, cultiver le blé, creuser des pirogues, cuire des poteries, peindre des fresques et transporter des blocs de pierre de 50 à 300 tonnes sur plusieurs Km... Plus fort qu’Internet, à mon avis, et de quoi vous inciter à la modestie et à l'admiration !


      En auto, devant le site présumé d'Alésia, je vous rappelle que vos ancêtres Gaulois ont été capables non seulement de mettre en échec les Légions pendant des années mais aussi de se fondre littéralement dans la civilisation Romaine, de s'assimiler la foi Chrétienne et de tenir bon malgré les invasions barbares du 1° au IV° siècle après JC.

      Pour être prêt à vous renseigner sur l’apport de nos Rois - ce qui ne veut pas dire que je néglige l’œuvre de nos Républiques davantage connue de vous, j'ai même glissé dans mon portefeuille quelques notes que je te rapporte ici.

     Après Clovis, l'anarchie menaçait le royaume et, à plusieurs reprises après lui, plusieurs rois, de Clotaire 1° à Charles Martel, (célèbre par sa victoire de Poitiers qui bloqua l'invasion arabe en 732), durent refaire l'unité du pays. Charlemagne, couronné en 800, s'appliqua à continuer l'oeuvre de son père. Face aux menaces extérieures, il poussa ses conquêtes en Italie et en Allemagne. En 843 , son royaume fut partagé et la partie Ouest s'appelait FRANCIA .

      En 987, Hugues Capet décréta la monarchie héréditaire et unie à l'église du Christ. Après lui, tous nos rois apportèrent leur pierre àl'édifice France.
      A partir d'un petit territoire autour de Paris, Philippe Auguste réunit la Normandie au domaine royal en 1206 et ses successeurs y ajoutèrent le Maine, l'Anjou, la Touraine et le Poitou. Si Louis IX est surtout connu par ses deux croisades, il consolida cependant la présence française dans ses provinces. Philippe le Bel annexa la Champagne en 1361, puis le Vivarais et le Lyonnais. Louis XI, le mal aimé, fût cependant un très grand roi qui rallia sans guerre la Picardie, le Berry, la Bourgogne et la Provence. L'Aquitaine devint française en 1453. Louis XII obtint la Bretagne en 1532 à la suite de son mariage avec la Duchesse Anne. François 1° annexa le Bourbonnais, l'Auvergne et le Valois, Henri IV le Béarn, la Bigorre, le Périgord et le Roussillon.
Célèbre aussi par l'apogée de la littérature et la construction du château de Versailles, le siècle de Louis XIV vit la réunion de l'Alsace en 1648, de l'Artois en 1688, de la Flandre en 1688 et de la Franche Comté en 1678.
Louis XV devait acquérir la Lorraine en 1766 et la Corse en 1768 .
Si les glorieuses et coûteuses conquêtes de la Révolution et du 1er Empire ne devaient pas être durables, Napoléon III réunit Nice et la Savoie à la France en 1860 .

      Pendant ce temps, les paysans nourrissaient la population et aménageaient le paysage, les mineurs extrayaient le charbon et les minerais, les tisserands et les forgerons transformaient la matière première, les bûcherons abattaient les chênes qui devaient devenir des vaisseaux. Tout ce travail fût accompli avant la révolution industrielle du XIX° siècle où nos devanciers s’engagèrent à fond pour accélérer encore ce progrès matériel avec les usines métallurgiques et chimiques, les filatures, les chemins de fer… tout cela n’amenant pas, hélas, de meilleures conditions de vie pour tous les hommes.
      Connaître notre histoire, c'est pour toi, aussi vital que, pour l'arbre, plonger ses racines dans le sol. C’est établir des liens avec ceux qui, jour après jour, ont fait la France.

LES HOMMES QUI ONT DEFENDU LA FRANCE

     Je vous ai emmenés, il y a quelques années, visiter le Mémorial de Caen et les plages du débarquement de 1944. Vous en avez été vivement impressionnés. Il faudrait que nous fassions de même sur les champs de bataille de 1914/18. Cela te permettrait de mieux comprendre ce que représentent ces Monuments aux Morts de nos villages. Il me semble que tu passes trop souvent à côté de ces édifices, plus souvent modestes que grandioses, sans méditer assez sur tous ces noms de garçons fauchés à ton âge. Tu as des excuses car tes maîtres ne t’ont sans doute pas souvent associé à ce qu’on appelle des cérémonies patriotiques, estimant probablement qu’elles étaient désuètes et politiquement incorrectes.

      Je crois pourtant qu’à travers elles, il est possible et souhaitable d’associer les jeunes à cet hommage rendus aux morts pour la France sans faire pour autant une apologie du militarisme et de la guerre.
     Une initiation de cet ordre me paraîtrait même relever de l’éducation civique élémentaire. Les enfants ont certes besoin d’apprendre à vivre ensemble en respectant un certain nombre de règles rendant la vie sociale possible. Ils doivent aussi comprendre qu’il leur faudra se dévouer pour quelque chose qui les dépasse, qui a existé avant eux et qui continuera après leur mort.

      Se dévouer cela veut dire, dans les occasions extrêmes, risquer sa vie. Un individu courageux plonge dans l’eau froide pour sauver un noyé qu’il ne connaît pas.

     Ce sacrifice, la France l’a demandé, en bien plus radical, à des milliers de garçons partis en 1914 en pantalon rouge. Quatre ans après, leurs survivants tenaient encore les tranchées, dans la boue et le sang, de l’Yser aux Vosges. Parmi eux, 1.600.000 sont morts et 3.600.000 ont été blessés pour que nous restions français...

      La même abnégation a permis à leurs successeurs de 1944 / 45 de libérer le pays après la douloureuse défaite de 1940, cette 2° guerre mondiale nous ayant coûté 250 000 soldats tués, plus 420 000 civils.

      Les uns et les autres méritent que tu penses à eux ( et à leurs proches dont tant de vies ont été brisées ) , que tu leur témoignes de la gratitude et que tu te prépares à suivre leur exemple le cas échéant. Les conditions dans lesquelles tu devrais te dépasser ne seront certainement pas les mêmes qu’autrefois mais elles exigeraient sans doute de vous le même genre de qualités morales.

     Aime la France, c’est à dire garde pieusement la mémoire de ceux qui sont morts pour elle et sois prêt à suivre leur exemple !

LA FRANCE DE LA CULTURE

      L'oeuvre immense de tous ceux qui ont contribué au développement de notre pays a certes commencé par le modeste travail manuel des défricheurs et bâtisseurs mais elle s’est prolongée par l’apport des écrivains, des législateurs, des savants et des artistes ... à commencer par celui de ces moines copistes qui, 1.500 ans avant la photocopie, ont su préserver et nous transmettre les trésors des cultures grecque, latine et judéo-chrétienne, en dépit des incendies et des destructions consécutives aux invasions.      L’amour de la Patrie, c’est aussi la prise en compte d'un immense capital spirituel, de tout ce qui s'est fait de bien et de beau au long des siècles pour que les hommes soient davantage hommes.
     Je pense à des chefs d’entreprise d’avant garde sur le plan social, à des apôtres de la charité comme Ozanam ou l’abbé Pierre, à des militaires qui, comme Lyautey, étaient plus que des soldats, et, sur un plan plus élevé encore, au long cortège de nos Saints, de Jeanne d’Arc à Vincent de Paul et de Saint Mayeul, ton patron bourguignon, à Charles de Foucauld.
      J'espère t’avoir fait partager ma conviction que le civisme est inséparable de l'amour de la Patrie et que l'un et l'autre doivent être enseignés aux enfants, les adultes ayant d'ailleurs besoin, eux aussi, d'être entretenus dans ces sentiments. Le Patriotisme, c'est pour moi l'amour à la fois instinctif et raisonné de notre patrimoine et la volonté de le transmettre après l'avoir protégé et embelli.

      Renan disait: « Une nation est une famille spirituelle, c’est un vouloir-vivre collectif, c’est un plébiscite de tous les jours » ... mais nous qui y croyons , nous avons à cet égard du pain sur la planche alors qu’on parle surtout à nos concitoyens de défense des intérêts catégoriels et des avantages acquis…

     Je me réjouis de voir l'éducation civique remise à l'ordre du jour. Je voudrais cependant que les maîtres ne se contentent pas d'enseigner les bases d'un comportement de citoyen mais qu'ils forment aussi les enfants à l'amour de la France et leur expliquent notre héritage historique, culturel et spirituel.

     Mais, tu le sais, une véritable guerre des idées sévit actuellement et la vision (classique ) de la France telle que je viens de te la présenter est remise en cause de deux façons:

- certains remettent carrément en cause le devoir de mémoire.
- d’autres ( ou les mêmes ) font l’apologie du métissage culturel qui met le rap à la même hauteur que Berlioz, le tag à la hauteur de Delacroix et enverra bientôt un auteur moderne faire, en verlan, son discours de réception à l’Académie Française…

      A ceux-là, je rappelle ces lignes que Jean Jaurès adressait, au début du siècle, aux instituteurs :
" Vous tenez en mains l'intelligence et l'âme des enfants. Vous êtes responsables de la Patrie. Les enfants qui vous sont confiés n'auront pas seulement à écrire et à compter. Ils sont français et doivent connaître la France, son histoire, sa géographie, son corps et son âme. Ils seront citoyens et doivent savoir ce qu'est une démocratie libre: quels droits leur confère, quels devoirs leur impose la souveraineté de la Nation. Enfin, ils seront hommes et il faut qu'ils aient une idée de l'homme. Il faut qu'ils sachent quelle est la racine de notre grandeur: la fierté unie à la tendresse. Il faut leur enseigner le respect et le culte de l'âme en éveillant en eux le culte de l'infini qui est notre joie"...
(…)
     Un berbère disait : « Comment peut - on appartenir à un tel pays et ne pas savoir ce qu'il représente ?

***

      Je souhaiterais que tu réalises encore mieux ce que représente pour nous la France et que, l’ayant compris, tu oses l’expliquer autour de toi.
(…)
      Même si tu n’es pas ( encore ) un homme public, n’aie surtout pas peur de le faire car, comme disait Kipling : « Chaque sentinelle est responsable de tout l’empire . »

      Ce qui est vrai pour l’entreprise l’est encore plus pour la France. Elle est parfois calomniée - et souvent de l’intérieur. Elle donne même l’impression d’avoir perdu confiance en elle même.
      Comme en 1793 mais de façon plus grave encore car beaucoup de ses défenseurs naturels ont posé les mains ou trahi,
la Patrie est en danger.

      Malgré ton jeune âge, travaille à rétablir la vérité, tranquillement et sans extrémisme. C’est ainsi que tu contribueras le mieux à rendre aux Français, à commencer par tes amis, la fierté d’être Français. »

Jean Delaunay

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Site Internet recommandé : www.herodote.net
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La carte ci-dessous résume les apports successifs de nos Rois et de leurs successeurs dans la constitution de notre pays.

Carte: source   

Un quiz de France-Valeurs :
Construction de la France

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