HTML> Le billet de la semaine de France Valeurs
http://www.francevaleurs.org

Le billet du 20 juin
ARCHIVES

Tous les billets précédents
classés par dates.
Libres propos sur l’immigration
Par Jean Delaunay

L’un de mes jeunes amis, revenant d’un séjour militaire en République Centre Africaine, me dit y avoir vu des horreurs au milieu d’un désordre généralisé. Ce témoignage m’incite à m’exprimer de la façon la plus simple possible sur ce sujet très complexe qui nous divise : l’immigration.

Pour commencer, j’évoquerai la colonisation et la décolonisation. J’écris dans « En écho à St Ex » que, vue par les blancs de ma génération, la colonisation, s’est plutôt bien passée. Certes nous exploitions les richesses du pays mais les gens mangeaient à leur faim, l’ordre, la paix et la justice régnaient partout, on luttait contre les maladies, l’instruction était dispensée au moins à une fraction de la population, sans toutefois préparer suffisamment les élites à leur rôle futur.

En revanche, la mauvaise situation actuelle du Tiers Monde est largement due à la décolonisation trop rapide. D’abord, les frontières artificielles héritées de l’ère coloniale ont abouti à des états déconnectés des réalités humaines. Du coup, c’est souvent la guerre entre ethnies ou pays voisins. Ensuite, la mauvaise gouvernance fait que le chaos règne dans beaucoup d’États où dominent la corruption et le népotisme, les richesses ne bénéficiant qu’aux puissants. Le niveau de vie des autres est souvent très bas. L’opposition séculaire entre nomades et sédentaires s’est encore accrue. La montée de l’Islam a aggravé la situation en opposant chrétiens ex animismes et musulmans. D’ailleurs, l’Islam africain, autrefois modéré, a donné naissance à divers Boko Haram… Les chasseurs devenus braconniers, les éleveurs honnis par les cultivateurs, tous souffrent des changements climatiques. Du coup, une grande partie des paysans viennent à la ville croyant y trouver de meilleures conditions de vie. D’où le développement d’immenses bidonvilles peuplés de chômeurs, constituant un terreau rêvé pour les trafics, la rébellion… et l’émigration.

En plus, en accédant à l’indépendance, certains pays comme Madagascar ont d’emblée fait confiance aux méthodes communistes, d’où faillites économiques et multiplication des dictatures.
S’ajoute gravement à tout cela, le fait qu’aujourd’hui la TV et le reste permettent aux gens du Sud de savoir ce qui se passe chez nous, d’où une frustration des pauvres qui en veulent à leurs dirigeants et aux européens dont ils jalousent et recherchent les conditions de vie.

En résulte cette immigration massive, désordonnée et durable qui nous a pris complètement au dépourvu, il y a une dizaine d’années. Débutant dans des conditions affreuses, avec des milliers de morts, elle a provoqué avec le temps une situation inextricable dans les pays européens. Ceux-ci sont partagés, voire opposés, sur les mesures à prendre. Ce alors que la Grèce et l’Italie sont en première ligne et qu’en face, la Libye est une base de départ incontrôlable, les passeurs ayant mis au point une stratégie globale que nous subissons sans réagir.

Ce qui m’inquiète personnellement le plus, mais que personne n’ose évoquer, c’est que cette immigration à majorité musulmane est essentiellement masculine… (Je m’en tiens là...)

En face de cela, une première réaction s’est faite jour chez nous, l’accueil, recommandé par le Pape au nom de la charité. Du coup, des états comme l’Allemagne, de grandes ONG et, en France, beaucoup de braves gens aident les migrants. Ils sont soutenus par certains partis qui évoquent sans vergogne l’inéluctable remplacement de populations du fait du besoin criant de main d’œuvre dû notamment au vieillissement de l’Europe.

A l’inverse, une deuxième réaction est née (plus nationaliste que raciste): le refusIl faut renvoyer chez eux ces gens qui ne sont pas bienvenus et qui risquent tout simplement de nous remplacer, nous et notre culture. C’est l’attitude adoptée à l’Est de l’Europe et souvent aussi chez nous. Ce retour me parait cependant impossible.

Une troisième voie tente de se traduire en actes. C’est la position française et ouest européenne. Médiane, elle ne satisfait pas les extrêmes car elle prétend faire un tri entre les migrants. On se résigne à accepter les demandeurs d’asile appartenant à des pays comme l’Erythrée où la vie est littéralement impossible. En revanche, on essaie de décourager voire de renvoyer les migrants économiques qui ont affronté de grands périls. Cette politique à double face s’avère très difficile à appliquer compte tenu , d’une part, de la situation politique et économique qui empire au Sud et, d’autre part, de l’affrontement chez nous de principes fondamentaux comme le devoir de charité envers les autres et celui de préparer l’avenir de nos enfants -et d’abord leur survie.

S’y ajoute la nécessité de tarir l’émigration à la source en aidant les pays concernés à se développer. Ce qui soulève d’autres problèmes gigantesques car l’on est en présence d’un véritable flot humain entretenu dans la durée par d’habiles trafiquants exploiteurs d’un nouveau genre: les passeurs.
***

Dans l’immédiat, je ne vois pas de solution miracle. Il nous faut, d’une part, viser au moindre mal et, d’autre part, agir à la fois sur tous les éléments du problème, en osant allier la carotte et le bâton. Une partie de la solution passe peut-être par une sorte de recolonisation de service.

D’où notamment, en plus de la volonté affichée d’améliorer le sort de ceux qui sont chez nous :

1/ un effort intense de renseignement pour savoir et prévoir.

2/ Un effort d’information directe en direction des pays du Sud sur le thème : nous connaissons votre situation, nous allons vous aider. Ne prenez pas le risque insensé de traverser les déserts et les mers. Vos devanciers qui ont survécu sont chez nous dans une situation précaire. Leur nombre même a affaibli nos bonnes volontés et amoindri nos moyens. Notre aide ne pourra s’exercer que dans l’ordre, n’ajoutez pas à la pagaille actuelle. Par ailleurs, vous qui cherchez à migrer, vous représentez la partie le plus dynamique et souvent la plus instruite de votre population. Votre départ est une mauvaise action vis-à-vis de votre pays. Si vous persévérez, vous nous obligerez à fermer nos frontières et à surveiller les déserts et la mer .

3/Un autre effort d’information et d’incitation en direction, celui-là, de nos jeunes. On a besoin de vous là-bas dans tous les domaines, non pas pour régner mais pour servir. Acceptez de donner de votre temps et de votre compétence pour essayer de rattraper là-bas ce que la colonisation n’a pas eu le temps de faire.

4/ Un effort d’intervention, armée au besoin, d’une part, pour démanteler les réseaux de passeurs et, d’autre part, pour intercepter les convois sahariens de migrants (car Barkhane contrôle au moins l’Ouest Saharien. Sur mer, s’ingénier à mettre fin à la situation actuelle où des ONG coopèrent de fait avec les passeurs, nos bâtiments de guerre jouant les simples témoins.

5/ Un effort diplomatique intense pour associer et coordonner les bonnes volontés : par exemple mettre le Maroc et la Tunisie davantage dans le coup, convaincre nos ex colonies, Sénégal notamment, de dissuader leurs ressortissants à venir chez nous…. et même chercher à convaincre les riches pays musulmans de participer davantage à la campagne humanitaire…

Et bien d’autres choses encore.

Tout cela exigera du temps, de l’argent, la somme de multiples énergies et de l’organisation mais il ne s’agit rien moins que de l’avenir d’une partie de l’humanité et, plus directement, de notre survie.
***



PS : Vos commentaires dans le forum.