CONCLUSION

 

   Ce livret représente l'aboutissement de mes réflexions comme président de "France-Valeurs".   

    Ses différents chapitres rassemblent en effet les idées et les propositions qui constituent le domaine prioritaire des convictions que je partage avec la majorité des membres de l'Association et que j'ai exprimées publiquement au cours de plus de 350 conférences.

 

    J'aurais encore bien des choses à dire, par exemple sur la justice, la solidarité et la liberté, même si, pour le moment, je n'ai pas consacré de chapitre à ces Valeurs. J'estime en effet que, dans le domaine humain, tout se tient, et que les Valeurs sont complémentaires.

 

    Cela dit, je crois que, dans l'immédiat, le problème majeur à résoudre, c'est de savoir

" COMMENT REENSEMENCER CES VALEURS "

dans une société qui les rejette ou les oublie.

 

    Une chose me semble sûre; ce sera une opération de longue haleine et nous travaillons surtout pour nos petits enfants, même si, dans bien des domaines, nous voyons le pendule revenir vers le bon sens...

 

    Sur le fond, une réponse partielle apparaît en filigrane dans les pages qui précèdent.

Ce réensemencement est à la fois une affaire d’exemple, d'éducation et d'affirmation de nos convictions.   

 

 - D’EXEMPLE, car il faudrait, qu'en nous voyant vivre, les gens déboussolés s'interrogent sur la façon dont, eux, mènent leur existence.

 

- D'EDUCATION, car, pendant qu'on le nourrit pour construire son corps, l’enfant a besoin apprendre les Valeurs en même temps que l'alphabet ou, mieux, d'en être comme imbibé

 

- D'AFFIRMATION DE NOS CONVICTIONS, car nous sommes en pleine bataille des idées et nous ne pouvons pas continuer à laisser le terrain de l'esprit à nos adversaires.

 

     Affirmer nos convictions, cela suppose que nous sachions QUOI DIRE ?  et COMMENT LE DIRE ?  donc que nous acceptions de NOUS FORMER.  C'est dans cet esprit que j'ai fondé "France- Valeurs".

 

Mais la diffusion de nos Valeurs restera surtout l'affaire de chacun.

 

    Elle s'apparente en effet davantage à la capillarité qui permet aux liquides de se répandre discrètement dans un solide qu'à la publicité bruyante qu'on utilise pour promouvoir un produit.  

 

  Cette capillarité implique, je le répète, l'effort patient et opiniâtre de chacun pour se former, pour affirmer ses convictions et pour mettre en application dans sa vie ce à quoi il croit.    

 

    C'est dans cet esprit que je me permets de rappeler la conclusion de mon livre

« LA FOUDRE ET LE CANCER ».

 

  Aux étudiants qui viennent d'achever un cycle de Défense à Sciences Po, je tiens en effet le langage suivant :

 

 

«  Vous venez de consacrer un peu de votre temps à l'examen des menaces qui pèsent sur nous. Vous avez entrevu quelques-unes des voies qui s'offrent à nous pour survivre matériellement et pour gagner la bataille idéologique.

    Au terme de cette démarche et compte tenu de la complexité du sujet, il serait vain de ma part de tenter une conclusion en forme de synthèse.   

    Aussi, vais-je focaliser mon message en évoquant une vertu mal partagée dans nos pays et qui me paraît pourtant au centre du problème de notre sécurité.

 

Il s'agit du COURAGE.

   

    Certes, je pense d'abord au courage à la guerre ou devant la guerre. Si vous deveniez un jour Chef de l'Etat, il vous reviendrait d'assumer vos responsabilités dans des conditions que l'on peut imaginer dramatiques. Le doigt sur le bouton, vous devriez, le cas échéant, avoir le courage de prendre "la" décision, celle qui pourrait déclencher l'Apocalypse...

    Nos soldats ont également besoin de courage mais, si je puis dire, leur courage dans l'action est plutôt moins difficile à manifester que celui de la longue attente au créneau, au bord de nos modernes déserts des Tartares (1).

    Quant aux populations civiles, on le voit tous les jours, elles passent, sans transition, de l'état de spectateurs de la violence par télévision interposée à celui de victimes potentielles, menacées dans leur corps et leur  âme ... Quel courage il faut dans la crise.

     Mais aujourd'hui, c'est en temps de paix que la guerre moderne se perd ou se gagne et c'est donc dès maintenant qu'il faut être courageux.

 

    Courageux au niveau politique le plus élevé, pour oser nommer l'adversaire par son nom, pour oser avertir la population de tous les périls qui pèsent sur elle et pour oser lui demander les sacrifices nécessaires.

 

    Courageux au niveau des maîtres à penser, pour oser remettre en question leurs certitudes rassurantes et  -  tout en essayant de dissuader la Foudre  -  pour oser s'attaquer aussi au Cancer, celui surtout d'un esprit de Munich tous azimuts . Il pourrait nous amener collectivement à la mort par simple refus de donner la vie, en tant qu'individus, et par simple volonté de vivre, en tant que nation.

 

    Courageux au niveau de la base enfin. Dans nos démocraties, si vulnérables, le peuple détient un certain contrôle sur les pouvoirs, et notamment sur les médias. Ce contrôle, il nous appartient, à chacun de nous, de l'exercer pour réveiller notre volonté de vivre et pour exprimer les raisons que nous avons de vivre.

 

    De nos jours, le courage du citoyen, c'est d'avoir des idées et de les faire connaître; c'est de dire ce qu'il croit et de ce qui le fait vivre, même si ce n'est pas « politiquement correct ». 

    Le plus dangereux des terrorismes, c'est en effet le terrorisme intellectuel. La lâcheté la plus répandue, c'est de ne pas oser se démarquer de ce que disent les sondages.

 

   Etre courageux, c'est réagir par écrit devant une émission ou un article qu'on juge malsain ou mensonger.

C’est oser parler, non seulement de Liberté, d'Egalité et de Fraternité (encore qu'on en parle finalement bien peu…), mais aussi de ces Valeurs à connotation suspecte mais pourtant fondamentales comme la Famille et la Patrie.

    A propos des Droits de l'Homme, c'est oser évoquer aussi ses Devoirs.

A propos de prospective, c'est oser rappeler l'existence d'un Patrimoine historique et culturel à léguer à nos enfants.

A propos de la sécurité pour tous, c'est oser parler aussi des risques à prendre - et celui d'abord de procréer.

A propos d'argent, c'est oser parler aussi de destinée humaine.

A propos de vie, c'est oser parler aussi de la Mort ... et de Dieu.

 

Etre courageux, c'est surtout témoigner par sa vie, c'est mettre sa peau au bout de ses idées.

 

 C'est oser s'engager et militer ...

 

    Non, je ne plaide pas pour une philosophie de vie omnibus, obligatoire et coulée dans du béton. Mais, comme beaucoup d'observateurs, je discerne dans ce pays et, notamment dans une partie de sa jeunesse, une volonté marquée de redécouvrir les Valeurs fondamentales.

 

    C'est cette tendance-là, qui ne demande qu'à ressurgir, que les citoyens convaincus et décidés peuvent catalyser dans un contexte de sinistrose, d'abandon et de peur, en exprimant eux-mêmes leur foi.

 

    Si certains hommes et certaines femmes manifestent vigoureusement leurs certitudes et  détermination, ils feront bientôt boule de neige.

   

    Les médias joueront leur rôle de caisse de résonance et le discours politique s'en trouvera transformé. Nous n'en serons alors que plus crédibles aux yeux des habitants des pays de l'Est et du Sud qui, jusqu'ici, jalousaient notre niveau de vie mais dénonçaient notre vide moral et spirituel.

 

    Si nous nous montrons courageux en temps de paix, dans les détails de la vie  quotidienne, nous serons moralement armés pour le jour de l'épreuve éventuelle.    

    Bien plus, nous ferons reculer la menace.

 

    Vous qui êtes des nantis de l'intelligence et de la culture, croyez-moi, le meilleur antidote de la Foudre et du Cancer, c'est le COURAGE !

 

    C'est à ce titre que je vous lègue, en toute amitié, mes deux mots d'ordre favoris pour que vous les fassiez vôtres .Ces devises, je les tiens de deux grands témoins que je vénère l'un et l'autre, un Homme en kaki qui est mort à la tâche, et un Homme en blanc qui, très affaibli, survit heureusement et qui est, lui aussi, à sa façon, un soldat.

    Ces deux maîtres mots sont :           

 

NE  PAS SUBIR    (Maréchal de Lattre)                             N'AYEZ PAS PEUR (Jean-Paul II)

 

 

     Sans abusif amour propre d'auteur, je pense que ces lignes, écrites en 1985, restent d'actualité, encore en 2 016 ...                                        

                                            Jean Delaunay

 

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(1) Titre d'un roman et d'un film très évocateurs de la situation des armées modernes, notamment de la nôtre.

Le héros passe des années dans une forteresse perdue, à attendre une éventuelle invasion. Un jour, à bout de forces, il se laisse évacuer… C'est ce jour-là que les Tartares attaquent...