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POLITIQUEMENT CORRECT !
Extraits d’un entretien avec Christian Vanneste, député du Pas de Calais,
paru dans « Permanences » Oct-nov 2007

Les positions que vous avez eu le courage de prendre ont fait de vous la victime du politiquement correct.. Quelle est la principale leçon que vous dégagez de votre expérience ?
« Dans le genre de situation qui a été la mienne, vous faites une expérience merveilleuse: vous vous renforcez. Votre QI intellectuel s'épaissit et vous êtes beaucoup plus fort après qu'avant. (…) Lorsque vous êtes victime d'une injustice totale, rien ne vous empêche plus de dire ce que vous avez envie de dire. C'est ce message que je voudrais d'abord faire passer. »

Comment définiriez-vous l'ennemi que vous avez eu à combattre ?
« (…) C'est une sorte de monstre à trois têtes. La tête la plus anodine (…), le politiquement correct, peut prendre l'aspect plutôt sympathique d'une pensée consensuelle. Mais il peut prendre aussi la forme beaucoup plus redoutable de la pensée unique .(…). Quand vous passez du politiquement correct à la pensée unique, vous quittez la démocratie…Mais sans vous en rendre compte, par distraction. Vient ensuite la troisième tête, la pire, c'est le terrorisme intellectuel. (…). Moi, j'ai été victime du terrorisme intellectuel. Mais Benoît XVI a vécu la même chose avec le texte de Ratisbonne. Qu’y disait-il ? Il faisait une merveilleuse analyse des rapports entre la foi et la raison. Et montrait que l'on peut faire une distinction intéressante entre l'Islam et le Christianisme, lequel repose sur l’attelage (grec) de la foi et de la raison. (…) C'est tout ce qu'a dit le Pape. Il a pris la phrase de Manuel Paléologue, empereur byzantin, comme point de départ, en faisant remarquer que le dit empereur n'était pas très amène et qu'il ne reprendrait pas à son compte des formules aussi agressives au sujet de I’Islam. Ses propos ont été transformés en une agression délibérée contre l’Islam de la part d'un pape réactionnaire. Cela a conduit à l’assassinat d'une religieuse en Somalie et d'un prêtre en Turquie. (…) C’est la parfaite démonstration de ce qu'est le terrorisme intellectuel. »

Vous semblez avoir une certaine indulgence pour le politiquement correct...
« Indulgence n'est pas le mot. Il faut reconnaître qu'il a des objectifs apparemment légitimes. Il prétend ainsi lutter contre l'exclusion. Comment voulez-vous qu'un chrétien y soit hostile? Lorsque Mme Boutin a voulu qu’on ajoute, lors de la création de la HALDE, la protection des handicapés, elle a raison: le handicap (…) c'est un état que l'on subit. Le politiquement correct dit avoir pour second objectif la protection des minorités. L'histoire du XXe siècle montre qu'effectivement les minorités ont besoin d’être protégées. C'est une idée très sympathique. Troisième idée : il faut exclure la violence des débats opposant les hommes ou les nations.
Lorsque vous considérez ces trois idées ainsi exposées, vous dites que c'est bien, le politiquement correct. Vous ne prenez conscience de la nocivité du concept qu'au moment de comparer les objectifs avec les résultats, en constatant qu'il aboutit à l’inverse des idées de départ. Il prétend refuser l'exclusion, mais il exclut de fait un certain nombre de personnes qu'il interdit de parole. Dès que vous dites quelque chose qui n'est pas politiquement correct, vous devenez un pestiféré... Si l'on protège les minorités au point d'interdire à la majorité le droit de s'exprimer, cela devient une forme de démocratie un peu particulière. Or c'est ce qui se passe. A force de protéger une minorité, on finit par museler la véritable majorité. On finit par la culpabiliser. (…) Il prétend éliminer la violence mais il interdit à un certain nombre de personnes le droit à l'expression. Dans un état de droit, si ce n'est pas de la violence, alors qu'est-ce que c'est? Le politiquement correct part de beaux principes pour aboutir au résultat exactement inverse. D'une façon plus globale, à travers cette inversion des valeurs, il y a une révolution sournoise. Au-delà de la méthode, il y a un contenu que nous connaissons bien, un contenu nietzschéen : il consiste à dire: tout ce qui était en haut doit être en bas, et inversement. Il y a un profond renversement des valeurs. Ce qui était le fondement même de la société devient objet de réprobation.»

Pouvez-vous en donner des exemples concrets?
« La famille, par exemple. Elle constituait une valeur fondamentale dans notre société.
Aujourd'hui, on ne parle même plus de « la » famille, on parle «des» familles, et ce n'est pas le fruit du hasard. L'individu (…) est devenu plus important que cette communauté naturelle réunissant un homme et une femme, qui ont des enfants et qui les élèvent, ce qui constitue la véritable famille (…) un sommet de la civilisation. On abandonne cela aujourd'hui pour le remplacer par l'individu-roi, (…) Ce qui revient à une désagrégation totale de la société.
Autre exemple, celui de la laïcité. Il est aujourd'hui admis, (…) que la loi de 1905 est une excellente chose. Je rappelle tout de même qu’elle ne l'est devenue qu'après 1918, lorsque la majorité « bleue horizon » gouvernait la France et que les autorités politiques ont été obligées de reconnaître que les catholiques, comme les autres, s'étaient sacrifiés pour la patrie et qu'ils avaient droit à une reconnaissance égale de la patrie.
Mais il ne faut pas oublier que la laïcité en France est une laïcité de combat. (…)
De même pour la colonisation. Si vous avez le malheur de dire que la colonisation a soigné des maladies, a supprimé l'esclavage... vous êtes interrompu : « Non, la colonisation, c'est l'esclavage ! » La colonisation du XIX° siècle, ce n'était pas du tout l'esclavage, mais cela ne fait rien... »

Le terrorisme intellectuel utiliserait donc la guerre des mots ?...
« Au-delà de ce processus, il existe effectivement une méthode de déstabilisation que j'ai expérimentée à mes dépens. Elle est fondée sur une désacralisation de la pensée et une sacralisation des mots. Voilà des gens qui viennent vous dire qu'il n'y a rien de sacré dans la société, que tout se vaut, et qui cependant font passer ce message au travers de tout un tas de mots tabous. Des mots qui sont des armes et qui vous emprisonnent. C'est ce qu'Orwell appellait dans son « 1984 », le «novlangue», la maîtrise idéologique du langage par des mots qui vous emprisonnent. Tout un tas de mots font partie de cet arsenal idéologique. Par exemple, le mot « raciste» ; si on vous traite de « raciste», vous êtes perdu ! Le mot «droite » en France est très difficile à porter parce qu'il devient tout de suite «extrême-droite». (…)
Au-delà des concepts, un schéma de pensée est mis en place. Il consiste à vous enfermer dans une réflexion, qui n'est plus une réflexion mais un réflexe.
Illustration : vous remplacez le schéma du racisme, et singulièrement de l'anti-sémitisme, par le schéma de l'homophobie. L’anti-sémitisme, c'est vraiment moche parce que la population juive en Europe a effectivement subi une catastrophe historique des plus tragiques : la shoah. Il est tout a fait normal qu'un chrétien, et nos derniers Papes l'ont fait avec beaucoup de force, exprime sa communion d'esprit avec ses frères juifs. Vous ne pouvez pas être chrétien et antisémite. L'homosexualité n'a strictement rien à voir avec cela. On ne naît pas homosexuel, on le devient ; on fait même faire en sorte de ne pas devenir. Mais le lobby homosexuel vous dit le contraire. Pourquoi ? Parce que, selon lui, les sexes n'existent pas, ils ne sont que le fruit d'un endoctrinement social. Et moi, je suis l'horrible personnage qui veut exterminer les homosexuels, comme les nazis ont voulu exterminer les juifs. Et d'ailleurs les nazis ont voulu exterminer aussi les homosexuels. Il faut absolument assimiler l'homosexuel au juif afin que le schéma intellectuel fonctionne et que toute personne ayant quelque réserve que ce soit à propos de l'homosexualité se sente coupable. Schéma qui au demeurant fonctionne très bien. »

« Je voulais aussi vous parler de la méthode des citations; vous prenez une citation, vous la sortez de son contexte, et vous faites dire n'importe quoi à n'importe qui. Vous prenez une citation, vous commencez par la tronquer. Ainsi vous prenez ma phrase: « l'homosexualité est inférieure à l'hétérosexualité par rapport à la société et à la famille», vous la tronquez pour qu'elle devienne: « l'homosexualité est inférieure à l'hétérosexualité», ensuite vous la modifiez pour qu'elle devienne: les homosexuels sont inférieurs aux hétérosexuels» et c'est cette dernière version qui est reprise systématiquement. Ensuite on fait un amalgame, c'est-à-dire que l'on glisse - comme on glisse d'homme de droite à homme d'extrême droite et à fasciste - de celui qui n'est pas favorable à la reconnaissance sociale de l'homosexualité à l'homophobe, à celui qui pousse littéralement au crime contre eux et qui, par ailleurs, est aussi anti-sémite et nazi. C'est-à-dire à celui à qui il ne faut en aucun cas donner la parole. C'est le dernier point de cette méthode extrêmement efficace : la diabolisation, qui fait que même vos amis commencent à vous regarder comme si vous sentiez le soufre. »

On ne peut pas se contenter d'être victime de ce terrorisme intellectuel. Comment réagir ?
« Effectivement ! Quand on a eu cette expérience-là, il faut préparer la riposte. Il faut accepter et préparer le combat. Là, je suis plutôt d'un naturel belliqueux. Je pense qu'il ne faut pas accepter de subir. Il ne faut pas se laisser faire. Il faut d'abord remporter une première victoire, une victoire sur soi-même. Il faut absolument se libérer de toute forme d'auto-censure. Les chrétiens ont un gros problème, un sentiment de culpabilité qui fait partie de leur éducation. Ils s'en prennent d'abord à eux-mêmes. Quand ils ont un problème, ils se demandent d'abord s'ils n'en sont pas responsables. Ce qui est une bonne démarche capable de désamorcer beaucoup de conflits. Mais il ne faut pas que cela aille jusqu'à donner systématiquement raison à ceux qui nous agressent d'une façon parfaitement injuste. Il faut se libérer de l'auto-censure.

Pour cela, il y a trois techniques à acquérir. Il faut d'abord affermir sa pensée. Il faut avoir un souci de clarté et de cohérence lorsque l'on expose ses convictions. Personnellement, je m'en suis sorti dans les débats télévisés où je me suis trouvé, parce qu'à force de lire un certain nombre d'ouvrages, j'ai renforcé mes convictions, je connaissais beaucoup mieux le sujet et j'avais notamment bien assimilé cette analyse intéressante que fait Anatrella du phénomène du narcissisme. Lorsque vous dites : cette attitude de l'homosexualité est une attitude qui nie la vie, qui nie l'avenir et qui renforce l'égocentrisme de chaque individu, ce n'est pas valorisant pour la société et ce n'est pas valorisant pour l'homme, vous voyez des interlocuteurs comme Fogiel par exemple, battre en retraite. Il faut avoir des informations précises, et quantitatives. Par exemple, le nombre des «familles » homoparentales. On vous dit partout qu'elles sont 300.000. Non. Il existe en France un Institut sérieux, qui est l'INED, ai-je répondu par exemple à Stéphane Bern, qui a estimé à 20.000 les situations de ce type. De la même façon, on vous dit qu'il y a 10% d'homosexuels. C'est complètement faux. Il y a 4% des personnes masculines qui présentent des penchants de ce genre, mais qui ne le vivent pas forcément, ni forcément de la même façon et 2 % pour les femmes. Il faut enfin bien connaître l'adversaire. Bien savoir ce qu'il pense. Avoir lu ses textes. Bien connaître, ici, l'origine américaine de toute la méthode que je viens de vous décrire. C'est le lobby gay américain qui a inventé cette méthode qui consiste à classer l'homophobe dans le politiquement incorrect et l'obliger ainsi à se taire. »

Comment envisagez-vous le passage à l'action?
« Une fois que vous avez bien affermi votre pensée, il faut savoir que l'on ne peut pas se battre seul. C'est pourquoi il faut absolument constituer des réseaux. Dans les premiers temps de mon affaire, je n'ai reçu que quelques mails parfaitement antipathiques, qui me disaient que j'étais fasciste. Et puis, brusquement la tendance s'est inversée. J'ai vu affluer vers moi des dizaines, des centaines de courriers de soutien. (…) Et surtout beaucoup de gens de bon sens, généralement d'un très bon niveau intellectuel, sont venus prendre parti pour moi. Tout un réseau s'est progressivement mis en place. Mais, je vous le dis très sincèrement, ce réseau est dérisoire et rempli de trous par rapport à l'armée qui se trouve en face de nous.
(…)... Il faut nouer partout des liens avec les gens qui sont d'accord avec nous, il nous faut nous aussi créer une sorte de lobby sans lequel on ne fait pas le poids. Ensuite, il faut bâtir notre stratégie. Elle consiste d'abord à retourner contre lui les méthodes de l'adversaire pour le désarmer. Envoyer des pétitions, des lettres à vos élus, en mettant dans la balance votre programme.
"Notre programme, c'est de restaurer cette belle institution qu'est la famille. Une immense majorité de jeunes souhaitent vivre au sein d'une famille solide et unie. Nous sommes l'espoir d'une jeunesse désespérée par un certain nombre de mauvais penseurs."
Enfin, il faut finir par le positif, parce qu’il y a de plus beau. Notre programme de restaurer cette belle institution la plus malmenée dans notre pays, la famille. Une enquête faite en 1999 par le quotidien Le Monde montrait que les jeunes interrogés souhaitaient vivre au sein d'une famille solide et unie, 87% des jeunes pensent que la famille doit rester la cellule de base de la société. Tout le monde comprend que c'est le bon sens, inscrit dans la nature des choses, et que toute .proposition tendant à l'inverse est absurde. Nous ne sommes donc pas des vieilles barbes en retard, nous sommes au contraire l'espoir d'une jeunesse, sciemment désespérée par un certain nombre de mauvais penseurs.
Nous pouvons en fait gagner la partie, mais à condition que nous nous battions tous ensemble.»
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