Lettre d'avril 2016

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Trentième anniversaire !


La création de France-Valeurs a été en effet enregistrée au Journal Officiel du 16 avril 1986. Depuis mon départ de l’armée, j'avais beaucoup réfléchi sur le ‘’pourquoi ’’ de notre défense. J'en avais conclu qu'il ne suffit pas d'avoir des armes mais qu'il faut surtout savoir ce que l’on a à défendre, donc d'abord savoir pourquoi l’on vit. Cela m'a amené à écrire« La Foudre et le Cancer ». Sa parution m’a valu beaucoup de messages d’encouragements.
    J’ai profité de cette micro-popularité passagère pour fonder notre association dans le but « d’aider à définir, à exprimer et à promouvoir un système de Valeurs fondamentales pour la société française de demain ».
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    Trente ans après, je constate que notre bilan apparent est mince. Rien d’étonnant par rapport au nombre et à la complexité des problèmes de société auxquels nous avons à faire face. Sans états d’âme, et tout en restant dans le domaine qui est le nôtre, je voudrais cependant saisir l’occasion de ce trentenaire :
- pour rappeler ici la situation de la société française de 1986 et examiner en quoi elle a évolué depuis 30 ans,
- pour résumer l’essentiel du message que nous avons tenté de faire entendre au cours de cette période,
- pour dire enfin ce qui, selon nous, reste à faire, en osant affirmer l’importance de contre-courants comme le nôtre.

1/ La situation en 1986
La guerre froide n’est pas finie mais l’URSS se révèle fragile, témoin Tchernobyl. Les USA restent la 1° puissance mondiale. Les inégalités Nord / Sud augmentent. En France, M. Mitterrand est au pouvoir et M. Chirac 1° Ministre : leur cohabitation est difficile, comme la situation économique. Le FN fait jeu égal avec les communistes qui perdent de l’influence. Des problèmes de fond sont occultés dont le vieillissement de notre population, l’échec de l’intégration des enfants d’immigrés et la faillite éducative de notre école. Déjà, Action directe commet des actes terroristes.

     Sur le plan sociétal, l’esprit de 1968 continue à imbiber les médias, l’intelligentzia et les milieux de l’enseignement. Cela entraine, entre autres, le déclin de l’autorité, la libéralisation des mœurs, la montée du matérialisme, tout cela aboutissant à la négation ou à la subversion de « nos » Valeurs. La liberté dévoyée devient libertaire, de nouveaux droits sont revendiqués en permanence alors que les devoirs sont occultés. La religion, le patriotisme et même le simple civisme subissent une grave crise devant l’idéologie relativiste.

Evolutions depuis 1986
     L’URSS a implosé. La Chine et d’autres pays d’Asie ont émergé, contrairement à l’Afrique. L’unité allemande est réalisée. L’Europe s’élargit à 28 alors que débute l’ébranlement du Moyen Orient. L’attentat du 11 septembre 2001 constitue une vraie déclaration de guerre des Islamistes à l’Occident. La riposte armée des USA compromet le fragile équilibre régional. Le monde musulman est secoué par les « printemps arabes » et des guerres civiles…

     Ces dernières années, la situation internationale s’est encore aggravée avec le réveil de la Russie et la flambée du terrorisme Islamiste. Là-dessus, des foules d’immigrants incontrôlés déferlent vers l’Europe affaiblie.


     En France, la mondialisation fait monter le chômage. La crise morale s'amplifie : affaires, remise en cause de la famille, déclin du mariage, multiplication du nombre de gens déboussolés (jeunes notamment à la suite du divorce des parents) et, l’échec scolaire aidant, montée des dépressions, de la délinquance, des addictions, des suicides…

     Les médias contribuent à aggraver le malaise. Après la TV et l’ordinateur, Internet se généralise après 1990 et le smartphone après 2000. Les réseaux sociaux prennent dès lors une influence majeure.
     D’où, sans parler de l’envahissement de la publicité consumériste, l’explosion des effets négatifs chez les jeunes (via la pornographie notamment) et l’exploitation malfaisante de ces techniques par les malfrats et les terroristes.

     En France toujours, la perte de confiance dans la politique affaiblit encore la cohésion nationale avec progression constante du Front National qui rassemble les protestataires de tous bords. Des découvertes scientifiques (la pilule et les manipulations génétiques notamment) conduisent à de vraies révolutions culturelles.
     Ce, au moment même où la minorité musulmane, pourtant ménagée, voire flattée, par les pouvoirs publics - à l’inverse de ce qui se passe vis-à-vis du catholicisme - a tendance à se radicaliser.
     Une délinquance galopante s’installe dans nos banlieues où des jeunes déscolarisés, désœuvrés, pris en main par les trafiquants et endoctrinés sur la Toile et par des prêcheurs, en arrivent à haïr la France et songent au djihad.

     Pour couronner le tout, le Gouvernement fait voter des lois et prend des mesures qui contribuent à perturber encore la société, notamment en 2013 la loi sur le mariage pour tous dont on pouvait, très tôt, craindre de funestes conséquences. A cette occasion, il exprime même sa volonté de « changer de civilisation ».
Cette attitude indigne beaucoup de gens et provoque de nombreuses manifestations qui font l’objet d’une répression scandaleusement sévère, y compris contre de pacifiques regroupements de « veilleurs »…
     Mais la loi est votée et bientôt apparaissent ses déplorables suites. Non seulement l’accès à l’avortement est encore facilité mais les trafics liés à la GPA (interdite en principe chez nous) se multiplient. La propagande pour la détection fœtale des anomalies ouvre la voie à l’eugénisme, de même que l’utilisation d'embryons humains pour la recherche. L’acceptation de l’euthanasie progresse dans l’opinion et le transhumanisme devient à la mode…

     En 2015, la réaction sécuritaire consécutive aux attentats occulte cet aspect de la crise. Jean-Marie Le Mené, président de la Fondation Lejeune, écrit même : « La sécurité devient la préoccupation principale des Français mais elle ne remettra pas la France debout. Le problème n'est pas tant d'optimiser le «vivre ensemble» et le «faire société», mais de savoir si les Français veulent vivre tout court. (…) Il s'agit d'une opposition radicale à la vie, à la famille et à cet humanisme qui était encore éclairé de christianisme Nous entrons dans le post¬humanisme, il est moderne de s'en réjouir.
Mais ne croyons pas que la guerre que nous vivons et ce désarmement vital soient dépourvus de tout lien. Nos adversaires islamistes opposent leur fécondité à notre malthusianisme, leurs certitudes à nos doutes et leur sens religieux au désarroi spirituel du pays. Si nous continuons, le combat est perdu. »


     D’autres voix amies se font entendre sur d’autres tons pour évoquer d’autres aspects de la crise.

     Chantal Delsol écrit « Le totalitarisme communiste et notre modernité tardive ont une matrice commune: l'émancipation de l’homme comme idéologie. Nous avons remplacé la terreur par la dérision. Mais c'est la même finalité qui est à l'œuvre: sortir de la condition humaine en brisant les liens d'appartenance et en effaçant les différences, en récusant le tragique existentiel et la finitude humaine, en laissant croire que tout le passé était mauvais et que nous sommes enfin en train d'entrer dans la véritable histoire.»

     Et FX. Bellamy : « Que les gouvernants suscitent le mécontentement, cela n'a rien de nouveau. Ce qui est nouveau en revanche, c'est la façon dont s'exprime cette colère. Elle présente deux signes alarmants : la violence monte à cause de l'absence de toute perspective. La fonction même de la politique consiste à susciter des formes non-violentes de résolution des problèmes. Quand l'Etat n'offre aucune alternative à ceux qui souffrent ou qui vivent une injustice, alors la violence resurgit. Trop longtemps nous nous sommes menti, nous avons inventé des fictions pour ne pas affronter les difficultés ; maintenant elles semblent sans solution. L'impuissance de l'Etat crée toujours de la violence.

     L’autre nouveauté de ce ressentiment, c'est qu'il ne parvient plus à s'exprimer. Nous avons en France une grande tradition d'esprit critique : il fait partie de notre vie démocratique. Mais lorsque le Président apparaît aujourd’hui sur les réseaux sociaux, il n'essuie qu’un torrent d'insultes quasiment illisible. Pour la première fois, l'Etat mesure les conséquences de notre crise éducative. Notre refus de transmettre la culture a créé une grande pauvreté dans le rapport au langage, ce qui posera un problème démocratique majeur. La politique, dit Aristote, vise à nommer les raisons de la colère. Mais quand nous n'avons plus les mots pour dire nos divergences, il ne reste que la violence... »

2/ Le message diffusé par France-Valeurs depuis 30 ans

     « Nous étions déjà en pleine guerre civile des idées et maintenant, nous voilà, en plus, en guerre contre Daech.
Face à ce double péril et pour que vive la France, il faut nous former, nous rassembler, accepter des responsabilités dans la Cité et nous battre, pacifiquement mais fermement. »


     Notre peuple est depuis longtemps divisé en multiples « tribus gauloises » opposées les unes aux autres mais semblablement contestataires devant l’autorité diminuée de l’Etat et refusant toute réforme.
     Dans ce contexte, l’influence conjointe, sinon coordonnée, de la franc maçonnerie et d’un post marxisme rose et vert, laïciste de combat (sauf apparemment envers l’islam), imprègne profondément classe dominante et médias.

     Notre famille de pensée devient minoritaire mais nous le savons, ce sont les minorités actives qui mènent le monde. Pour nous, le problème majeur reste ce "CANCER" moral et spirituel qui ronge notre société: peur de tout, y compris de la vie, montée de l'individualisme, du relativisme et du matérialisme, perte des repères et désordre consécutif des idées et des mœurs, le tout tendant dangereusement la vie sociale qui souffre déjà du chômage et de la montée de l’Islamisme revendicatif et du communautarisme chez les français musulmans.

     Fortifions en priorité nos cœurs et nos esprits en vue des combats. Pour cela, cultivons ces vertus individuelles et collectives qui constituent ensemble la force morale d'un pays, notamment respect de la vie, de la personne et de la famille, courage, sens de la responsabilité et de l'honneur, générosité, civisme et souci de transmettre notre patrimoine historique, culturel et spirituel...

     Incitons nos jeunes (naturellement suivistes …) à développer en eux l’esprit critique et l’indépendance d’esprit qui sont les antidotes à la pensée unique et à la dictature intellectuelle dans lesquelles nous baignons.

     Le mensonge et le déni de réalité sont des plaies mais la vérité n’est pas souvent une, ni simple, donc pour être justes, essayons de tenir en même temps les deux bouts de la chaîne.

     Face aux idéologies malfaisantes, ayons le souci de faire preuve de bon sens, de réalisme et du souci de tirer les hommes vers le haut, ce sont nos meilleurs atouts dans une société déboussolée.
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    J’ai essayé de développer tout cela dans mes lettres et billets et dans mes livres, notamment dans le dernier : « En écho à St Ex ». (Encore disponible à France-Valeurs.)
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3/ Ce qui reste à faire

D’abord survivre en tant que France.
    La tâche reste immense tant les problèmes sont variés et complexes. Je ne parle ici ni d’économie, ni de politique.
    En ce qui concerne la Défense, je veux cependant insister sur quelques points qui conditionnent notre existence.

     S’agissant de la guerre faite à Daech et à ses alliés, le fait pour nous d’être une démocratie attachée aux droits de l’homme est notre honneur mais c’est aussi une vulnérabilité et une source de problèmes.

     Dans cette guerre à dominante psychologique, nos adversaires islamistes de l’extérieur et leurs alliés de l’intérieur visent surtout nos cerveaux et nos cœurs. Ils veulent nous faire peur pour amoindrir notre capacité de résistance.
    Ils cherchent notamment à impressionner les jeunes issus de l’immigration et leurs camarades les plus fragiles, leur faire croire qu’ils sont les plus forts, qu’ils mènent un bon combat et les persuader d’y participer.
     Il s’ensuit que, face à une telle stratégie, nos drones, nos écoutes, nos caméras et nos autres armes, même sophistiquées, ne suffisent pas. Il nous faut aussi et surtout adapter notre communication.

    Autant ou plus que par des frappes aériennes, nous devons donc nous défendre et contre-attaquer par des mots et des images soutenus par des idées et des convictions.
    Cela commence, selon moi, par le courage de nommer l’adversaire sous tous ses aspects et de définir les domaines et les moyens de communication où nous devons intervenir activement : les réseaux sociaux, les médias favoris de la jeunesse, les établissements d’enseignement … ce, tout en surveillant la communication adverse et en contrôlant chez nous le contenu des prêches islamistes.
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    Nos adversaires, qui nous connaissent bien, excellent à exploiter les failles de notre Droit. Certains principes de celui-ci sont notoirement faits pour une vie pacifique dans une démocratie apaisée mais constituent des facteurs de faiblesse face à des adversaires qui, eux, ne respectent ni les principes ni la vie humaine.
La notion de liberté d’expression mériterait donc d’être réexaminée, au même titre que celle de légitime défense.
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     Mais nous avons à livrer un autre combat au sein même de notre société : chez nous, la guerre des idées continue.
    Je ne veux pas revenir sur tous les aspects de la crise de notre société et sur la volonté affichée de nos adversaires idéologiques de changer de civilisation.
     Je me retrouve cependant dans le récent jugement de l'abbé Grosjean *, l’une des figures modernes les plus courageusement populaires de notre Église, il écrit : « Dans la vieille Europe et en France, le christianisme s'effondre. C'est en se réappropriant ce qui fait la force d'un pays, son âme, ses racines, sa culture, son histoire, ses valeurs, son héritage spirituel, tout ce qui fait son identité, que la France va pouvoir se rassembler. C'est ainsi qu'elle sera grande et solide, capable de se relever et de vaincre. »
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    A cet égard, je redis ici ma double satisfaction d’avoir senti le vent (mauvais) tourner, d’abord en 2013 lors des manifs pour tous, puis, ces temps-ci, lors des salutaires réactions nationales après les attentats.

     Je réaffirme donc ma conviction que chacun de nous devrait exploiter cette circonstance favorable pour oser faire entendre davantage sa voix autour de lui et dans le domaine public. L’effort de communication que je préconise face aux djihadistes est à accomplir aussi en direction du monde médiatique et de l’opinion publique qu’on peut facilement retourner. (L’exemple de l’abbé Grosjean, encore lui, invité à parler à la TV en direct d’un sujet très délicat dans un contexte défavorable, vient de nous montrer qu’on peut y parvenir à condition d’avoir du courage et de savoir maitriser sa parole. Par expérience personnelle, je témoigne qu’il est possible de s’y préparer. )
     Ayons donc le souci d’inciter nos jeunes à se former aussi dans ce domaine.

    Je redis aussi que notre devoir à tous est de rechercher très tôt des responsabilités dans la cité, dans le but de servir
(et non de se servir), y compris pour certains dans le domaine politique. L’on me dira que l’accès aux responsabilités réclame des compétences particulières. (C’est vrai mais je témoigne aussi que les responsabilités vous portent…) L’on m’objectera enfin que la politique, a priori c’est sale… mais Péguy répond : « Ils ont les mains propres mais ils n’ont pas de mains ! »
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    Tout en reconnaissant la nécessité d’un renforcement général de l’autorité de l’Etat,en particulier face au danger terroriste, je crois enfin que la société civile pourrait et devrait, en vertu du principe de subsidiarité, être davantage concernée par la résolution de problèmes dits sociétaux.
     Cela suppose qu’elle soit encadrée – légèrement- non par des commissaires politiques mais par des citoyens volontaires si possible sages, courageux et pédagogues. Elles sont nombreuses dans notre pays les personnes bien formées sur le plan humain, ayant beaucoup reçu et convaincues de ce fait qu’elles doivent renvoyer l’ascenseur. Elles pourraient utilement proposer davantage leurs services à toutes les communautés humaines, notamment dans les domaines qui concernent la vie et la famille.
     Cela pourrait recouvrir des domaines aussi variés que l’éducation à la civilité, les loisirs collectifs des jeunes (sport, théâtre, scoutisme, patronages…), l’information sexuelle, les écoles de parents, le conseil conjugal …
    D’excellentes associations s’occupent déjà de cela mais elles ont sans doute besoin d’être renforcées partout.

D’autres volontaires pourraient aussi assurer bénévolement des missions de renfort ou de suppléance de l’Education Nationale en ce qui relève de la connaissance de l’identité française : la culture, l’histoire et, d’une façon générale, tout ce qui permet aux hommes et aux sociétés de tenir debout.

     Ayant vu des étudiants de l’X et d’HEC travailler en ce sens dans les prisons, au sein du GENEPI, je suis persuadé que cette action étendue aux « quartiers sensibles » permettrait d’y contrer l’influence délétère des djihadistes.
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     Nos adversaires font peser une grave menace sur nous et cependant beaucoup de nos concitoyens se réfugient dans la désespérance et la protestation. Nous les comprenons mais, ayant la chance, nous, d’avoir trouvé des raisons de vivre, nous croyons qu’il est possible à chacun d’aider notre communauté nationale à rebondir. Pour contribuer à ce réveil, se lèvent déjà des hommes, des femmes et des jeunes qui acceptent d’être levain dans la pâte, de « ramer à contre-courant », d’exprimer leurs convictions, d’en vivre en SERVANT les autres, surtout les plus faibles. Ces bénévoles ont besoin de renforts…
    … En ce trentième anniversaire de France-Valeurs, et en cette période de Pâques, fête de l’Espérance, je vous souhaite ardemment et amicalement d’être de ceux-là.
Et je renouvelle notre profonde gratitude à notre dévoué André Bouvet qui diffuse tous nos messages.
Jean Delaunay        

• « Catholiques, engageons-nous! », par l’abbé Grosjean, Editions Artège

France-Valeurs 30° année Lettre d'avril 2016 Directeur de la publication: Jean Delaunay 32 rue de l’Orangerie 78000 Versailles Site Internet : www.francevaleurs.org courriel : contact@francevaleurs.org
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