Lettre de décembre 2015

Pour imprimer télécharger en PDF (cliquer)
Retour


L’actualité nous fournit un tremplin pour faire rebondir la France.
Pour y contribuer, « nous sommes condamnés à l’héroïsme.»


     Plus que jamais, ce Noël nous apporte un message d’Espérance que je vous retransmets dans la foi.

    Dans cette perspective, je tente aussi d’exploiter et d’élargir l’heureux sursaut national actuel.
Je constate à cette occasion que les récents évènements valident les idées que nous exprimons ici depuis 30 ans.
***

1/ De quoi s’agit-il ?

     Le monde est tourmenté à la fois par des manifestations de la nature et par la faute des hommes.
Réchauffement climatique et pollution menacent notre planète dont la population, notamment urbaine, ne cesse d’augmenter, avec des différences croissantes et inquiétantes entre le niveau de vie des riches et des pauvres, les paysans surtout.
    Simultanément, les conflits se multiplient entre états et à l’intérieur de ceux-ci poussant des millions de personnes à quitter leur pays pour se jeter dans l’inconnu.
    L’influence de l’Occident a tendance à diminuer alors que grandit la puissance de l’Asie et celle des pays émergents.
    Alors qu’autour de nous le feu a pris d’Ukraine au Sahel en passant par le Moyen-Orient, l’Europe a du mal à s’unir pour résoudre les problèmes de son ressort : l’afflux d’immigrants mais aussi l’harmonisation de nos législations.
***

     Dans ce contexte, notre pays traverse depuis des années une double crise, économique et morale, aggravée par le vieillissement de notre population (sauf chez les immigrés), phénomène occulté par la classe politique.
    La présence chez nous de nombreux musulmans pose en outre un problème grandissant.
Alors que beaucoup d’entre eux sont et se sentent français, d’autres, de la 3° génération surtout, manifestent de plus en plus leur refus de s’assimiler. Parmi eux, de jeunes exaltés frustrés, en échec scolaire, déboussolés et souvent déjà délinquants se radicalisent et convertissent parfois des camarades. Du coup, Internet, les réseaux sociaux et certains prêcheurs aidant, il règne dans leurs cités, devenues des zones de non droit, un climat hostile à la France.
    Le communautarisme y est encouragé à la fois par la propagande Islamiste et par le fait que, au nom du vivre ensemble, nos dirigeants multipliaient jusqu’ici les déclarations lénifiantes du genre « Pas d’amalgame entre Islam et Islamisme ! », tout en interprétant souvent la laïcité avec partialité.
    Du coup, mal cimentée, la communauté française déjà affaiblie par le chômage, les inégalités sociales et une profonde crise d’identité était menacée d’éclatement.
***

     Là-dessus, « le groupe terroriste le plus puissant de l’histoire » se livre, en plein Paris, à un massacre de civils, véritable déclaration de guerre à la France. C’est inquiétant, compte tenu des alliés potentiels que Daesch peut recruter sur notre sol.
    L’afflux incontrôlé de nouveaux migrants presque tous musulmans complique encore la situation.

     D’où une réaction populaire, à mes yeux salutaire, dans les esprits, dans les rues et dans les urnes.
Attention cependant aux feux de paille politiques ! Employons-nous donc à exploiter ce sursaut pour le transformer en réveil d’une France qui semble vouloir reprendre conscience d’elle-même et agir en conséquence.
***

2/ Les menaces

     Ce sont, directement, Daesch et, indirectement, nos propres faiblesses.
L’Etat Islamique autoproclamé, profitant du chaos du monde musulman, contrôle dorénavant une grande partie de la Syrie et de l’Irak, poussant ses pions ailleurs, en Libye et au Sahel notamment. Il a repris et modernisé pour cela la stratégie des conquérants arabes du VII° siècle qui combinait déjà terreur et propagande simplificatrice.
     Il nous faut reconnaitre le succès dans la durée de cette stratégie à dominante psychologique.
Le 11 septembre 2001, nous avions découvert avec une stupeur horrifiée sa capacité de nuisance.
    Elle s’appuie maintenant sur l’exaltation religieuse de ses adeptes et leur mépris de la mort, sur la mise en scène d’atroces spectacles de massacres d’êtres humains pour affaiblir la capacité de résistance des soldats et des peuples qui s’opposent à elle. Maitrisant autant que nous les techniques modernes, elle réussit à actualiser à son profit les vieilles méthodes marxistes de conditionnement des esprits et se comporte, hélas, en pro de la com.
     A cet égard, nos propres médias représentent à la fois une cible et un relai pour nos adversaires. (Je titrais déjà en 1985 « Kalachnikovs et transistors », l’un des chapitres-clés de mon livre « La foudre et le Cancer ».)

    Sur le plan militaire, il faut malheureusement ajouter que ses tacticiens multiplient les actions terroristes menées par des candidats au suicide, tout en étant capables de conquérir des villes et de déstabiliser leurs adversaires par des raids lointains menés par surprise en plein désert avec des véhicules bien adaptés.

    Sur un plan plus général, Daesch parvient apparemment à assurer sa logistique, donc aussi à se financer.
***

     En outre, notre redoutable adversaire à l’extérieur a pénétré aussi ce que le KGB appelait notre ventre mou.
    Il revendique peut-être abusivement, pour se faire valoir, des crimes perpétrés surtout par des exaltés drogués et /ou malades psychiques. En tout cas, sa puissante propagande infecte les cerveaux de gamins qui croient trouver là un but à donner à leur pauvre vie, imbibés qu’ils sont de slogans haineux sur l’Occident corrompu qui visent spécialement la France colonialiste après avoir été « croisée ».
    Certains d’entre eux sont sans doute prêts à prendre la relève des assassins du 13 novembre.
***

    Notre ventre mou, c’est d’abord notre population et ses lieux de rencontres : écoles, marchés, salles de spectacles...
     C’est aussi notre énorme infrastructure de pays développé: postes de commandement, relais hertziens, centrales productrices d’énergie, usines, lignes électriques, gazoducs, gares et aérogares...
    C’est enfin notre patrimoine national culturel: Notre Dame, la Grande Bibliothèque et le château de Versailles…
    On mesure comment cet ensemble immense et multiforme est difficile à défendre.
***

     Ce, d’autant plus que nos faiblesses apparaissent aujourd’hui au grand jour alors qu’elles étaient volontairement occultées depuis 40 ans, de même que la menace elle-même, pourtant dénoncée, notamment ici.

3/ Nos faiblesses
     Certaines d’entre elles ont un aspect quantitatif mesurable.
• Il s’agit notamment des effectifs insuffisants de nos forces de l’ordre et surtout de nos armées dont le format subit depuis des années une réduction croissante. Dans son livre, "la Dernière Bataille de France. Lettre aux Français qui croient encore être défendus", le Général Desportes révèle que notre armée de terre est engagée dans une vingtaine d’endroits à l’extérieur alors qu’elle est stérilement utilisée en métropole à gardienner les écoles et synagogues. Son entrainement au combat qui l’attend est donc compromis. ( Je viens de rencontrer un capitaine commandant une compagnie de Légion participant pour la 4° fois depuis janvier à l’opération Sentinelle alors qu’elle doit bientôt partir en OPEX. Je pense que ses hommes et lui sont las de cette illusoire mission de vigiles destinée surtout à rassurer la population au détriment du moral de nos soldats.)

    Desportes insiste aussi sur la vétusté de nos matériels qui s’usent vite en Opex du fait du vent de sable et que, faute de pièces détachées qui coûtent cher, il est difficile de maintenir en état de marche ou de vol.

    A cet égard, il remet en cause la priorité financière de notre force nucléaire. Or, le dogme de la dissuasion n’a jamais été réexaminé depuis 1960. Alors que l’ennemi est chez nous, nos sous-marins lanceurs d’engins patrouillent au fond des mers et le renouvellement de leur armement va bientôt absorber 30 % du budget de la Défense.
(C’étaient là les causes de ma démission de 1983, je l’ai confirmé en 1985 dans « La Foudre et le Cancer ».)

• Mais nos faiblesses ont d’autres aspects moins évidents, et des métastases du « Cancer » envahissent ainsi les domaines législatif, juridique et judiciaire. L’idéologie libertaire dominante a poussé nos députés à voter des lois irréalistes dont certains avocats savent exploiter les failles pour faire libérer des criminels et des terroristes.
Ce sont eux qu’on retrouve quelques mois après l’arme au poing dans un squat qu’il nous faut prendre d’assaut.

    De même, l’état d’urgence a provoqué de vifs débats où les défenseurs des droits de l’homme ont sans doute empêché d’élargir encore la notion de sécurité : le principe de légitime défense est lui-même envisagé a minima.
    En outre, le laxisme pénitentiaire imposé transforme des prisons en écoles d’islamisme où les caïds font la loi.
• Cela dit, il me semble que c’est dans le domaine des mentalités et des volontés que nos faiblesses étaient jusqu’ici les plus inquiétantes.
     Certains auteurs étaient vilipendés comme déclinistes attardés quand ils dénonçaient l’effondrement généralisé de l’autorité et celui du sentiment national, l’individualisme qui fait fi de l’intérêt général, l’oubli des devoirs par rapport à l’exigence de droits nouveaux, la disparition du respect, la montée des incivilités (à commencer par l’abstention électorale), l’échec de l’école et une laïcité souvent orientée.
     La faiblesse de notre volonté de défense allait de pair avec le déni de la réalité et l’idéologie libertaire.

    C’est pourquoi les attentats du 13 novembre ont provoqué un tel choc dans l’opinion : sans parler des élections, des drapeaux fleurissent de nouveau, les engagements dans l’armée reprennent, on acclame les policiers en tenue et les auteurs d’ouvrages décrivant les périls, hier cloués au pilori, font un tabac avec leurs livres … (1)

    On assiste surtout à une certaine prise de conscience de nos vulnérabilités par la classe politique dont une partie commence même à reconnaitre ses responsabilités et à avouer ses erreurs.

     Ce choc a provoqué la prise d’un certain nombre de mesures que je salue et d’autres qui me paraissent relever surtout de l’effet d’annonce ou du geste destiné à rassurer l’opinion.

    Face à Daesch, nous savons par expérience que (surtout quand elle est limitée, comme c’est le cas) la puissance de feu ne suffit pas à réduire des fanatiques qui n’ont peur ni de mourir ni de donner la mort, qui ont le temps pour eux et qui contrôlent de près les habitants civils, boucliers humains ou auxiliaires en puissance.
     C’est donc de façon globale, militaire mais surtout politique, médiatique, financière, et surtout culturelle, qu’il faut riposter.
     Dans ce combat dissymétrique à tous égards, nos démocraties partent avec divers handicaps : le désir d’en finir au plus vite car, pour elles, la guerre même juste est sale, d’engager le minimum de moyens par souci financier et, surtout, de limiter les pertes. (A cet égard, venant d’une haute autorité politique, le fait de déclarer a priori que l’on n’engagera jamais de troupes au sol me paraît une erreur d’annonce car un aveu de faiblesse.)

    Face à ses alliés potentiels qui vivent sur notre sol, les mesures policières et judiciaires sont nécessaires mais ne suffisent pas. C’est en amont qu’il faut agir, en priorité vis-à-vis des jeunes, notamment à l’école et sur la Toile. (3)

4 / Que faire ?

    Finalement, je le répète, c’est l’ensemble de notre Politique de Défense au sens large qu’il faudrait revoir pour mettre en cohérence ses volets « diplomatie », « communication » et « éducation nationale » avec ses volets administratif, judiciaire, militaire et budgétaire.
    La même cohérence serait à mener en parallèle aux échelons Europe et OTAN, avec le risque de devoir s’opposer aux USA dans certains domaines, notamment vis-à-vis des Russes.
***

    Mais tout cela est du ressort du pouvoir politique, l’indispensable effort militaire notamment, et surtout l’élargissement effectif de la notion de Défense Nationale.

     Il est cependant un autre aspect de notre survie, c’est le renforcement de nos forces morales. Il fait objet essentiel du discours de France-Valeurs depuis 1986 et sa réalisation me parait plus nécessaire que jamais.
Elle est du ressort de la société civile que nous constituons et c’est donc chacun de nous qu’elle concerne.
***

     Par forces morales, expression courante dans l’armée, on entendait un ensemble de qualités individuelles et collectives comme l’amour de la Patrie et la volonté de la servir, fût-ce au péril de sa vie, le courage, la discipline, l’abnégation, le dévouement au chef représentant la Patrie, la cohésion illustrée notamment par l’esprit de corps. A cette énumération assez classique, j’ajouterais volontiers un brin de panache à la française.

A mes yeux, tout cela « qui fait la force principale des armées » devrait faire aussi celle du peuple de France.

    Cela dit, proposer l’idéal ci-dessus à des gaulois et des musulmans vivant (mal) ensemble en démocratie dans une ambiance devenant lourde, relève, certes, de l’utopie. Mais ce sont les minorités actives qui font évoluer les peuples. D’où le devoir pour nous de mettre du levain dans la pâte. Or, le levain en question existe chez nous. Il a commencé à se rendre visible à l’occasion des Manif pour tous et leurs suites. Il a passé trop inaperçu lors de l’opération-imposture « Nous sommes tous Charlie » de janvier, mais les récents évènements viennent de lui redonner des couleurs.

    Je suis donc heureux et fier d’entendre de grandes voix (1) dire des choses du genre : « On n’a pas le choix : aujourd’hui la situation est si grave qu’on a besoin de héros qui rament à contre-courant et qui donnent l’exemple. »
    « L'urgence est en effet de retrouver le sens de notre héritage et, avec lui, cet appel qui nous dépasse. Il est temps de renoncer à la déconstruction méthodique que notre société subit depuis quelques décennies. Deux jours après les attentats à Paris, l'Association des maires de France appelait à interdire les crèches dans l'espace public. L'obsession de supprimer toute trace du christianisme, c'est aussi le mobile des djihadistes. Maintenant, il est temps de faire un choix ! « Nous sommes arrivés à un point de bifurcation dans notre Histoire, et il suffit sans doute de peu de chose pour que notre société s'engage dans la voie du renoncement, ou de la refondation. Soit nous décidons de faire un pas de plus vers une liberté nihiliste, relativiste, un pas dans le vide-, soit nous acceptons de nous réconcilier avec une sagesse qui nous précède, et de tout donner pour protéger un héritage qui nous dépasse. »
« La jeunesse de demain sera capable de franchir des lignes rouges. Elle n'aura pas peur d'aller en prison pour avoir prononcé des mots ou abordé des sujets interdits! L'islamophobie aujourd'hui est un délit, la christianophobie, elle, une opinion ! Notre classe politique aseptisée n'ose plus rien dire de peur des représailles. »

« Quant à nous, nous sommes condamnés à l’héroïsme ! » (2)

     C’est une forme de langage que France-Valeurs emploie, en plus modeste, depuis 29 ans à travers ses lettres, ses billets et son argumentaire. Nous y plaidons pour le réensemencement de ces Valeur qui constituent les piliers qui font tenir debout les hommes et la société.
     A l’encontre de certains discours officiels, nous soutenons que la famille est le cadre naturel, donc à privilégier, de ce réensemencement. Il est d’abord la responsabilité des parents et ensuite celui des autres acteurs d’éducation dont les professeurs. Les uns et les autres ont cependant besoin de réapprendre ce que sont la vraie autorité et le devoir de transmettre, et à les exercer sans faiblesse et dans l’amour.
***

     Concluons.
    Daesch (et d’autres) font peser une menace sur nous. La meilleure façon de la contrer, c’est de présenter l’image d’une France qui, sous le choc, rebondit en reprenant conscience, et de son identité profonde, et de l’importance en son sein des forces morales.
     Pour contribuer à ce réveil, il faut que continuent à se lever un certain nombre d’hommes, de femmes et de jeunes qui acceptent d’être le levain dans la pâte et de « ramer à contre-courant » en exprimant leurs convictions et en les vivant.

    En guise de vœux chaleureux de Noël et de bonne année, je vous souhaite ardemment d’être de ceux-là.
Jean Delaunay
***

PS Certains livres pourront vous y aider :
(1) « Le moment est venu de dire ce que j'ai vu » par Philippe de Villiers (Albin Michel).
« Les Déshérités ou l'urgence de transmettre », par François-Xavier Bellamy (Plon)

Et, en moins connu, « En écho à St Ex », par Jean Delaunay, (disponible à France-Valeurs).

L’Argumentaire de France-Valeurs pourrait y contribuer aussi.
Ce texte d’une soixantaine de pages figure sur notre site. Remanié à plusieurs reprises, il garde sur le fond toute sa pertinence. Je demande cependant à nos amis qui auraient du temps à consacrer à sa relecture, même partielle, de m’adresser leurs remarques et propositions en vue de son éventuelle réactualisation. Merci d’avance JD


(2) Extraits d’une interview des deux auteurs à succès précités publiée par Famille Chrétienne du 12 décembre 2015.

(3) En ce qui concerne les jeunes des cités, il faut reconnaître que l’élite de notre jeunesse ne s’en préoccupe pas assez. Je salue donc l’action des étudiant(e)s qui vont animer des séances de sport ou de jeux, de théâtre ou d’alphabétisation.
***


France-Valeurs 29° année Lettre de décembre 2015 Directeur de la publication: Jean Delaunay 32 rue de l’Orangerie 78000 Versailles Site Internet : www.francevaleurs.org courriel : contact@francevaleurs.org
Haut de la page