Lettre de janvier 2015

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« LA FOUDRE ET LE CANCER », 30 ans après…

     Mon premier livre est paru en 1985. Son (relatif) succès m’a permis de réunir un noyau de lecteurs acceptant d’embarquer avec moi dans l’esquif France-Valeurs lancé grâce à mes droits d’auteur.
    Il était le fruit de mon expérience de quarante années passées sous l’uniforme dans des postes de responsabilité grandissante dont, en 1980, le commandement de notre armée de terre.

    J’éprouve aujourd’hui le besoin de vérifier à la lumière de l’actualité les thèses que je soutenais à l’époque et d’examiner, ce faisant, le bien-fondé de l’engagement trentenaire de France-Valeurs.

    Après le « Pourquoi ai-je écrit ce livre ? », je décrivais « les périls auxquels nous étions confrontés. Nous étions en pleine guerre froide et le recours à l’arme nucléaire, que j’appelais « LA FOUDRE », paraissait alors du domaine du possible dans le cadre d’une confrontation avec le bloc de l’Est.
    Pour qui n’a pas vécu cette période, les chapitres correspondants sembleront relever de la fiction. Cependant, j’entends encore le Président Mitterrand nous déclarer en Conseil de Défense en juin 1981 sa conviction que: « les communistes sont encore au pouvoir à Moscou pour 50 ans
    Heureusement, l’URSS dont nous surévaluions tous la puissance l’a démenti en 1989...

    En revanche, d’autres périls que je tentais d’analyser pour les conjurer sont aujourd’hui d’une brûlante actualité. Je les évoquais sous le nom de « CANCER » car sournois, difficiles à appréhender et à contrer, et capables de pousser de funestes métastases dans tous les sens.

    Il s’agit notamment du terrorisme et de la guerre psychologique. Ils sont aujourd’hui à l’œuvre !

    Plus redoutable encore car venant de l’intérieur, c’était, déjà, l’effondrement des Valeurs morales de notre société car, disent les africains:« une forêt n’est jamais brûlée que par ses propres arbres. »

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    Au risque de paraitre verser dans l’autosatisfaction, je constate que l’essentiel de mon analyse demeure valable ; les faits récents me donnent, hélas, largement raison.
    A ceci près que je n’avais pas assez pris conscience de la faculté de nuisance du terrorisme ni de l’influence de l’immigration sur la crise de l’identité française.

     Ensuite, il m’était alors impossible de prévoir que qu’un autre danger viendrait de ceux-là même qui nous gouvernent et qui prétendent changer la civilisation. Et ce, alors que la crise économique affaiblit encore notre moral et que les piliers de notre société sont de plus en plus rongés par le matérialisme, le relativisme et l’individualisme.

    Heureusement, la récente réaction salutaire de notre base ranime notre Espérance.
***

     Les lignes qui suivent développent ces idées. Elles résument le discours tenu depuis 29 ans par France-Valeurs et rejoignent les conclusions de mon dernier ouvrage : «En écho à Saint Ex».

    Elles reprennent mon ultime mot d’ordre de 1985 : Refaire nos forces morales.

     Que nous aidions nos concitoyens à se pénétrer de cette nécessité et à la faire passer dans les faits, c’est le vœu ardent que je formule en ce début d’année 2015.
Jean Delaunay        

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Rappel : Le texte complet de l’ouvrage figure sur le site de France-Valeurs à la rubrique documents.




Le livre « La Foudre et le Cancer » revisité.

     En passant en revue mes différents chapitres, je vais essayer de montrer ce qui a changé par rapport à ma vision 1985 du monde et ce qui est amplement vérifié, notamment par l’actualité.

PREMIÈRE PARTIE : LES PERILS

« LA FOUDRE ROUGE» OU LA MENACE NUCLÉAIRE conjuguée avec une INVASION ÉCLAIR

    J’y décrivais les deux formes majeures de la menace militaire soviétique telle qu’elle était alors perçue par l’Occident. Leur contenu a été largement démenti par l’implosion de l’URSS en 1989.
     Cela dit, dans son désir de rebâtir une Russie impériale, M. Poutine renforce ses armées, son attitude vis-à-vis de l’Ukraine et sa dénonciation de l’OTAN rappellent certaines attitudes de ses devanciers, ce d’autant plus que le rouble baisse et qu’il a besoin de satisfaire son opinion publique où il a réussi à rénover le sentiment national. Donc, méfiance : c’est un joueur d’échecs !

« L'ORCHESTRE ROUGE» OU LA GUERRE SOUTERRAINE
    Sous ce titre, je passais en revue quelques éléments de l’action indirecte de l’URSS dans le cadre de sa redoutable stratégie globale : espionnage tous azimuts, influence via le PCF et ses organisations satellites en direction de nos intellectuels ( les idiots utiles, disait Lénine), noyautage des futurs dirigeants de nos colonies (Ho Chi Minh, Pol Pot…), intense action diplomatique vers les pays non alignés ( Egypte, Inde, Cuba), aide directe à nos adversaires en Indochine notamment.
    Le tout était complété par l’action des syndicats communisants pour nous affaiblir de l’intérieur en désorganisant nos ports, notre industrie lourde et même la distribution de nos journaux.
    Repris par nos écolo-trotskystes-maoïstes, ces procédés d’action restent d’actualité chez nous.
    Ils ont été aussi adoptés et rénovés par les terroristes dans le cadre de leur stratégie d’ensemble.

«TRANSISTORS ET KALASCHNIKOVS» OU LA GUERRE PSYCHOLOGIQUE RÉVOLUTIONNAIRE
    J’explicitais là des notions qui restent actuelles sur le fond et sont atrocement mises en œuvre au quotidien par Daech, Al Quaida et autres. Par rapport à leurs devanciers, ceux-là ont aujourd’hui l’avantage de maîtriser pour eux et d’exploiter habilement chez nous les moyens de communication modernes (I pad, Internet et TV, réseaux sociaux…) Cela a décuplé leurs capacités matérielles de nuisance et multiplié à l’infini le retentissement psychologique de leurs méfaits.
     A preuve, le prodigieux effet d’horreur et d’intimidation recherchée qu’ont suscité, d’abord les attentats du 11 septembre 2001 aux USA, puis les égorgements filmés en direct, enfin les récents drames de chez nous, le tout relayé par nos médias qui les font tourner en boucle, transformant les actes criminels de bandits en (possible) propagande psycho politique pour nos adversaires.

    L’effet d’horreur en question a, en plus, contribué à désarmer moralement des forces dites alliées. Des soldats Irakiens ré équipés par les USA ont lâché pied devant les attaques de Daech qui a conquis une grande partie du pays sans coup férir. Dans le même temps, les soldats du Nigéria fuyaient devant les milices de Boko Haram désormais maîtresses du nord du pays.
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    Par ailleurs, ayant souvent visité en prison des immigrés, je ne suis pas surpris que la vision de scènes atroces n’indigne pas des jeunes ayant grandi chez nous. Ils sont au contraire fascinés par la violence. Déçus, voire rejetés par notre société, accros à leurs portables, ils croient à la possibilité que leur offre l'islam de se dépasser pour une cause plus grande qu'eux. Le drame, c'est que leur générosité est dévoyée par une religion dont les textes sacrés justifient cette violence, entre autres, la Sourate 8, 17 du Coran: « Ce n'est pas vous qui les avez tués ! C'est Dieu qui les a tués (…) Il voulait ainsi donner aux croyants cette belle marque de Sa sollicitude. Il sait tout et il entend tout. (…) » Du coup, ils partent affronter la mort en Syrie… et leurs survivants commencent à passer à l’action ici…
    J’écrivais en 1985 à propos du terrorisme: « Il s'agit de l'un des plus graves dangers de notre temps car il pourrait dégénérer, même chez nous, en guerre révolutionnaire.» En fait, elle est déjà là !
    J’examine maintenant ma deuxième partie:
« LES SEPT PILIERS DE LA DEFENSE »
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Pilier 1 : INFORMER SUR LA DÉFENSE
    C’est loin d’être le cas aujourd’hui, quelques photos de nos soldats au Mali ne font pas suffisamment comprendre aux Français le pourquoi et le comment de notre action là-bas. D’ailleurs, dire la vérité sur la défense aboutirait à justifier nos dépenses militaires. Or, comme les armées sont la principale cible des économies gouvernementales, l’on en parle le moins possible sauf pour saluer un succès militaire occasionnel ou pour rendre hommage à un soldat tué au combat.

    En fait d’information, il s’agit d’ailleurs parfois de désinformation, par exemple quand on nous annonce qu’on va lancer une opération « brève ». L’histoire nous enseigne en effet que la riposte à la guerre révolutionnaire comporte un risque d’enlisement...

Pilier 2 : COGITER SUR LA DÉFENSE
    dogme de la dissuasion nucléaire, trop intellectualisé selon moi, n’a pas été sérieusement rénové depuis les années 60 où la création de notre force de frappe nous a donné accès à la cour des Grands.

    La préparation du Livre Blanc, confiée en majorité à des civils, ne rend pas assez en compte des menaces réelles et en oublie volontairement certaines : la menace intérieure notamment.

    Quant aux opérations extérieures, elles me paraissent parfois décidées (par les USA ou par nous) sans mesurer assez leurs conséquences lointaines, déplorables, on le voit, d’Afghanistan à la Libye…

Pilier 3 : RESTER EN GARDE
    C’est le point-clé. Les armées sont le seul corps de l’Etat dont les membres n’ont pas le droit de grève : du coup, c’est celui dont on réduit un peu plus chaque année les moyens. L’efficacité de nos unités en OPEX semblait malgré tout rester bonne jusqu’ici au prix de multiples d’acrobaties logistiques mais on a touché le fond et le moral des personnels s’en ressent beaucoup.

Pilier 4 PROTEGER NOTRE « VENTRE MOU ».
     Lénine appelait ainsi les éléments de vulnérabilité des pays modernes : centres de production d’énergie et de communication notamment… Leur sécurité est très difficile à assurer et l’actualité nous montre que les terroristes peuvent frapper partout. Or, ce facteur a été négligé quand, en abolissant la conscription, on a supprimé du même coup les Réserves qui avaient la charge de la défense opérationnelle du territoire (DOT), ce, alors que les faibles moyens de l’armée de terre sont orientés sur l’action extérieure et que la Gendarmerie a perdu aussi une partie de ses escadrons mobiles au moment où grandit la menace sur notre sol même.

Pilier 6 : CONTRE-ATTAQUER POUR GAGNER
     A la guerre, la défense ne suffit pas pour gagner. C’est dans cet esprit que la devise des St Cyriens est : « Ils s’instruisent pour vaincre ». Mais 60 ans d’invocation abusive du parapluie nucléaire, les missions d’interposition menées sous le casque bleu des soldats de la paix, la présentation souvent tendancieuse des guerres 1914/18, Indochine et Algérie ont mis à mal cette réalité très éloignée des idéologies régnantes. Aussi n’apparait-elle guère dans le Livre Blanc.
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    J’arrête là ma revue des divers aspects de la Défense en saluant le courage, la discipline et le dévouement des soldats * qui continuent à bien servir malgré les difficultés de leurs missions et les coupes dans leur budget. Leur attitude pourrait utilement être citée en exemple à tout notre peuple.
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    Je rappelle qu’en 2015 la puissance militaire reste un élément important de l’action politique.
    A condition, c’était mon idée-force de 1985, que nos forces morales soient à la hauteur de la menace et de la technologie. D’où la nécessité d’un véritable réarmement moral.
     C’est à celui-là que tente de répondre modestement France-Valeurs.

    Sachant que l’adversaire est fort surtout de nos propres faiblesses, je crois aujourd’hui plus fortement encore qu’hier que notre survie réclame exige un tel effort. Beaucoup de nos concitoyens en conviennent d’ailleurs si j’en juge par le succès du livre de Zemmour : « Le suicide français »

Pilier 5 : SOIGNER LE CANCER … Pilier 7 : REFAIRE NOS FORCES MORALES

     Par forces morales, on entendait jadis le courage et l'esprit de discipline et surtout la conscience d'avoir une juste cause à défendre et la fierté de cette cause.
     Je crois que cela reste vrai et qu’aujourd’hui, en plus, il s’agit de retrouver des raisons de vivre.

    Contribuer à revivifier ces Valeurs immatérielles qui permettent aux hommes et à la société de tenir debout, c’est depuis 29 ans notre objectif. Alors que nous souffrons d’un désordre généralisé des idées et des mœurs, nous croyons qu’il nous faut d’abord identifier et dénoncer sans relâche, comme le fait le Pape François, ces poisons secrétés par l’ambiance actuelle de l’Occident, matérialiste, individualiste et relativiste, en un mot suicidaire, en proposant des antidotes.

     Face à la peur de tout, nous exaltons donc le courage.
Face à la sinistrose : la vraie joie.
Face au désordre social, le respect de l’autorité et l’esprit civique.
Face au conformisme : l’indépendance d’esprit.
Face au mensonge : l’esprit critique.
Face à la corruption et à la triche : le sens de l’honneur et d’abord la simple honnêteté.
Face à l’égoïsme : le sens de la responsabilité et la générosité.
Face au laxisme et à l’exaltation des droits : le goût de l’effort et le rappel incessant des devoirs.
Face à l’individualisme, au chacun pour soi: l’attachement à la famille et à la patrie.
Face au matérialisme, à la chosification de l’homme : la proclamation de sa dignité.
Face à l’indifférence généralisée pour tout ce qui est grand et beau : la recherche de la transcendance.
Face à une conception matérialiste de la vie et de la mort : la quête permanente du pour quoi vit-on ? qui relève du sentiment religieux.
Face au mépris des autres qui conduit à la haine: le respect qui prépare à l’amour du prochain.
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     Nous croyons que ces différentes Valeurs forment un tout inséparable. Il serait par exemple malsain d’apprendre à un enfant à être courageux si on ne lui inculque pas en même temps le respect de la vie, l’honnêteté et l’amour des autres. Et, à l’inverse, il serait irresponsable de lui apprendre l’amour du prochain sans lui ouvrir les yeux sur le mal et lui apprendre à être fort.
***

    Nous croyons aussi que ces Valeurs n’existent que par les gens qui en vivent.
***

    Nous savons enfin qu’on nous accusera soit d’être des utopistes soit de tomber dans le fascisme.

    Il n’en est rien, je me contente ici de proposer un idéal aux hommes pour les aider à revenir aux fondamentaux (positifs) de leur nature.

J’incite tous les échelons de la société à éduquer en ce sens les individus à l’exercice de leur liberté.

    Cette volonté éducative opiniâtre s’appuyant sur une bonne pédagogie devrait s’appliquer non seulement à la formation des jeunes mais aussi, dans la durée, à tous les domaines de la vie sociale.

    Au moment où nos nouveaux ennemis font usage de leurs kalachnikovs en plein Paris pour nous intimider et nous faire perdre notre sang froid, refaire nos forces morales est une donnée vitale.

    Elle l’est aussi, dans le cadre de l’actuelle guerre civile des idées, pour contrer la redoutable offensive idéologique qui vise à briser nos repères pour changer la civilisation.

Opposons à nos adversaires une détermination opiniâtre et, après des années de silence craintif, affichons une mentalité de « gagneurs pacifiques ».

    Des millions d'hommes subissent ailleurs la dictature ou, chez nous, sont déboussolés.
    Montrons- leur que, malgré les inévitables imperfections de tout système politique, celui qui leur offre les meilleures chances de bonheur et d'épanouissement est fondé sur le bon sens, la nature et s’appuie sur les Valeurs fondamentales dont, au premier rang, le respect de la dignité humaine.

     Pour cela, prêchons d’exemple et, nous-mêmes, vivons – en !
Et surtout,
« N’ayons pas peur ! »

Jean Delaunay         

***

PS. * Par soldats, j’entends tous ceux, hommes et femmes, qui risquent leur vie pour nous défendre, c’est-à-dire, bien entendu, les marins, les aviateurs et les gendarmes, et leurs homologues, policiers, sans oublier les personnes qui travaillent dans l’ombre à notre sécurité.

** Je boucle cette lettre le 9 janvier, sans pouvoir prévoir le développement des affaires en cours. Le rôle des médias en guerre à base psychologique me paraît cependant d’ores et déjà à réexaminer, car le secret est un élément-clé de la réussite.
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