Lettre de juin 2014

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Réflexions autour d’un anniversaire


       Dans l’actualité française (qui ne m‘incite guère à pavoiser), je note d’abord la déroute de ceux qui, faute de pouvoir résoudre nos immenses problèmes, prétendaient, en plus, changer la civilisation.
       C’est dans cette optique que je me hasarde à quelques réflexions-souvenirs autour du 6 juin 44.
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       Pour nous qui avons vécu cette période, ce jour-là a représenté une merveilleuse lueur dans la nuit noire, c’est-à-dire la montée de l’espérance en la résurrection de notre France matériellement écrasée et moralement humiliée depuis quatre ans, sa population déjà divisée.

       Certes, nous discernions chez nos occupants des signes d’essoufflement mais ils gardaient à notre égard une grande faculté de nuisance à travers le million et demi de déportés et de prisonniers qu’ils détenaient dans leurs camps comme autant d’otages, et par leur capacité de nous affamer encore d’avantage et de réprimer de plus en plus sauvagement nos manifestations de résistance.
       Nous ne connaissions pas encore l’ampleur des moyens mis en œuvre par les alliés pour rendre possible le débarquement mais nous avions une idée des défenses adverses, objets d’une intense propagande nazie. Nous pouvions donc imaginer la vulnérabilité des quelques centaines d’héroïques fantassins amis jetés les premiers sur notre sol, non aguerris, sous le feu des blockhaus ennemis.
       Nous tremblions à la pensée d’une contre-attaque massive des Panzer qui aurait balayé l’amorce de tête de pont et anéanti nos rêves de liberté.

       Bref, nous étions animés de sentiments contradictoires : immense bouffée d’espoir mais aussi appréhension de l’avenir avec une seule certitude, celle qu’il faudrait encore souffrir et faire beaucoup d’efforts de tous ordres pour libérer et reconstruire la France. Ce fût en effet le cas.
       A un degré infiniment moindre d’acuité, j’éprouve aujourd’hui le même genre de sentiments.
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       En ce 70° anniversaire, je pense avec respect et gratitude aux combattants du D Day et à nos maquisards qui ont voulu les aider en prenant les armes - sans doute trop tôt - et qui l’ont payé cher.

       Sur les plages ou dans la montagne, tous étaient persuadés de la justesse de leur cause, ils avaient le sentiment d’être l’avant-garde de la libération de l’Europe, et ils acceptaient de souffrir - et peut-être de mourir, pour cela.
       Je voudrais que, toutes proportions gardées, nous soyons animés du même état d’esprit.
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       Certes, Il y a un monde entre eux hier et nous aujourd’hui. Nos magasins regorgent de victuailles, nous jouissions de tous nos droits, la paix règne chez nous (?), et surtout, nous ne sommes pas contrôlés physiquement par l’adversaire extérieur et nous ne regardons pas, nous, la mort en face...

       Certes, je sais tout cela, d’autant plus que j’ai souvent eu peur et que j’ai vu la mort de près.
Mais je crois que, nous aussi, nous avons une cause à défendre, vitale même si la menace est d’un autre ordre: elle est d’abord en nous, d’autant plus sournoise qu’elle est invisible. Ce sont nos cœurs et nos cerveaux qui sont visés. Jamais, à cet égard, ils n’ont été autant « occupés ».
Les médias envahissent tellement nos écrans et notre temps qu’ils nous anesthésient, nous empêchant de percevoir les vrais périls et d’y faire face.
Les périls, ce sont les idéologies à l'œuvre, porteuses de mensonge : la démagogie, l’égalitarisme forcené qui tue l’émulation, l’assistanat abusif qui compromet souvent la recherche du travail, le multiculturalisme qui sabote la cohésion nationale, le discours écolo qui défie souvent le bon sens …

S’y rattache la volonté de nos responsables actuels de «changer la civilisation »
. Après leur Mariage pour tous, ils prétendent soustraire nos enfants à l’influence de leurs parents.
       Ils contestent le modèle familial classique, ils sacralisent le droit des femmes à l’avortement (tout récemment encore, par la voix du chef du gouvernement en personne…), en attendant la légalisation de l’euthanasie …

       J’écrivais en 1985 La Foudre et le Cancer et je persiste : tout cela représente un vrai cancer avec quantité de métastases : confusion totale des idées, oubli des leçons du passé (la France inspiratrice de l’Union Européenne prête à renier celle-ci ?), renversement des Valeurs (la liberté devenant libertaire), mauvaise conscience instillée à longueur de journée…
       Et, surtout, divisions à la gauloise face à cette crise économique qui nous casse le moral, absence d’un grand projet français et européen face au monde moderne, et manque de courage politique de nos dirigeants se traduisant en langue de bois. (refus obstiné par exemple de parler de rigueur…)
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Je reviens maintenant à ma comparaison initiale.

1/ La justesse de notre cause
Pour les soldats de 1944, la cause était évidente : délivrer l’Europe d’une tyrannie sanguinaire.

      La nôtre, aujourd’hui, a besoin d’être explicitée. En effet, le matérialisme et l’individualisme ont tant envahi les esprits et les cœurs que des millions de gens se satisfont de leurs conditions de vie (améliorées dans l’ensemble) et appellent « évolution normale des idées et des mœurs» ce que je considère, moi, comme la crise gravissime de notre société, la décadence de notre civilisation.

      A preuve, pour commencer, la focalisation actuelle sur l’aspect strictement économique de la vie des hommes. Au cours de la récente et médiocre campagne électorale, l’on a parlé de chômage, (un sujet douloureux, ô combien !), de croissance, de productivité, de fiscalité, de mondialisation, cause des délocalisations… L’on a dit beaucoup de mal de « Bruxelles » mais l’on a quasi occulté les objectifs et les fondements de la construction européenne, ses dérives par rapport au concept initial et les mesures à prendre pour redresser le cap.

      Selon moi, l’on a surtout négligé les aspects humains les plus élevés du problème, philosophiques, moraux et spirituels.
       Rien d’étonnant tant est grande l’influence de la franc-maçonnerie dans les milieux politiques français, comme d’ailleurs à Bruxelles, à l’ONU et dans ses ramifications.
      Elle est d’abord perceptible à propos du respect de la Vie. Jean-Marie Le Méné, l’un des français les plus engagés dans ce domaine avec la Fondation Lejeune écrit :
« Certains sujets sont bannis sous peine de mort politique, professionnelle et médiatique. Le respect de la vie est celui qui est frappé de la plus sévère interdiction. Pourtant respecter la vie n'a rien de doctrinal. Redire que l'avortement supprime une vie humaine, c'est faire un constat d'une immense banalité. Juste la définition du dictionnaire. Mais, pour garantir le mensonge féministe, il est convenu - depuis la loi Veil - de dissimuler une réalité insoutenable en interdisant d'en parler, dans la plus pure tradition totalitaire. En même temps, le gouvernement assigne des critères de performances aux hôpitaux pour respecter un volume d'avortements proportionnel au volume d'accouchements (sic). Et il lance une campagne pour « déstigmatiser l'avortement ».
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      S’agissant de notre crise de société, nos concitoyens souffrent quand le malheur les frappe personnellement, que l’un de leurs ados tourne mal et lâche ses études sous l’emprise de la drogue, qu’un autre tombe en dépression, qu’un père ou une mère abandonne sa famille pour s’éclater
       Cela dit, font- ils le lien entre ces drames et l’ambiance générale libertaire qui règne chez nous, entretenue par les moyens modernes de communication ? Sont-ils capables d’aller plus loin, de chercher les causes de la crise, d’identifier ces Valeurs qui permettent aux hommes et aux société de tenir debout, bref, de rechercher le sens de leur vie ?

      C’est précisément ce qui nous importe, à nos amis et à nous. Humblement mais fermement, nous récusons sur ce terrain la pensée dominante, ce qui nous valait encore hier d’être dénoncés et parfois persécutés comme obscurantistes ennemis du progrès.

       Nous croyons que notre cause est juste et proprement vitale pour les générations qui montent. Marie-Joëlle Guillaume, citant René Grousset, rappelle «les lois de l'Histoire». Il écrit : «En général, aucune civilisation n'est détruite du dehors sans être tout d'abord ruinée elle-même, aucun empire n'est conquis de l'extérieur, qu'il ne se soit préalablement suicidé».

       Elle conclut « À l'heure où notre droit, oubliant la logique et la clarté de sa romanité constitutive, se plie à toutes les contorsions d'un présent déraciné ; où le progrès est confondu avec le changement perpétuel, vu comme positif par définition; où notre civilisation de liberté paraît considérer qu'elle peut se permettre la transgression permanente de ses fondements sans qu'il lui en coûte la vie, il vaut la peine de prendre quelques leçons de l'Histoire ! »

      La mondialisation marque déjà le déclin de notre Europe qui a dominé le monde pendant des siècles. Souvenons-nous que l’Empire Romain s’est écroulé, ses splendides réussites initiales débouchant en médiocre quête des citoyens pour le pain et les jeux, et ce, devant les invasions barbares. Les barbares d’aujourd’hui, ce ne sont plus exclusivement des Wisigoths ou des Huns ; les torpilleurs de notre civilisation sont, hélas, bien de chez nous… (Voir mon billet de la semaine.)
       Oui, notre cause est juste et mérite d’être défendue!
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2/ Nous constituons comme une tête de pont pour la reconquête de l’opinion et la résurrection de la France.

      Pendant quatre ans, nous avions attendu le débarquement, premier acte de notre Libération.
      De façon moins prégnante mais quand même anxieuse, j’espérais depuis des années un réveil des silencieux, un sursaut des bien-pensants contre la subversion des idées, véhicule du déclin moral.

      Ce sursaut est enfin arrivé l’an dernier, provoqué par le mariage pour tous car « trop c’est trop ! »
Vues par nous, même si la loi inique et inutile a finalement été votée, les Manifs ont été une victoire psychologique et politique, récemment consolidée dans les urnes.

       Mais le combat des idées s’inscrit dans la durée et nous n’en sommes qu’au stade de la tête de pont. Or, notre adversaire idéologique est déterminé à la réduire.
      Il compte sur notre lassitude et sur nos divisions. Il espère le soutien des milliers de français qui, ne partageant pas nos convictions profondes, enfants ou adeptes de la révolution soixante-huitarde, ne se sont pas sentis concernés par nos Manifs, d’autant que le Pouvoir avait tous les moyens de les contrer et de les déconsidérer, les faisant même passer pour extrémistes.
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       Dans les semaines qui ont suivi le D Day, les alliés ont réussi, grâce à un effort gigantesque, à consolider la fragile tête de pont normande, à relever les unités d’assaut exsangues, à amener des renforts, tout en intensifiant la pression aérienne, terrestre et psychologique sur l’adversaire.

      Toutes proportions gardées, notre tâche aujourd’hui est un peu du même ordre dans le domaine des idées.
       Entretenir l’enthousiasme dans nos rangs, maintenir la pression sur l’adversaire, conserver ou recréer notre unité, resserrer nos rangs et préparer la relève en formant des jeunes.

      Leclerc n’aurait pas libéré Paris si, le 6 juin 44, quelques centaines de GI épuisés et décimés n’avaient pas tenu bon, avec leurs camarades britanniques, sur quelques arpents de sable sanglant.

      De même, dans le combat pour les Valeurs, rien ne sera possible demain si, aujourd’hui, nous ne tenons pas ferme aujourd’hui sur nos positions et n’exploitons pas notre succès d’hier.

       D’où une campagne à préparer et à mener pour ranimer la flamme, galvaniser les énergies, trouver des soutiens et recruter des partisans.

      D’où surtout, dans ce cadre, un important travail de fond à accomplir pour étayer et approfondir nos convictions, solidifier et crédibiliser nos arguments. Il s’agit, non de manipuler nos concitoyens, mais de les convaincre qu’il faut enfin remettre le bon sens à l’œuvre, regarder la vérité en face et la dire, changer ce qui doit être réformé et, au contraire conserver soigneusement l’essentiel, tout en actualisant les détails… A cette fin, faire appel aux vertus individuelles et collectives qui ont permis à la France de se sortir de cent crises. Aux premiers rangs de celles-ci, le courage et l’honneur.
      Attention, changer notre civilisation, ce serait, sur le plan moral et humain, retourner à l’âge de pierre à l’ère de l’informatique !

       Car René Grousset écrit encore : «Dans la vie des sociétés humaines, le progrès, le plus souvent, ne s'acquiert en un point donné qu'au prix des plus douloureuses régressions sur d'autres secteurs»
.
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3/ Ce combat sera long et dur, acceptons-en les risques.

      Les héros du 6 juin ont beaucoup souffert et subi de lourdes pertes. Gloire à eux !

       Loin de moi l’idée de comparer leur sanglant calvaire au traitement injuste des nôtres, assez maltraités physiquement et moralement pendant les Manifs et depuis.
      L’affrontement des idées n’a rien à voir avec les mortels échanges de mitraille mais les mots sont aussi des armes à blesser et à tuer.
       Nous devons nous préparer à « en prendre plein la gueule» sous la forme d’un déferlement de calomnie et de désinformation. (« Le fascisme ne passera pas chez nous ! » scandait-on abusivement à Nantes l’autre jour quand un certain nombre de jeunes de nos amis manifestaient contre le port de jupes par des garçons pour lutter contre le soi-disant sexisme à l’école ! )
       Il faut nous attendre à des réactions du même ordre dans l’avenir – voire à des persécutions - car nos adversaires idéologiques, blessés dans leur fierté par les récentes élections, en seront d’autant plus mauvais joueurs… ou mauvais tout court et qu’ils sont au pouvoir.

      Au combat, le succès est toujours une question de rapport de forces – et souvent de forces morales.

       Nos libérateurs, alliés et français, nous laissent un magnifique exemple de courage. Sachons en être dignes et, notamment, sachons faire taire notre propension gauloise à la division.

      Merci aux libérateurs d’hier. Il ne faudrait pas qu’ils aient combattu et que beaucoup soient morts pour que nous nous retrouvions, 70 ans après, face à un autre type de danger, mortel selon nous.

      Courage donc, aujourd’hui et demain, à ceux qui travaillent et qui luttent pour défendre et faire aboutir nos idées.
Jean Delaunay            

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Lettre de France-Valeurs de juin 2014 trimestrielle ISSN 1260 643 X Directeur de la publication: Jean Delaunay
France-Valeurs 27° année 32 rue de l’Orangerie 78000 Versailles CCP 704724 K Paris
Site Internet : www.francevaleurs.org               courriel : contact@francevaleurs.org

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