Lettre de décembre 2013

Pour imprimer télécharger en DOC (cliquer) ou en PDF (cliquer)
Retour


France-Valeurs évolue


       La première lettre aux adhérents de 1986 titrait : « le bateau France-Valeurs est à flot ».
Aujourd’hui, vingt-sept ans s’étant écoulés, nous essayons modestement de garder le cap mais nous devons réduire la voilure pour alléger nos charges. Mon âge et celui de mes dévoués assesseurs (et l’impossibilité d’assurer notre relève malgré deux essais malheureux) justifient cette évolution.
***

      France-Valeurs déclarée en tant qu’Association Loi de 1901 va être dissoute si l’Assemblée générale extraordinaire du 1° mars 2014 en décide ainsi : elle fait l’objet de la convocation jointe.
(Nos statuts prévoient en effet la réunion d’une AG pour décider de la dissolution de l’Association.)
       En attendant, l’envoi de nos documents écrits cesse avec cette Lettre et mon nouveau livre.

      Notre site internet demeure actif en tant que conservatoire de nos archives et moyen d’expression de notre nouvelle association de fait.
      Celle-ci s’efforcera de diffuser un billet chaque semaine. Nos lettres seront fonction de l’actualité et de mes possibilités.
(Pour nos amis non internautes qui souhaitent rester en contact avec nous, voir annexe.)
***

Mon livre « En écho à St Ex »
      Comme je l’ai déjà détaillé, il reprend, sous la forme d’un témoignage personnel, l’essentiel de ce que j’écris depuis la fondation de France-Valeurs.
(Comme les sujets traités sont particulièrement sérieux, mon éditeur m’a proposé que la présentation de cet ouvrage tranche avec l’habituel aspect, austère, de nos Lettres et utilise la couleur et les illustrations. Je me suis rangé à son avis.)
***

      Un exemplaire (payant) de ce livre sera adressé d’office aux personnes qui ont exprimé leur intention de l’acquérir. Les exemplaires supplémentaires leur seront adressés sur confirmation de leur commande. La liste n’est d’ailleurs pas close.
***

Les suites de la manif pour tous

       J’écris dans l’introduction de ce livre: « Beaucoup de choses m’incitent aujourd’hui à actualiser l’affirmation de mes positions. Au moment où notre crise morale et psychologique s’aggrave, je vois surgir des utopies prétendues porteuses de progrès. Pire, bien qu’elles soient fondées sur le mensonge et la négation du bon sens, ces utopies deviennent des principes de gouvernement. En témoigne, entre autres, cette loi qui marque la volonté explicite du gouvernement de changer la civilisation.

      Tout cela m’a incité à écrire, en écho à St Ex, ce testament qui témoigne notamment de ma foi catholique. J’hésitais à le publier, conscient de la modestie de mon message et un peu déçu, ces années-ci, par l'excessive discrétion de la majorité silencieuse. Or, je viens d'en recevoir un immense encouragement à travers la réaction de santé et de bon sens de milliers de français. Ce sursaut que j’espérais depuis longtemps, je viens d’en voir les prémices à travers leurs manifestations à la fois massives, tranquillement opiniâtres, calmes et même joyeuses mais résolues. Elles ont donné lieu à une sévère contre-offensive des pouvoirs publics mais nous invitent à l’Espérance. » (…)

***

       En cette fin d’année fertile en émotions, ce sont les suites de cette réaction que je tente d’analyser ci-après en partant de la conclusion d’un autre livre qui complète bien le mien:
« Et la France se réveilla ! Enquête sur la révolution des Valeurs ».
***


      A la veille de cette mutation de France-Valeurs, je remercie tous nos amis de leur fidélité et je leur souhaite un bon Noël et une bonne Année 2014.
Jean Delaunay      

***


« Et la France se réveilla !».

      Les jeunes auteurs écrivent dans leur conclusion :
«La sociologie, la politique essayent depuis trois mois de faire entrer ce mouvement dans leurs catégories. Il reste cependant inclassable. On a parlé de Mai 68 à l'envers, mais où sont les pavés, les grilles arrachées, les blessés et les morts? On a évoqué les ligues, mais y a-t-il un évêque, un général, un tribun populiste dans lequel les manifestants placent tous leurs espoirs ? On a rappelé les aventures des Indignés en Espagne, l'épopée de Solidarnosc en Pologne, mais ni le Tage ni la Vistule ne coulent en France: les Indignés demandaient des emplois, de l'argent; la Pologne vivait sous un régime communiste. Cette France des invisibles sait que François Hollande n'est pas Jaruzelski. Elle ne demande rien d'autre que de vivre comme elle a toujours vécu. Ce mouvement est hors catégorie parce qu'on ne lui trouve aucun équivalent (dans la constance et la détermination) dans les pays où le mariage gay a été en débat. La Belgique l'a voté sans difficulté, la Grande-Bretagne aussi, l'Espagne a connu une impressionnante manifestation d'opposants, mais sans suite.
« Furia francese ! »
« Oui, nous avons vu le réveil de la France », a écrit Jean Sévillia. Des militants infatigables ont émergé au cours de cette année folle. Tractage, happening, camping: dans la réalité comme sur les réseaux sociaux, certains ont été à plein temps contre la loi Taubira. Imaginative, spontanée, cette jeunesse a créé des dizaines de petits groupes qui à leur manière ont dit non. Les Mariannes, jeunes femmes bâillonnées, Code civil à la main; les Hommen, miroir inversé des Femen. Ils ont revisité l'esthétique de Mai 68 pour la subvertir. Développé un graphisme urbain, à la fois branché et victimaire.
       Ce tourbillon de couleurs et d'imagination, ces cris, ces chants, ces chaînes humaines, ce feu qui vacille peuvent disparaître aussi vite qu'ils sont nés. Mais ceux qui le portent ont vingt ans et toute la sève de la jeunesse, leurs parents les soutiennent, leurs grands-parents les admirent, eux-mêmes ne sont pas peu fiers. Comme celui qui sent trembler la cloison à force de coups d'épaule, ils ont mesuré la fébrilité que le pouvoir en place dissimule derrière une extraordinaire arrogance. Ils n’ont plus peur du jugement médiatique et des procès en ringardise, puisque, pensent-ils, ils sont le sens de l'Histoire. Ils ne craignent ni les nuits courtes, ni les longues marches, ni la police, ni même les juges. De ce bouillonnement naîtront sans doute de nombreuses initiatives. Certaines dans la politique, d'autres dans l'université, d'autres enfin dans les médias et la communication.
       A vue humaine, cependant, ils manquent de tout. Ils n'ont pas de financier prêt à verser des millions pour leur cause, pas de chaîne de télévision soufflant leur esprit rebelle, pas de producteur de cinéma disposé à payer les meilleurs acteurs, les meilleurs scénaristes pour mettre en scène leur vision. Pas de comiques soucieux de ridiculiser leurs adversaires. Ils manquent de tout mais ils ont compris qu'on leur avait menti. Ils n'ont plus confiance en ceux qui les gouvernent, qui sont censés les protéger, qui sont chargés de les informer. Ils considèrent les médias comme leurs aînés de 1968 voyaient l'ORTF: des valets du pouvoir en place auprès duquel ils viennent prendre leurs ordres. Le deux poids, deux mesures dont ils ont été l'objet ont dessillé leurs yeux sur la machine à informer. Ils n'oublieront pas de sitôt les chiffres de France Info d'abord inférieurs aux estimations de la police lors des grandes manifestations; les amalgames à chaque agression homophobe; le relatif silence sur la répression policière et judiciaire dont des centaines de manifestants ont été victimes; les drapeaux LMPT caviardés des images du tour de France, les émissions toujours orientées en faveur de la loi Taubira. Ils ne sont plus dupes. Ils savent qu'on leur sert des soupes édifiantes tous les soirs, où les nouvelles bonnes mœurs sont mises à l'honneur. Ainsi le 12 juillet, dans un épisode de Plus belle la vie encore plus dégoulinant que d'habitude, deux homosexuels se sont dit oui. Dans le décor acidulé de la série, l'émotion était à son comble. C'était criant de fausseté.
       Ils ont tourné le dos à Plus belle la vie et à la réalité virtuelle. Ils gardent jalousement leur temps de cerveau disponible. Ils retourneront dans la rue s'il le faut, physi¬quement, réellement. Quand ils se découragent, ils songent à Antigone et aux gamins de la Rose blanche. Quand ils ont soif, ils vont puiser chez Saint-Exupéry, chez Camus, chez Bernanos. Quand ils sont impatients, ils se souviennent de Mandela, de Walesa, de Vaclav Havel. Quand ils souffrent de la bêtise qui écrase parfois leur époque, ils murmu¬rent Baudelaire: « Sois sage, ô ma douleur, et tiens-toi plus tranquille ». Dans leur esprit, une cohorte des poètes, de héros, de dissidents les accompagne. Tous ces gens qui ne sont pas invité au Grand journal («pas de poètes, pas de morts») mais qui «sculptent les silences» de l'âme. » (Gustave Thibon) et forgent un bouclier intérieur indes¬tructible.
       Dans la nuit du temps, cette jeunesse est fragile comme la flamme d'une bougie. Comme le chant des hommes qui s'élève vers les étoiles. Comme l'Espérance. »


      Je me reconnais tout à fait dans ces lignes et je suis heureux d’avoir vécu ce que nous venons de vivre en 2013 et qui, en effet, nous porte à l’Espérance en dépit des misères qu’on nous inflige.
      Par exemple, l’un de mes camarades m’écrit : « Décoré de la Légion d’Honneur à 25 ans pour services de guerre exceptionnels, je ne m’attendais pas à me faire gazer 60 ans après… et, en plus, au pied de l’Arc de triomphe… pour avoir voulu défendre tout ce qui m’a fait vivre… »

      Je lui exprime ici ma solidarité, comme à tous ceux des Manifs pour tous. J’en félicite les initiateurs et les acteurs et je leur dédie mon livre « En écho à St Ex ».

      Je trouve que les auteurs de « Et la France s’éveilla !» portent sur le mouvement un regard lucide et objectif. Je crois comme eux que le succès des Manifs relève du providentiel.
      Concernant les suites de cette action, je reprends donc d’abord, en les faisant miens, les sages conseils de Tugdual Derville,
délégué général de l’Alliance Vita, l’une des têtes pensantes de la Manif pour tous.
Il dit :
«1 N'idolâtrons pas nos buts. Que la loi Taubira soit passée ne changera rien à notre Espérance.
2 N'idolâtrons pas nos moyens : mon label, mon association...
3 Ne nous idolâtrons pas nous-mêmes. Évitons d'être dépendants du regard des autres et de notre besoin de reconnaissance. Apprenons à diminuer, comme Jean-Baptiste, face à la vérité qui nous dépasse.
4 N'idolâtrons pas nos ennemis, en ferraillant contre tel ou tel adversaire valorisant. Travaillons pour le bien sans nous acharner sur un bouc émissaire. Nos « ennemis » sont d'abord nos frères. »

***

       Ceci posé, mes mots d’ordre à moi, souvent répétés, visent surtout notre préparation au combat des idées. Ce sont : Nous renseigner, cogiter avant d’agir, nous rassembler et oser.

1/ NOUS RENSEIGNER

      Le succès à la guerre est d’abord affaire de renseignement. Nous sommes en effet dans la position d'Œdipe devant le Sphinx qui disait à son otage: « Comprends ou tu seras dévoré ».
       Essayons donc d’analyser ce que représentent pour nos successeurs des mesures comme l’adoption de la procréation pour autrui, l’élimination systématique des bébés suspects d’anomalie dans le ventre de leur mère, l’euthanasie ou, dans un autre domaine, le droit de vote des immigrés...

      Cela dit, faisons attention en même temps à ne pas surestimer la force de l’adversaire
comme nos dirigeant occidentaux l’ont fait de l’URSS de 1945 à 1989 - et comme je l’ai fait avec eux.
       Sachons reconnaître aussi les faiblesses de nos opposants actuels et mesurons nos propres atouts lesquels restent nombreux.
      A preuve, la volte-face des médias lors des récentes manifs. Une semaine avant, elles étaient annoncées comme un bide assuré face aux « forces de progrès ». Une semaine plus tard, les journalistes étaient obligés de changer de discours !
      La loi du pendule régit en effet l'univers et les excès finissent par entraîner le rejet des idées fausses et des comportements aberrants.
       Le renouveau du Spirituel accompagne et éclaire d’ailleurs le retour des Valeurs traditionnelles car, plus que jamais, les gens ont besoin de donner un sens à leur vie : les Veilleurs nous le montrent.

2/ COGITER AVANT d’AGIR

       Ayant pris conscience du danger, essayons de renforcer les défenses immunitaires de notre cerveau. Aiguisons notre esprit critique, vérifions ce qu’on nous raconte (notamment sur le Net), trions et comparons les points de vue. Et surtout essayons de tenir les deux bouts de la chaine. D’une part, évitons de nous lancer tête baissée dans l’action, cela peut se retourner contre nous. (Exemple, dans le domaine politique, notre intervention en Libye…) Essayons de garder la tête froide : ce qui est excessif ne compte pas.

      D’autre part, rappelons-nous que nous avons perdu la guerre de 1940 par lâcheté à Munich 1938. (Seule l’inaction est infamante, m’a-t-on appris…)
Dans la guerre civile des idées qui fait rage sans que tous nos concitoyens s’en aperçoivent, nos critères principaux doivent être l’appel au bon sens et l’action opiniâtre dans la durée.

3/ NOUS RASSEMBLER

       Deux constats. Primo, sur le plan des idées, je le répète, nous sommes en guerre. Or, à la guerre, malheur à l'homme seul. Secundo, nous sommes héritiers des tribus gauloises - cela s’est vérifié même au sein de la Manif pour tous... Dans le passé, sur tous les plans, nos divisions nous ont fait perdre beaucoup de batailles. Cherchons donc des alliés avec lesquels nous puissions échanger des informations, nous conforter mutuellement et monter des actions coordonnées.

       Quand on est minoritaire, ce qui était jusqu’ici notre cas- mais les minorités actives mènent le monde – il est vital de s’associer, même entre tribus gauloises...

4/ OSER

      Cela dit, ce qui est encore plus important, c’est d’avoir du COURAGE.
Cette vertu est nécessaire tous les jours à titre personnel aux adultes dans leur vie familiale et professionnelle. Elle l’est encore plus pour les jeunes qui sont très sensibles individuellement à la mode et très tentés de penser, de parler et de faire comme les autres.
      Notre courage, c’est parfois celui d’oser dire « NON ».
C’est toujours celui d’oser affirmer nos convictions et de nous comporter comme nous pensons, même si nous sommes dénoncés par les forces (autoproclamées) du progrès comme des attardés.

       Notre courage doit aussi et surtout avoir une dimension collective et c’est le principal mérite des promoteurs de la Manif pour tous d’avoir réveillé en nous ce sentiment. C’est à ce titre que j’ai intitulé un paragraphe de mon livre : le courage de quelques-uns, clé du renouveau.
***

      Telles sont mes réflexions à la veille d’une année de célébrations annoncées en mémoire de la guerre de 1914/18. Je souffre aujourd’hui d’en entendre parfois parler comme d’une « inutile boucherie », « d’une folie à mettre au compte d’un nationalisme stupide et criminel », « d’une machine à broyer les hommes », les fusillés pour l’exemple semblant d’avantage célébrés que ceux qui partaient à l’assaut.

       Pour moi, au-delà des horreurs et des souffrances, la Grande Guerre évoque surtout l’union sacrée obtenue par le pouvoir politique, l’esprit de discipline de millions de mobilisés, l’abnégation, l’endurance et l’esprit de sacrifice des poilus, l’admirable dévouement des femmes et, par-dessus tout, le patriotisme généralisé qui éclairait tout cela.

       L’enseignement majeur que j’en tire, rapporté à la situation actuelle, c’est qu’en fait de « changement de civilisation », la France devrait célébrer le Sens du Devoir.

      Il animait alors l’immense majorité des Français : c’est lui qui a rendu possible la Victoire et la survie de la France. Il mériterait donc d’être déclaré « grande cause nationale ».
***


       Tel est le genre de message que France-Valeurs va continuer à diffuser.
       Haut les cœurs, en 2014 comme un siècle plus tôt.
JD            

***
Et la France se réveilla ! Enquête sur la révolution des Valeurs ». 280 pages 18 €
par Vincent Trémolet de Villers et Raphaël Stainville éditions du Toucan


Lettre de France-Valeurs de décembre 2013 trimestrielle ISSN 1260 643 X Directeur de la publication: Jean Delaunay
France-Valeurs 26° année 32 rue de l’Orangerie 78000 Versailles CCP 704724 K Paris
Site Internet : www.francevaleurs.org               courriel : contact@francevaleurs.org

Haut de la page