Lettre de septembre 2013

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De l'Alpha à l'Omega…, un "sens" ???


       Je travaille toujours à mon prochain livre dont la première ébauche figure déjà sur notre site. J'ai soumis cet été mon manuscrit à un comité de lecture restreint. Les réactions de celui-ci m'amènent à reprendre mon deuxième projet pour le raccourcir encore, l'actualiser et le focaliser sur l'essentiel.
       Conformément à la charte de France-Valeurs, il ne traite pas d'économie et à peine de géopolitique mais est axé sur les aspects spirituels et moraux de la vie des hommes. J'y souligne que la vérité n'est pas souvent une ni simple et que, pour être juste, il faut tenir à la fois les deux bouts de la chaine.
       Dans cet esprit, il comporte deux parties: d'une part, ce qui m'inquiète ou m'indigne dans le monde, en Europe et en France; d'autre part, ce que je crois et qui me fait vivre.
      Merci à nos amis qui nous ont fait connaitre leur intention d'acquérir ce livre (liste non close...)

***

      En ce qui concerne cette lettre de rentrée et pour trancher provisoirement avec le ton et la référence (sans doute lancinante) aux Valeurs auxquels vous êtes habitués depuis 26 ans sous ma plume, j'ai demandé à mon ami Claude Roudeau l'autorisation de publier son important texte joint qu'il vous présente lui-même. Bonne rentrée !
Jean Delaunay      



Préambule de Claude Roudeau
      Destiné à des agnostiques bien plus qu'à des croyants, ce texte d'inspiration teilhardienne est une invitation à s'interroger sur la notion de "sens" pour y découvrir le rôle du Créateur…

De l'Alpha à l'Omega…, un "sens" ???


"Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme" disait Lavoisier au siècle des Lumières.

Dans la Grèce antique, 5 siècles avant notre ère, Anaxagore enseignait déjà à Socrate et Périclès que "Rien ne naît ni ne périt, mais des choses déjà existantes se combinent, puis se séparent de nouveau".

Ainsi, voilà 13 milliards 800 000 ans, nous étions tous déjà présents, avec tous nos constituants, dans ce minuscule condensé de matière et d'énergie dont l'explosion continue à s'étendre dans les myriades de galaxies en extension de notre univers…!

Miracle de la science : le tout récent exploit du satellite Planck qui a réussi à capter le rayonnement fossile de cet embryon d'univers quand il n'avait…"que" 380 000 ans…, et à le photographier, gros comme un ballon de rugby.

Le progrès aidant, rien n'interdit de penser que Plank ou un autre satellite pourront faire d'autres images de ce concentré d'univers, d'autant plus chaud et dense qu'il était plus jeune, quand il n'était qu'une…"balle de tennis", une…"balle de ping-pong", un…"noyau de cerise", jusqu'à cette graine minuscule qui a explosé au jour du big-bang 13 milliards d'années plus tôt et qui continue à se dilater dans nos galaxies en devenir…,

Ces galaxies, toutes composées des mêmes particules élémentaires déjà présentes dans la graine (électrons, protons, bosons, neutrons et neutrinos, et j'en passe…) …liées entre elles par les mêmes forces élémentaires (gravitationnelles, électromagnétiques, nucléaires, et autres...)… …qui ne demandent qu'à fusionner, se dissocier, se combiner en atomes, en molécules et …plus encore (nous le verrons…) …quand les conditions de température et de pression seront favorables…, …et en dissipant, ou en absorbant, leurs énergies réciproques…

Face à ce phénomène irréfutablement établi par la science, une première question se pose : comment concevoir cet "espace/temps" où se nichait la graine …"avant" ?... et où se développe le phénomène …."depuis", et sous nos yeux ???...
Là, aucune réponse rationnelle n'est disponible : place à l'imagination !


Demeure une évidence : de son origine à nos jours, la science a dûment établi
- que dans le grand jeu de ses composantes élémentaires en matière et en énergie, cette mécanique répond à des règles (identiques dans l'infiniment grand comme dans l'infiniment petit)
- qu'en termes mathématiques son développement obéit à un vecteur, parfaitement rationnel,
- et qu'en conséquence, ce vecteur indique déjà un "sens", aussi évident qu'irréfutable.

Vient aussitôt une deuxième question : vers ?
Immédiatement assorti d'une troisième : pour quoi ?


Entrer plus avant dans les évolutions de cet univers peut alors apporter quelques éclairages,…et ouvrir d'autres interrogations…

De ces myriades de galaxies en expansion qui enroulent en spirale leurs milliards de soleils, celle que nous connaissons le mieux est la nôtre, la "Voie Lactée".
De ces soleils qui se condensent, s'allument, brûlent et meurent, entourés de planètes, nous en découvrons chaque jour davantage, et celui que nous connaissons le mieux brille encore : c'est le nôtre.
Des huit planètes qui s'en sont détachées et tournent autour de lui en se refroidissant, l'une d'elle est la nôtre : la Terre, depuis 5 milliards d'années

Cette Terre, loin d'être stabilisée, dont le cœur en fusion jaillit par des volcans, s'est recouverte d'une fine écorce minérale, toujours mouvante, parfois tremblante : c'est la géosphère, celle des géologues.

Les gaz brûlants qui s'en sont échappés l'ont doublée d'une atmosphère.
En se combinant, deux de ces gaz, l'oxygène et l'hydrogène ont formé une molécule nouvelle, et particulièrement précieuse : l'eau. sous forme de vapeur.

Quand la température lui a permis de se condenser, des déluges d'eau liquide sont tombés sur la croûte, l'ont ravinée, se sont rassemblés en fleuves, en lacs, en océans et parfois en glaciers.

Alors, voilà 3 milliards d'années, se produira un phénomène totalement inconnu depuis le big bang :
si les minéraux étaient inertes, c'est dans l'eau des océans que des particules élémentaires vont se combiner en nouvelles molécules dotés de pouvoirs jusque là inédits
: - celui de s'organiser pour se développer, avant de disparaître (apanage d'un "organisme" autonome, protégé par une membrane)
- celui de se reproduire à l'identique, par simple division cellulaire, en attendant l'apparition d'organismes sexués…
- celui de s'assembler entre elles pour donner naissance à de nouveaux organismes, de plus en plus complexes, multicellulaires, autonomes, diversifiés et identifiés par un ADN.

Initié à partir d'amibes, de bactéries et autres virus monocellulaires..., c'est le grand saut de la vie !
La géosphère s'est doublée d'une biosphère, celle des biologistes.

Questions… :
- pourquoi, sur la géosphère, l'avènement de ces "vies" à durée limitée ?
- ces organismes "vivants", "autonomes" et "en devenir" entreraient-ils dans un "projet" ?
Si projet il y a, il confirmerait la prévalence d'un "sens"

Or, c'est à l'homme que ce "projet" va aboutir…


A partir de là, refaire l'historique du vivant si magistralement décrit par Darwin serait fastidieux.
Résumons : la vie est apparue dans les océans, qui en recèlent encore les formes originales.
Des poissons en sont sortis, ont appris à ramper, avant de se doter de pattes.
D'autres se sont vus pousser des ailes, et ont appris à voler.
Des végétaux aquatiques sont venus prendre racine sur la terre ferme.

Dans l'eau, les airs et sur terre, animales et végétales, les espèces se sont diversifiées, prédatrices les unes des autres pour leur subsistance.

Bien plus tard, parmi les vertébrés, apparaîtront les mammifères, expérimentés sous différents prototypes dont beaucoup échoueront : des espèces ont définitivement disparu… (ces tentatives manquées allaient-elle dans une "mauvaise" direction…: ???) Hasard ? Nécessité ? Seules ont survécu celles qui ont su "s'adapter".
…dans cette sélection naturelle, il est permis de retrouver un "sens"…

Parmi ces mammifères en mutation permanente, chez les primates la grande famille des préhominiens qui apprennent à se tenir debout et à marcher sur leurs pattes postérieures, tandis que leurs pattes avant deviennent des bras, dotées de mains de plus en plus habiles…
Et parmi ceux-là, la branche des hominidés : les seuls dont le volume crânien ira croissant…

Pendant 7 millions d'années, plusieurs "modèles" vont se succéder (pithécanthrope, paranthrope, sinanthrope, homme de Néandertal, homo sapiens et quelques autres…) avant d'aboutir voilà moins de 100 000 ans à celui dont nous sommes : l'"homo sapiens-sapiens", l'homme d'aujourd'hui.

Un "sens", …encore, semblait à la manœuvre…

C'est alors que se produira le deuxième grand saut après celui de la vie : celui de l'intelligence, dont le critère est la conception d'outils utiles à la survie.

Apte à la "réflexion", l'intelligence de l'homme l'amènera à s'interroger sur sa condition, à imaginer des concepts, et à nous en laisser les traces, gravées ou peintes.

L'homme avait pris "conscience", de lui-même, et de son environnement.
Il pourra dire "Je pense, donc … je suis !"

Tel fut l'avènement de ce que les grecs appelaient "noos" : l'esprit. Or… : si l'énergie issue des neurones dans leurs interactions physico-chimiques lui permet d'éclore, La pensée, quant à elle, est parfaitement immatérielle..
. L'esprit n'est constitué d'aucune de ces particules physiques élémentaires identifiées dans le big-bang et détectable par nos outils scientifiques ou mathématiques…
Alors…, si "rien ne se perd, et rien ne se crée", cette autre "particule" (…indétectable) n'était-elle pas déjà présente parmi elles dès ce moment là ?...
Quelles sont la "nature" et l'"origine" de l'esprit ? Ces questions restent posées…


Et ce n'est pas tout.
Cet esprit en progrès permanent dans l'homme lui donnerait-il un pouvoir sur le grand mouvement qui a mené jusqu'à lui, et se poursuit désormais avec lui ? Pouvoir de l'orienter ? l'infléchir ? l'enrichir ? s'y opposer ? …en abuser…? Quelle est la part de l'homme dans l'avenir du monde ???

Poussé à soumettre la Terre par son instinct de survie, peu à peu son esprit lui permet
…d'en utiliser les ressources : cueillir, chasser, pêcher, défricher, cultiver, domestiquer…
…d'inventer et perfectionner sans cesse des abris, des outils, des armes, des machines, des structures sociétales…
…d'imaginer des représentations du monde, des croyances, des rituels, des religions, des philosophies…
…d'accumuler, d'améliorer, de transmettre ses expériences…
…et dans tous les domaines, d'échanger avec ses semblables (voire…de les combattre…)

Créant et renouvelant des langages, des musiques, des danses, par la voix et le geste il communique avec ses proches, …et des groupes humains de plus en plus éloignés au fil de déplacements qui, du cheval à l'avion en passant par la voiture et le train seront de plus en plus aisés, de plus en plus nombreux, de plus en plus rapides

Au-delà du verbe, l'homme du passé communique avec ses contemporains, (…aussi bien qu'avec nous…) par des peintures, des gravures, des sculptures, …avant de concevoir diverses formes d'écritures, …sur différents supports matériels …de plus en plus faciles à dupliquer, à diffuser et à sauvegarder.

Avec les moyens d'aujourd'hui, l'homme du présent communique avec toute la planète par la radio, la télévision, les satellites, et l'internet, dans le formatage généralisé d'une logique numérique commune.

Ainsi, à travers ces échanges de plus en plus instantanés et denses, et dans l'alternance de convulsions suivies de convergences, le grand brassage des hommes, des races, des cultures et des civilisations successives connait-il une accélération fulgurante.

Ainsi voyons-nous peu à peu se développer une pensée, donc une conscience planétaires, en train de fonder sur la géo et la biosphère une nouvelle superstructure qui est celle de l'esprit : la noosphère.

Nous en sommes là.
Cette noosphère en gestation serait-elle "un" des stades (sinon …l'ultime ???) du grand mouvement lancé 13 milliards d'années plus tôt, et dont tout conduit à penser qu'il obéit à la logique d'un "sens" ???

Si oui, quelle en est la finalité ?...
…et quelles en sont les conséquences pour nous, ici, et maintenant ?


Cet exposé n'est qu'un constat, une fresque. Son interprétation est d'un autre domaine.

Ce qui en ressort clairement, c'est que du big-bang à nos jours, et à chacune de ses étapes, un "programme" (au sens informatique du terme) semble bien gérer le destin de cet univers tout en laissant à chacun des acteurs du "vivant" une marge croissante d'autonomie pour y jouer un rôle

Ce "programme" serait-il le reflet d'un "sens" ?

Cette question du "sens" (global) n'est pas neutre, car elle conduit nécessairement à quelques introspections sur le "sens" (individuel) à donner à nos vies.

De ce "sens" (tel que perçu par chacun) découlent en effet des normes de comportement, personnel, et collectif, fonction de la conception qu'on lui donne.

Entre les "forces de cohésion" et les "forces de dissociation" aux prises dans ce monde,
…mes actes vont-ils dans le "bon" sens ? …agirais-je à contre-courant ?
…étant ce que je suis et dans mon libre-arbitre, quel peut être "mon" rôle ?

Depuis que l'homme est homme, doté d'une conscience, il s'est toujours posé ces questions.

Il en a toujours débattu, au sein de sa famille, de sa tribu, de son clan, de sa cité, de sa nation, de ses organisations politiques, économiques, culturelles et sociales, devenues "supranationales", et désormais …"planétaires".

Des religions, des idéologies, des états ont toujours tenté d'y répondre, en édictant des "normes" et des "lois", toujours remises en cause, et toujours perfectibles.
Naturelles ou philosophiques, laïques ou religieuses, des "morales" ont vu le jour, inspirées les unes des autres, et parfois en contradiction.

Il y eut l'Alpha…, l'Omega est en marche…

Son accomplissement serait-il la "clé de voûte" de la noosphère ?
Le chantier reste ouvert !
Claude Roudeau, août 2013

Post-Scriptum :
1/ Il semblerait qu'un scénario comparable soit parfaitement envisageable "ailleurs" dans l'univers…

2/ Et "après"…? …et si, après une phase d'expansion, cet univers connaissait une phase de contractionvers un "big-crunch" symétrique du "big-bang" ? ...des scientifiques l'envisagent.
La fin du monde ? Ou la fin …d'"un" monde, celui que nous connaissons ???

Dormons tranquilles ! Les particules élémentaires de notre petite Terre, de notre petit Soleil, et …les nôtres (dont …"l'esprit"…) seront depuis bien longtemps "recyclées" pour servir à …"autre chose"…, car :

"Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme"…!

***

Lettre de France-Valeurs de septembre 2013 trimestrielle ISSN 1260 643 X Directeur de la publication: Jean Delaunay
France-Valeurs 26° année 32 rue de l’Orangerie 78000 Versailles CCP 704724 K Paris
Site Internet : www.francevaleurs.org               courriel : contact@francevaleurs.org

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