Lettre de décembre 2012

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Oui à la famille ! Non à ce « Meilleur des mondes » que l’on prétend nous imposer!


       Le Prix Goncourt 2012 vient d’être attribué à Jérôme Ferrari pour son roman «Sermon sur la chute de Rome». C’est le récit de l'avilissement des mondes : un mélange de réflexions philosophiques inspirées par St Augustin, auteur du vrai sermon en 411, et de descriptions (à ne pas mettre entre toutes les mains…) des agissements de personnages modernes dans un bar louche de Corse. L’ambition des deux héros était de transformer leur bistrot «en meilleur des mondes possible».
       Bien entendu, l’entreprise échoue comme s’effondrent inéluctablement les entreprises humaines, selon la prédiction de l’évêque d'Hippone, un an après la chute de Rome : "Depuis quand crois-tu que les hommes ont le pouvoir de bâtir des choses éternelles? " D’où, pour lui, la nécessité impérieuse de s’abandonner à Dieu…
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       Le livre en cause ne m’intéresse qu’à travers sa référence «au meilleur des mondes» car je voulais justement examiner sous ce terme les projets de Lois qui menacent l’avenir de nos enfants.
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       Je rappelle d’abord qu’Aldous Huxley, écrivain anglais a, dès 1931, pastiché dans «A brave new world» (Le meilleur des mondes), l’humanité future telle que certaines tendances la laissaient déjà pressentir.
       Dans cette société, les êtres humains sont créés en laboratoire... Le dopage de chaque embryon dans son bocal détermine sa future position dans la hiérarchie sociale... Cela facilite le marché du travail : l’on ne produit que le nombre de personnes nécessaires à chaque fonction de la société …
       Ce nombre est déterminé par le tout puissant service de prédestination qui programme aussi la mort pour tous à soixante ans afin d’éviter les soucis liés au vieillissement…
       Une fois nés, les jeunes humains achèvent d’être conditionnés durant leur sommeil. Les futurs cadres, grands, beaux et intelligents, apprennent ainsi à exploiter sans état d’âme les sujets petits et laids réservés aux fonctions manuelles. Chacun estime sa position idéale, nul n’envie le voisin...
        La maternité, la famille et le mariage sont tabou… Le sexe est encouragé comme une relation sociale récréative. Chaque individu connait simultanément plusieurs partenaires et la durée de leurs relations est strictement limitée pour étouffer les passions amoureuses, sources de tensions, et donc à bannir...
        Non seulement la notion de parenté est oubliée mais son évocation est condamnée... La solitude est une attitude suspecte. Chacun est obligé de participer à la vie sociale. Les loisirs sont pratiqués en groupe...
       Le soma est la drogue obligatoire distribuée officiellement. Elle empêche les habitants d'être malheureux...
       L’Etat est dirigé par un tyran entouré de cadres à sa dévotion. Les religions sont interdites et la critique du système punie de déportation dans les réserves. (Ce sont des petites communautés éloignées des centres où des sauvages sont autorisés à vivre comme autrefois. Dans ces véritables zoos, on montre aux hommes et aux femmes normaux les bienfaits dont ils ont la chance de jouir…)
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       Huxley dénonce ainsi une société profondément anesthésiée par le progrès scientifique et technique. Dans le but de faire réagir ses lecteurs, il décrit, poussées à leur paroxysme, les conceptions de l'eugénisme alors pris au sérieux par la communauté scientifique (dont fait partie son propre frère)… et par Hitler … en attendant 2013…
        Dans «1984», George Orwell reprendra le même thème. Les deux auteurs invitent les intellectuels à dénoncer les utopies et à nous aider à échapper aux redoutables pièges (à …) que constituent les idéologies.
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De son côté, dans sa pièce «Une petite flamme dans la tempête», Soljenitsyne décrit un système «qui se charge méthodiquement d'écraser ce qu'il y a d'humain dans l'homme.»
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       Je tenais à vous rappeler ces oeuvres qui anticipaient à la fois sur d’inquiétantes réalités déjà présentes chez nous et sur ce qu’on est en train de nous préparer, en plus dangereux encore.
        Continuons à nous défendre contre ces périls! Montrons-nous dans la rue mais sachons aussi argumenter !
Dans cet esprit, bon courage, bon Noël et bonne année !
Jean Delaunay


Défendons-nous!

        Ancien marxiste russe, devenu philosophe chrétien à Paris, Nicolas Berdiaeff écrit : «Les utopies sont bien plus réalisables qu’on ne le croyait autrefois. Et nous nous trouvons actuellement devant une question angoissante: comment éviter leur réalisation définitive ? (…). Peut-être un siècle nouveau commence-t-il, où les gens cultivés rêveront aux moyens d’éviter les utopies et de retourner à une société non utopique, moins parfaite et plus libre.»

       Comme lui, je vais essayer de montrer en quoi, si nous continuions à suivre la pente actuelle dans différents domaines de notre vie sociale, nous risquerions de nous retrouver, en fait de «meilleur des mondes», dans un bagne.
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       Bien sûr, le livre d’Huxley est un pastiche que certains considéreront comme grossier…
Nous vivons encore en pays de liberté : chez nous aucun tyran ne déporte les opposants dans des réserves... La majorité de nos enfants sont encore conçus dans le ventre de leur mère et un grand nombre de personnes dépasse chez nous l’âge de soixante ans... Le sort de la plupart d’entre nous échappe encore au déterminisme et dépend surtout de nos dons et de notre chance...

       Nous observons quand même des signes de l’évolution inquiétante des mentalités et des mœurs…
Quelques exemples :

Drogue
       Il n’y a pas en France de distribution officielle de la drogue mais sa circulation et son usage, autrefois clandestines, semblent devenues du domaine quasi-public, d’autant plus que des élus en demandent la dépénalisation, certains préconisant même l’ouverture de salles de shoot.

       D’ailleurs, en fait d’addictions modernes, il n’y a pas que les victimes de l’alcool et de la fumette, il y a aussi, via Internet, des accros aux jeux d’argent, à la pornographie et au cybersexe, poisons parfois mortels.
(Deux jeunes, victimes de rencontres sur Facebook piégées, se sont suicidés récemment.)

Famille
       La famille n’est pas, à proprement parler, un tabou chez nous. Mais à force de proclamer officiellement, à la suite de Monsieur Mitterrand : «Il n’y a pas de modèle familial, chacun invente le sien.», à force de banaliser, sous forme de fictions ou de réalités vécues, des situations que je considère personnellement comme attristantes, l’on en est déjà arrivé à affaiblir et à assombrir le principe de la famille (classique), fondement et pilier de la société.
       Déjà, l’on avait attenté au mariage civil avec le PACS, l’on occultait les conséquences dramatiques de certains divorces et l’on masquait le calvaire de beaucoup de femmes seules élevant des enfants…
       Voilà maintenant que l’on prétend, au nom d’une soi-disant égalité des droits, instaurer le mariage pour tous, un nouveau coup porté à la famille naturelle constituée d’un père, d’une mère et d’enfants…
       C’est une atteinte gravissime à notre société déjà en crise par manque de repères.

Sexualité
       Les rapports sexuels hors mariage sont désormais déconnectés à volonté de la fonction reproduction ; l’ancienne réprobation familiale et sociale à leur égard est tombée comme est oublié le vieil interdit chrétien.
       Il était donc prévisible que, banalisés, ils deviendraient, pour des partenaires de plus en plus jeunes, une relation sociale récréative, comme dit Huxley, avec, au mieux, une dose variable (et souvent temporaire), de sentiment.
       Certains réussissent à trouver par là le chemin du bonheur dans la durée et je ne peux que m’en réjouir. D’autres au contraire s’engagent dans des aventures sans lendemain, à répétition, qui sont loin de les combler.
       Cela dit, ces personnes sont bien entendu libres de faire ce qu’elles veulent. D’ailleurs ce type de relations les concernant individuellement ne devrait théoriquement pas entraîner de conséquences sociales.
       En fait, il donne souvent lieu à des souffrances morales nées de la rupture non souhaitée, (chez l’un au moins des partenaires), à des dépressions amenant parfois au suicide, à des vies gâchées dès l’adolescence par des expériences ratées, des viols, des avortements, sans parler du SIDA et autres maladies.

       Finalement, c’est toute la société qui paie indirectement ou directement la facture de ce qu’il faut bien appeler, de mon point de vue au moins, les avatars de vies personnelles déréglées.

Reproduction et filiation
       Les mesures de dépistage du handicap appliquées par les gynécologues à toutes les femmes enceintes présentant un risque (échographies et analyse de liquide amniotique et de sang conduisant, le cas échéant, à l’IVG) représentent déjà un grand pas vers l’eugénisme.

       Par ailleurs, si la fabrication de bébés-éprouvette est encore limitée en France, des savants, apprentis sorciers, rêvent de l’étendre par amour de la science et désir de servir l’humanité.

       Dans un autre domaine, après les réseaux d’adoption clandestins, le système des mères porteuses devient un véritable trafic. Des amis me citaient récemment l’exemple d’un collègue de leur fils, homosexuel bien intentionné qui, devançant l’adoption de la Loi dont il se dit sûr, se prépare matériellement et psychologiquement avec son compagnon à la livraison d’un bébé commandé par eux sur catalogue à l’étranger…
       Là encore, Huxley n’est pas loin !

Euthanasie
       Ils ne réclament pas encore la mort pour tous à soixante ans mais certains militants travaillent à faire admettre par l’opinion et à faire passer légalement dans les faits ce qu’ils appellent le «droit de mourir dans la dignité». Cette formule masque le refus de l’homme d’assumer son destin qui est de naître et de grandir, puis de vieillir, donc de décliner. Il y a là, selon moi, une prétention insupportable qui me fait penser au mythe de Prométhée.

Conditionnement des esprits
       Nos nouveaux-nés ne sont pas dopés chimiquement mais, dès qu’ils peuvent regarder la télévision et feuilleter les magazines, nos jeunes sont conditionnés d’une autre manière, plus subtile.
Le matraquage publicitaire vise déjà en eux les futurs consommateurs.

       Sur un autre plan, le scénario de la plupart des séries grand public rassemble tous les ingrédients du politiquement et socialement correct : la sympathique femme-gendarme divorcée qui élève seule son fils, la famille recomposée où tout baigne malgré les différentes couleurs de peau de ses membres, les amours (pas seulement platoniques) qui commencent à l’adolescence…

       La manipulation des jeunes esprits continue souvent à l’école avec des cours d’histoire et de sciences de la vie orientés…
       C’est ainsi qu’insensiblement et de façon indolore, on conditionne une population entière.
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       De tout cela, il ressort qu’Huxley avait senti 80 ans à l’avance les dérives potentielles de notre société matérialiste menacée par la démagogie et par des utopies. C’est ainsi qu’on nous dit : les hommes sont égaux en tout et ont tous les droits (sans les devoirs correspondants.)…On peut gagner plus et travailler moins, sans parler de la théorie du genre et des éoliennes-miracles. (Sur le registre défense, l’on nous disait aussi avant le 11 septembre 2001: la dissuasion nucléaire suffit à garantir la paix, plus besoin d’armées...)
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       Pour entrer dans le vif du sujet que représente la loi en instance de vote, je rappelle que ses promoteurs s’appuient :
-d’une part, sur l’égalité entre les personnes (alors qu’il ne s’agit que de satisfaire la revendication exorbitante d’une minorité de militants homosexuels),
-d’autre part, sur le fait que ces dispositions ont été adoptées dans d’autres pays. Faibles arguments !
       La Loi autoriserait le mariage entre personnes du même sexe, assorti de la possibilité d’adopter des enfants, individuellement ou en couple.
       Elle exclurait la légalisation de la gestation pour autrui (mères porteuses).
       Dans un autre domaine, elle accorderait un statut particulier au conjoint d’un parent biologique.
        En ce qui concerne l’insémination artificielle de femmes homosexuelles par donneur anonyme, cette mesure reste encore en suspens.
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       Pour contester l’adoption d’une telle loi, j’invoque d’abord le principe de précaution.
(J’avoue que ce principe même me hérisse car il prétend abolir tout risque. Or, depuis que l’homme est sur terre, il n’a cessé de prendre des risques. L’abus de précaution aurait interdit toute découverte et toute innovation.
       Je suis évidemment de ceux qui font attention à traverser dans les clous et à respecter les feux mais j’ai, à l’époque, partagé l’indignation des éleveurs dont on a abattu des milliers de bovins en bonne santé mais susceptibles de transmettre la maladie de la vache folle. )
       Cela dit, ce principe a été bel et bien introduit dans la Constitution (loi du 2 février 1995 dite loi Barnier) et mis à toutes les sauces. (réchauffement climatique, culture des OGM, ondes radio des téléphones mobiles, maladie de la vache folle…)

       S’agissant du mariage pour tous, je pense, comme le Docteur Lévy-Soussan, psychiatre : « Il serait paradoxal que notre société qui fait du principe de précaution sa loi cardinale assume un risque anthropologique d’une telle ampleur. »

       Ce que Gilles Bernheim, grand rabbin de France, interprète de son côté dans sa magistrale étude sur les lois en préparation : « De même que l’on ne peut démolir les fondations d’une maison sans que celle-ci s’écroule, l’on ne peut renoncer aux fondements de notre société sans mettre celle-ci en danger !
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Je m’appuie aussi sur le principe du cliquet.
       Un cliquet est une pièce incorporée dans un treuil. Il est destiné à empêcher la charge de revenir en arrière quand on relâche l’effort de traction. Par analogie, on retient cette expression pour désigner en politique des mesures dont on s’aperçoit qu’elles sont devenues mauvaises mais que, par démagogie ou par faiblesse, l’on juge impossible à supprimer. C’est le cas de l’avortement, alors que, depuis 1975, l’objet de la Loi Veil a été manifestement détourné. Votée de justesse face à d’indéniables situations de détresse, elle est aujourd’hui dévoyée à travers une majorité d’avortements de convenance (remboursés).
       C’est aussi celui des 35 heures et, d’une façon générale, de certains avantages acquis abusifs.
       En vertu de ce principe, non seulement l’on s’interdit de revenir sur une mesure néfaste mais encore, une fois que l’on a mis le doigt dans l’engrenage fatal, tout le bras y passe... Ce qui permet aux opposants au mariage pour tous de s’indigner contre cette Loi qui risque d’ouvrir la porte aux unions incestueuses, à la polygamie ou polyandrie, et à quantité d’autres abus de nature à dénaturer toute la vie en société.
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En guise de conclusion
       Ce que je voulais dire, un père Jésuite l’a dit avant moi et mieux que moi. Je lui laisse la parole, à lui qui n’a pas la réputation d’un réactionnaire et qui est très réservé face aux manifs: « (…) En même temps, il faut reconnaître que ces manifestations sont une conséquence de la surdité du gouvernement qui agit sur ce dossier avec une désinvolture extraordinaire. On est accablé, en lisant le texte du projet de loi, par la faiblesse et la vacuité des arguments avancés. Tout de même, puisqu'il s'agissait d'une proposition phare du candidat socialiste, on aurait pu penser qu'elle aurait été préparée et discutée bien en amont... Or je suis effaré de la légèreté avec laquelle le gouvernement s'apprête à supprimer les références "père" et "mère" de certains articles du code civil, sans aucune conscience des conséquences. Ce manque de préparation, cette incompétence sont à la fois tristes et affolants. » Paul Valadier
(La Croix du 18 novembre 2012 Propos recueillis par Anne-Bénédicte Hoffner )
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        Pour compléter votre prise de conscience de la réalité des dangers que j’ai essayé de mettre en lumière, je joins en annexe deux extraits d’articles d’auteurs qui n’appartiennent pas à notre famille de pensée. Ils me paraissent d’autant plus révélateurs.
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        En cette veille de Noël, je souhaite surtout que, malgré leurs épreuves, les familles, notamment celles qui ont la chance inestimable de compter un père (homme), une mère (femme) et des enfants puissent continuer à rayonner l’exemple de l’amour donné et reçu, de l’harmonie dans la durée et de la transmission des Valeurs, de façon à jouer leur rôle de pilier de la société et de principal amortisseur des difficultés sociales.
       Notre façon de mener notre vie, c’est le meilleur argument que nous puissions opposer à nos adversaires.
Jean Delaunay        
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NB Le texte ci-dessus constituera l’un des thèmes de mon prochain livre «Nouvelles lettres à mes descendants sur des sujets qui fâchent».
Les chapitres déjà écrits seront progressivement mis en ligne à partir de janvier sur notre site. JD
Lettre de France-Valeurs   trimestrielle ISSN 1260 643 X    Directeur de la publication: Jean Delaunay    France-Valeurs 32 rue de l’Orangerie 78000 Versailles    CCP 704724 K Paris    26° année    Lettre décembre 2012    Diffusée par SPEED 23 rue Dulong 75017 Paris



ANNEXE 1 : Auditions sur le mariage pour tous : une méthode contestée
Par Natalia Trouiller - publié le 23/11/2012 dans La VIE

Ce jeudi, à l'Assemblée nationale, se déroulaient en commission des lois, les premières auditions des différentes associations autour du projet de loi sur le «mariage pour tous». Le programme de la journée, scindait la journée en deux : une matinée consacrée à une table ronde de juristes, ouverte à la presse, et l'après-midi consacrée aux auditions de la Commission des lois, avec l'intervention de dix associations.
Première surprise : la table ronde du matin, intitulée « L'approche juridique » est composée exclusivement de juristes favorables au projet de loi : Daniel Borillo, juriste et militant de longue date, qui souhaite faire disparaître la mention du sexe de tous les documents d'identité car, dit-il, «l’assignation obligatoire à l’un de deux sexes est, pour moi, plus grave que le mot «race»». Laurence Brunet, juriste pour qui l'ouverture de l'insémination avec donneur pour les couples de femmes doit être légalisée. Robert Wintemute, avocat anglais qui avait attaqué la Grande-Bretagne devant la Cour européenne des droits de l'homme pour faire tomber la séparation entre union civile homosexuelle et mariage. Serge Portelli, vice-président du Tribunal de Grande Instance de Paris, qui a écrit un livre pour promouvoir le mariage pour tous. Et Caroline Mecary, militante à Europe Ecologie-Les Verts, avocate de la cause LGBT (Lesbiennes-Gays-Bi-Trans). Interrogé sur ce choix, Erwann Binet, le rapporteur du projet de loi, assume : «Ce n'était pas prévu, mais finalement c'est mieux de séparer les pour et les contre. J'ai demandé à Caroline Mecary de me donner des noms de juristes contre ce projet de loi, elle m'en a donné deux, qui n'étaient pas libres ». N'est-ce pas curieux de demander à une militante de choisir ses contradicteurs ? « Pas du tout. Moi je n'en connais pas, des juristes contre. Je n'allais pas prendre l'annuaire et appeler trente-six juristes, leur demander leur opinion, etc. D'autant que les pour, ils ont pu s'exprimer, ils ont eu leur table ronde eux aussi.»
Vérification faite, il y a eu deux autres tables rondes. La première date du 8 novembre, elle est intitulée «L'approche des sociologues»et elle était composée de Irène Théry, sociologue militant pour le projet de loi, Martine Gross, présidente d'honneur de l'Association des parents gays et lesbiens et Virginie Descouture, sociologue auteur de Les mères lesbiennes chez PUF. La seconde, le 15 novembre, réunissait les psychanalystes et pédopsychiatres Elisabeth Roudinesco (pour), Serge Hefez (pour), Susann Heenen-Wolff (pour), Stéphane Nadaud (pour), Pierre Lévy-Soussan (contre), Jean-Pierre Winter (contre) et Christian Flavigny (contre). Ce débat, retransmis sur le site de l'Assemblée nationale, ne figurait pas au feuilleton (agenda donné à tous les parlementaires) des députés. Et hormis les trois pédopsychiatres opposés au projet de loi, en infériorité numérique dans leur table ronde, les trois débats pour la presse organisés jusque-là ont donc bien été organisés avec des militants favorables. Et ce n'est pas fini : jeudi prochain, les représentants des associations LGBT françaises seront reçus, ainsi que des membres d'associations européennes, « parce qu'en France, on ne se rend pas compte de ce qui se passe dans les pays où le mariage pour les couples de même sexe existe », justifie Erwann Binet. Ces deux tables rondes pro-mariage pour tous, d'une durée totale de 4 heures, seront suivies de deux heures pour... l'ensemble des responsables des cultes en France. Le 13 décembre : « L'approche des philosophes et des ethnologues », dont la composition est en cours. Le 20 décembre, table ronde d'une longueur exceptionnelle de trois heures : « L'approche des familles homoparentales ». Total : 5 tables rondes favorables, une mixte avec infériorité numérique des contre, une dont on ignore le contenu, et une opposée, celle des religieux, ce qui donne l'impression que la seule opposition vient d'eux.
Seconde surprise : l'absence de plusieurs poids lourds
des associations concernées dans la liste des auditions. Pas de Familles de France, une association qui représente à elle seule plus de 60.000 familles, ni de Confédération nationale des Associations familiales catholiques (25.000 familles). Du côté de la défense de l'enfant ni l'Appel des professionnels de l'enfance ni Alliance Vita. Contactés, ces quatre mouvements sont unanimes : ils ont tous demandé à être reçus par la Commission, et tous se le sont vu refuser. A la place, ils ont été ou seront reçus en privé par Erwann Binet et sa collègue Corinne Narassiguin, porte-parole du groupe socialiste sur ce texte. A tous, le rapporteur a demandé de produire un texte qui sera mis en annexe à son rapport. A Familles de France, on ne décolère pas. « Nous demandons à être auditionnés dans les mêmes conditions que les autres. Et puisque l'inter-LGBT a été reçue par le président de la République en extrême urgence suite à sa déclaration sur la liberté de conscience, nous exigeons nous aussi d'être reçus aussi vite ». Sans succès pour l'instant.

A la Confédération syndicale des familles, qui revendique 35.000 adhérents, invitée à donner son point de vue, on se félicite du choix qui semble avoir été fait de privilégier l'audition de mouvements favorables au projet de loi. « On est pour le projet, on a d'ailleurs dans notre confédération une asso de familles monoparentales, on a été invités sans le demander et on a vu qu'il n'y avait que des associations comme nous, laïques et pour le projet, on s'est dit que c'était une bonne chose », explique Patricia Augustin, secrétaire générale adjointe. « Nous avons aussi été invités sans que nous l'ayons sollicité », raconte de son côté Jean-Marie Bonnemayre, président du Conseil national des associations familiales laïques. « Et nous en sommes très heureux, d'autant plus que nous avons une position progressiste depuis des années, et que nous sommes tout à fait pour cette loi parce que nous ne pensons pas du tout que la famille soit la cellule de base de la société ».
Parmi les associations auditionnées hier, rares étaient donc celles opposées au projet de loi. Si ce n'est la plus importante : l'UNAF, Union nationale des associations familiales, la plus grosse structure française d'associations de familles (714.000 familles). Après un débat entre toutes ses composantes, l'UNAF a tranché : la majorité s'est prononcée contre le projet. Dans son intervention, son président François Fondard a posé de nombreuses questions très précises sur les conséquences juridiques de la modification de nombreux articles de loi, et s'est dit au passage « choqué de ce que la possibilité de l'union civile ait été écartée par gouvernement au motif que les associations familiales l'auraient rejeté. C'est exactement le contraire qui s'est passé : la création d'une véritable union civile est au cœur de la revendication de l'UNAF ». Erwann Binet assume pourtant le fait d'avoir donné aux trois associations favorables à son projet alors qu'elles sont incluses au sein de l'UNAF - Confédération syndicale des familles (27.000 adhérents), Conseil national des associations familiales laïques (22.700 adhérents) et Union des familles laïques (2.584 adhérents) - le même temps de parole qu'à l'UNAF. L'association La Voix de l'Enfant, également contre, était auditionnée en même temps que Enfance et partage, plutôt favorable. On ignore ce que l'Ordre des avocats de Paris et le Conseil national des barreaux ont dit à la commission, puisqu'il n'y a pas eu de retransmission vidéo. « Question d'horaire », explique le rapporteur.
Quant aux associations d'adoptants et d'adoptés, divisées sur la question, elles étaient quatre à être entendues en une seule heure, à la toute fin de journée. « Je suis obligé de faire un choix car le programme des auditions est surchargé », justifie Erwann Binet. « Le rapporteur entend qui il veut. Je cherche à laisser s'exprimer la pluralité des opinions, que tous les avis soient entendus. Je ne sélectionne pas les auditionnés en fonction de leur poids ou de leur nombre, mais sur des arguments de fond, et je n'ai pas l'impression que les adversaires à ce projet en aient.. » Pour Henri Joyeux, le président de Familles de France, là est tout le problème : « Les auditions parlementaires sont précisément faites pour que le législateur puisse se faire son opinion en entendant les arguments de tous. En refusant de nous recevoir, le rapporteur sélectionne les arguments qu'il veut entendre et signifie donc que le débat est clos... avant même d'avoir commencé. »
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ANNEXE 2 : Mariage pour tous ? Mariage homo ? Mariage gay ? Pas de mariage ?

Je suis homosexuel. Je ne suis pas gay. Je n'ai pas fait le choix de mon orientation sexuelle.
Je ne suis pas plus fier d'être homosexuel qu'un hétérosexuel doit l'être.
Je n'ai aucune raison particulière de revendiquer ma sexualité, pas plus qu'au mois de juin sur des chars en train de me dandiner à moitié à poil. Merci au passage pour l'image que cela renvoie des homosexuels lorsqu'on n'habite pas la capitale ou une grande ville. Je ne vis pas dans ou pour une communauté. Le gay se réclame d'une culture, d'un mode de vie. Il a besoin que son charcutier, son marchand de journaux soit gay. Il veut vivre avec d'autres gays. En tant qu'homosexuel, c'est-à-dire en tant qu'individu appartenant à part entière à une nation, , j'ai toujours fait le choix de me loger sans me préoccuper de de mes voisins.
Je suis auteur. J'ai à mon actif plus d'une quarantaine de documentaires pour la télévision. Certains ont même obtenu des prix internationaux. Je suis également auteur d'ouvrages à caractère technique. Jamais il ne me viendrait à l'idée de faire du prosélytisme, d'écrire à l'attention d'une communauté. Ce n'est pas avec mon sexe que j'écris, mais avec mon cerveau.
En 1998, j'ai été le lauréat d'un concours national contre l'homophobie. J'ai écrit un synopsis sur la déportation des homosexuels pendant la Seconde Guerre mondiale. Je l'ai pensé parce par ce que cela fait partie de l'Histoire au même titre que la déportation des juifs, etc. Alors que j'avais signé un contrat avec plusieurs producteurs, ce film n'a jamais vu le jour, car on a voulu détourner mon intention en acte militant.
Battons-nous pour la santé, la retraite... pas pour le mariage. Nombreux sont les homosexuels qui n'ont aucune envie de se marier. Les auteurs et intellectuels homosexuels du XIXe siècle doivent d'ailleurs se retourner dans leur tombe, tant ils rejetaient cette idée bourgeoise. Alors pour qui fait-on cette loi ? Pour les quelques centaines de gays qui vivent dans le Marais ? Et encore, combien vont-ils faire ce choix ? On nous rebat les oreilles que dans la plupart des pays européens, le mariage gay est institué. En moyenne, si l'on prend l'exemple de la Belgique, seuls 2,5% des mariages célébrés sont tels. Pour la France, le chiffre de 2.500 mariages homosexuels chaque année, soit 1% des mariages célébrés, est avancé.
Adopter un enfant ? Regardons les choses en face Parmi les homosexuels, je me considère comme une personne sérieuse, c'est-à-dire qui a toujours fait le choix de vivre en couple. Je vais bientôt avoir 50 ans. Si à l'âge de 25 ans j'avais pris l'option d'avoir un enfant, celui-ci aurait, à l'heure actuelle, une dizaine de "beaux-papas". On me rétorquera que pour les couples hétérosexuels, il en est de même. Cela est faux. Dans la même période, en moyenne, une femme ne se sera peut-être remise en couple que deux ou trois fois maximum.
En outre, les couples hétérosexuels ont déjà bien du mal à pouvoir adopter un enfant. Il existe très peu de pupilles de la nation qui le soient. Ces couples doivent alors se diriger la plupart du temps vers des pays d'Afrique ou d'Amérique latine. Il est peut-être utile de rappeler que dans ces pays, les conventions rejettent toute option par des parents de même sexe . Alors je repose la question : à qui est destiné ce mariage pour tous ? L'homosexuel a déjà bien du mal à se faire accepter à la campagne ou dans les petites villes, alors un enfant de parents de même sexe.
Se pose la question bien évidemment de la signification du mot famille. Je suis chrétien, pas de l'UMP, pas de droite non plus, pas plus d'ailleurs que de gauche ou d'un extrême quelconque. Je pense uniquement ici à l'intérêt de l'enfant. Bien sûr qu'un couple de même sexe peut apporter autant de bonheur qu'un couple hétérosexuel. Et après ? Cela sera quoi, les repères pour cet enfant, sa filiation. Son non-rapport à la mère ou au père. il y a aussi les grands-parents. ils jouent un rôle considérable dans l'éducation, on l'oublie un peu trop souvent. En aura-t-il seulement ? Les homosexuels sont souvent rejetés de leur propre famille (ce n'est pas mon cas). D'ailleurs, les associations gay le savent bien, puisqu'elles se battent contre cela Réserve-t-on à ces enfants le même sort que les enfants nés sous X et qui, toute leur vie, partent à la recherche de leurs racines ?
Et puisqu'on parle de racines, nombreux sont ceux qui souhaitent connaître leurs ancêtres, les métiers qu'ils ont effectués, les lieux qu'ils ont habités. la généalogie est en plein essor. À quoi ressemblera l'arbre des enfants de parents de même sexe ?
Le mariage pour tous est une loi pour les gays et non pour les homosexuels. Ne nous y trompons pas.
(paru dans le Nouvel Observateur)
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