Lettre de juin 2012

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Courage, petit reste !


        Sur le plan international, le chaos prévaut dans beaucoup de pays avec son cortège d’horreurs et de misère. En Europe, la crise affole les opinions et paralyse les initiatives.
La situation écologique est à l’unisson : l’air et les eaux sont pollués.
       Mais il y a pire. En France même, où la campagne présidentielle a volé bas, ce sont nos cœurs et nos cerveaux qui sont souillés, conséquence de la non-transmission des Valeurs et de la perte généralisée des repères de vie. Notre pays est malade, et surtout dans les têtes.
***

       Face à ce que j’appelle la dégradation des idées et des mœurs, certains militants se réjouissent de voir confortées (et légalisées ?) leurs options libertaires. La masse des braves gens se contente, elle, de gémir : « C’est comme ça ! Faut bien vivre avec son temps ! »
       D’autres encore, dont trop de jeunes, se réfugient dans les divertissements (au sens Pascalien) et tranquillisants en tous genres. Internet et l’alcool font des ravages parmi eux.
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       Petit reste, nous sommes quelques-uns à nous démarquer de ces attitudes. Humblement, car nous mesurons notre immense chance, nous nous obstinons à regarder le monde avec des verres teintés à l’Espérance et à essayer de nous comporter en conséquence, notamment en transmettant la vie.
       Nous nous rappelons que la France en a vu d'autres et s’est toujours relevée. (Même si, cette fois, sur le plan des atteintes à la vie notamment, elle semble avoir touché le fond.)
       Refusant de nous focaliser sur la laideur ambiante, nous voulons nous réjouir des merveilles qui nous entourent : trésors de beauté, de bonté, de dévouement, de labeur obscur et opiniâtre, d’imagination créatrice, bref d’amour sous toutes ses formes…

       L’histoire nous a appris (notamment) que:
1/ Les civilisations sont mortelles.
2/ Chaque écart du pendule humain entraîne une réaction dans le sens opposé.
3/ Les minorités actives mènent le monde.

       Dans cette optique, nous voulons contribuer, patiemment et sans éclats, au redressement de notre société en affichant nos convictions et en témoignant par nos vies.

       Nous nous réjouissons d’avoir gardé, souvent en lien avec la foi chrétienne, l’essentiel des traditions que nous ont léguées nos ancêtres. Ce faisant, nous savons que nous devenons minoritaires et que la calomnie s'exercera contre nous, nous accusant d'être les tenants d'un ordre moral dépassé. Nous sommes persuadés au contraire d’être dans la vérité parce que nous faisons nôtres les Valeurs éternelles, dont l’incontestable loi de nature.
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       Tel est le message que France-Valeurs continuera à diffuser.
En prêchant d’exemple mais sans ostentation, réensemençons les vertus qui permettent aux hommes et aux sociétés de tenir debout. Transmettons-les à nos enfants. Faisons appel au bon sens. Refusons de nous aligner sur le politiquement correct. Préparons-nous à la résistance si l’on prétendait nous contraindre à trahir nos idéaux.
       Ce faisant, évitons les mots qui blessent comme les généralisations hâtives, et gardons notre humour.
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       Le nouveau livre de Denis Tillinac: «Considérations inactuelles» est un recueil (très actuel en fait) de pensées et de conseils de comportement dans lesquels je me retrouve tout à fait.
       C’est pour moi un signe qu’il paraisse au moment où je prépare cette Lettre. C'est pourquoi je me permets d’en offrir ici deux pages à nos amis à l'appui de ma thèse : Courage, petit reste !
Jean Delaunay              

Simples conseils pour le petit reste!

Mes quatre verbes (souvent répétés ici) sont autant de conseils d'ancien:
Nous informer, nous former, nous rassembler et oser.
1/NOUS INFORMER
Face à l'offensive idéologique, ne jouons pas les autruches. Prenons conscience des menaces qui nous guettent (l'euthanasie banalisée par exemple) et dénonçons-les. Nous sommes en effet dans la position d'Œdipe devant le Sphinx qui disait à son otage: "Comprends ou tu seras dévoré'.
       Essayons de percevoir et d'analyser l'actualité à la lumière de cette réalité : la guerre des idées. Cela dit, attention à ne pas être obnubilés par la désinformation et la subversion au point d'en voir partout. Gardons la tête froide et le sens de l'humour.
       Evitons aussi la provoc… Celle de nous comporter comme si nous partions en croisade: tout ce qui est excessif ne compte pas. Notre principale force à nous, ce doit être l'appel au bon sens.
       En revanche, sachons reconnaître aussi les faiblesses de l'adversaire, ses nombreuses contradictions et nos propres atouts lesquels restent nombreux.
       Souvenons-nous par exemple de certaine volte-face des médias. Une semaine avant, tel événement était annoncé comme un bide assuré. Les "forces de progrès ‘‘ n'en feraient qu'une bouchée. Une semaine plus tard, la situation était renversée. Les journalistes avaient pris le train en marche! C'est que les excès finissent par entraîner le rejet des idées fausses et des comportements aberrants.
       D'ailleurs, de nos jours plus que jamais, les gens ont besoin de donner un sens à leur vie.

2/NOUS FORMER
       Ayant pris conscience du danger, essayons de renforcer nos " défenses immunitaires", celles de notre cerveau. Pour cela, aiguisons notre esprit critique, vérifions ce que nous raconte le journal télévisé. Ecoutons les radios et regardons les TV étrangères. Trions et comparons les points de vue.
Cela nous demandera du travail. Cela impliquera surtout que nous ayons l'oeil et l'oreille en alerte ...
       Cultivons notre indépendance d'esprit. Face à la contamination de la pensée unique et de la mode, cela me paraît une vertu capitale à inculquer à notre jeunesse. Commençons tôt. Sans les harasser, saisissons toute occasion de montrer à nos jeunes que tout n'est pas vrai et bon dans ce qu'on leur montre à la télé, et dans ce qu'on écrit , même dans leurs manuels…
       Que tout n'est pas bien même quand "tout le monde le fait’'.

3/ NOUS RASSEMBLER
       Sur le plan des idées au moins, nous sommes en guerre. Or, à la guerre, malheur à l'homme seul et malheur aux tribus gauloises en ordre dispersé. Cherchons des alliés, des gens qui pensent comme nous et avec lesquels nous puissions échanger des informations en nous confortant mutuellement et en essayant de monter des actions coordonnées comme la manifestation pour l'école libre de 1984.
       Quand on est minoritaire, ce qui est notre cas - mais, répétons-le, les minorités actives mènent le monde - IL EST VITAL DE S'ASSOCIER. L'actualité et l'histoire nous le démontrent a contrario.

4/ OSER
       Cela dit, avoir du courage est encore plus important. Ce que nous expérimentons tous les jours comme vital sur les plans social, familial et professionnel, est encore plus vrai pour les jeunes, très sensibles à la mode et très tentés de penser, de parler et de faire comme les autres.
       Notre courage, et le leur, c'est souvent celui de savoir souvent dire "NON" et c'est toujours celui d'oser affirmer nos convictions et de nous comporter comme nous pensons, de mettre notre peau au bout de nos idées, au risque de passer aux yeux des branchés comme des demeurés.
C’est tout cela que Denis Tillinac dit avec d’autres mots, très actuels.
J D       
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« Considérations inactuelles »
Morceaux choisis du livre de Denis Tillinac en rapport avec ce qui précède

       « Pitié pour les politiques ! Nous traversons les yeux bandés une nuit de l’Histoire, la séquence la plus inédite depuis l'époque où l'homme a bâti les premières cités, conçu les premiers alphabets, érigé les premiers tombeaux, défriché les premiers arpents. Les sages, les experts, les religieux sont déboussolés, les scribes frappés d’atonie, et l’on exigerait des politiques qu'ils fixassent un cap et tinssent la barre. Aucune étoile ne s’est allumée dans le ciel depuis l’agonie du rêve communiste. Rien ne laisse présager vers quels horizons nous embarque la folie Prométhéenne… Et l’on reproche à des notables élus pour cinq ans par des masses versatiles et apeurées de ne pas pouvoir éclairer nos lanternes ! Que peuvent-ils sinon assurer tant bien que mal un gardiennage social depuis la crèche jusqu’à la maison de retraite ? De même, peut-on leur reprocher de taire leur impuissance ? Ils rétorqueront qu'ils se doivent de conjurer les risques d’affolement collectif, peut-être avec raison.
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       C’est aux marches de l’Europe, Moscou, Istanbul, Tel-Aviv, Tanger, New York, Buenos Aires que l'on perçoit son identité. Si l’on ne peut occulter ses racines chrétiennes, son âge compte aussi. L'âge de ses ruines, de ses lieux de culte, de ses cités, de sa pensée, de ses légendes, de ses créations artistiques, de ses conflits de famille. Pour capter l’héritage d'une si vieille dame, et ne pas le dilapider, il faut l’écouter avec déférence égrener les récits de sa jeunesse. Elle la fabule un peu, mais tel épisode instruit, tel autre émeut, tel autre embrase l'imagination jusqu'à inciter à enfourcher une monture. Plus tu remonteras le cours de son histoire, plus il saura t’enchanter.
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       Que le respect dû à toutes les civilisations, toutes les confessions, toutes les cultures, tous les peuples ne t’incitent jamais à faire de la démagogie sur le dos de ton pays. La haine de soi, le reniement de ses ascendances sont un poison encore plus nocif que le fanatisme religieux.
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       Ce n'est pas l'islam qui menace l’Occident mais l’apathie et son scepticisme face à des minorités qui croient au paradis et à l’enfer comme nos ancêtres aux hautes époques de la foi. En présentant son opulence comme le fruit de son anémie spirituelle, l'Occident provoque un mélange de mépris, de rancoeur et de convoitise qui risque d'être détonant. Il n’aurait plus peur de l'islam si, à défaut de croire au Dieu de nos pères, il prenait acte de son héritage et s’en faisait un titre de gloire.
       Il n'aurait peur de rien s'il n'avait honte de tout.
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       Le mot discrimination a mauvaise presse et des lois le proscrivent. Pourtant une option morale, une foi religieuse, une préférence amoureuse, une inclination esthétique, un simple goût discriminent par définition. Je t'aime, toi et aucun autre. Le choix d'un maître à penser, ou d'un lieu de résidence discrimine pareillement. Ce maître, ce décor, et aucun autre... Sous couvert de combattre de mauvais penchants ou jugés tels, la police des mœurs vise à culpabiliser quiconque refuse l’indifférencié. C'est au prix de discriminations qu’un être se civilise en hiérarchisant ses désirs et en discernant ses antipathies. (…) Aucune phobie dans la conscience de ce qui nous est indifférent, étranger ou contraire; juste l'appréciation de ce que nous sommes. Au demeurant, une phobie n'a en soi rien d’illégitime: chacun traîne les siennes, c'est la vie. Pour le barbare, tout se vaut, rien ne doit primer. Or, quand tout se vaut, plus rien ne vaut hors sa cotation à la bourse de la mode. Revendique haut et clair le droit de préférer, de distinguer, de sélectionner, d'éliminer. Le droit de discriminer.
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       La loi doit épouser les moeurs : sentence du résigné. Il faut vivre avec son temps : sentence de l'esclave. Affranchis-toi des modes érigées en valeurs par l'habitude du fatalisme. Soit ferme sur des appuis, quitte à passer provisoirement pour un rétro. Bientôt, à peu près tout ce qui paraît acquis ou souhaitable n'aura plus cours dans l'inconscient collectif : Tu ne risques pas une longue solitude !
       Ta vie est une aventure, n’en fais pas un pensum. Sois léger sans être futile, accepte le tragique sans perdre le goût du bonheur. Ne prend au sérieux que les instants de grâce où ton sentiment d'exister s’acoquine de quelque façon avec l’invisible, l'ineffable, l’illimité des premiers penseurs grecs.
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       Lenteur : vertu cardinale quand tout contribue à nous enrôler dans un hard -rock émotionnel. Prends ton temps, laisse à tes émois le temps de déposer leur lie. Contemple sans hâte, recueille-toi sans agenda, ni téléphone.
       Hante les lieux où souffle l'esprit, collines inspirées, forteresse de légendes, tombes de héros et médite jusqu'au coeur de la nuit.
***

       Cosmopolitisme et androgynat. Si un nouveau totalitarisme enténèbre le monde, il érigera ses barbelés autour de ces deux miradors. Les mêmes qui prônent le mixage sans frontières récusent l’altérité des genres. Tous citoyens encagés dans le même enfer égalitaire. Tous laminés, dépossédés, aseptisés, concrétions indistinctes condamnées ad vitam à un nomadisme mental sans recours !
Si la menace se précise, résiste par tous les moyens : il y va de ton intégrité.
***

       Le salut viendra d'une élite dont le l'émergence ne devra rien à l'argent et à la notoriété médiatique, présentement les seules sources d'un pouvoir que plus personne ne respect. (…)
Le roi est nu, on a cessé de croire à la thaumaturgie des chefs d'État, des patrons, des diplômés, des experts, des animateurs, et de la kyrielle des divinités sécrétées par les médias comme un escargot secrète de la bave, stars du showbiz ou du ballon, people lâché aux peuples non sans cynisme, comme on balance des os à des chiens. Le jour viendra où une élite se légitimera par la clarté de ses intentions, la hardiesse de sa pensée, la limpidité de ses espérances, la sobriété de ses façons d’être. Ce jour, il t’incombe de hâter sa venue !
***

       Faute de boussole, la démocratie se perd en débats faussement pluralistes où de bons humanistes entretiennent leur pharisaïsme sur le dos du réac de service. Réac ou facho, la démonologie en usage dégaine indifféremment ces deux flingues pour laisser le factieux sur le carreau. Le jour viendra où l'esprit le plus obtus s'apercevra que la texture même de ce débat est insignifiante au sens propre du terme.
       En attendant, uses de ton ironie, c'est la seule arme qui vaille face aux inquisiteurs, mais uses-en avec doigté et désinvolture sans le fiel d’une rancœur qui t’abaisserait à leur niveau. Le but de ces exercices de conformité morale est manifestement d'entretenir le statu quo. Si on t’y convie, presse le sujet abordé jusqu'à ce qu'il révèle le fond de sauce des crédulités sous le maquillage des mots sacralisés « progrès », «humanisme » , «citoyenneté », « droits de l'homme» . Ces gros mots dont personne ne s’avise d'élucider le sens par crainte de découvrir l’inanité des uns, les lourdes équivoques des autres.
***

       Du temps des mérovingiens, de sombres brutes ravageaient par le fer et le feu tandis que, dans les monastères, des copistes anonymes ravaudaient obstinément les lambeaux épars de l'héritage : la pensée grecque, la théologie chrétienne. Ces héros sans armes de la transmission, prends les comme modèle, ils ont sauvé ta civilisation.
       Dans l'agonie de la nôtre, quels religieux entretiendront quelle flamme dans quelle thébaïde à l'abri des barbares ? Mystère ! On peut seulement présumer qu’ils seront silencieux, impavides, et qu'ils envisageront le temps comme prélude de l’éternité. Trouve des alliés. Fuyez les prédateurs, improvisez des camps retranchés et vous serez peut-être des remparts dans la tempête. Préparez l'embellie carolingienne au coeur des forêts, de la solitude, le repli, le recueillement. Le moment venu, il y aura lieu de tirer l’épée qui s'impatiente dans son fourreau.
       Pour l’heure, imite les moines plutôt que les guerriers.
***

       En somme, cultive le sens de l’honneur, de l’altitude, de la nostalgie, de la gratuité, du ludisme, de l’intériorité, du panache, de la mémoire, du secret, de la désinvolture, de la religiosité, de la perspective, de l'humour, du détachement …
        Et tu seras sauvé !
»
***

Denis Tillinac
Considérations inactuelles
150 pages Plon éditeur

Lettre de France-Valeurs   trimestrielle ISSN 1260 643 X    Directeur de la publication: Jean Delaunay    France-Valeurs 32 rue de l’Orangerie 78000 Versailles    CCP 704724 K Paris    26° année    Lettre juin 2012    Diffusée par SPEED 23 rue Dulong 75017 Paris

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