Lettre de mars 2012

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        Liminaire.
       « Que se passe-t-il ? J’attends impatiemment ma lettre! », m’ écrit l’une d’entre vous…

        Avec elle, vous êtes plusieurs qui avez eu la gentillesse de m’adresser des remerciements ou de m’exprimer des attentes. Alors que je me posais la question, à Noël, d’entamer une 26° année, ces encouragements me poussent à maintenir l’esquif France-Valeurs à flot, tant que j’en aurai la force.
       Chère Nicole, la voici donc, votre Lettre ! Merci de votre amical coup d’éperon !
***
       Indignés et concernés, donc appelés à réagir

       Indigné ! Bien que le mot caractérise une attitude de jeunesse, je le prends à mon compte.
       Je suis littéralement indigné par une certaine actualité et l’état d’esprit qu’elle sous-tend chez beaucoup de nos contemporains.
       Il s’agit d’abord de graves faits de société qui représentent à mes yeux autant de scandales.
       Un seul exemple, typique et occulté : au-delà des productions audiovisuelles violentes, les spectacles pornographiques, dorénavant accessibles à la majorité de nos enfants, via la vidéo, internet ou la TV, représentent maintenant le mode courant de leur initiation sexuelle.

       Dans un tout autre domaine, il s’agit d’un gravissime phénomène : le désamour de la France.

       Face à cette gamme de situations diverses, je constate deux types principaux de réaction : •
       Une passivité proche de l’indifférence. « C’est comme ça… Le monde change… On n’y peut rien ! »
       Une mise en accusation des supposés responsables : « Que fait donc le Gouvernement? Et la Justice? Que fait le CSA pour contrôler les médias ? D’ailleurs, ça commence à l’Ecole ! »
        Bref, « tous pourris. Y a qu’à… Faut qu’on !...»

       La première attitude ne me paraît guère « citoyenne » (pour «causer moderne! »)
       La deuxième oublie qu’en démocratie, le pire des régimes, disait Churchill, excepté tous les autres, les Elus sont, par nature, obligés de surfer sur la vague, de ménager la chèvre et le chou …
       La Justice est rendue au nom du Peuple, donc tiraillée, comme lui, entre deux tendances : frapper fort pour donner satisfaction à une opinion traumatisée par d’horribles faits-divers ou faire fond sur la possibilité de rédemption d’un coupable, sachant qu’un long séjour en prison le cassera.
       La Police est de même prise entre deux mots d’ordre : des résultats mais surtout pas de bavures !
       Les Enseignants sont fréquemment amenés à exercer dans des conditions très difficiles, face à des jeunes remuants (euphémisme !), dispersés et souvent perturbés pour des motifs familiaux...
       Quant aux médias, ils fournissent à leurs clients ce qu’ils ont envie de lire, de voir ou d’entendre.
       Plutôt que des phares pour l’opinion, ce sont des caisses de résonance (ou de discordance).

        The last but not the least, l’idéologie dominante, toutes étiquettes confondues, est foncièrement matérialiste, relativiste et libertaire. Or, elle imbibe tristement une grande partie du tissu social.
***

       Il découle de tout cela que nous sommes tous concernés par ces problèmes dont la solution (ou l’absence de solution) conditionnera l’existence de nos descendants.
       Il en résulte, aussi et surtout, que nous avons tous à réagir. Inutile d’épiloguer sur le passé mais c’est un fait qu’aveugles, sourds ou obnubilés par l’accessoire, nous avons chacun, d’une façon ou l’autre, contribué à laisser filer une maille de l’étoffe (tricolore), tissée par nos anciens pendant des siècles. Réagir, ce n’est rien moins que de commencer à retricoter le tissu social.
       D’où ce réarmement moral auquel je vous convie, notre tâche à tous, littéralement vitale.
Jean Delaunay       
***



       Indigné

       Au nom de France-Valeurs, je m’indigne d’abord de tout ce qui nous rend moins humains.
       Il s’agit, dans la plupart des cas, de véritables dévoiements, voulus ou subis, de notre liberté.

       Problèmes dits de société

       § Le fait majeur qu’on permette le meurtre légalisé de 220.000 bébés par an me paraît avoir ouvert la porte à toutes les dérives. Mère Térésa avait prévu que, suite logique de la loi Veil, l’euthanasie arriverait vite sur le devant de la scène. Nous y sommes ! Pourquoi épargnerait-on des personnes qui retombent en enfance alors que l’on n’éprouve aucun scrupule à tuer des innocents dans le ventre de leur mère ?

       § La tendance à piétiner toutes les barrières morales a ainsi amené à toutes sortes de folies.
       Tout se tient, le fait de déconnecter officiellement dans les manuels scolaires l’activité sexuelle de l’élément affectif qui est à la base de l’amour a abouti, je le répète, à cette horreur occultée : la pornographie devient le vecteur principal de l’éducation sexuelle précoce de nos enfants…

       § De même, s’agissant des rapports homme/ femme, l’occultation de la responsabilité personnelle de chacun et son engagement dans la durée a une profonde implication sociale.
       Les familles éclatant, des milliers d’enfants de tous milieux voient leur équilibre existentiel compromis par la séparation de leurs parents. La majorité des jeunes délinquants sont dans ce cas. Alors que la famille reste le principal amortisseur des difficultés sociales, l’on construit de nouveaux lieux de détention mais rien n’est fait (au contraire) pour encourager la stabilité du couple.

       § Nous le payons très cher, en euros,et surtout en souffrances de toutes sortes et en troubles psychologiques (dont l’addiction des jeunes à l’alcool et la drogue, y compris dans les milieux favorisés. )

       Nivellement par le bas

       § Convaincu que les hommes sont égaux en dignité et en droit, je me scandalise du nivellement par le bas qui apparait dans beaucoup de secteurs. Ainsi, après les coupes sombres opérées dans les programmes d’histoire, l’on vient ainsi de supprimer l’épreuve de culture générale au concours d’entrée à Sciences Po, l’une des bonnes filières de recrutement des élites françaises.
       L’on sait pourtant que la culture générale est l’un des plus précieux atout important dans toute vie professionnelle.
       Cette mesure vise prétendument à réduire l’écart de niveau dû à l’origine sociale des candidats.
Elle nie une évidence: c’est le travail qui permet d’acquérir de la culture. Or, la puissance de travail et la force de caractère qu’elle implique sont l’un des critères majeurs de sélection des futurs dirigeants. C’est faire injure aux élèves d’origine modeste que les en croire incapables.

       § Cela dit, parents, ne vous polarisez pas pour autant sur les résultats scolaire de vos enfants ! Les cerveaux trop brillants manquent parfois de cœur et souvent de caractère. Investis de responsabilités, ils oublient parfois que gouverner, c'est choisir, et que choisir, c'est risquer.

       § A cet égard, je m’élève contre le principe de précaution mis à toutes les sauces au nom du « surtout pas d’histoires » (Or, à l’inverse, un recours judiciaire vient d’être déposé par des familles de militaires tués en Afghanistan à l’encontre des chefs responsables des opérations …)

        § Pour en revenir au nivellement par le bas, je le relie au laxisme éducatif que je crois deviner dans bien des familles comme à l’école alors que la vie de demain exigera des adultes aux corps sains au service d’esprits bien formés aptes à trier et de caractères forts capables de décider.

       Mensonges

       Le mensonge en général me fait horreur, en particulier ses deux formes qui mènent à la soumission au politiquement correct. Il s’agit d’abord du mensonge par omission ou occultation.
       Au nom de l’antiracisme, il nous est pratiquement interdit d’aborder des sujets comme les aspects négatifs d’une immigration incontrôlée. La laïcité, elle, est devenue carrément sélective et favorise la poussée de l’islam, autre tabou. (La TV signale le début du ramadan mais oublie l’entrée des chrétiens en carême et tait l’envahissement des cantines par les menus musulmans…)
       Autre forme de mensonge, le trafic des mots eux-mêmes ! Après l’avortement rebaptisé IVG, l’on parle d’incivilité au lieu de casse délibérée, d’exécution au lieu de meurtre… et le reste à l’avenant …:
       La désinformation sémantique participe ainsi au brouillage organisé des idées.

       Contradictions

       J’en relève des signes tous les jours. La TV s’attarde sur le cas de quelques femmes verbalisées car s’obstinant à conduire en portant la burqua. En revanche, aucune campagne ne dénonce les publicités aguicheuses qui annoncent aussi bien les dessous féminins… que les nouveaux modèles d’autos. Elles fleurissent à la télé et à chaque coin de rue alors que l’on dénonce à bon droit l’augmentation des agressions sexuelles.
       L’on vient aussi de supprimer arbitrairement l’appellation « Mademoiselle » qui n’a jamais fait de mal à personne mais, au nom de la liberté d’expression, l’on tolère des chansons rap qui sont de vrais appels à la haine.
***

       J’arrête là cette énumération critique, à laquelle de nombreux penseurs consacrent des livres entiers, pour aborder la nécessaire réaction de survie. Je commence par le haut.

       Désamour de la France

       Selon certaines sources, 79 % des sondés exploitent l’actualité pour exhaler leur rancœur à l’égard de notre pays. Ainsi les français n’aimeraient plus la France ! Je sais que la vie est dure pour beaucoup mais l’expression de ce désamour me paraît infondée.

       Osons réagir en soulignant au contraire notre immense chance : la beauté de nos paysages, notre climat tempéré, notre riche culture, notre longue histoire, notre unité nationale tôt réalisée.
       Les générations précédentes nous ont légué des campagnes généreuses, un tissu industriel diversifié, un splendide réseau de communications, une administration peut-être pléthorique mais plus efficace que beaucoup d’autres, un enseignement imparfait mais qui scolarise la majorité des enfants, un système de protection sociale parmi les meilleurs du monde…

       Bref, rappelons que la majorité d’entre nous bénéficient d’une qualité de vie enviable.

       Osons conseiller à nos compatriotes de regarder au-delà des frontières et des mers pour comparer notre sort à celui de beaucoup d’autres habitants de la planète.

       Ensuite, et plus profondément, sachons saisir l’occasion que nous offre le remue-méninges actuel pour faire notre examen de conscience national.

       Reconnaissons nos qualités foncières mais acceptons de regarder en face nos travers collectifs historiques aggravés par notre quête effrénée de ce que nous appelons le progrès.

       César vantait déjà nos vertus guerrières, la finesse de notre esprit, notre aptitude à rebondir dans l’adversité et, et notre gentillesse. Il pointait en contrepartie notre tempérament de perpétuels insatisfaits, légers, querelleurs, rouspéteurs à tout propos, jaloux les uns des autres mais unis dans la resquille et dans la fronde envers l’autorité.

       Des observateurs attentifs du monde actuel ajoutent que l’on nous y trouve plutôt arrogants et donneurs de leçons, idéologues mais peu enclins à regarder les réalités en face.
       J’ajouterais (mais cela vaut pour tous les occidentaux) que la perte générale des repères affaiblit les qualités qui cimentent la vie sociale : notamment solidarité, esprit de famille, civisme…

       Le moment est venu d’oser regarder objectivement ces aspects des choses :
       • ce que nous reprochons au fond à nos hommes politiques, c’est de nous ressembler !
       • par ailleurs, nous leur réclamons l’impossible, ce qui les pousse à la démagogie.
***

       En somme, indignons-nous… mais d’abord contre nous-mêmes… Sentons-nous concernés. Engageons-nous pour servir, chacun dans notre sphère, de lumignon pour éclairer le paysage.

Conclusion
Douze pistes pour un réarmement moral


       Selon moi, il s’agit de commencer à retricoter patiemment, sans complexe ni faiblesse, ce que nos ancêtres avaient mis des siècles à tisser, notamment sous l’influence Chrétienne.

  • 1 Ni aveugles, ni autruches, informons-nous pour pouvoir regarder la réalité en face.


  • 2 Bannissons les pleurs sur le bon vieux temps d’autrefois et le «c’est la faute à…»


  • 3 Sentons-nous individuellement concernés et responsables ; acceptons de jouer chacun notre (modeste) partition dans une réaction nationale de survie.


  • 4. Sachons d’abord transmettre à nos enfants notre conception de l’homme et de sa dignité.


  • 5. Instruisons chacun de ses devoirs, complémentaires de ses droits.


  • 6. Développons en lui l’équilibre entre le corps, le cœur et le caractère, à travers le goût de l’effort, le respect, la droiture, la générosité, le sens de sa responsabilité...


  • 7 Insistons sur la nécessité pour lui d’être indépendant d’esprit, de cultiver son esprit critique (et non de critique) pour distinguer le vrai du faux, le bon du mauvais, le beau du laid…
    … Et d’oser se démarquer des autres et de savoir dire non, pour le bon motif.


  • 8 Montrons-lui en même temps, qu’être social, il a besoin des autres et que les autres ont besoin de lui. Aidons-le à s’engager auprès d’eux, à renvoyer l’ascenseur.


  • 9 Enseignons à chacun la vraie conception de l’amour humain et le secret des bonnes relations homme / femme en insistant sur la part (méconnue) de la volonté dans la vie à deux : volonté d’aimer dans la durée et de pardonner… et sur ses composantes indissociables: tendresse, respect, dialogue, attentions mutuelles et sexualité.


  • 10 Faisons-lui découvrir progressivement la beauté et la complexité de l’univers et de ses habitants, la diversité des situations (et souvent leur cruauté), la chance d’être né Français et les devoirs correspondants, dont celui d’accepter des responsabilités dans la Cité.


  • 11 Aidons-le à s’ouvrir à autrui, par exemple à oser vivre un certain temps dans un nouveau milieu pour servir les autres en découvrant un autre visage de la France et du Monde.


  • 12 Tout cela, efforçons-nous d’abord de le vivre nous-mêmes pour être crédibles.
    Et faisons passer le message simplement, dans l’amour et avec humour.
    Bon tricotage !
JD              

***

Lettre de France-Valeurs   trimestrielle ISSN 1260 643 X    Directeur de la publication: Jean Delaunay    France-Valeurs 32 rue de l’Orangerie 78000 Versailles    CCP 704724 K Paris    26° année    Lettre mars 2012    Diffusée par SPEED 23 rue Dulong 75017 Paris

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