Lettre de octobre 2011

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Editorial

Un lumignon… pour distinguer l’essentiel

       

       Depuis quelques mois, les évènements extérieurs, réagissant les uns sur les autres, s’ajoutent aux problèmes spécifiquement français pour nous faire ressentir un profond malaise. La débâcle financière dégénère en crise de confiance avec des incidences imprévisibles en période préélectorale. Simultanément, l’effondrement des valeurs morales amoindrit nos défenses immunitaires individuelles et collectives et nous rend plus vulnérables sur le plan psychologique

       Sur le diagnostic, la majorité des commentateurs s’accordent à le reconnaître : il sera dorénavant impossible de continuer à « vivre comme avant ».

       En revanche, l’unanimité ne se pas fait jour sur le traitement à adopter. Les illusions perdurent, entretenues par l’idéologie, la démagogie fleurit et surtout manque le courage alors qu’une partie au moins des Français attend un langage de vérité et de rigueur...

       France-Valeurs rame souvent à contre-courant et je continue à marteler mes convictions.
       Je crois à la nécessité de nous défendre contre les périls venus de l'extérieur, le terrorisme notamment.

       Mais j'affirme surtout que la principale menace est cachée en nous- mêmes. Ce "CANCER" qui ronge notre société, c’est la peur de la vie, l’individualisme, le matérialisme, la perte des repères et le désordre consécutif des idées et des mœurs qui réagit sur notre vie sociale et politique.

       Nous traversons une grave crise financière mais ce sont surtout nos coeurs et nos esprits qu’il faut soigner. France-Valeurs continuera donc, comme nous le faisons modestement depuis 1986, à réveiller ce qui donne un sens à la vie. Nous cherchons à exprimer de façon positive et à exalter, malgré l'air du temps, les VALEURS FONDAMENTALES qui ont fondé notre civilisation Française d'inspiration Chrétienne, entre autres : le respect de la vie, de la personne et de la famille, le sens de la responsabilité et de l'honneur, la générosité, le courage, le civisme et le souci de transmettre notre patrimoine historique, culturel et spirituel...

       Au fil des ans, mes convictions se sont affirmées alors que s'amplifiaient les effets de la crise morale. Au-delà de leur niveau de vie (souvent difficile à maintenir, il est vrai), beaucoup de nos concitoyens sont en quête de RAISONS DE VIVRE.

       Camus écrivait déjà : " Je juge que la question du sens de la vie est la plus pressante des questions. L’homme seul se la pose. Elle est le signe de sa dignité." (Le mythe de Sisyphe)

       Trop de médias contribuent à aggraver cette situation en anesthésiant la société pour mieux la subvertir. Nous n’avons pas d’autre prétention, nous, que de représenter un lumignon qui éclaire un petit bout du bon chemin que cherche encore à suivre une minorité de convaincus.

       C’est dans cet esprit que cette lettre reprend une réflexion sur la Vie.

       Persuadons-nous en effet que toutes les mesures visant à assainir notre économie et à rembourser notre dette ont besoin d’être soutenues par un recours accru aux forces morales.
       Au premier rang de celles-ci, je place la confiance en la vie. Sachons la transmettre à nos enfants.
Jean Delaunay              
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Simples propos sur la vie

       Qui suis-je ? Qu’est-ce que je fais sur terre ? Cette interrogation taraude bien des gens... mais c’est déjà un luxe que de pouvoir se la poser. Pour la majorité des humains, en effet, l’existence est si dure qu’ils n’ont ni le temps ni même l’idée d’y penser … Ils vivent (ou survivent) et c’est tout. C’est une grande chance d’avoir à la fois le temps, la culture et le langage qu’il faut pour aborder ce sujet.
       A cette question, je tente d’apporter ici quelques éléments de réponse en tant que grand père qui a pas mal vécu et un peu souffert et qui parle avec son cœur et son expérience. J’ai commandé des hommes pendant 40 ans et c’est à eux que je me suis surtout intéressé, plus qu’à la technique ou à la stratégie. Depuis des années, j’accompagne aussi, en Chrétien, des détenus. J’ai donc acquis une vision bilatérale de la réalité. Cela me permet de regarder ce monde avec lucidité mais avec des «verres teintés à l’Espérance»
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Pour quoi vit-on ?

       Personne ne me semble rechercher exclusivement l’argent, le pouvoir ou les plaisirs charnels. La plupart des gens paraissent plutôt essayer de vivre leur aventure personnelle le moins mal possible, tout en quêtant le bonheur.
       Pour moi, la vie est un temps donné à chaque homme, un espace de liberté plus ou moins long, pendant lequel il est appelé à grandir physiquement, moralement et spirituellement, à connaître, à rencontrer, à aimer, à travailler, à servir, à semer, à procréer … le tout en essayant d’être heureux …

Vivre, c’est grandir

       Pour moi, la vie est un temps donné à chaque homme, un espace de liberté plus ou moins long, pendant lequel il est appelé à grandir physiquement, moralement et spirituellement, à connaître, à rencontrer, à aimer, à travailler, à servir, à semer, à procréer … le tout en essayant d’être heureux …
En 20 ans, les bébés modernes en arrivent souvent à dépasser 1 m 80. En même temps, dans les bons cas, entourés de tendresse dans leur famille, ils y apprennent les éléments essentiels de la vie sociale. A l’école, ils ont l’occasion de développer leur intelligence, d’emmagasiner des connaissances et de s’ouvrir au monde. Au sport et ailleurs, ils acquièrent une certaine autonomie et le sens des responsabilités. Sur tous les plans, avec de la chance (j’y insiste…), ils peuvent grandir !...

       Certes, les hommes ne sont pas égaux devant l’existence (sauf en droit à la dignité). Aucun n’est armé au départ de la même façon. Mais c’est une tendance fréquente que de chercher à s’élever dans l’échelle sociale. Des milliers de paysans pauvres sont ainsi «montés à la ville» pour mieux gagner leur vie et ils y ont souvent réussi. Ont-ils été heureux pour autant ?

       Quoi qu’il en soit, il est un domaine où nous devrions tous chercher à progresser, c’est la sagesse, la bonté et la patience car c’est là un premier chemin de bonheur…

Vivre, c’est connaître

       Les domaines de la connaissance humaine sont innombrables. Le livre était autrefois le moyen principal d’y accéder. Au-delà du plaisir de lire, le fait d’acquérir, pas à pas, de nouveaux savoirs, de comprendre un peu mieux le monde et d’arriver, ce faisant, à résoudre certains de nos problèmes, tout cela peut nous mettre sur la voie d’une forme complémentaire du bonheur.

       Attention cependant, de la TV à Internet, les outils modernes demandent moins d’effort que la lecture et l’étude, le risque étant de les utiliser comme des divertissements.

       Je conseille au contraire de s’en servir pour développer son savoir car, en ce siècle où tout évolue très vite, il faut sans arrêt se remettre à niveau.
       Ce qui implique qu’on ait envie d’apprendre. Cultivons soigneusement notre curiosité d’esprit !

Vivre c'est rencontrer

        La découverte des hommes est passionnante, d’autant plus qu’ils sont tous différents. J’apprécie particulièrement les contacts directs et j’en ai autant appris auprès de mes camarades bûcherons aux Chantiers de Jeunesse qu’en lisant des traités de sociologie. Saisissons donc chaque occasion de faire parler les gens, surtout s’ils nous semblent loin de nous. Acceptons de les écouter.

Vivre, c’est aimer

       Mais écouter n’est pas facile car on a soi-même souvent envie de parler… et que les gens ne sont pas tous sympathiques. Essayons pourtant de regarder notre interlocuteur avec un préjugé favorable et considérons surtout ses richesses. (C’est plus facile si on le regarde comme un frère, comme un fils de Dieu …)
Chercher à discerner le bon côté de chacun, c’est encore l’une des clés du bonheur en société.
       Ce regard favorable, c’est aussi une forme élémentaire d’amour. Il prépare au grand Amour dont je souhaite à chaque jeune qu’il illumine son existence comme il a illuminé la mienne...
        La vie à deux réussie est en effet une condition majeure du bonheur humain.

Vivre, c’est travailler

       Le travail est l’une des lois de la vie. C’est en peinant durement que nos ancêtres ont modelé la surface de cette terre qui nous a été donnée en héritage et qu’ils ont exploité ses richesses en domptant une partie des forces naturelles. C’est par son labeur que chaque génération contribue à l’aménagement continu du monde… et que chaque homme apporte sa pierre à l’édifice.
       Travailler, dans un domaine ou dans un autre, c’est donc le lot de la plupart des hommes. Dételer, c’est déjà mourir… d’où le mal de vivre des chômeurs et des marginaux..
       Cela dit, biner son jardin fait mal aux reins et écrire un livre ou concevoir un projet est une longue épreuve: le travail est toujours fatiguant mais il peut aussi être épanouissant. (Y compris pour les tailleurs de pierre: «Qu’est-ce que vous faites ? » demande-t-on à l’un d’eux qui répond: « Je casse des cailloux ! » alors que l’autre dit: « Je construis une cathédrale ! »
« Ces hommes-là sont heureux car ils aiment ce qu’ils font », dit Saint Ex. Essayons d’être de ceux-là, c’est à dire de toujours exalter le sens le plus élevé de notre action.

Vivre, c’est servir

       Servir et non se servir ! m’a-t-on appris dans l’armée … (Une formule que beaucoup d’hommes de pouvoir pourraient utilement méditer). Nous sommes nombreux sur cette terre; chacun est solidaire des autres et c’est d’abord pour travailler au bien commun que nous sommes là.
       Chacun à sa place, la mère de famille, le professeur, le médecin, le maire d’un village et le ministre de la République sont tous au service des autres !

       C’est en accomplissant notre tâche (humble et obscure ou éclatante) que nous trouvons individuellement nos meilleures raisons de vivre.

Vivre, c’est semer

       C’est être à la fois ambitieux et modeste. Peu d’entre nous ont la chance d’être un Ferdinand de Lesseps qui a conçu le canal de Suez, l’a construit et a connu la joie de le voir mis en service. Pour la plupart des hommes, il s’agit plus simplement de «semer une graine» en espérant que d’autres bineront, que d’autres arroseront et récolteront.
       La semence en question, c’est peut-être la voiture électrique de demain ou la recherche sur la Trisomie 21… ou simplement un geste porteur de paix dans une communauté divisée… … A commencer par un sourire.

Vivre, c’est transmettre la vie

       Les réalisations matérielles sont déjà exaltantes mais tout autre est ce pouvoir extraordinaire qui est donné au couple homme et femme de concevoir un autre être qui le prolongera dans le temps et de l’aider à acquérir progressivement son autonomie pour accomplir, à son tour, son destin.
       On rencontre actuellement beaucoup de caricatures de l’amour mais le vrai amour ne s’exprime pleinement que s’il aboutit (quand tout va bien) à la procréation. La paternité / maternité est ainsi l’une des joies les plus profondes qu’il nous soit donné de connaître. Mais la fécondité peut prendre bien d’autres formes et nul ne conteste celles de Mère Teresa ou de savants morts sans enfants.

Le Bonheur: un équilibre… et un équilibre instable

1/ La recherche du bonheur est celui d’un certain équilibre entre des composantes diverses, voire contradictoires, comme la vie affective et familiale et le métier, les préoccupations spirituelles et culturelles et les loisirs… Tel qui ne s’éclate pas dans sa profession peut trouver de riches compensations dans la musique ou le basket… Tel autre qui n’a pas réussi à s’épanouir affectivement peut trouver de profondes satisfactions dans le domaine intellectuel… Tel autre enfin ne trouve rien, sur aucun plan, souvent parce qu’il est démuni et qu’il ne se donne pas de mal pour chercher… Il faut donc l’y aider
2/ L’équilibre en question est toujours fragile car la vie n’est pas souvent un long fleuve tranquille; elle est toujours imprévue. C’est le plus souvent un combat où la volonté et la raison doivent prendre autant de place que les sentiments. On y rencontre des joies et des souffrances: non seulement il faut « faire avec »... mais encore savoir que les épreuves (surmontées) nous grandissent…

Au plan Chrétien

Au fil des âges, les hommes ont progressivement affiné leur vision de l'homme et découvert notamment que la Vie (au sens biologique) est la première des richesses humaines, que la personne humaine a une valeur inestimable car chaque homme est unique, que la Vie a un caractère mystérieux qui nous dépasse: nous pouvons la transmettre mais non la créer. Nous ne sommes maîtres ni de la vie ni de la mort qui obéissent à des lois biologiques inscrites en chacun de nous.
- Tout homme est responsable de la Vie, de la sienne, de celle des autres notamment de la vie des enfants qu'il a conçus (Le précepte " Tu ne tueras point " est ainsi l'un des acquis moraux majeurs de l'humanité.).
- La valeur sacrée de toute vie humaine est inscrite dans le coeur de l'homme comme une loi naturelle et ne peut être violée par simple convenance, même par une opinion majoritaire...
- La famille est fondée sur l'union stable et durable d'un homme et d'une femme ayant le projet de donner la vie et d'élever les enfants à deux. Elle est donc le sanctuaire de la vie. (C’est pourquoi l'avortement et l'euthanasie font apparaître un tel clivage entre deux conceptions de l'homme radicalement opposées !)
Devant l'échec des sociétés fondées sur le matérialisme et le libéralisme, la génération qui monte aura ainsi à découvrir et promouvoir une nouvelle culture reposant sur l'acceptation de la primauté de l'être sur l'avoir et celle de la personne sur les choses. Elle retrouvera aussi la conviction que l'amour et le service sont les buts les plus élevés d'une existence humaine.
***

Tout cela est vérifié et approfondi à travers la conception Chrétienne de l’existence qui renforce, éclaire et élargit la vision naturelle des choses.
Pour les Chrétiens, la vie terrestre est comme un apprentissage pour les préparer à la Vie éternelle face à face avec Dieu qui nous a créés à son image et nous veut heureux.
La vie sur terre, c’est un stage probatoire, pour préparer son éternité…
Le destin de ceux qui ont la foi, c’est de découvrir leur liberté en participant à la création continuée du monde et d’offrir ce monde à Dieu.
Pour ceux qui ont cette chance- là, Vivre c’est croire.
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Lettre de France-Valeurs   trimestrielle ISSN 1260 643 X    Directeur de la publication: Jean Delaunay    France-Valeurs 32 rue de l’Orangerie 78000 Versailles    CCP 704724 K Paris    25° année    Lettre octobre 2011    Diffusée par SPEED 23 rue Dulong 75017 Paris
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