Lettre de mars 2011

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Editorial

« Que faut-il encore apprendre à nos enfants ? »

        Je participais récemment, comme invité, à une émission radio sur le thème de l’éducation.
       En préambule, l’animateur a rappelé que la moitié des enfants français de grande maternelle ignorent que le lait vient de la vache… Cette lacune est annonciatrice des médiocres résultats obtenus plus tard.

       Pourtant, beaucoup de parents limitent ce qu’ils appellent la réussite de leur progéniture au domaine scolaire... Je crois au contraire que le goût du travail, le sens de la responsabilité, la politesse et le sourire, entre autres, sont aussi importants dans la vie que la possession d’un diplôme.
       Je crains aussi que les jeunes d’aujourd’hui, qui disposent de moyens extraordinaires et instantanés d’acquisition de connaissances, n’en abusent, ce qui nuit à leurs capacités d’étude et de réflexion.
       Dans ces conditions, la question-clé de l’émission méritait en effet d’être posée.
Cependant, selon moi, c’est l’éducation en général qui mérite d’être recadrée.
       C’est la thèse que j’ai développée :

1/ A travers le jeune, c’est tout l’homme qu’il faut former : son intelligence certes mais surtout son cœur et son caractère…
       L’éducation du corps participe à cet équilibre vital, à travers la découverte du sens de l’effort et de la maîtrise de soi… Même l’expérience de la souffrance peut le faire grandir.

       Pour les croyants, la formation religieuse donne du sens à cette éducation globale. Elle doit amener le jeune à ressentir le bonheur d’avoir un but de vie et à le pousser vers les autres.

2/ Mais il s’agit aussi d’éduquer l’homme social, conscient de ses devoirs du citoyen complémentaires de ses droits: d’où l’importance de l’apprentissage, dès le jeune âge, (et de l’entretien ensuite) du respect de l’autre, à travers une écoute et une parole bienveillante, du civisme, de l’esprit d’équipe, de la générosité - et notamment du désir d’aider les plus démunis.

***

       Cela dit, nous élevons nos enfants pour eux et non pour nous... Les éduquer, c’est les aider à asseoir leur personnalité et les préparer à faire un bon usage de leur liberté !

       A cet égard, l’air du temps n’est guère porteur. Aussi, beaucoup d’entre nous (qui avons connu au même âge un tout autre contexte…) auraient assez tendance à juger sévèrement les jeunes alors que, c’est d’abord pour les aimer et les aider que nous sommes là. Montrons-leur notre tendresse, tout en restant fidèles aux valeurs qui nous font vivre. Donnons-leur confiance en eux, et faisons-leur confiance.

       Soyons en même temps pleins d’humilité, surtout si nous sommes Chrétiens!! Nous ne sommes que des semeurs… De même que le soleil et la pluie nous échappent, de même, parfois, nos enfants…
       Sachons donc prendre du recul ! Il est vain de nous culpabiliser. Laissons faire le temps qui arrange bien des choses et ayons foi en la vie … Et, en ce qui nous concerne, tenons bon !
       Osons affirmer ce à quoi nous croyons et, surtout, montrons que nous en vivons.

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       A partir de ces bases, je tente d’ouvrir quelques pistes dans cet univers complexe.
Jean Delaunay              


Libres propos d’un dinosaure sur l’éducation

       J’avais terminé de rédiger une ébauche de cette Lettre quand j’ai lu : « Urgence éducative ».
Après beaucoup d’autres, l’auteur, Mgr Rey, consacre 220 excellentes pages à l’immense sujet que j’avais tenté de compacter en 3 feuillets. J’ai alors mesuré la vanité de mon entreprise. Je me limite donc ici au rappel de quelques idées simples en distinguant arbitrairement trois stades éducatifs.
JD       
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Les jeunes enfants :
Feux verts / feux rouges + « mini-discipline »

       Dès la maternelle, en plus d’un certain nombre de connaissances de base (du genre : le lait vient de la vache…), il me parait important d’initier les petits au respect : respect de la maîtresse, des camarades, des fleurs du jardin public… (En attendant de pouvoir leur inculquer plus tard le respect du Sacré.)
       Ils doivent ainsi découvrir un certain nombre d’interdits qu’il n’est pas besoin de justifier à cet âge:
il y a des feux rouges dans la vie comme dans la rue. D’ailleurs, un petit d’homme ne se construit que face à des butoirs.

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       Compte-tenu de l’agitation, du bruit et du matérialisme ambiants, essayons de leur fournir des moments de calme et des rudiments de discipline à travers des attitudes individuelles élémentaires. Rester assis (un peu !)... Faire silence pour écouter... Lever le doigt pour parler ou pour demander quelque chose… Observer autour de soi pour contempler… S’émerveiller de spectacles simples comme l’éclosion d’un bourgeon ou le travail d’une fourmi …
       La politesse relève d’un registre voisin, avec les incontournables (bonjour, merci, s’il vous plaît…) et tout ce qui va avec : la discipline élémentaire, la tenue, l’hygiène…

Les écoliers et jeunes lycéens:
Savoirs fondamentaux et ouverture du cœur.

       Sur le plan intellectuel, tous les spécialistes insistent sur la nécessaire maîtrise par eux d’un socle de savoirs fondamentaux. (Même si c’est l’acquisition de ces savoirs-là qui pose problème...)
        Beaucoup de livres ont été écrits là-dessus. Je ne m’étends donc pas.

       En revanche, j’insiste sur le rôle de la mémoire. En effet, c’est tout au long de sa vie que l’on s’instruit.
Il est donc important d’apprendre à apprendre et d’en acquérir les moyens, notamment en développant la capacité d’assimilation de son cerveau.
        En ce qui me concerne, si je bénéficie encore aujourd’hui d’une bonne mémoire, je le dois à mon professeur qui nous faisait apprendre, non seulement de nombreux poèmes français, mais aussi le texte latin et grec (avec la traduction) de toutes nos versions…
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       Sur le plan de la morale individuelle, et vu le contexte, deux aspects de la formation me paraissent importants à ce stade de leur développement.

        D’abord, l’éducation à l‘honnêteté (dénonciation du mensonge, des tricheries, larcins et autres indélicatesses …), ce en vue de l’acquisition progressive du sens de l’honneur
Celui-ci est caractérisé notamment par le respect de la parole donnée et de l’engagement dans la durée : la fidélité à l’entraînement au foot prépare ainsi à d’autres engagements ultérieurs plus fondamentaux...

       Ensuite, alors que les 10/11 ans sont volontiers égoïstes, je juge important de les aider à ouvrir leur cœur à travers la générosité et le sens du service (à commencer par les petits services à rendre à la maison).
       Dans des limites raisonnables en fonction des personnalités, la découverte de la souffrance des autres peut participer à cette ouverture du cœur. (Visites à des personnes âgées et à des malades…)
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Les adolescents
Education à l’amour et éveil de l’indépendance d’esprit

       Il y aurait beaucoup à dire sur la formation intellectuelle des adolescents, et notamment sur la nécessité pour eux d’acquérir une méthode de travail rigoureuse, celle qu’on met en oeuvre par exemple pour faire une dissertation ou pour résoudre un problème.
       A cet égard, je regrette la vogue des contrôles par questionnaires à choix multiples, QCM, par exemple en histoire. Ils sont plus faciles à corriger mais ne vérifient que des savoirs superficiels (du type «questions pour un champion»), alors qu’il faudrait développer l’esprit de synthèse des élèves.
       Je saisis l’occasion pour dénoncer le refus (idéologique) de la sélection et même de la notation qui domine dans le monde enseignant alors que l’émulation est l’un des moteurs de la vie.
       Là encore, je n’insiste pas pour parler de l’essentiel.
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       J’ai en effet deux sujets majeurs de préoccupation pour les jeunes : l’éducation à l’amour et la formation du caractère, en vue notamment d’acquérir de l’indépendance d’esprit.
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Education à l’amour

       C’est un fait patent que, dans le climat libertaire et érotique actuel, les jeunes ont des rapports sexuels précoces et sont très tôt en contact avec la pornographie. Circonstance aggravante, l’information sexuelle officielle est abusivement technique et utilitaire - prétendant surtout éviter les grossesses d’adolescentes et les MST (maladies sexuellement transmissibles, SIDA notamment).
       Renforcée par la banalisation de l’avortement et de l’homosexualité, cette conception «vétérinaire» de l’éducation à la sexualité n’est pas de nature à former des hommes et des femmes à une vie affective heureuse et rayonnante.

       D’où l’importance (et la difficulté), pour les parents qui veulent assumer leurs responsabilités, d’anticiper, de compléter et de sublimer les programmes officiels.
       Les livres et les associations ne manquent pas pour les aider face à ce véritable défi, en prenant la question «par le haut» et en remettant la sexualité dans son cadre anthropologique, culturel, psychologique, affectif, et spirituel.
       Ils ont aussi à annoncer que le mariage dans la durée entre un homme et une femme est le lieu normal d’exercice de la sexualité laquelle, de par la loi de nature, est liée à la procréation.
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       La qualité de cette formation réagira sur la vie personnelle des adultes que deviendront nos jeunes.
       En outre, elle conditionnera indirectement la santé de notre société. En effet, la famille est la cellule de base de la société et « le principal amortisseur des difficultés sociales.»(Evelyne Sullerot).
       Or, l’équilibre de la famille repose sur celui du couple. Le délitement sociétal d’aujourd’hui résulte majoritairement de toutes ces crises conjugales et de ces divorces dont il est la résultante.
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       J’ajoute que la meilleure éducation à l’amour ne se réduit pas à des conférences ou à des cercles de parole. Elle repose, pour les enfants, sur la vision quotidienne de deux parents qui s’aiment.
       S’ils grandissent dans un tel climat, il y a des chances qu’ils cherchent à le reproduire.

Education à l’indépendance d’esprit

        Je sais, en écrivant ces mots, que je prêche carrément à contre-courant car jamais les jeunes n’ont été autant sensibles à la mode, aussi soucieux de se fondre dans la foule et de rester conformes au «tout le monde le fait»… Le fait qu’ils soient si accros au portable, à la télé et aux réseaux d’Internautes - Facebook et autres - et que, dans tous les milieux, ils aiment tant vivre en bandes, les rend très vulnérables aux idées majoritairement exprimées et aux comportements qui en découlent.

       S’arracher volontairement à cette emprise, ne serait-ce qu’en fermant, pour un temps, son portable doit être, pour eux, presqu’aussi difficile que, pour les autres drogués, renoncer à leur came. Ce relatif sevrage me paraît pourtant un préalable nécessaire à l’acquisition de l’indépendance d’esprit.

       Ce qui m’amène à demander qu’au sein de l’éducation globale, et après tant de laxisme, on redonne toute sa place à la formation du caractère. Elle va, pour moi, de pair avec celle du sens de l’effort.
       Je crois, pour l’avoir expérimenté moi-même, que cela passe, chez les garçons au moins, par l’entraînement et la maîtrise de son corps. Je suggère donc d’inciter nos adolescents à s’approprier, progressivement et avec prudence, tous ces moyens d’action sur soi qu’offrent le sport, notamment pratiqué en équipes, le scoutisme et autres activités de jeunesse dans la nature, tels que les travaux manuels d’été… sans oublier la gymnastique matinale, éducatif simple et éprouvé de la volonté....
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       Se lever tôt et se doucher à l’eau froide me paraît cependant plus facile pour eux qu’oser se démarquer des autres, en rejetant un certain nombre d’idées reçues et en refusant d’adopter des comportements courants mais avilissants ( comme le verre d’alcool déguisé lors des soirées…).

       Pour éveiller leur esprit critique, aidons-les surtout à réfléchir, à prendre peu à peu du recul par rapport aux messages des médias, à ne pas prendre pour argent comptant tout ce qu’on leur raconte et tout ce qu’on leur montre.
       A distinguer le vrai du faux, le beau du laid, le bon du mauvais…
       Ayant trié et comparé, à choisir, donc à s’engager…
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       En écrivant cela, je mesure qu’une telle attitude demandée à des jeunes d’aujourd’hui confine à l’héroïsme.
       Je crois cependant qu’elle est seule à pouvoir les mettre sur le chemin de l’épanouissement et du vrai bonheur, surtout s’ils peuvent s’appuyer sur le roc de la foi religieuse.

       Face à la liquéfaction de notre société, je crois aussi que la survie de notre civilisation repose sur un petit noyau de héros modernes, humbles et simples, mais qui sachent rayonner leurs convictions.
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Conclusion de l’auteur des «Lettres à mes petits enfants sur des sujets qui fâchent»
, En tant que grand-père qui aime les jeunes et ne veut que leur bien, je me permets de redire aux parents et grands-parents :
  1. Donnons priorité absolue à la tendresse, à l'harmonie et à la joie. Ce que nous avons de mieux à leur léguer, c'est un capital-bonheur.
    (Ceci n’est pas une incitation à la mollesse !...)
  2. Faisons leur confiance et incitons-les à faire confiance à la vie…
    … Sans leur cacher qu’elle est un combat qui réclame un caractère fort !
***

Lettre de France-Valeurs   trimestrielle ISSN 1260 643 X    Directeur de la publication: Jean Delaunay    France-Valeurs 32 rue de l’Orangerie 78000 Versailles    CCP 704724 K Paris    25° année    Lettre mars 2011    Diffusée par SPEED 23 rue Dulong 75017 Paris    Déposée le 27 février 2011
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