Lettre de mai 2010

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Editorial

Un plan ORSEC pour le moral Français


Le médiateur de la République connaît, mieux que quiconque, les préoccupations des Français. Or, il écrit dans son récent rapport :
«Toutes les espérances collectives ont cédé la place aux inquiétudes collectives et aux émotions médiatiques...
       Notre société en quête de sens se révèle plus usée psychologiquement que physiquement.
»
       Il pointe notamment «la vitesse et la prégnance avec laquelle un sentiment d’injustice se diffuse dans la société.». D’où la montée de la méfiance; non seulement envers la classe politique, mais encore envers la Loi, supposée écraser les faibles.
D’où aussi des tensions, non seulement entre classes sociales et entre catégories, mais même entre citoyens.
       Il conclut : «Là où nous attendions un regain de solidarité, notre société gère son angoisse par une décharge d’agressivité.»
       (Et cela commence, hélas, à l’école !…)

       En découle un véritable vertige, dû à l’’impression que nous ne pilotons plus complètement notre destin national.

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       Face à ce mal-être, chacun des gaulois que nous sommes, perpétuels rouspéteurs chroniquement divisés, rejette sa responsabilité sur les autres… et, tous, nous nous rejoignons pour accabler les gouvernements. Certes, on peut reprocher à ceux-ci leur vision à trop court terme, leur démagogie électoraliste et, en même temps, leur relatif éloignement des citoyens.
      A leur décharge, face à la complexité des problèmes, l’opinion publique pèse si lourd et elle est tellement influencée par des médias incontrôlables, que la conduite de notre pays est devenue très difficile.

***

       Cela dit, plus que psychologique, notre usure me paraît morale et spirituelle. Nous ne sommes plus soulevés par aucun projet collectif. Individuellement, nous ne savons plus pourquoi nous vivons, et une partie de notre jeunesse, tous milieux confondus, n’a même plus de repères...

       Dans ces conditions, notre survie exige, non seulement de combler nos gouffres budgétaires, mais aussi de soigner notre déprime par
une cure collective fondée sur le retour au bon sens.

      Cette thérapie me parait à mener selon trois axes prioritaires :
-D’abord un effort de vérité dans l’information, pour balayer les mensonges publics avérés, dénoncer les trucages, rétablir les innombrables non-dits et rendre de l’objectivité aux informations orientées si fréquentes dans notre paysage audio visuel.

-Ensuite, le réapprentissage des deux faces de l’autorité, en commençant par la famille et l’école.

-Enfin, au delà du discours politiquement correct sur la tolérance et la solidarité,. un immense travail de rénovation du vouloir-vivre collectif. En commençant par retrouver la politesse et en persuadant ceux qui ont beaucoup reçu qu’ils doivent «renvoyer l’ascenseur» à d’autres.
      Le dossier qui suit tente d’expliciter ce plan ORSEC d’un nouveau genre.
Jean Delaunay            

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Un Plan ORSEC pour le moral

      En fait, cette guérison relève de ce que France-Valeurs suggère depuis 24 ans : réensemencer les Vertus qui font tenir debout les hommes et les sociétés.
      Je reviens cependant à mes 3 axes.

Effort de Vérité

      Dénoncé en 1940 comme l’une des causes de la défaite, le mensonge public continue à nous faire beaucoup de mal, soit qu’il s’agisse (rare) de la diffusion de fausses informations, soit (plus courant), d’une vérité partielle ou présentée de façon orientée, ou de l’occultation de faits réels.
      Je pense notamment, parmi les actualités cachées, au sort de tant de chrétiens tués ou persécutés dans le monde et, sur notre sol même, à la violation de nos églises. Ce silence tranche d’une part, avec la publicité donnée aux attaques contre les musulmans et les juifs… et, d’autre part, à la virulente et injuste campagne contre le Pape.
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       A propos d’informations orientées, je vise notamment ce qui concerne l’avortement. Personne ne se risque plus à rappeler que la Loi ne visait qu’à couvrir des situations de détresse et qu’elle a été depuis dévoyée.
      Alors qu’il n’a pas changé de nature, ce qui était autrefois qualifié crime est devenu un droit, dont l’extension est même réclamée.
      Alors que beaucoup d’âmes sensibles militent contre la peine de mort, rares sont celles qui osent dénoncer le drame humain que constitue ce massacre des innocents ni le trouble moral et psychique des femmes concernées. De même, trop peu de voix s’élèvent pour proposer de l’aide à de jeunes femmes enceintes désemparées pour faire naître leur bébé, l’élever ou le faire adopter.

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      Alors que la violence progresse partout, je rappelle le témoignage de MèreTérésa, très important sur le fond. (Je cite de mémoire.)
“ Il est vain de chercher à éradiquer la violence dans notre société quand on autorise des mères et des médecins à tuer des êtres humains sans défense! ”

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      La nécessité d’un retour à l’objectivité s’impose aussi sur d’autres sujets relevant des moeurs. On stigmatise, à juste titre, la culpabilité de certains clercs mais on est moins sévères pour d’autres catégories de personnes influentes, écrivains notamment.
      De même, on masque le fait que la campagne de prévention du SIDA a contribué à banaliser l’homosexualité.
      On oublie enfin de dénoncer le lien entre la montée des agressions sexuelles et la multiplication des images pornographiques...

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      Le mensonge continue aussi à imprègner l’enseignement de l’histoire, fréquemment orienté à des fins partisanes. Qu’il s’agisse de l’oeuvre des Rois de France, de la colonisation ou des fusillés de 1914/18... bien des débats récents montrent, au moins à ceux qui acceptent d’ouvrir les yeux, la délectation morbide des maîtres à diffuser la mauvaise conscience.

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       Mais il y a bien d’autres domaines où l’on relève des cas de manquements publics à l’honnêteté. Ainsi, le discours officiel de 1986 selon lequel le nuage radioactif venant de Tchernobyl s’était arrêté à la frontière française... Je ne saurais prendre parti sur la controverse actuelle autour des causes humaines du réchauffement climatique mais je regrette que les “Verts” si attentifs à dénoncer la moindre trace de radioactivité autour de nos centrales EDF n’alertent pas mieux l’opinion sur d’autres cas de pollution matérielle ou morale ...
       Deux poids et deux mesures, là encore !
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      En 1940, Churchill annonçait la victoire au prix “de sang et de larmes”. Certains semblent croire qu’un tel langage dur mais vrai ne passerait plus, s’adressant à notre peuple devenu trop fragile. Je pense au contraire, à propos des crises actuelles, qu’il apprécierait:
- Qu’on l’informe mieux sur l’économie, les retraites, le redressement financier à opérer et l’effort demandé à chacun.
- Et qu’on ose aussi lui parler de réarmement moral !
      Deux tabous à forcer au nom de la vérité !
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Respect et exercice de l’autorité

      Le deuxième axe d’effort proposé concerne d’une part, le retour à l’acceptation par tous d’une certaine discipline, et, d’autre part, la volonté d’exercer l’autorité par ceux qui en sont naturellement ou légalement investis.

      Tous les observateurs de bonne foi savent que la crise de la jeunesse est surtout une crise de l’éducation, liée à la démission des adultes et à des illusions pédagogiques.
      Un enfant a besoin de butoirs pour se construire et c’est très tôt qu’il faut lui en présenter. A défaut, on risque de sévères affrontements à l’adolescence.
      J’ai déjà écrit beaucoup là dessus (Voir notamment le chapitre “Autorité” de notre argumentaire et “Les parents de Julie” ).
      Je m’en tiendrai donc à deux rappels :
- l’éducation, c’est du sur mesure, chacun fait ce qu’il peut avec ce qu’il est, compte-tenu de la personnalité de son enfant
- l’autorité repose sur 4 pieds qui s’appellent compétence, exigence, amour et exemple.
      J’insiste sur le lien étroit entre amour et exigence, notions que certains croient antinomiques. J’ai constaté en prison que, si beaucoup de délinquants ont manqué d’amour dans leur famille, certains ont été trop ou mal aimés.
      Je pense notamment à ce jeune d’origine maghrébine né en France qui me disait: ”Je suis le huitième enfant et le seul garçon de mes parents. Mon père n’avait pas voix au chapitre. Ma mère, ma grand-mère et mes soeurs m’ont considéré comme le roi de la famille. Elles m’ont passé tous mes caprices, me bourrant de gâteaux, me couvrant de baisers et riant de mes premiers méfaits. C’est à elles que je dois d’être peu à peu devenu le multirécidiviste que je suis, incapable de me contrôler...”

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      S’agissant de l’école, et sans revenir aux coups de règle sur les doigts et au bonnet d’âne... la crise impose de revenir, au plus tôt, à un minimum de discipline scolaire.
       Des générations d’instituteurs étaient fiers de leur beau nom de “maîtres d’école”, enseignant aussi les règles du jeu social:
      Or, c’est cela qui a été remis en cause ! Convié, il y a quelques années, à conclure un Congrès national de l’Enseignement Libre, j’avais insisté sur le lien, étroit à mes yeux, entre l’acquisition des “savoirs fondamentaux(calcul,orthographe, récitation) et celle d’un certain nombre d’habitudes scolaires susceptibles de préparer des conduites sociales.
(Par exemple, en exigeant des élèves qu’ils gardent le silence en classe et se lèvent quand arrive le professeur). Lors du débat terminal, l’on m’a répondu, en vrac, que les enseignants n’étaient chargés que de transmettre des savoirs... qu’il s’agissait d’ouvrir les jeunes sur le monde et non de créer des réflexes... que le temps du maître de morale était révolu... d’ailleurs qu’il était inconcevable de prétendre dicter des comportements aux enfants alors que les adultes étaient eux-mêmes imparfaits. (Sic).J’ai, bien entendu, maintenu mon point de vue mais mes interlocuteurs ont rétorqué que j’avais une vision militariste et passéiste de leur rôle.
       De la discussion prolongée en apartés, j’ai retiré l’impression que, si mon discours, politiquement incorrect confortait beaucoup d’anciens, il était mal reçu par ceux qui assimilent autorité et tyrannie. Ce sont sans doute ceux-là qui pleurent aujourd’hui !


      Cela, et le reste, prouve, que face aux illusions pédagogiques d’hier et au laxisme éducatif, le retour au bon sens s’impose, à la maison comme à l’école et dans la Cité.
       Il s’agit notamment de retrouver une saine conception de l’autorité et de persuader les responsables d’oser l’exercer.

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      A cet égard, parmi les quatre facteurs inséparables de l’autorité, je veux souligner l’importance de l’exemple.

      Le Médiateur ne précise pas les causes de la crise de confiance actuelle mais, parmi elles, il y a le fait que trop de personnes en vue méconnaissent leur devoir d’exemple : leur comportement professionnel ou privé: constitue souvent un contre-témoignage.

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      Les hommes (les jeunes notamment ) ont besoin d’admirer. Faute de mieux, ils vénèrent aujourd’hui des sportifs et des chanteuses !..
      A nous de leur montrer, autour d’eux, des hommes et des femmes tout simples mais dont le comportement leur donne envie de vivre le même genre de vie !
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Construction d’un vouloir-vivre collectif.

       Individualisme, égoïsme, méconnaissance de l’intérêt général, désir pour les nantis de continuer à profiter d’avantages acquis en d’autres temps, jalousie entre classes et catégories, manque de considération mutuelle... tout cela caractérise notre société. De surcroit , co-existent en son sein des personnes qui ont un emploi sûr et d’autres qui vivent à la petite semaine, des artisans et des cadres du privé qui s’investissent énormément dans leur travail, et d’autres dont la vie est plus douce, des millionnaires comme les vedettes, et des éleveurs qui peinent 365 jours par an pour gagner l’équivalent du SMIC, une majorité d’hommes et de femmes qui font tourner la machine en dépit des difficultés et un nombre croissant d’assistés, dont certains sans scrupules.
      En outre, dans tous les milieux, on rencontre des gens qui restent fidèles à un socle de valeurs traditionnelles et d’autres, qui les méconnaissent ou les rejettent.
       Comment rendre de la cohésion à une société aussi complexe? Comment y recréer un vouloir-vivre collectif et restaurer la confiance ?

       Il me semble que cela passe d’abord par un intense effort de pédagogie à tous les niveaux – et d’abord au plus haut - pour expliquer l’enjeu du sauvetage à opérer.

      Sur le fond, il me semble qu’on pourrait initier deux actions. L’une vers l’ensemble de la population pour réinsuffler le respect dans les rapports sociaux. L’autre vers les élites pour les persuader de l’importance de leur rôle humain, notamment en direction des personnes moins favorisées.
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Le respect : une cause nationale

      Alors que certaines disputes d’adolescents se règlent maintenant à coups de couteau, il me paraît essentiel, pour rebâtir la société, de commencer par le commencement, c’est à dire de réapprendre aux Français, et notamment aux enfants, à se respecter mutuellement et à observer entre eux les règles de politesse élémentaires. J’ai vu avec plaisir évoluer l’attitude des guichetiers de la Poste, entre autres, à l’égard d’usagers âgés ou en difficulté.

      Je crois que le respect dont ils font preuve pourrait être imité par les jeunes vis à vis des anciens, les hommes à l’égard des femmes, les élèves vis à vis des professeurs - et réciproquement par les cadres vis à vis des employés et des apprentis.
      Réapprendre le respect mutuel, via la politesse, c’est une cause qui me semble valoir la chasse au CO² !

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Renvoyer l’ascenseur

      Cela étant, je veux souligner la responsabilité particulière des élites dans la reconstruction du vouloir-vivre ensemble.
      Que ceux qui ont reçu d’avantage prennent conscience de leur devoir d’en redonnner un peu !
      Cela peut se traduire de multiples façons: alphabétisation, visites aux malades et aux prisonniers, prise en curatelle de personnes en difficulté, encadrement sportif de jeunes, ateliers de bricolage ou aide à la préparation d’un examen...

      Sur le plan de l’état d’esprit à faire naître que chacun ait à coeur de s’intéresser à quelqu’un d’autre pour essayer, si possible, de le tirer vers le haut.

       L’abattage des cloisons
entre classes et catégories et la restauration de la confiance, passe par cet effort qui partira nécessairement d’en haut.

      Finalement, la clé du vouloir vivre ensemble, c’est le changement de regard. Mais on ne peut changer de regard vis à vis des autres que si on les rencontre.
      En ce qui me concerne, c’est le contact d’hommes en prison qui m’a fait découvrir une autre face de la réalité humaine.

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      France-Valeurs continuera inlassalement à demander, que chacun apporte sa pierrre à l’édifice France, notamment dans le domaine de relations humaines rénovées !
JD            

Lettre de France-Valeurs   bimestrielle ISSN 1260 643 X    Directeur de la publication: Jean Delaunay    France-Valeurs 32 rue de l’Orangerie 78000 Versailles    CCP 704724 K Paris    24° année    Lettre mai 2010    Diffusée par SPEED 23 rue Dulong 75017 Paris    Déposée le 27 avril 2010

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