Lettre de novembre 2008

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Editorial

Les rapports inter générations, éléments importants de la transmission des Valeurs.

       Notre dernière lettre concernait la transmission des Valeurs. Dans son prolongement, en ce temps traditionnel de retrouvailles, nous osons aborder les rapports grands-parents / petits-enfants.
Essayant d’analyser ce qui fait souvent problème, nous cherchons des remèdes simples pour améliorer la situation.

       Certes, il ne suffit pas de dialoguer pour convaincre et, encore moins, pour amener des gens à changer de manière de vivre. De même, l’amélioration des rapports familiaux ne suffira jamais à résoudre la crise de civilisation que nous traversons en Occident. Elle peut quand même y contribuer.

       Constatons aussi qu’il existe autant de situations que de familles. D’abord les grands-parents ne partagent pas tous les mêmes Valeurs... Ensuite, certains jeunes se plaignent de ce que leurs grands-parents se désintéressent d’eux ... et des anciens disent qu’on ne vient jamais les voir et qu’on accuse même pas réception de leurs chèques. Des ados nous considèrent comme des vieux schnoks bornés dont il n’y a rien à tirer... et des aïeux jugent trop vite leurs descendants, à travers leur vêture, leur langage et leur musique... sans chercher assez à savoir ce qu’il y a au fond d’eux.

       Nous essayons donc de combler ce genre de fossé à travers cette Lettre à plusieurs plumes.
       Il y a d’abord celles des anciens. Elevés dans le souvenir de la Grande Guerre, formés par Corneille et Péguy, ils ont retenu très tôt les mots : «Devoir», «Dieu et Patrie», «Sacrifice», «Exemple», «Tenue», «Abnégation», «Volonté (Quand on veut, on peut !)» mais aussi «Charité» et «Don de soi»… Il ont vu, à l’adolescence, leur univers s’ébranler à travers la défaite et l’occupation. Ils ont connu la faim, le froid, la peur. Ils ont travaillé dur pour reconstruire la France et vécu comme un drame la décolonisation ratée. Même s’ils savent surfer sur le net, ils ont mené leur vie en essayant de reproduire les Valeurs héritées de leurs parents. Ils aiment leurs petits-enfants mais ont parfois l’impression de vivre sur une autre planète qu’eux.

       L’un des enfants des 30 glorieuses témoigne aussi. Ils ont passé le Bac autour de 1968. Freud et Sartre leur ont seriné, avec l’antiracisme et la libération sexuelle, que leurs vieux étaient des hypocrites aliénés par des conventions bourgeoises, la religion et un patriotisme cocardier. Après avoir crié : «Il est interdit d’interdire !» et «Du passé, faisons table rase !», ils ont grandi avec la pilule, le TGV et l’élévation du niveau de vie. Souvent «Rangés des voitures» avec l’âge, leur philosophie d’aujourd’hui est incertaine. Ils devinent que la crise boursière révèle un mal plus profond : la perte du sens. Mais, dit celui-là, “ils n’ont pas toujours de réponse car, dans le large spectre allant de l’indifférence au danger des certitudes trop affirmées, il leur est difficile de se faire une idée… et de choisir.”

       Suivent enfin les mots de ceux qui sont apparus dans un monde bouleversé par l’écroulement du Mur, les chocs pétroliers, les révolutions informatique et scientifique, la mondialisation… Encore étudiants, ces jeunes ont déjà parcouru une partie de la planète. Du coup, leurs maitres-mots sont liberté et tolérance : pour eux, tout est vrai, tout se vaut... Et pourtant, le jugement de ceux- là, au moins, sur leurs grands-parents est positif...
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       Je souhaite que les pages qui suivent donnent lieu à des réactions.
En attendant, un grand merci à cette adhérente qui nous adresse sa cotisation avec un mot touchant:
       “Pour que France-Valeurs vive... l’un des derniers refuges de l’âme française !” ...
       Chère Catherine C, votre encouragement nous va droit au coeur.
       A elle et à nos autres amis, France-Valeurs adresse des voeux chaleureux de joyeux Noël et de bonne année.
Jean Delaunay            
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Quelques témoignages sur les rapports Grands-parents / petits-enfants
(Abréviations: GP = grands-parents, PE= petits-enfants...)

Jean. “ En amont, je n’ai pas, pour l’un, ou trop peu, pour l’autre, connu mes grand-pères. De ma grand-mère maternelle, j’ai surtout appris la dignité dans l’épreuve. Avec ma grand-mère paternelle, une femme très simple, j’ai vécu une complicité affectueuse qui m’a fait découvrir à la fois la tendresse (que j’ai aussi tété avec le lait de ma mère…) et le sens du devoir poussé jusqu’à l’abnégation et sublimé par la foi religieuse. "
      En aval, j’ai eu la chance d’avoir assez tôt une première série de petits-enfants à qui j’ai appris à barrer un bateau et à grimper en montagne. Cela a créé entre nous une certaine complicité qui dure encore, d’autant plus qu’ils gardent la plupart de nos traditions. Avec les derniers nés en revanche, mes infirmités ne m’ont pas permis d’établir ce genre de rapports et, en dépit de l’affection que nous nous portons mutuellement et de la chaude ambiance qui préside à nos retrouvailles, j’ai l’impression qu’ils se sentent plus loin de l’ancêtre que je suis pour eux. Je vérifie à cet égard que, pour gagner la confiance des jeunes et avoir (dans le meilleur cas) un peu d’influence sur eux, il faut créer des occasions de vivre ensemble, de faire des choses ensemble... et de rire ensemble.”
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Pierre “. En retraite, je donne depuis cinq ans des leçons d'accompagnement en math à des élèves du lycée voisin. Vis-à-vis de mes petits-enfants, de la quatrième à la terminale, cela a représenté un déclic incroyable. Leur vieux grand-père, assez strict sur la morale et l'éducation, leur paraissait hors du monde quotidien. Bientôt, ils lui ont adressé, eux aussi, des appels à l’aide. Il ne se passe pas de semaine où je n’en reçoive trois ou quatre pour débloquer un problème, utiliser un ordinateur, reprendre une explication... Les liens de confiance, d'estime, d’autorité se sont resserrés. L'exemple de mon action bénévole a aussi porté ses fruits. J'en conclus qu’une activité gratuite, tournée vers l'extérieur, peut également avoir des effets à l’intérieur de sa propre famille. Je crois également que trop de grands-parents, concentrant abusivement leur activité aimante sur leurs PE, deviennent esclaves de ceux-ci, taillables et corvéable à merci... “

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Monique“. Mes GP maternels, très négligents vis à vis de leurs cinq enfants, ont été inexistants à notre égard. En revanche, ma GM paternelle m’a aidée à vivre allongée pendant les longues années de ma maladie d’enfance. Me prenant en charge, alors que mes parents travaillaient, elle m’a appris à la fois à lire, à chanter, à penser, à prier et à vivre sans me plaindre. Je lui dois mon équilibre actuel et j’essaye de renvoyer l’ascenseur à mes petits-enfants...”
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Marc. “Imperméable aux modes et aux rebellions vaines, je n’ai pas eu à me plaindre de mes grands-parents, bien au contraire. Chacun d’eux manifesta à l’aîné de leurs petits-enfants que j’étais - mais aussi aux autres et à chacun selon sa différence - une affection tendre, attentionnée avec ce dosage délicat de distance et de complicité, marque des intelligences (comme l’autre… il y en a plusieurs...) du coeur. A la fois anciens et modernes, à chaque rencontre, leurs qualités me donnaient du plaisir à être de leur lignée, et leurs petits défauts me faisaient (sou)rire. C’est encore le cas quand, à table par exemple, leur souvenir revient dans la conversation, égayant celles et ceux qui les ont connus peu ou prou et peuplant l’imagination de ceux qui apprennent à leur sujet et relaieront leur souvenir.
       Je n’ai pas encore de petits-enfants; mes ados me suffisent pour l’instant. Transmettre, c’est, vis-à-vis de cet âge ingrat, faire ce qu’on peut pour renforcer leur défenses identitaires, ne pas désespérer de ce qui nous échappera toujours, maintenir ce qu’on croit essentiel et créer une ambiance où les valeurs et la mémoire tiennent leur juste place. Le reste est affaire de patience, de confiance et de Providence (pour ceux qui y croient). Quant aux valeurs reçues, ce sont des bons du trésor immatériels enfouis qui, malgré leur part naturelle de doute, ne connaissent pas la Crise
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Aude :“ J’ai très peu connu mes grands-pères mais leur mémoire est vivement conservée chez nous.
J’ai appris d’eux le calme, la patience, le devoir de finir toute action commencée, le culte de la Patrie. Je me souviens de bons moments passés avec mon GP paternel … Ce vieux bonhomme, immense, me fascinait... Il s’émerveillait des papillons et des vagues. Il avait l’air heureux de vivre et nous le faisait partager.
Mes grand-mères ont fait aussi mon admiration. Ma GM maternelle est bien vivante. Je l’affectionne et l’admire beaucoup… Très active pour son âge, elle m’apprend à tenir la maison, le devoir d’une femme au foyer, sa langue maternelle… J’écoute avec délectation ses récits de jeune fille, l’histoire de son pays, celle de sa vie difficile: elle nous apprend l’économie (Pas question de jeter du pain !), la patience, le sourire dans les difficultés.
       Ce n’est qu’à un certain âge que j’ai réalisé le bonheur d’avoir des anciens parmi nous !
Profitons-en ! On regrette tellement, après leur départ, les moments où l’on aurait pu faire un bout de chemin ensemble…”
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Guillaume:“Aucun creux à combler chez moi: je n'ai pas l'image de gentils "papy & mamy" assis à côté de la cheminée avec une couverture sur les genoux, loin des petits soucis des jeunes. Grand-Mère nous ouvre sa maison pendant les vacances, lui essaie de garder la forme. Très énergiques, ils sont une référence de réussite familiale et professionnelle. Parce qu'ils ont trouvé leur idéal de vie, le dialogue GP / PE s’impose de lui-même chez nous. Cependant, le souci de faire aussi bien et de trouver un équilibre aussi serein est une pression supplémentaire pour nous qui commençons à notre tour à construire notre vie… En russe, la famille se dit семья, c'est un dérivé du chiffre семь (sept) suivant la structure: 2 GP, 2 parents, 3 petits enfants. Une unité mise à mal dans notre société d’aujourd’hui dont les responsables ne sont pas les petits enfants. Ces derniers n’ont jamais été aussi seuls mais occupés à faire semblant de ne pas l’être, connectés en permanence en adsl à un « répertoire de potes ». Autant de hobbies solitaires, chronophages et coûteux sur lesquels les GP ne sont pas branchés mais qu’ils financent pourtant à Noël.Mais gardez espoir, chers grands parents ! Les choses changent: Obama a montré l’exemple en délaissant un temps la course à la Maison Blanche pour dire au revoir à sa grand-mère mourante. Le jeune, en plus de bosser à 300%, 24 H sur 24, pour réussir sa vie « malgré la crise », assumera enfin le besoin de faire vivre sa fratrie et de “booker un meeting” avec ses grands parents.”
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Nathalie. “ C’est mon seul grand-père, alors, même si je ne sais pas comment l’expliquer, il est très important pour moi. Je lui pose des questions sur mon père à mon âge : Comment était-il ? Est-ce qu’il travaillait bien ? Est-ce qu’il faisait autant de bêtises que moi ? Un jour, il a sorti tous ses carnets de notes et on a bien ri en les lisant ! Ça m’aide à mieux connaître mon père. Quand mon GP me parle de son époque, de l’éducation qu’il a donnée à ses enfants, j’arrive à mieux comprendre pourquoi mon père réagit comme il le fait, pourquoi il est ce qu’il est… En fait, mon grand-père m’apprend beaucoup de choses. Et je sais qu’il en a encore plein d’autres à me faire découvrir ! “
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Matthieu. “Ayant la chance d’avoir mes quatre grands parents depuis bientôt 24 ans, j’ai grandi grâce à eux et goûté chaque instant passé en leur compagnie. Sachant qu’ils ne sont pas éternels, comme les diamants, et qu’ils seront de moins en moins actifs, je vis intensément chaque moment avec eux, pour ne nourrir aucun remord à leur mort. Socialement, professionnellement et familialement accomplis, je les ai toujours vus simples et gentils avec les personnes moins chanceuses. A leur contact, j’ai appris beaucoup mais ils m’ont particulièrement inculqué la fidélité en tout, l’entêtement et l’élection. Or, Jean-François Deniau avait coutume de dire que «la première vertu, c’est l’entêtement.» Entêtement et fidélité en amour, en amitié (qui n’est jamais que de l’amour sans le charnel...), dans la foi, dans les choix, dans le respect de la parole donnée. Et cette haine à l’égard du renoncement... L’élection: aimer, comme vivre ou voyager, suppose l’élection, savoir bien s’entourer. Oui, j’ai appris à leur contact qui j’étais. Quand on sait d’où on vient, on sait plus facilement vers quoi on veut aller. Il y a une vrai dignité à «vieillir comme on a vécu». Mes grands parents en sont la preuve vivante. Imparfaits certes mais exemplaires...”

Victor. “Après une adolescence difficile, j’ai quitté la maison, fâché avec toute ma famille. Cela a beaucoup peiné mon grand père, d’autant plus qu’il venait de perdre sa femme que j’aimais beaucoup. Avec une patience inlassable, il a tenté, pendant des mois, de renouer avec moi en m’adressant des lettres, des messages, des chèques... que je laissais sans réponse. Il continuait cependant sans se lasser et, à chaque occasion, me disait son affection... Et, un jour, il a gagné : devant tant d’amour désintéressé, j’ai craqué... Je suis revenu vers lui . Nous nous revoyons souvent et j’en suis très heureux... Dernière heure: nous allons même passer Noël chez mes parents!”

Une douzaine d’idées simples en guise de conclusion

1/ Oui, il existe des grands parents de tous les genres: des distributeurs automatiques, des dominateurs, des égoïstes, des pots de colle, des mères possessives, des vieilles dames indignes, des grands pères à principes et à manies... mais aussi beaucoup de grands-parents sacrifiés... esclaves... punis... délaissés... et des “non grands parents”...

2/ De même, il existe des petits enfants de tous les modèles...
Apprenons aux jeunes à trouver les petits gestes qui feront plaisir à leurs grands parents... et à tous les anciens.

3/ La crise boursière fait redécouvrir la famille. D’une façon générale, cela se passe assez bien entre les uns et les autres.

4/ Tentant de résumer le rôle des grands parents pour notre livre “Les grands parents de Julie” (1) , nous avions trouvé la parabole suivante qui me paraît rester d’actualité et ne pas nécessiter d’explications:

Si mon grand-père (ou ma GM) était un instrument de marine, il (elle) serait à la fois, (et entre autres):
un phare, un compas de route, une ancre, une réserve d'eau douce... et un canot de sauvetage...


5/ Grands parents, nous pouvons être les maîtres de sagesse de nos petits enfants.
Les trois piliers de notre action sont prudence, écoute et dialogue…

       - Jugeons de leurs activités et de leurs idées en toute tendresse sans attenter à leur liberté: ce sont leurs raisons de vivre et d'espérer qui sont en question, ni nos humeurs, ni nos rancoeurs éventuelles.
       - C'est la qualité de notre écoute qui nous permettra de voir venir toute dérive éventuelle chez eux.
       - Nous sommes d’ailleurs prévenus qu’ils testeront sur nous les 3 étapes de leur contestation :
l’essayage du look, l’essayage des mots, l’essayage des idées....


6/ A cet égard, fermons la porte au doute et réagissons le moins possible sous l'empire de l'agacement mais n'hésitons jamais à le faire pour des raisons de sécurité. Ce qui a besoin d'être dit doit l’être, le plus calmement possible, donc au plus tôt, avant qu'un abcès n’ait le temps de se former. Cependant, attention, nos mots peuvent trahir notre pensée !

7/ Nous pouvons leur dire: notre maison sera toujours “ta” maison... mais sachons leur montrer que toutes les idées ne se valent pas et qu’il leur faut apprendre à discerner et à garder leur indépendance d’esprit... Pour venir à bout des tabous, sachons hiérarchiser et distinguer entre l’important et l’accessoire...

8/ La passerelle entre eux et leurs parents... Ce peut-être nous ! ( Cf. le témoignage de Victor,)

9/ L'humour reste un remède souverain pour abattre le mur entre générations.

10 Une mal aimée, c’est la politesse. Demandons qu’on soit au moins poli avec nous.
Une autre victime de notre temps, c’est le langage. Incitons nos jeunes à parler et à écrire français.

11/ Comme une ligne de métro, notre ligne de conduite a besoin de trois rails
- deux rails de guidage :
       - les parents sont les premiers responsables de l'éducation de leurs enfants.
       - l'apaisement des tensions est toujours préférable aux affrontements et aux conflits d'autorité.
- un rail électrique : la communication… A nous de nous débrouiller pour que le courant passe !

12/ Pour être crédibles à leurs yeux, une seule solution: être vrais, rester nous-mêmes, et leur montrer qu’on les aime.
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1) On peut retrouver la plupart de ces idées dans le livre: “Les grands parents de Julie “ dont je suis co auteur. Disponible à France-Valeurs (10 € + port). De même, pour : « Un coup d’œil dans mon rétro » (15 € + 1,64 de port). Adresser les commandes avec un chèque à l’ordre de France-Valeurs à France-Valeurs 32 rue de l’Orangerie 78000 Versailles ou par Internet, adresse: contact@francevaleurs.org, avec paiement à la réception. JD