Lettre de novembre 2008

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Editorial

Devant la crise boursière… sachons transmettre nos Valeurs de vie…

       L’actualité est très chargée et nous manquons ici d’éléments pour la commenter de façon positive. Prenant donc du recul par rapport à elle, nous préférons consacrer cette lettre à un problème de fond, complexe et lancinant pour beaucoup : la transmission de nos Valeurs.
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       Pendant des siècles, nous semble-t-il, cela a marché tout naturellement. Chaque génération reproduisait sans complexes l’essentiel des gestes, des coutumes, du langage et de la culture qu’elle avait hérité des anciens. (Ce qui n’empêchait pas ceux-ci de déplorer souvent : « Tout f… le camp par rapport au bon vieux temps d’autrefois … »)

       Rien de semblable aujourd’hui où bien des grands parents ne se retrouvent plus dans leurs petits enfants, qu’il s’agisse de comportements personnels (allure extérieure des hommes et des femmes, langage, horaires, sujets de préoccupations, rapports à la foi religieuse et à la politique…) ou d’attitudes sociales (vie en couple, procréation, éducation des enfants, civisme, amitiés et autres…)

       De ce fait, certains d’entre eux se culpabilisent en pensant : «C’est de ma faute. Je n’ai pas su leur transmettre mes Valeurs. Du coup, ils n’ont plus de repères. Ils font n’importe quoi de leur vie. Ils se rendent malheureux et rendent d’autres malheureux…»

       A l’inverse, d’autres, qui souffrent autant, refusent d’admettre leur responsabilité et la rejettent, en vrac, sur la société, à travers l’accélération phénoménale des techniques, le laisser-faire supposé des pouvoirs publics et l’influence des médias…
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       En pensant à toutes ces personnes, nous poserons d’abord un constat (d’autant plus rapide qu’il est évident). Ensuite nous tenterons de discriminer les éléments de la crise actuelle et nous en déduirons les principes à essayer d’appliquer dans la transmission des Valeurs. Enfin, sans les méconnaître, nous relativiserons les échecs car rien n’est jamais perdu.
       Rappelons, pour éclairer la suite, quelques idées souvent exprimées ici:
                  • Courage, sens de l’honneur, générosité, etc… ce que nous appelons « nos Valeurs »...
ça n'existe qu'à travers les hommes qui les vivent.
       Dans ces conditions, persuadons-nous que nos témoignages de vie valent mieux que tous nos discours et tous nos écrits…
                  • Idéal élevé et cheminement progressif sont les deux principes de base de l’éducation aux Valeurs.

                  • Nous avons la responsabilité de semer mais nous avons affaire à des personnes libres et, quoi que nous pensions de leurs idées et de leurs actions, nous devons respecter leur liberté…

…Ce qui ne nous empêche pas d’afficher nos convictions et de montrer qu’elles nous font vivre.
Jean Delaunay
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« Un coup d’œil dans mon rétro »

Mon nouveau livre est édité aux frais de notre association et à son profit exclusif. Merci à nos amis qui participent à sa diffusion. Ils contribuent à rentabiliser l’édition à compte d’auteur et donc à aider France-Valeurs. On rappelle qu’on peut adresser les commandes par lettre avec un chèque à l’ordre de France-Valeurs (15 € + 1,64 de port) ou par Internet contact@francevaleurs.org avec paiement à la réception.
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Panne de Valeurs ou panne de transmission ?

NB J’avais, comme j’aime à le faire, d’abord écrit ce texte sous forme de dialogue ou plutôt de débat à trois. Certains membres de notre comité de lecture trouvent la formule « pesante, artificielle et éculée » et me pressent de revenir à une forme classique. J’ai donc repris ma rédaction pour leur donner satisfaction. Nos amis trancheront. JD

Constat

      Transmettre ce qu’on a reçu de ses pères, cela semble représenter une loi éternelle de la vie des hommes, sous toutes les latitudes.
      Pourtant, de nos jours, beaucoup d’anciens de tous milieux se lamentent : «Je ne me reconnais plus dans mes descendants. Ils ne tolèrent plus aucune contrainte : ni messe, ni mariage, ni même cravate… Ils ne croient plus à rien. Ils refusent même d’aller voter. Pour eux, tout se vaut… Ils font des enfants et, ensuite, ils se séparent pour un rien. … Tout est à l’avenant...»

      Nous savons bien que les conflits de génération sont vieux comme l’humanité. Platon dénonçait déjà la rébellion des jeunes et Lao Tseu disait, 6 siècles avant JC :
« Tes fils sont davantage enfants de leur époque que de toi-même… »

      Mais, comme tout le monde, nous devons reconnaître une aggravation de la situation.

Pourquoi ?

      Cette « panne de transmission » semble due à la conjonction de plusieurs facteurs :

L’air du temps : l’accélération phénoménale du progrès technique et l’élévation du niveau de vie en Occident ont entraîné la montée du matérialisme, du relativisme et de l’égoïsme, le trouble des esprits étant amplifié par les médias.

• Par peur de déplaire à leurs électeurs, les hommes politiques ont laissé faire, au nom de «Il faut bien vivre avec son temps». Ils ont même aligné la loi sur les mœurs au mépris du principe d’eunomie qui cherchait, depuis l’Antiquité Grecque, à proposer aux hommes des objectifs qui les dépassent, à les tirer vers le haut.
Par exemple, en déculpabilisant l’avortement par désir de reconnaître la situation difficile de certaines jeunes femmes, on a mis le doigt dans un engrenage qui pourrait nous acheminer vers l’euthanasie…

• Marqués par le « Il est interdit d’interdire » de 1968, beaucoup de parents et d’enseignants n’osent plus exercer leur autorité et méconnaissent leur responsabilité d’éducateurs.

• Trop de jeunes eux-mêmes manquent d’esprit critique et n’ont qu’une préoccupation : «Surtout faire comme tout le monde… »

Comment faudrait-il donc transmettre nos Valeurs ?

D’abord en les identifiant clairement, en y croyant fortement et en en vivant.

Moyennant quoi, on peut espérer que nos enfants se les assimileront tout naturellement, par imitation et par osmose, en nous voyant vivre…

Cela implique
• que nous commencions, dès qu’ils savent marcher, à leur faire comprendre qu’il y a, partout dans la vie, des «feux verts» et des «feux rouges».
• Ensuite, nous adaptant aux étapes de leur croissance, que nous les aidions progressivement à se donner des repères.

• Que nous mettions partout de la cohérence :
cohérence entre ce que nous disons et ce que nous faisons, cohérence entre le langage et l’attitude du père et de la mère, cohérence entre ce qu’enseignent les parents et les maîtres…
• Que nous exercions notre autorité de façon adroite, en alliant tendresse et fermeté… Que nous inspirions confiance à nos enfants, et pour cela que nous leur consacrions du temps et de l’écoute patiente et bienveillante…

• Que nous fassions passer nos Valeurs « à dose homéopathique» et dans une atmosphère de joie, sinon les jeunes ne manqueront pas de les juger rébarbatives…

• Que nous fassions très tôt appel à leur sens de la responsabilité et que nous les aidions à assumer leur liberté…

• Que nous sachions aussi utiliser des relais extérieurs car nous ne sommes pas toujours les mieux placés pour conseiller ou critiquer nos propres enfants.

Décalage entre cette vision et la réalité sociale

      La majorité des enfants modernes ne manque pas de tendresse (quelquefois dévoyée en faiblesse), mais tous les autres éléments éducatifs paraissent en perte de vitesse, du fait des nouvelles conditions de vie. Les parents travaillent à l’extérieur, leurs charges sont lourdes et beaucoup d’entre eux, disent les psychologues, sont dépassés par leurs enfants. Ceux-ci sont souvent seuls et donc soumis, non seulement à l’orientation idéologique de beaucoup de leurs éducateurs, mais surtout à l’influence néfaste de la mode, de certains copains, des radios et magazines pour jeunes, d’Internet…

      Ils y sont d’autant plus sensibles que notre société accorde beaucoup d’importance aux résultats scolaires et pas assez à l’éducation du corps, du cœur et du caractère… Il s’ensuit que la plupart de nos ados n’osent pas se démarquer de ce que pensent, disent et font les autres : ils manquent d’indépendance d’esprit.

Correctifs

• D’abord, il y a heureusement beaucoup de cas où, malgré tout, «ça se passe bien».

• Ensuite, dans une même famille ou à l’intérieur d’un même groupe d’amis, on constate des résultats souvent différents entre jeunes d’une même génération élevés en principe selon des principes voisins et dans des milieux de vie proches.

       C’est là tout le mystère de l’homme… Les parents et les éducateurs ont chacun leur personnalité et leurs charismes et ils sont ressentis de façon particulière par chaque enfant qui est lui-même un être unique. (Nous-mêmes, quand nous parlons de notre jeunesse avec certains de nos frères et sœurs adultes, n’avons-nous pas parfois l’impression d’avoir eu d’autres parents qu’eux… tant ils les jugent différemment de nous !…)

• Nos enfants ne sont pas des robots : ils réagissent chacun selon son tempérament et selon les circonstances. C’est heureux !

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NB J’ai écrit tout ceci à la lumière de mon expérience personnelle de père, de chef et d’éducateur de jeunes. J’ai aussi beaucoup travaillé ces questions pour France-Valeurs et, sans illusion sur la nature humaine, je croyais donc être arrivé à l’élaboration d’un corps de doctrine éducative qui « tienne debout ».
       Mais, hier encore, j’ai entendu le témoignage d’un vieux ménage que nous ne connaissions pas et qui partage nos convictions les plus profondes. Il nous a raconté, en toute simplicité, l’histoire, malheureusement assez banale de sa famille, c'est-à-dire l’échec complet de son éducation aux Valeurs. Or, il s’agit apparemment de parents équilibrés, très unis, qui ont essayé de mettre en œuvre, à leur manière, tout ce que nous suggérons.
       Des rencontres comme celles-là m’amènent donc à nuancer ma conclusion ! …


Conclusion

Humilité et confiance


• Nos enfants ne nous appartiennent pas. Nous les élevons pour eux et pas pour nous. Ce sont des personnes libres.
• D’ailleurs, essayer de leur transmettre nos Valeurs, ce n’est pas leur tricoter un gilet pare balles contre la pollution intellectuelle, morale et spirituelle, mais les aider à renforcer la colonne vertébrale de leur personnalité !

• Ensuite, tout en déplorant l’évolution générale, selon nous fâcheuse, des mentalités et des comportements, familiaux et conjugaux notamment, sachons observer, autour de nous, bien des retournements de situation.
      Gardons confiance, surtout si nous sommes croyants ! Rien n’est jamais perdu !

• Mais soyons pleins d’humilité.

      Notre mission de parents et d’éducateurs, c’est un peu celle du jardinier : semer, préparer le terrain, biner et arroser… De même que le soleil, la pluie, la nature du sol… échappent à l’homme de la terre, de même, il arrive que nos enfants adultes prennent des chemins différents des nôtres. C’est ainsi !

• Sachons donc prendre du recul !

      Il est vain et néfaste de nous culpabiliser. Laissons faire le temps qui arrange bien des choses... et faisons confiance à la vie …

      Mais, en ce qui nous concerne, tenons bon !

      Si médiocres que nous nous sentions, nous sommes des phares pour nos descendants.

Osons donc affirmer ce à quoi nous croyons et, surtout, osons en vivre.


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PS Cas particulier des choix de vie jugés « déraisonnables » de nos jeunes adultes
(engagement avec une personne que nous considérons « à risques » par exemple)

• Dire fermement, calmement et avec tendresse ce que nous pensons.
• Nous garder surtout de couper les ponts.
• Quand le choix a été fait, quel qu’il soit, faisons tout pour que «ça marche» mais en gardant notre dignité.
• Soyons quand même prêts à « ramasser les morceaux » en cas d’échec.

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