Lettre de septembre 2008

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Editorial

Après les jeux Olympiques de Pékin…

       Pour nous, les combattants d’Indochine, comme pour beaucoup de Français, le drame de Diên Bien Phu avait retenti dès 1954 comme le signal avant coureur de la fin d’une époque, celle de la prééminence de la race blanche et de la civilisation occidentale.
       Dans un autre genre, le spectacle impressionnant de la Chine enfin « réveillée », observé à travers le prisme déformant des Jeux Olympiques, pourrait nous confirmer dans cette impression.
       Ne nous laissons pas cependant envahir par un possible complexe d’infériorité aussi malsain que notre sentiment de supériorité d’autrefois !
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       Des observateurs attentifs soulignent en effet que le phénoménal développement chinois porte en lui même ses vulnérabilités. Pour n’en citer que trois : le décalage entre une minorité dont le niveau de bien-être se rapproche du nôtre et une masse de paysans qui continuent à vivre durement à l’ancienne ; les atteintes gravissimes portées à l’environnement, susceptibles de provoquer des catastrophes écologiques ; enfin et surtout, l’oubli d’un certain nombre de règles éternelles de sagesse humaine, dont l’équilibre naturel entre la part masculine et la part féminine de la population…
       L’argent qui commence à couler à flots, au moins dans la partie orientale de ce nouvel empire, pourrait aussi corrompre un certain nombre d’esprits et de cœurs…
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       Au-delà de la technique et de la finance, leur mise en œuvre suppose cependant que la majorité de nos contemporains veuille rester fidèle aux Valeurs humaines fondamentales qui ont fondé notre civilisation. Nées du triple héritage grec, romain et judéo chrétien, ce sont essentiellement le sens de la mesure et un certain équilibre entre des tensions antagonistes : le goût de l’ordre et la passion de la liberté, le souci de l’intérêt général et le respect de la personne, la primauté de la raison sur les sentiments, la volonté de vivre en paix après tant de guerres fratricides, la faculté d’adaptation permanente et d’innovation rendue possible par une solide culture, le tout reposant sur un socle de vertus de base.
       Le débat imaginaire qui suit développe ce thème.
       Face à ce qu’on présente ailleurs comme une sombre conjoncture économique, il vise, non pas à nous bercer d’illusions, mais à entretenir en nous la flamme de l’Espérance dans le but notamment d’élever nos enfants dans la perspective d’une belle aventure à vivre.
Jean Delaunay
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Débat autour des JO

Axel : « Quel beau spectacle nous ont offert ces quinze mille figurants mimant l’histoire de la Chine sur le stade olympique ! Quelle impression de force et de cohésion donne ce pays ! Ses athlètes collectionnent les médailles, ses produits inondent nos marchés, ses ingénieurs réussissent à barrer le Fleuve Bleu ; ils ont ouvert ces jours derniers quatre lignes de Métro à Pékin et plusieurs chantiers en Afrique !... « Quand la Chine s’éveillera, le monde tremblera ! », disait Peyrefitte après Bonaparte… Pauvres de nous ! Il ne nous reste qu’à tendre le dos… »

Olympe : « Et tu oublies la puissance de leur diaspora, à commencer par ces milliers de restaurants et de commerces ouverts à travers le monde jusque dans nos moindres bourgades… »

Matthieu : « C’est vrai mais nous savons aussi à quel prix les Chinois payent leur apparente puissance : des millions de personnes déplacées, exploitées, contraintes et limitées, y compris dans leurs libertés fondamentales, à commencer par celle de donner la vie !...»

Axel : « La patience, la résistance à la souffrance et à l’oppression, c’est le quotidien des Asiatiques, notamment des Chinois. Leurs aïeux n’ont jamais connu que des périodes de tyrannie succédant à des crises épouvantables : invasions, guerres civiles, épidémies, famines… Les fils se réjouissent de voir les choses changer et sont fiers d’appartenir à une superpuissance… »

Olympe : « Je mettrai un bémol à ton enthousiasme. Avec Internet, des millions d’entre eux peuvent aujourd’hui se comparer au monde extérieur. Ce peuple collectivement détenteur d’une si remarquable sagesse ne souffrira pas longtemps que soient violées journellement ses traditions, notamment familiales, et les valeurs humaines élémentaires… »

Axel : « En tout cas, quand je regarde la situation mondiale, la famine, les guerres tribales, la mauvaise gouvernance et la prévarication généralisées, et la bêtise qui génère des fléaux comme la prolifération du Sida et le déboisement, je me dis que les Chinois ont bien de la chance ! »

Matthieu : « Je crois surtout que ce sont nous, les Occidentaux, qui avons de la chance ! »

Axel : « Tu parles ! Chômage, déprimes, drogue, dénatalité, abêtissement télévisuel ! …»

Olympe : « Et en même temps, un niveau de culture et de développement que tout le monde nous envie, l’instruction et la santé pour presque tous, une espérance de vie élevée et surtout la paix, entre les peuples et à l’intérieur des pays… »

Axel : « En Belgique aussi ! … »

Matthieu : « Même si les Wallons et les Flamands ont un contentieux, ils ne le règlent pas, eux, à la machette…»

Olympe : « Notre chance majeure, à nous, pays de vieille civilisation, c’est d’avoir commencé plus tôt que les autres notre évolution humaine et sociale, d’avoir bénéficié au départ d’influences bénéfiques et d’avoir découvert dans la souffrance, à travers des guerres entre cousins, que la paix entre les peuples est un bien supérieur à tout…»

Matthieu : « Comme la paix sociale à l’intérieur des états … »

Axel : « Foutaises ! Même notre monde occidental continue à être régi par les rapports de force ! Regarde ce qui se passe dans le Caucase ! »

Matthieu : « Tu es injuste. Les conflits sont gérés le plus souvent par la négociation. Nos gouvernants et nos parlementaires sont élus démocratiquement. Par rapport à tant de tyrans entêtés, cupides et stupides dans le monde, ils sont relativement désintéressés et compétents. On ne peut pas contester non plus les préoccupations sociales de nos dirigeants politiques et de nos patrons. Des progrès considérables sont faits chaque jour en matière de solidarité. Tout n’est pas rose pour tout le monde dans nos pays; il y a toujours des riches et des pauvres, et de belles inventions comme Internet ont des effets pervers mais, tout comptes faits, je trouve que, dans bien des domaines, nous pouvons servir de modèles au reste du monde… »

Axel : « Moi, mes modèles, je les trouve plutôt en Afrique, en Asie et en Amérique du sud... »

Matthieu : « Pas d’accord ! Comme toi, j’ai beaucoup voyagé. J’aime le dynamisme vital des Africains, leur gaîté, leur sens de la famille, leur gentillesse…Je suis impressionné quand je vois les Musulmans pieux prier et jeûner durant le ramadan … J’admire la volonté opiniâtre des Vietnamiens, leur faculté d’adaptation, leur sens de la dignité… J’ai découvert des trésors de courage et de générosité chez les paysans Andins… Je crois à l’égalité en dignité de tous les hommes. Cela dit, je suis content et fier d’être un Occidental et notamment un Français, et je persiste à croire que nous avons, par rapport à d’autres, une chance extraordinaire qui nous confère des responsabilités particulières… »

Axel : « La chance d’avoir la TV allumée toute la journée, le portable à douze ans et le Macdo au coin de la rue !...»

Olympe : « Chance surtout d’avoir atteint un certain équilibre qui tranche avec les haines tribales et les massacres inter ethnies qu’on voit ailleurs. Les Grecs nous ont appris à utiliser notre raison, à essayer de dominer nos émotions et d’acquérir une certaine sagesse. Nous les avons suivis assez tôt sur le chemin de la démocratie, le moins mauvais des régimes… Les Romains ont enseigné à nos ancêtres le goût de l’ordre et la passion du droit. Le Christianisme nous a convaincus que les hommes sont frères et que, plus que la force, l’amour fait des miracles…
      Malgré la crise que nous traversons, il en reste quand même quelque chose...»

Matthieu : « …La chance aussi d’avoir progressivement découvert l’importance de la culture et d’avoir su diffuser un certain savoir dans la majorité de la population…Et, quoi qu’on en pense de la Révolution et de ses excès, elle a eu le mérite d’avoir formulé et commencé à mettre en œuvre les Droits de l’Homme…»

Axel : « Liberté … Egalité … Fraternité … Quelle hypocrisie ! »

Matthieu : « Je connais les défauts de notre société mais je maintiens que nous pouvons être plutôt fiers d’avoir cette devise là comme idéal à atteindre. Ce que nous pouvons faire de mieux, c’est d’essayer de la faire mieux appliquer chez nous et de la proposer aux autres… »

Axel : « Et à quel titre leur donnerions-nous des leçons? Ils sont bien comme ils sont … »

Olympe : « Ne sois pas aveugle ! Je respecte les croyances et les traditions des Indiens, des Touareg et même celles des tribus de Bornéo qui vivent encore à l’âge de pierre... Mais ils ont aussi leurs vices, à commencer par l’esclavage, et leurs faiblesses. Tu ne peux pas nier que les Africains soient abusivement fatalistes et que trop de leurs hommes préfèrent la palabre au travail. Tu as constaté que les Indiens restent empêtrés dans leur système de castes. Tu as vu la rigidité des Japonais. Tu déplores que les Musulmans soient souvent intolérants… Il me semble que, sans jouer les prix de vertu, nous incarnons une certaine sagesse et nous avons le devoir d’inciter certains peuples à respecter les autres, à ménager leurs propres enfants et à accorder à leurs épouses les mêmes droits que les hommes… »

Axel : « T’en fais pas pour elles ! Sous toutes les latitudes, c’est elles qui gouvernent !… »

Olympe : « …Tout en allant chercher l’eau, en pilant le mil et en bêchant le jardin … »

Matthieu : « Nous pourrions surtout enseigner aux responsables les éléments de la bonne gouvernance, à commencer par l’honnêteté personnelle et le refus du népotisme… »

Axel : « Avec les parachutes dorés de nos dirigeants, nous sommes bien mal placés… »

Olympe : « Chez nous, il y a des milliers de patrons et d’employés, de maires et de fonctionnaires qui font leur boulot scrupuleusement en respectant à la fois la loi, leurs clients et leur personnel… Il me semble que ça nous donne le droit de suggérer la même attitude aux tyrans affameurs de leur peuple… »

Axel : « Le malheur, c’est qu’ils n’ont rien à f… de nos conseils. Nos discours sur la démocratie et les droits de l’homme tombent à plat et les dictateurs se maintiennent au pouvoir tant qu’ils ne sont pas chassés par un putsch… Comme disent les Africains en rigolant : « C’est l’Afrique, patron !... »

Olympe : « La psychologie des pays en développement restera longtemps fragile car ils sont encore imbibés de leurs traditions millénaires ; fiers d’être indépendants, ils sont très susceptibles et ils envient notre richesse, tout en nous accusant faussement de piller leurs richesses… »

Axel : « Faussement ?... »

Matthieu : « Arrête de gratter ta mauvaise conscience tous azimuts ! Crie au contraire notre chance de vivre dans des pays « tempérés », et sur le plan du climat et sur celui des mœurs, des pays où il fait bon vivre quand on les compare au Bengladesh ou à Haïti… Essaye d’en persuader les gens autour de toi… et d’abord donnant aux moins nantis des raisons concrètes de relative satisfaction. Je connais l’importance du niveau de vie mais j’insiste sur la dimension psychologique du problème… En 1940, un homme d’état expliquait ainsi la dimension morale de notre défaite : « On a réussi à faire croire au peuple le plus heureux du monde qu’il était le plus malheureux… » Tout est affaire d’éducation : sachons montrer à nos jeunes leur chance… »

Olympe : « L’essentiel, c’est quand même de leur donner de quoi bâtir un projet d’avenir! »

Matthieu : « Ils le trouveront peut-être ici mais il faut leur apprendre aussi à renvoyer l’ascenseur en allant aider les populations des pays les moins chanceux… »

Axel : « Tout le monde n’a pas la vocation d’un Médecin sans frontières… »

Matthieu : « Beaucoup de nos jeunes devraient aller travailler un an ou deux au Tiers Monde. A condition d’avoir une bonne santé, d’être équilibrés, généreux, désintéressés et de posséder un bagage culturel minimum, ils pourraient rendre sur place de grands services, encadrés dans une ONG, être de bons ambassadeurs et en revenir marqués pour la vie dans un sens positif… »

Olympe : « Je confirme. J’ai éprouvé à Phnom Penh beaucoup de joie à m’occuper d’enfants pauvres mais très attachants. J’ai essayé de montrer que les blancs ne sont pas tous des touristes exploiteurs mais j’ai surtout découvert là-bas et la gentillesse des Cambodgiens si éprouvés et mon sort enviable d’Occidentale et de Française…Cette double leçon, je ne l’oublierai jamais !… »
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Un nouveau dossier : Regard sur le Livre blanc
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