Lettre de juillet 2008

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Editorial


Pour un Livre Blanc sur la défense… de la Dignité Humaine ?

       Le Livre Blanc sur la Défense était attendu depuis des mois. Les militaires s’étonnaient notamment d’un comité de rédaction surtout composé de civils... Ils craignaient de ce fait que les impératifs opérationnels et humains, ceux qui conditionnent l’efficacité et le moral des armées, soient sous évalués. Le document vient d’être présenté officiellement et le texte, très équilibré, parle sagement d’adaptation nécessaire aux périls nouveaux et aux nécessités de l’heure. Malheureusement, alors que les Armées ont déjà subi plusieurs mutations et compressions, les soldats le liront surtout comme la préface à une nouvelle et importante déflation de leurs moyens alors que leurs missions générales restent inchangées (et même que leurs charges augmentent. Par exemple, création d’une nouvelle base militaire française dans le Golfe Persique...) Bref, je crains que les exécutants l’interprètent comme un : Adaptez-vous ! Débrouillez-vous pour faire aussi bien avec moins !
Or, c’est déjà ce que j’avais refusé d’accepter quand j’ai démissionné de mon poste de CEMAT en 1983 !...
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      J’en reste là sur ce point car je sais que le gouvernement a bien d’autres soucis. A l’échelon national : la réduction de la dette, les réformes, le pouvoir d’achat… Et au niveau mondial, des questions cruciales pour l’avenir de l’humanité : réchauffement climatique, prix du pétrole, pauvreté du Sud et contrôle consécutif de l’immigration, défense contre le terrorisme et les autres formes actuelles de banditisme...
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      Au-delà et au dessus de ces problèmes, France-Valeurs place cependant le respect de la dignité humaine, menacée à la fois par des innovations scientifiques et par l’idéologie libertaire.

- Un laboratoire nous propose ainsi de cloner notre chat ou notre chien pour nous assurer de la présence à nos côtés d’un animal familier de rechange en cas d’accident survenant au titulaire… On peut dès lors imaginer que, d’ici quelques années, cette firme offre d’étendre sa bienfaisante activité au genre humain… et nous propose de cloner notre petit dernier…
- On pratique des milliers d’avortements par an et, dans le même temps, selon l’INSERM, c’est après trente ans que la mère française moyenne met au monde son premier enfant; la fécondabilité des couples diminue et un sur cinq sera à terme concerné par la stérilité (un sur dix actuellement). La demande d’Assistance Médicale à la Procréation augmente en proportion : on peut déjà trouver sur Internet une mère porteuse qui loue son ventre pour 1.000 ou 2.000 €...
- D’autres informations concernent par exemple l’introduction de cellules humaines dans un organisme animal - et inversement… Elles soulignent la nécessité d’encadrer les pratiques de laboratoire portant gravement atteinte à la dignité humaine et même susceptibles de modifier la nature humaine.
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       A l’autre bout de la chaine vitale, l’émotion soulevée par plusieurs drames médiatisés débouche sur une véritable propagande pour l’euthanasie. Un projet de Loi l’autorisant serait même en préparation ?…

      Tout cela justifie le souci du gouvernement de réviser les lois sur la bioéthique. Nous suggérons qu’on élargisse le débat aux questions concernant la dignité de la vie humaine, de la naissance à la mort.

      En attendant qu’un nouveau Livre Blanc le fasse officiellement, le dialogue imaginaire qui suit entre un jeune juriste et une étudiante en médecine donne notre point de vue sur tous ces problèmes
      Il est complété, pour nos seuls amis internautes, par un extrait du livre «L’homme en quête d’humanité» du Professeur Mattéï.

       Les réponses à ces graves questions conditionnent l’avenir de nos descendants. Suivons-les attentivement et participons à la campagne lancée par l’Alliance pour les droits de la vie !
Jean Delaunay
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Bioéthique

Matthieu : « Dis donc, Toubiba, qu’est ce que ça veut dire Bioéthique ?»

Olympe : « C’est tout ce qui concerne la responsabilité morale des médecins et biologistes dans leurs recherches et les applications de celles –ci. Je devrais d’ailleurs dire «éthique» et non «morale» pour rester politiquement correcte…Cela dit, la bioéthique concerne toutes les questions relatives à la vie, au regard que l’on porte sur elle, et particulièrement aux actes pour et contre la vie, du début à la fin.

Matthieu : « Mais la vie, nos contemporains la regardent avec des verres diversement colorés…
      Pour moi, la vérité est unique. Je crois qu’il y a dans le cœur de tout homme comme une sorte de «GPS» qui le pousse naturellement à rechercher le bien et à éviter le mal, pour lui-même et pour ses semblables. Ceux qui croient en Dieu se réfèrent en plus à Ses « commandements » à prendre, non comme des contraintes, mais comme des protections. C’est cette morale là qu’enseignait l’’instituteur laïc d’autrefois. Pour une partie de l’opinion d’aujourd’hui, il semble au contraire qu’il y ait plusieurs vérités en matière de morale. Au cours d’un débat concernant l’avortement, une militante m’a dit : «Vous avez votre vérité ; laissez moi la liberté d’avoir la mienne !»
       Moi, pour regarder la vie, je tiens compte que de ce qui est !»

Olympe : « Justement, au début de la vie, dès l’instant de la fécondation, la première cellule possède toutes les potentialités de l’être. Au cours de ses divisions successives, les cellules filles se spécialiseront selon un processus continu, les unes devenant des os, d’autres, des muscles, etc … Mais, dès le premier instant, tout l’homme est présent, en devenir! Ce n’est pas une opinion, c’est une vérité qu’on m’a apprise à la Fac de Médecine et qui s’impose à tout homme raisonnable... sans même faire intervenir une croyance en Dieu.
      Sur quel critère objectif, le législateur français peut-il donc affirmer qu’un embryon n’est un homme qu’après 84 jours (12 semaines) après la fécondation ? Ce délai est d’ailleurs fixé différemment selon les pays mais la raison conduit à admettre que l’embryon est humain dès le premier instant…

Matthieu : « J’en conclus que l’avortement provoqué est bien un homicide volontaire. La Loi Veil de 1974 qui le dépénalise ne devait concerner que les situations de détresse. Elle a été présentée et votée comme un moindre mal. Par dérive abusive, c’est devenu un «droit». Même masquée sous le sigle IVG, la réalité est que l’enfant est une victime innocente et que son droit à vivre devrait être mis en balance avec celui de sa mère à disposer de son corps.
       Cela dit, je me garde de juger les personnes, notamment dans le cas où la vie de la mère est en danger, mais j’ai le droit de juger l’acte en lui-même et de continuer à le déclarer foncièrement immoral…
      Et que penses-tu des interventions prénatales ? »

Olympe : « Les femmes enceintes passent plusieurs échographies. Elles peuvent ainsi savoir le sexe de leur enfant, ce qui permet aux parents de mieux se préparer à l’accueillir et de choisir son prénom. Le diagnostic prénatal permet surtout de dépister d’éventuelles maladies ou malformations et, parfois, d’intervenir in utero, pour protéger la santé de l’enfant et de la mère. Mais c’est surtout et trop souvent, l’occasion d’éliminer le fœtus, notamment en cas de détection de la trisomie 21. Certains parents s’y refusent mais la pression sociale est si forte que beaucoup d’autres s’y résolvent. »

Matthieu : « Ne laisser vivre que des individus conformes aux critères officiels, c’est carrément de l’eugénisme, c'est-à-dire qu’on prétend juger de la «valeur » de l’être humain. On en est même venu, à travers «l’arrêt Perruche» à invoquer le droit de ne pas naître
       Et, en même temps, malgré le slogan «Un enfant si je veux, quand je veux», le nombre des couples stériles ne cesse de croitre ; ils font quasiment la queue devant les centres de procréation médicalement assistée (PMA)… Qu’est ce que tu en penses ? »

Olympe : « Je comprends la souffrance des couples qui ne peuvent pas avoir d’enfants. Je me demande d’ailleurs si les moyens de contraception n’y sont pas pour quelque chose... Cela dit, au lieu d’adopter, certains ont recours à la PMA soit par insémination artificielle, soit par fécondation in vitro (Fivete).
      Ces deux méthodes dissocient, hélas, la procréation de l’acte sexuel. (Ce qui est d’ailleurs aussi le cas dans la contraception artificielle...) Or, ils sont par nature conformés l’un à l’autre...
       Par ailleurs, je récuse la fécondation dans une éprouvette car elle conduit à la création de plusieurs embryons dont deux ou trois seront implantés dans l’utérus de la mère. Les autres, dits «surnuméraires», créés et non implantés, sont soit détruits soit congelés pour être en principe conservés mais on ne fait alors, en fait, qu’en différer la destruction… Ils sont condamnés à mort…
       Il est à noter, en outre, que la plupart des embryons implantés sont «anormaux», ce qui est une des causes d’échecs.

Matthieu : « La PMA me choque aussi d’un point de vue moral. Quand le mari est stérile, on fait appel à un donneur extérieur. Quand la femme n’a pas ou plus d’utérus, on peut implanter son embryon dans le ventre d’une autre femme pour une «gestation par autrui»… Malgré la performance technique, l’utilisation d’une tierce personne me parait tout à fait contraire à la dignité humaine

Olympe :« C’est souvent le cas aussi de la recherche sur les embryons. Les biologistes utilisent les embryons surnuméraires pour y prélever des cellules. Ils exploitent la capacité de diversification des cellules-souche, soit pour traiter les organes malades d’une personne vivante, soit pour procéder à des recherches. Qu’il soit utilisé comme réservoir de pièces détachées ou réduit à l’état d’animal de laboratoire, l’embryon est finalement détruit en dépit de sa qualité d’être humain…
      Mais je suis encore plus révoltée par le clonage…»

Matthieu : « Pourtant, il est pratiqué depuis longtemps par les jardiniers sous forme de bouturage ou de marcottage…»

Olympe : « Les chercheurs l’appliquent depuis des années aux animaux et envisagent même de cloner des êtres humains. En attendant, certains d’entre eux réalisent des «chimères» en introduisant des cellules animales dans des organismes humains – et inversement.

Matthieu : « Du coup, on en arrive à des pratiques d’apprentis - sorciers. Or, pour nous, tout ce qui est techniquement possible n’est pas moralement licite. Rabelais disait déjà : «Science sans conscience n’est que ruine de l’âme.»

Olympe : Il y a quand même des voies de recherche prometteuses et moralement acceptables comme celle des cellules souches adultes. Il existe en effet dans le corps humain des cellules à potentialité multiple, pouvant former d’autres organes que celui d’où elles proviennent. Leur utilisation n’altère pas l’intégrité physique du donneur et donc ne crée pas, pour nous, de problèmes moraux. »

Matthieu : « Ce n’est pas comme l’euthanasie. Les médias ont mis récemment sur le devant de la scène des personnes qui demandaient la mort parce qu’atteintes de maladies incurables provoquant des souffrances atroces. Des groupes de pression influents exploitent ces cas douloureux pour, mine de rien, faire passer dans l’opinion l’idée d’euthanasie, (étymologiquement «bonne mort »), rebaptisée «droit de mourir dans la dignité». Ils en revendiquent même très haut la légalisation.»

Olympe : « Je vois ces malades et leur entourage à l’hôpital ; je connais leur détresse mais je voudrais que nos députés examinent l’aspect moral de l’euthanasie à travers le précédent de la Loi sur l’avortement. Le législateur initial se référait aux affreux avortements clandestins d’autrefois mais, en fait, on en est vite passé à une banalisation des IVG de commodité. Je crains qu’on en arrive à la même dérive si on met le doigt dans cet engrenage…Chacun pourra alors demander la mort de celui qui le gêne… »

Matthieu : « Par-dessus tout, nul ne peut décider de la mort d’autrui. Ce principe a été brandi pour abolir la peine de mort en matière criminelle ! Donc, pas question de le trahir en matière médicale ou de donner à un représentant de l’Etat le droit de disposer de la vie des personnes. La Loi Léonetti tente de poser des bornes en la matière mais les manipulateurs d’opinion réclament aujourd’hui que l’on autorise des «exceptions».
       Or, Paul Valéry disait : «le mensonge s’accouple à la crédulité et engendre l’opinion».

Olympe : « Le précédent de l’avortement me fait craindre que l’exception devienne vite la règle et qu’une nouvelle Loi Neiertz vienne même demain punir toute manifestation d’opinion défavorable à l’euthanasie !»

Matthieu : « Encore un mot ! Un autre type d’argument est envoyé à la figure de ceux qui prétendent maintenir en vie des êtres «socialement inutiles». On leur oppose le déficit de la Sécu et on les traite de mauvais citoyens ! Si on les écoutait, on ouvrirait la porte au génocide des vieux et des handicapés !…»

Olympe : « Se pose cependant pour nous le problème de l’acharnement thérapeutique. Je vois parfois mettre en œuvre à l’hôpital des traitements disproportionnés avec l’espoir de guérison. Cela non plus, ce n’est pas moralement acceptable !»

Matthieu : « Au risque de passer pour un philosophe, je dirais que le drame de notre époque c’est qu’on n’y accepte plus la mort comme un élément constitutif de notre nature humaine.
       Nos contradicteurs parlent du «droit de mourir dans la dignité»… mais où se loge la dignité en question ? Pour moi, c’est d’abord celle du malade d’être reconnu comme une personne unique qui mérite respect et considération, compassion et amour. »

OlympeLes soins palliatifs répondent à cette exigence. Ils procurent à la personne en fin de vie le soin dont elle a besoin mais surtout l’accompagnement affectif, psychologique et spirituel qui lui permettent d’aborder cette dernière étape et de se préparer à la mort. La vraie dignité est là.
C’est pour cela que je soutiens à fond la campagne de l’Alliance pour la Dignité de la Vie…»

Matthieu : « Ah oui ! L’envoi de cartes postales aux parlementaires pour les sensibiliser à ces problèmes et leur faire connaître notre sentiment avant qu’ils ne votent la Loi ! »

Olympe : « Nos amis de l’Alliance voudraient envoyer 400.000 cartes.
Tu peux t’en procurer auprès d’ADV :
BP 10267 75424 Paris cedex 09        Tel 01 45 23 08 29
Site Internet www.adv.org         Courriel contact@adv.org

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Un extrait du livre du Professeur Mattéï est joint pour les seuls internautes ; il pourra être adressé par la poste aux autres personnes qui le demanderont avec une enveloppe timbrée pour 50 grammes.

Lire aussi l’ouvrage de M. Jean Frédéric Poisson, député des Yvelines :
« L’homme contre l’homme ».
Presses de la Renaissance, 240 pages, 19 €
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« Un coup d’œil dans mon rétro » , un nouveau livre de Jean Delaunay.

       « Le 14 Juillet 1980, j’ai eu la chance de passer, en l’espace d’une heure, des ors du Palais de l’Elysée au triste parloir de la prison de Fresnes où j’allais voir un « perpète » qui allait devenir un ami.
       Le souvenir de cet immense décalage entre deux mondes m’a donné l’idée d’ouvrir cet album de portraits.
       Il est fortement imprégné de ma triple expérience de catholique, d’ancien chef militaire et de familier du monde pénitentiaire.
      On n’y trouvera donc pas de vedettes du show-biz, ni de patrons d’entreprises du CAC 40… Je veux au contraire montrer, à travers quelques échantillons - exemples, volontairement très contrastés, de mes rencontres, comment j’ai été marqué par des contacts, brefs ou prolongés, avec des gens très différents, modestes pour beaucoup et dont certains étaient même des blessés de la vie.
       Tous ont largement contribué à enrichir mon expérience humaine. » (…)
       « Au moment où, du réchauffement de la planète au choc des civilisations, l’on ne parle guère que de catastrophes, je veux, moi, dans le droit fil de l’encyclique « Spe salvi », laisser un témoignage d’Espérance.»
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Compte tenu de mes mécomptes avec l’éditeur de mon précédent livre, je fais éditer celui-ci (140 pages environ, 15 € )à compte d’auteur en série limitée. Je l’adresserai directement dès sa parution aux personnes qui l’auront commandé à France-Valeurs par lettre ou par Internet. (Ne pas joindre de chèque encore).
Jean Delaunay

La mythologie, la génétique et l'homme éternel
Extraits du livre « L’homme en quête d’humanité » du Professeur JF. Mattéï
Presses de la Renaissance, 2007

Les découvertes de la biologie sont sans précédent... mais elles font écho aux plus vieux mythes de l'humanité.

( Note : les notes sont visibles dans le texte en y positionant la souris)

       « Nous avons changé de siècle, et même de millénaire ! Mais, les dates d'un calendrier ne modifient pas radicalement la vie des hommes. Ce qui est beaucoup plus intéressant, c'est que depuis quelques décennies nous changeons de civilisation.
       C'est-à-dire que nous changeons de repères, de références. Nous avons même parfois le sentiment de changer de valeurs. Pour ceux qui en doutaient encore, les événements du 11 septembre 2001 démontraient que le monde ne serait plus jamais comme avant.

       Cela demande à être argumenté, en soulignant notamment la conjonction de deux événements qui se sont produits à peu près en même temps.
       D'une part, la fin d'un XXe siècle restera (pour ceux qui tenteront de le résumer dans quelques décennies) comme un siècle de dupes : ce siècle nous a trompés parce qu'il a commencé par nous priver de toutes les valeurs civiques, religieuses, morales, qui avaient accompagné l'humanité au long de son histoire, au prétexte que des idéologies nouvelles allaient nous apporter des valeurs de remplacement. La chute du mur de Berlin a montré que les idéologies promises n'avaient pas pu organiser et animer un monde à visage humain. Mais après 1989, avec la disparition de l’idéologie collectiviste et la démonstration que le modèle capitaliste n'était pas non plus dépourvu de graves inconvénients au regard de la solidarité entre les hommes, l'homme s'est trouvé dépourvu de ces valeurs dont il a profondément besoin. Orphelin des valeurs qui l'avaient accompagné naguère, mais aussi privé de celles qu'on lui promettait, l'homme ne s'est jamais trouvé aussi fragile qu'à ce moment de son humanité.

      Or, dans le même temps, un deuxième événement s'est produit. Nous avons connu la troisième révolution des temps modernes : après la révolution agraire, après la révolution industrielle, est venue la révolution scientifique. En cinquante ans, nos connaissances ont progressé davantage qu'en cinquante siècles.
      Premier exemple: L'homme peut désormais modifier irréversiblement la Terre. Autrefois l'on pouvait faire la guerre pendant cent ans: quelques années après la paix retrouvée, les paysages avaient repris leur physionomie habituelle. Nos guerres ne laissaient que peu de traces. Or, nous sommes aujourd'hui capables de détruire la planète qui nous accueille.

      Deuxième exemple : par les manipulations génétiques, l'homme se rend capable de modifier la nature même du vivant, et donc de l'être humain. Cela aussi constitue un nouveau pouvoir, parfois terrifiant.
      Nous sommes en mesure de détruire la Terre, nous sommes en mesure de changer l'homme. L'homme peut désormais se perdre définitivement dans sa propre science. Et au coeur de ces débats, nous trouvons la génétique.

      La génétique a une place privilégiée : remonter à son étymologie suffit à s'en persuader. Elle est au coeur de la vie. La Genèse est le récit de la naissance de la vie, et toute la famille des mots qui en découlent parle de la vie : l'«eugénisme» a pour but de sélectionner les meilleurs ; le «génocide» élimine celui qui n'est pas jugé digne d'être admis dans la communauté des hommes.
      Il est d'ailleurs imprudent d'associer génétique et politique. Les tentatives de rapprochement entre génétique et politique, qu'elles soient nazies (avec l'anthropologie raciste) ou soviétique (avec les mirages de Lyssenko)(1), ont toujours mis en danger l'humanité. L'homme ne se résume pas aux gènes portés par la molécule d'ADN.
       Les nouvelles connaissances offertes par la génétique nous ont placés face à de nouvelles situations.
      Celles-ci défient l'imagination : interrogez à brûle-pourpoint les personnes les plus âgées de votre famille, en leur demandant : «Que faut-il faire avec des embryons congelés?», ou bien : « Que pensez-vous du clonage thérapeutique?»
      Même si depuis quinze ans, nous commençons à nous familiariser avec ces mots et ces problèmes, ils sont pour le moins surprenants.
      Surtout quand le débat se poursuit : «Allons-nous jeter ces embryons congelés, compte tenu du stock ? Ne vaudrait-il pas mieux les confier à des laboratoires pour produire des lignées de cellules souches destinées à guérir?»
      Nous sommes devant des situations sans précédent, qui nous obligent à faire de nouveaux choix. Ces choix nous conduisent à nous interroger pour tenter de cheminer. Tout cela constitue le questionnement éthique ; l'éthique n'est pas une science comme l'anatomie ou la géographie : elle est un questionnement. Elle nous conduit dans des réflexions complexes, entre techniques et indications, entre avantages et risques, en quête de sagesse, de discernement, et même de conscience retrouvée. Au coeur de tout cela, c'est à la fois la liberté et la responsabilité qui sont en cause, et le fait de savoir si la nature profonde de l'homme est en train de changer.
      L'homme a-t-il vraiment changé ? N'est-il pas toujours le même ? Mon sentiment est qu’il n'a finalement pas beaucoup changé. Ses décisions, ses aspirations, ses rêves s'expriment toujours au travers de mythes.
      Bien que venant du fond des âges, ce sont toujours les mêmes questions qui continuent à nous interpeller, quand se réactualisent quelques vieux rêves de l'humanité.
      Interroger le mythe, c'est tenter de comprendre, tout à la fois, nos espoirs et nos craintes. A travers le mythe il y a une sorte de mouvement d'appropriation du monde, une réduction du monde en données intelligibles à l'homme. Ce mouvement se prolonge en conduites proprement humaines : le mythe crée des comportements qui tentent de réaliser, magiquement ou techniquement, le désir d'appropriation, le désir d'imiter les héros, les dieux, les maîtres de la nature.
      C'est le rôle de la culture que de se débarrasser des mythes en les réalisant.
      Autrement dit : la nouvelle culture génétique peut-elle nous débarrasser des mythes en les réalisant ? Ou constitue-t-elle une nouvelle forme d'expression de la mythologie antique?
      À travers l'assistance médicale à la procréation, le diagnostic prénatal, la médecine prédictive, le clonage, les cellules de jouvence du clonage thérapeutique, voyons s'il y a quelque chose de nouveau sous notre soleil.

Assistance médicale à la procréation : le mythe de Prométhée

      L'assistance médicale à la procréation n'évoque-t-elle pas le conflit prométhéen entre Dieu et les hommes ? Le mystère de la vie et le rêve pour l'homme de devenir l'égal de Dieu ?

      Voilà que la maîtrise de la molécule d'ADN, du spermatozoïde, de l'ovule, permet de donner la vie au fond de l'éprouvette. Nous sommes désormais capables de prélever un seul spermatozoïde et de l'injecter dans un ovule prélevé sur l'ovaire d'une femme, avant de transférer l'oeuf ainsi fécondé dans l'utérus d'accueil.
      Maîtrisant ainsi la vie, l'homme pourrait être tenté de se considérer comme l'égal des dieux. Nous sommes bien face à un Prométhée des temps modernes. Le Titan de la mythologie grecque avait dérobé le feu sacré pour le donner aux hommes ; le généticien, avec son fil d'ADN, maîtrise la vie pour la donner à des couples stériles. Il peut aussi la donner à des femmes célibataires, à des couples de femmes, à des femmes ménopausées. Il peut contredire la nature en se prenant pour un dieu. En choisissant le parti de l'homme contre celui des dieux, Prométhée a donné aux humains l'art et la technique, ce qui les a arrachés à la vie sauvage... Qu'on pense aux progrès réalisés aujourd'hui par la contraception, par l'assistance médicale à la procréation, par la maîtrise de la fécondation désormais dissociée de la sexualité ! La figure de Prométhée ressurgit avec ces deux thèmes majeurs et connexes : le rapport de la nature à la civilisation et le rapport de l'audace au respect. C'est la révolte de l'homme contre Dieu
      Mais peut-on considérer comme une réalité le chemin parcouru par l'homme, depuis la tragédie d'Achille jusqu'au Prométhée enfin déchaîné du début du siècle, tel qu'annoncé par Hans Jonas ?(2)

      La découverte du code génétique et son développement en «génie génétique» donnent à l'homme un immense savoir doublé d'un immense pouvoir.
      Or le mythe de Prométhée nous met en garde. Les dangers de la transgression sont présents dans la connaissance scientifique et les pouvoirs qui en découlent. D'ailleurs, si nous savons manipuler les gènes (et si nous accédons à la thérapie génétique), il reste un interdit formel traduit dans la loi internationale : oui à la thérapie génique somatique, qui permet de guérir ; non à la thérapie génique germinale, qui changerait définitivement les générations à venir !
      Le sentiment plus ou moins confus que la technique « doit s'arrêter quelque part » en s'interdisant de transgresser l'ordre naturel s'invite au débat entre les scientifiques et l'opinion publique.
      Pourtant quelle tentation que de modifier l'homme et les générations futures ! Maîtriser le début de la vie, et pourquoi pas sa fin ? Prométhée est revenu : ce qu'il apporte à l'humanité est plus inouï que la maîtrise du feu.

Diagnostic prénatal : le mythe de Pygmalion
Le diagnostic prénatal pose un autre problème. Depuis une vingtaine d'années, les généticiens ont été sollicités pour accompagner les couples en difficulté, parents d’un enfant porteur d'une anomalie chromosomique, trisomie 21 par exemple... Pour aider ces couples, il fallait accepter de commettre une transgression : dépister un embryon à nouveau atteint, pour interrompre éventuellement sa vie. C'était une demande des parents.
      De la demande individuelle, nous sommes passés à l'organisation systématique du diagnostic prénatal dans la population. Nous sommes ainsi entrés dans une logique d'élimination de l'enfant mal formé ; et, progressivement, dans une recherche de l'enfant sans anomalie. Sans nous demander, d'ailleurs, qui peut définir cela et sur quels critères...
       En fait, il s'agit de produire des enfants conformes aux normes actuelles de notre société. .À tel point qu'il ne faut pas s'étonner que la plus haute juridiction, en France, ait décidé que finalement la naissance d'un enfant handicapé était un préjudice et que le droit à ne pas naître pouvait être reconnu. Il pourrait y avoir des vies qui ne valent pas la peine d'être vécues. Notre société se soumet, peu à peu, au mythe de l'enfant parfait.
      Je n'ose même pas évoquer les vertiges qui s'offrent à nous avec les micro-puces à ADN qui commencent à affluer. Elles peuvent réaliser plusieurs milliers d'études génétiques en fonctionnant de la même manière que les micro-puces électroniques de nos cartes bancaires. Je passe également sous silence la possibilité que nous aurons, après quelques semaines de grossesse seulement, d'isoler quelques cellules foetales triées après une simple prise de sang maternel ; associée à la puissance d'analyse des micro-puces, cette capacité promet d'infinis développements au mythe de l'être idéal...

      Or ce mythe se retrouve parfaitement dans une autre histoire de l'Antiquité grecque : celle Pygmalion. Roi de Chypre, excellent sculpteur, Pygmalion emploie tout son art à réaliser une statue de jeune fille qu'il façonne selon ses désirs. Et il en tombe profondément amoureux. Il supplie Aphrodite de donner vie à son oeuvre afin de pouvoir l'épouser. Aphrodite cède (elle ne résiste pas à l'amour) ; elle anime la statue Galatée. Pygmalion s'unit ainsi à cette femme qu'il a en quelque sorte créée et qui est la projection de ses propres fantasmes.

      Or le foetus abrité dans le sein de la mère restait une énigme pour l'homme jusqu'au moment de la naissance. Ce jour pouvait être celui d'une immense joie, de l'expérience de cet incommensurable mystère, la naissance d'un être humain. Mais il pouvait aussi se transformer en cauchemar, avec la découverte d'anomalies ou de handicaps.
      Réfléchissons un instant. Lorsqu'un enfant naissait à Sparte ou à Rome, il était présenté à son père qui l'examinait. Si l'enfant lui convenait, il l'élevait dans ses mains, le présentait au clan familial, le reconnaissait comme son fils ou sa fille ; sinon, il tournait les talons. L'enfant était alors «exposé», c'est-à-dire abandonné à la mort, et l'on n'en entendait plus parler.
      En deux mille ans, nous avons gagné six mois sur l'eugénisme spartiate ou romain.
La sélection a lieu désormais lors de la première échographie à trois mois de grossesse
« Docteur, est-il normal ? - Madame, je crains qu'il y ait une anomalie.
      - Eh bien, docteur, on va arrêter et on recommencera. »

      En deux mille ans, l'homme n'a pas changé. L'immensité des progrès techniques lui a fait juste gagner un peu de temps.

      Reste le mythe qui représente cette part de l'homme : s'acharner à créer un être conforme à ses désirs.
      La génétique permet à l'homme d'atteindre ce rêve et de créer des humains conformes. Une bonne sélection des « génétiquement corrects » dans le futur, peut-être un peu de génie génétique pour arranger tel ou tel défaut ; et nous aurons devant nous une créature que nous penserons parfaite.
      Mieux : nous pourrons bientôt affirmer ce qui va lui arriver durant son existence, au travers de ce que nous promet la médecine prédictive.

Médecine prédictive : le mythe d'Œdipe

      Nous sommes en mesure chaque jour d'identifier davantage nos gènes. Certains sont responsables de la myopathie de Duchenne, de la mucoviscidose ; d'autres de la chorée de Huntington différée dans le temps à quarante années ; d'autres de la maladie d'Alzheimer différant à soixante années son expression. Nous sommes dans la situation d'un destin annoncé avec vingt, quarante, soixante ans d'avance.
      Ces années-là ne vaudraient-elles pas la peine d'être vécues puisqu'elles vont déboucher de toute façon sur une maladie incurable ? Vaut-il mieux disparaître tout de suite, plutôt que de souffrir plus tard ?
      Nous sommes également capables de déceler des gènes qui prédisposent au cancer du sein, au cancer rectocolite, à la rétinite pigmentaire.
      La conséquence est simple : le sujet en bonne santé entre dans la maladie avant même que d'être malade.
      Ainsi certaines femmes en pleine santé, apprenant qu'elles sont porteuses de ces gènes, se font amputer des seins et des ovaires pour ne pas risquer de développer un cancer.
Certaines personnes vont choisir en conséquence leur orientation professionnelle parce qu'on leur a annoncé qu'elles deviendraient peut-être aveugles vers l'âge de 30 ans.
      Le rôle du gène devient croissant dans la façon dont les gens vont gérer leur vie, avec des bons côtés mais aussi de nombreux dangers.
      Nous entrons ainsi dans une nouvelle idéologie : celle du «généticisme» à l'excès, qui s'offre aux assureurs, aux employeurs, aux banquiers et qui entre au Parlement, lorsqu'il s'agit d'aborder le sujet de la délinquance sexuelle. Le délinquant devient un malade, le jugement, une ordonnance ; la peine, un traitement ; et la récidive, une rechute médicale.(3)

      Peu à peu une idée s'incruste (malgré quelques rébellions récentes) : l'homme serait prisonnier de ses gènes, ficelé par sa double hélice d'ADN.
      Peut-on échapper à son destin ? C'est une question de toujours. Connaître son destin pour pouvoir lui échapper : savoir et prévoir, pour pouvoir. C'est cela, le positivisme mythique, et le généticien se sent de plus en plus en voyant des temps modernes. Désormais, les analyses moléculaires, le séquençage du génome ont remplacé la boule de cristal, le marc de café, ou l'oracle de Delphes.

      Car cette affaire de destin assumé se trouve parfaitement racontée dans Oedipe roi.
      Souvenez-vous : Laïos, roi de Thèbes, consulte l'oracle de Delphes. Celui-ci lui annonce qu'il aura un enfant, que cet enfant tuera son père et épousera sa mère. Horreur ! Lorsque naît ce fils, Laïos l'enlève à Jocaste, son épouse, lui transperce les pieds et va l'abandonner sur le mont Cithéron (c'est la coutume de «l'exposition»). Mais des bergers le découvrent et vont le remettre à Polybos, roi de Corinthe, qui avec Mérope, son épouse, se désole de n'avoir pas d'enfant. Polybos et Mérope vont élever Œdipe. L'enfant devient jeune homme, et un jour l'oracle de Delphes lui apprend son tragique destin : «Tu tueras ton père, tu épouseras ta mère.» Œdipe croit qu'il s'agit de Polybos et Mérope ; il fuit alors Corinthe, pour ne pas nuire à ceux qu'il pense être ses parents.
       (Soit dit en passant, nous avons là toute la problématique de l'adoption, de l'accouchement secret, de l'accouchement sous X et de l'accès aux origines des enfants abandonnés.) Des années plus tard, Oedipe croise Laïos, se querelle avec lui et le tue.
      Il arrive à Thèbes, résout l'énigme du Sphinx et, pour avoir délivré la ville, on lui en remet les clés et on lui accorde la main de la reine Jocaste, récemment devenue veuve.
      Le destin est ainsi accompli.

      D'Oedipe à la génétique, la mythologie reste la même. Y compris la dernière réplique de Créon à Oedipe, qui prête à réflexion : «Tu voudras donc toujours être le maître ? Ce que tu as obtenu ne t'a pourtant pas réussi.» Les mythes expriment bien nos craintes face à une maîtrise possible de notre avenir. Entre déterminisme et liberté, nous aimerions être libres, puisque cette liberté fonde notre humanité. Nous retrouvons ici la problématique du respect et de l'audace ; mais nous arrivons aussi au point précis où la connaissance peut avoir des effets pervers.

Clonage humain le mythe de Narcisse et celui de Gilgamesh

      Ces effets pervers s'exacerbent avec la question du clonage.
      La manipulation est extrêmement simple : vous prenez un ovule, vous en enlevez le noyau, vous le remplacez par un noyau adulte de cellule différenciée, pris par exemple dans une cellule cutanée d'une personne adulte. Cette cellule ainsi reconstituée se trouve très exactement dotée des mêmes potentialités que la cellule fécondée. Si vous la transférez dans un utérus, elle va se développer comme un embryon, pour donner naissance à un être vivant qui sera la copie conforme (dans son anatomie, son apparence, sa physionomie) de l'individu qui aura donné le noyau ; à quelques différences mineures près.
      En quelque sorte, un autre soi-même, qui nous confronte à nouveau au mythe de l'immortalité : «Je suis si bien que personne ne peut se passer de moi. Je ne peux pas mourir, je ne dois pas mourir!»

      Cette quête du clonage pour continuer de vivre via un autre soi-même n'est autre que «l'amour de soi ». Dans la mythologie, c'est la légende de Narcisse qui aimait trop sa propre image. Les déesses l'avaient pourtant mis en garde : il vivrait tant qu'il n'apercevrait pas sa propre image. Narcisse, docile, ne s'y était jamais risqué. Mais un jour, à la chasse, il a soif et, pour se désaltérer, se penche sur la rivière. Alors il aperçoit son reflet... Il en tombe instantanément amoureux et restera là, figé à en mourir. Il renaîtra sous la forme de ces petites fleurs que nous connaissons près des cours d'eau, au début du printemps.

      Oui, l'amour de soi est l'ennemi du vivant. Narcisse en meurt. Et le clone est mortifère. La vie de la brebis Dolly n'a pas été ce conte de fées qu'imaginaient les médias : la pauvre bête souffrait d'arthrose et trépassa prématurément, car elle avait l'âge de sa mère additionné au sien. Au cours de la vie, les extrémités des chromosomes, appelées «télomères», se détériorent et sont facteurs du vieillissement ; ce qui remet à neuf les chromosomes pour engendrer un enfant, c'est la méiose, lors de la fabrication des gamètes, ovules ou spermatozoïdes. Or, la technique du clonage concerne des noyaux de cellules adultes : elle court-circuite donc la méiose. La conséquence est que le clone a, dès sa naissance, l'âge biologique de l'adulte dont il vient. Les scientifiques n'ont pas encore su régler ce problème crucial.
      Le clonage correspond à l'expression ultime de la consanguinité : la reproduction d'un patrimoine génétique à l'identique, en l'absence de tout croisement, de toute complémentarité des différences.
      On sait les dangers de la consanguinité ; le clonage est en lui même porteur de mort annoncée.
      Cette technique s'avère donc mortifère, alors qu’elle voulait répondre au mythe de l'immortalité.

      Une autre possibilité est intéressante : il est possible de réaliser un clonage à partir d'une femme seulement. Elle apporte son ovule, qui sera fécondé par le noyau d'une de ses cellules cutanées, puis elle accueille le tout dans son propre utérus. Ce faisant, elle va se reproduire elle-même à l'identique et va se mettre au monde
. En somme, dans ce processus de reproduction singulier, les hommes n'ont plus beaucoup d'utilité... Petit clin d'oeil pour alléger tous ces sujets lourds à porter : des équipes ont déjà réalisé des transferts de noyaux humains dans des ovocytes d'animaux. Le transfert du noyau prélevé chez une femme dans un ovocyte bovin a été réussi ; c’est Brassens chantant «une jolie fleur dans une peau de vache »...

      Mentionnons enfin ce clonage spécial que l'on qualifie de « thérapeutique », désigné par certains sous le nom de «cellules de l'espérance». Il s'agit de cellules embryonnaires (par nature jeunes, polyvalentes et normales), susceptibles de venir corriger ou remplacer des cellules malades et vieillissantes. Cela apporte, bien sûr, une réponse au refus de vieillir, et à la peur de la mort.
      Or on retrouve, dans la culture mésopotamienne, un mythe absolument étonnant : celui de Gilgamesh. Ce demi-dieu part en compagnie de son ami, Enkidou à la recherche d'aventures pour trouver le sens de son existence. Au cours du voyage, Enkidou meurt. Gilgamesh est saisi d'effroi lorsqu'il voit la métamorphose de son ami qui devient cadavérique et méconnaissable. Il prend peur. Il ne veut pas mourir. Il a entendu dire que, dans une île inaccessible, un vieillard possède le secret de l'immortalité. Il s'efforce alors de rejoindre cette île, et y parvient. Le vieillard lui donne une certaine herbe qui lui assurera l'immortalité, et l'envoie se baigner dans une eau de jouvence où il retrouvera vigueur et beauté ; Gilgamesh pose cette herbe sur un rocher le temps de se baigner. Un serpent se saisit de l'herbe et l'emporte. Bonheur de vivre dans l'instant, immortalité qui se dérobe !..
      Pour conclure, revenons à Prométhée. Zeus n'avait pas bon caractère ; que .Prométhée ait pris le parti des hommes et leur ait donné le feu ne lui convenait pas du tout. Il fallait donc qu'il se venge. Prométhée était malin ; son frère Épiméthée l'était moins. Zeus crée une femme, Pandore, et, pour punir la race des hommes et discréditer Prométhée, offre Pandore à Épiméthée. En guise de dot, Zeus a muni Pandore d'une boîte. Épiméthée s'empresse d'ouvrir la boîte ; tous les maux qu'elle renfermait s'échappent, se diffusent sur la terre ; voilà le malheur sur la race humaine. Épiméthée referme alors la boîte, dans laquelle il ne restait qu'une chose, beaucoup plus lente à se mettre en mouvement… l'Espérance. C'est ce qui nous reste pour faire face à tous les maux. Et ce n'est pas facile !.
      Il y a trois ans, au Parlement français, nous révisions les lois de bioéthique. Je me disais in petto que, finalement, le débat que nous avions n'était jamais que la réplique du dialogue entre Antigone et Créon. Antigone défend son éthique de conviction, affirme la loi morale et revendique pour son frère Polynice une sépulture décente. Créon, habité d'une éthique de responsabilité et défenseur de la loi de la cité, refuse une sépulture à Polynice, le traître qui s'est retourné contre la ville. Bien sûr, l'un et l'autre se situent à des niveaux différents, entre la loi morale et la loi civile... On voit bien apparaître la notion d'interdit, la notion de transgression, le déchirement de la condition humaine. Il n'y a pas de choix éthiques sans tension morale. Je suis persuadé que la génétique est bien l'expression moderne d'une mythologie renouvelée qui nous montre que l'homme, lui, n'a pas changé malgré les progrès de sa connaissance.

      Plus nous avançons dans les progrès de la biologie, plus nous nous rendons compte que nous pouvons changer les reins d'une personne mais que celle-ci reste elle-même. Nous pouvons changer son foie, son coeur, ses poumons, un gène, des gènes, des cellules... On a toujours cette même personne face à nous. Ce qui fait l'humanité de l'homme n'est sans doute pas dans sa matérialité : c'est ce que je pense.
      Aujourd'hui les questions se posent sous un jour nouveau, mais ce sont des questions de toujours. »

1 Trofim Lyssenko (1898-1976), biologiste de l'URSS stalinienne. Il affirmait que l'on pouvait modifier les caractéristiques d'une plante en agissant sur son environnement. Invoquant la transmission héréditaire des caractères acquis, instaurant l'utopie d'une «biologie de classe », il paralysa la science soviétique pendant trente ans et fit déporter ou tuer ses adversaires scientifiques.
2 Dans Le Principe Responsabilité, Jonas utilise le symbole de Prométhée comme allégorie des risques que les comportements humains font courir aux équilibres écologiques, économiques et sociaux.
3 Loi n° 98-468 du 17 juin 1998 « relative à la prévention et à la répression des infractions sexuelles ainsi qu'à la protection des mineurs ».
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Lire aussi : « Bioéthique : l’homme contre l’homme »
de Jean-Frédéric Poisson, député des Yvelines, Presses de la Renaissance, 240 pages, 19 €


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