Lettre de mai 2007

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Editorial

Capitaine courageux

       Au cours de la récente période préélectorale, l’atmosphère de notre pays me rappelait un peu celle d'une famille nombreuse autour de la maman, un mercredi après-midi.
      L’aîné demande qu'elle le conduise à sa leçon de judo... Le numéro deux qu'elle recouse un bouton à son blouson... Le troisième qu'elle lui installe son jeu vidéo sur la TV…
      Quant au « p'tit dernier » qui vient de s'écorcher sur son tricycle, il pleurniche : « Maman, bobo ! » pour se faire mettre un pansement qui sera une occasion de câlin…
***
      J’ai souffert de voir qu’il en aille de même en France où chaque catégorie sociale, s'adressant aux candidats, les pressait de s'intéresser en priorité à son sort.
       Du coup, ils ont, chaque matin, ajouté un article à leur programme, sachant bien que celui ou celle qui sera élu(elue) fera ce qu'il (elle) pourra, compte tenu de la situation et du lourd héritage de ses prédécesseurs.
      Je craignais aussi qu’à force de regarder ainsi la France avec le petit bout de la lorgnette, pour ne pas déplaire au peuple, il (ou elle) en arrive à négliger, voire à oublier les problèmes essentiels de ce début de siècle.
      Ce sont notamment le vieillissement de la population, la remise en chantier de l’économie et de l'éducation nationales, la réduction de la dette, la fracture sociale et l’insécurité qui en découle, la place de la France dans l'Europe et dans le monde …
       Ce sont aussi, sur le plan moral qui nous intéresse surtout, à France-Valeurs, le manque de confiance des Français en eux-mêmes et en la France, la perte des repères (y compris de nos racines), l’oubli des Valeurs fondamentales que sont, entre autres, l’effort, l’honnêteté, l’acceptation d’un risque, l’amour de la famille en tant «qu’acteur principal d’éducation et amortisseur principal des difficultés sociales… » (selon Evelyne Sullerot, sociologue)…
      A la veille du scrutin décisif, je voudrais que l'homme ou la femme que nous élirons ose tenir aux français le langage d’un Président d’outre Atlantique qui a dit à ses concitoyens :
« Arrêtez de demander ce que votre pays peut faire pour vous.
Cherchez plutôt ce que vous pouvez faire pour votre pays ! »
***
      Certes, chaque famille a besoin d’une maman qui écoute, qui console et qui soigne…

      Mais le bateau France a surtout besoin d’un capitaine courageux qui sache où il veut aller, qui regarde au loin, qui indique le cap, qui dynamise l’équipage, qui veille au grain…
…mais qui ose remonter au vent au lieu de fuir devant le gros temps…
Bon vote, mes amis !
Jean Delaunay
(Ce texte reprend, après aménagement, le billet paru, la semaine dernière, sur notre Site Internet.)
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Révision de notre argumentaire
       Les pages suivantes présentent, comme annoncé précédemment, l’introduction et le premier chapitre de notre argumentaire remanié quant à la forme.
      J’avais écrit la 1ère version de cet argumentaire sur les Valeurs de façon didactique, un peu scolaire, avec trois parties dans chaque chapitre :
1/ De quoi s'agit-il ? 2/ La crise actuelle 3/ Que faire ? L'éducation à la valeur en question.
       Certains trouvent cette formule un peu rébarbative. C’est pourquoi je propose ici l’amorce d’une autre solution, plus vivante. Je la soumets à votre appréciation. D’avance, merci de réagir.
JD      
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« Pour rouler droit sur les chemins de la vie! »

Mon petit fils Matthieu est étudiant. Il a amené quelques camarades dans notre maison de Savoie pour faire du ski. Ils ont entendu parler de mes dadas et la conversation s’engage là-dessus un soir....

Introduction

Pour rouler droit, il faut d’abord monter une bonne roue sur ton vélo.

Matthieu : « Dis donc, grand-père, j’ai commencé à lire ton argumentaire et je comprends mieux que tu consacres la moitié de ton temps à ces fameuses « Valeurs » au lieu d’aller à la pêche ou de jouer au golf comme les autres retraités…
      Mais il y a là dedans une idée que je conteste, c’est celle de « piliers qui permettent à l’homme et à la société de tenir debout. » Pour moi, la vie des hommes, ce n’est pas une cathédrale gothique, ça bouge sans arrêt. Je préfèrerais une image plus dynamique…»
Moi : « Merci de cette remarque pertinente. Je vais donc prendre une autre comparaison.
      Toi qui aimes la randonnée, tu sais que la roue de ton vélo est constituée d'une jante et d'un moyeu réunis par des rayons. Les rayons sont indépendants mais montés en étoile les uns à côté des autres.
       Ce sont eux qui, ensemble, permettent à ta roue d'être équilibrée et à ton vélo de rouler droit. S’il te manque un rayon, ta roue se voile et tu te casses la g…
      C’est pareil pour les Valeurs à mettre dans ta vie, elles sont toutes et chacune indispensables mais indissociables les unes des autres. Pour être un homme digne de ce nom, il ne suffit pas que tu sois courageux, il faut aussi que tu sois honnête... Que tu aies de l’autorité et que tu sois conscient de ta responsabilité, il faut aussi que tu sois généreux… Bref, il faut essayer d’équilibrer ta vie comme tu équilibres ta roue de vélo…

      Mais je serais curieux de savoir ce que, tes copains et toi, vous pensez de ce que j’appelle « les Valeurs », ces rayons qui devraient vous permettre de rouler droit sur les chemins de vos vies.

Rayon Courage

Matthieu « En bon militaire, tu m’as l’air de mettre le courage au 1er plan. »

Moi : « Erreur. D’abord, sur une roue de vélo, il n’y a pas de 1er plan, tous les rayons jouent le même rôle. De même, il n’y a pas de hiérarchie entre les Valeurs.
       Ensuite, oui, j’ai beaucoup d’admiration pour certains soldats, par exemple pour mes camarades qui ont accepté de sauter sur Dien Bien Phu alors qu’ils savaient que c’était foutu… Mais c’est du passé et il y a bien d’autres formes de courage que la bravoure militaire. »

Arthur : « Pour moi, le summum du courage d’aujourd’hui, c’est celui de d’Aboville qui rame tout seul au milieu des océans ou celui d’Estienne qui rejoint le pôle Nord à skis à travers la banquise…»

Caroline : « Pas d’accord, ce sont des aventuriers sponsorisés et médiatisés. Ils veulent surtout s’éclater et passer à la télé. D’ailleurs, avec le GPS, ils ont bien moins de mérite que Christophe Colomb en 1492 ou Guillaumet perdu dans les glaces des Andes dans les années 30…

Axel : « Moi, je ne vous cache pas que j’admire beaucoup ces jeunes musulmans qui se sacrifient pour faire sauter leurs adversaires à New York ou à Bagdad... »

Benoît : « Tu parles ! Des fous criminels, oui ! Pour moi, le vrai héros moderne, c'est plutôt le malade atteint d'un cancer qui tient le coup, jour après jour, sans se plaindre. Never complain ! Never explain !, disent les anglais…»
Olympe : «Oui mais ceux-là n’ont pas le choix. Pour eux, c’est comme ça !

       A mon avis, pour qu’il y ait courage, il faut qu’il y ait choix.
       Le comble du courage, c'est, à mes yeux, celui de la femme enceinte à qui on dit, à l’échographie: « Votre enfant a un handicap, vous devez avorter ! » et qui répond, malgré les médecins, les copines (et quelquefois « son mec ») :
« Je le garderai, je l’aimerai ! »…
et qui le garde…»

Capucine : « D’accord mais, sans aller si loin, on peut te citer aussi, toi qui as eu le culot de t’opposer à la grève lors de l’AG sur le CPE, seule de ton amphi contre tous les gueulards de la Sorbonne...»
Axel : « Vous me faites marrer. En fait de courage, ce qu’on rencontre surtout ce sont des trouillards qui s’écrasent, qui laissent les loubards agresser des filles dans le train et qui, même devant les copains, n’osent pas dire ce qu’ils pensent… »

Matthieu : « C’est pire en politique. Les candidat aux élections ménagent soigneusement toutes les catégories d’électeurs de façon à ne pas perdre des voix…C’est particulièrement criant face aux revendications des militants homosexuels… »
Benoît : « Cette peur me paraît encore plus grave en politique étrangère. On a d’abord laissé Hitler attaquer ses voisins sans réagir quand il était encore temps. Puis, pendant 44 ans, on a laissé l’URSS opprimer des peuples et aujourd’hui on laisse crever le Darfour… On a pendu Saddam mais il reste des tas de dirigeants pires que lui dans le monde ! »
Moi : « C’est vrai mais les décisions collectives sont très difficiles à prendre à l’échelon planétaire.
      En ce qui nous concerne, nous ne sommes pas responsables des affaires du monde mais nous pouvons chacun allumer notre chandelle dans l’obscurité, c'est-à-dire à faire preuve de courage dans notre sphère.
      L’essentiel, c’est d’y préparer les enfants car, pas plus que le reste, le courage n'est inné chez le petit d'homme : il faut l’enseigner...
Mais comment peut-on faire, selon vous?

Capucine : « Moi, j’ai une petite histoire anglaise à raconter. Je me promène dans un parc de Londres.
Devant moi une jeune femme tient un enfant par la main. Le gamin lâche la main de sa mère, va courir, tombe et s’écorche le genou. La mère essuie l’écorchure avec son mouchoir et l’embrasse.
L’enfant continue à hurler. J’entends alors la maman lui dire d’une voix sévère :
« Stop to cry ! Be British ! » Cela, c’est de l’éducation au courage ou je ne m’y connais pas ! »

Matthieu : « C’est vrai ! Moi, dès 4 ans, mon père m’a appris à ne pas faire de drame quand j’étais piqué par des orties…
… dès 6 ans à ne pas avoir peur du noir et, dès 8 ans, à marcher une journée en montagne…
Le courage physique me paraît un bon éducatif du courage moral. »

Olympe : « C’est peut-être ce qui t’aide aujourd’hui à refuser un joint ! Et ça t’aidera à tenir bon, comme cadre supérieur, quand on te proposera un pot de vin… »

Axel : « Avec des théories comme ça, vous allez nous amener droit au fascisme ! Ce genre de dressage, ça donne des Jeunesses Hitlériennes… qui deviennent des SS !... »

Moi : « N’exagérons rien !Tout est une question de bon sens.
Sous prétexte de formation du caractère, gardez vous d’envoyer trop tôt vos gamins, quand vous en aurez, au parcours du risque ou à la tour à parachute ... »
      Apprenez-leur aussi à rendre service gratuitement et à s’occuper des autres…

Benoît : « C’est plutôt aux adultes à donner l'exemple…Car, comme la panique, le courage est contagieux…
Matthieu : « En fait d’exemple, l'idée de souffrir, même d’une ampoule au pied, leur fait horreur. Les ascenseurs leur épargnent tout effort physique. Du coup, ils élèvent leurs gosses dans du coton. Je vois tous les jours des mères porter le cartable de leur enfant…»

Moi : « Je suis d’accord, l'éducation au courage est un élément constitutif de la formation du caractère, qui passe d'abord par la maîtrise de son corps… mais attention aux Rambos
       Je crois aussi, comme Benoît, que l’exemple est essentiel, là comme ailleurs. Quand ça va mal, un chef de cordée ou un officier dit à ses clients ou à ses hommes: " En avant, derrière moi !..."

Olympe : « L'exemple des parents ne suffit pas. Les jeunes ont aussi besoin de modèles et il est important de leur en présenter. Malheureusement, ils confondent idoles et modèles, et la TV les incite trop à ressembler à Zidane et aux vedettes de Star’Ac …
      Elle devrait identifier des auteurs d'actes de courage authentiques; les citer et les donner en exemple.

Moi : « Je constate que, malgré la différence d’âge, nous sommes d’accord sur l’essentiel.
Un mot encore, vous aurez besoin de courage pour mener votre vie.
       De courage physique parfois mais surtout de courage moral, et dans la durée.
      Dans tous les domaines, du sport à la création d'entreprises, en passant par le mariage et la mise d'un enfant au monde, préparez-vous à vivre votre vie comme un combat (y compris contre vous-même) mais ne soyez pas inquiets… C’est pareil pour toutes les générations…
      Mais au siècle de la sécurité à tout prix et de l'assurance tous risques, rappelez-vous le vieux proverbe : « La chance sourit aux audacieux ».
      Ce que traduit bien la devise des Paras
« Qui ose gagne ».
      Cela dit, oser, c’est évidemment une condition nécessaire mais pas suffisante. Le courage ne vaut rien sans bon sens, sans réalisme et sans compétence ... »


Matthieu : « Et aussi sans générosité… »
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Lettre de France-Valeurs bimestrielle ISSN 1260 643 X
directeur de la publication: Jean Delaunay

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