Lettre de mai 2006


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Lettre aux adhérents

Editorial

France – Bonheur…

      La situation de notre pays et de notre société est si préoccupante et fait l’objet de tant de commentaires alarmistes que, par réaction, je juge opportun de consacrer cette Lettre… au bonheur : bonheur d’être français et bonheur tout court.

      Loin de moi un quelconque refus de regarder la réalité en face. Je voudrais au contraire, les choses étant ce qu’elles sont, inciter ceux qui nous lisent à relativiser la situation, à «faire avec » et, surtout, à apprendre aux jeunes à trouver leur part de bonheur dans toutes les circonstances.

      Les philosophes nous affirment que la recherche du bonheur est la préoccupation majeure des êtres humains. En fait, il me semble que ce soit un luxe réservé à ceux qui ont déjà l’essentiel : la seule possibilité de l’évoquer représente déjà, pour ceux-là, une chance extraordinaire.       Pour celui qui doit durement bêcher pour manger, pour celle qui va chercher son eau au puits par 40°, pour les gamins des rues de RIo, pour l’immigrant clandestin en Europe… la quête du bonheur se réduit sans doute au souci de survivre…

      Par rapport à ceux-là, nous avons la chance de bénéficier, en général, de bonnes conditions d’existence. Sachons les apprécier et en tirer le meilleur parti.

      Alors que foisonnent ici les « paradis artificiels » qui conduisent trop de nos contemporains, les cadets notamment, à la déprime, à la révolte ou au suicide… sachons - sinon leur montrer le chemin du bonheur, car c’est à chacun de trouver le sien - au moins leur indiquer quelques balises pour s’orienter dans la vie...
***
      La question du bonheur est si complexe que toute une bibliothèque ne suffirait pas l’épuiser. Aussi le dossier joint est-il sans prétention. Simple chiffon rouge pour faire réagir le lecteur, il ne présente qu’une série de réflexions de bon sens qui réclament vos critiques et vos compléments.

      Attention cependant ! Ce dossier ne constitue pas une thèse universitaire. Comme pour les travaux précédents de France-Valeurs sur la violence, la civilité ou les notions de base à enseigner aux petits enfants pour vivre en société, nous voudrions surtout déboucher sur une série de messages simples à adresser aux jeunes de 2006, les moins cultivés, sous une forme assimilable par eux. C’est pour achever de les élaborer que je me permets de solliciter amicalement vos réactions.
      D’avance merci.
Jean Delaunay

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Livre recommandé
« Cette France qu’on oublie d’aimer », par Andreï Makine (Flammarion)

      « Je n’écrirais pas ce livre si je ne croyais pas profondément à la vitalité de la France, à son avenir, à la capacité des Français de dire : « Assez ! »
     « Roosevelt avait beau jeu de déclarer que De Gaulle se prenait pour Jeanne d’Arc. La chanson de gestes gaullienne a démontré que les époques cruciales ont plus besoin d’un grand rêve mobilisateur que des sages calculs du bon sens. (…)
     « Depuis longtemps déjà, le poids économique et l’influence géostratégique de la France ne lui permettent plus de jouer le rôle d’une grande puissance. Matériellement, non. Et pourtant, elle pèse encore dans le monde grâce à cet héritage d’idées que les nations associent à ce pays, à sa vocation surnaturelle clamée par Bernanos. »

      « Il y a des spécificités françaises étonnantes. La posture d'intellectuel français, par exemple, une vraie spécialité du terroir. (…) Quelques tics comportementaux surprennent tous les étrangers : être ( ou se dire) de gauche, « l'intellectuel de droite » étant, en France, une abjecte contradiction dans les termes; avoir tort avec Sartre plutôt qu'avoir raison avec Aron; à 20 ans se réclamer de Mao, à 30 ans de Marx, à 40 ans, se gausser des deux; désigner, lors de chaque décennie, une nouvelle victime de l'ordre social (les prolétaires, puis la jeunesse étudiante, enfin, les immigrés); persifler l'Académie avant de la rejoindre; (…) exalter la tolérance avec l'intonation intolérante d’un commissaire politique. Mais surtout, et ce trait résume tout le reste, avoir une opinion définitive et indiscutable sur n'importe quel sujet, être expert de l'univers entier. Lourd cahier des charges. (…) »

      « L’intellectuel français se croit obligé d'exécuter une suite de gestes et de mimiques, sans aucun respect pour la vraisemblance de son personnage. Propriétaire d'une résidence à Marrakech, il parlera au nom des déshérités. N’ayant jamais été confronté au racisme qui sévit en Afrique, il agonira le prétendu racisme héréditaire des Français. Effectuant le trajet quotidien entre son domicile dans le seizième arrondissement et son bureau dans le sixième, il se croira le mieux placé pour analyser la crise des banlieues... (…) C’est l'une des composantes de la francité folklorique, au même titre que le beaujolais nouveau, le béret basque,et les grèves à la SNCF … »

      C'est ce ton-là (polémique) qui, à mon arrivée en France, m’a aidé à saisir la réalité des choses derrière les panneaux publicitaires de la propagande : la France des potes, des black-blanc-beurs, le multiculturalisme et autres impostures idéologiques. D'ailleurs, le décalage entre le discours officiel et les commentaires que les Français osaient en privé me rappelaient la situation dans ma patrie soviétique.
(…) Un délire obscène a saisi les « têtes pensantes » au moment d’un championnat de football: on annonçait le triomphe de la cohésion nationale, la France qui gagne, alors que des voitures brûlaient la nuit de la Saint-Sylvestre… Le même double langage, la même schizophrénie collective dans le pays de Voltaire et en URSS !
(…) Depuis Valéry, on sait que les civilisations sont mortelles. Et pourtant « la France éternelle » n'est pas une hyperbole nationaliste. Ce sentiment de pérennité se perçoit dans les échos qui relient notre présent au passé lointain de cette France dont nous sondons avec émotion l'histoire et la densité humaine. (…)
     Une multitude de liens, graves ou légers, tissent la délicate tapisserie de la francité (….) .Soudain, un soir dans un café, je vois sur l'écran du téléviseur une femme âgée en larmes, son mari a été abattu en bas de leur maison. Des rues nocturnes ponctuées de flammes, des silhouettes sombres ... Le visage crispé d'un politicien. Et déjà, on annonce le résultat d'un match que les clients accoudés au comptoir se mettent à commenter…
     Fort éloigné des milieux politiques, j’apprends quand même que l'embrasement actuel des villes françaises est accompagné d'intenses manoeuvres, de rivalités entre les chefs de partis, des leaders de clans. On parle déjà beaucoup de l'élection présidentielle, on cherche l’homme de la situation, une stratégie pour relancer, moderniser, combler, résorber, augmenter, baisser, réduire…
      A mon humble avis: la seule politique qui vaille serait celle qui prendrait en compte, avant tout, cette femme âgée qui pleure son mari tué dans une banlieue où l'on peut assassiner un homme en passant, en s'amusant presque. Où surtout l’assassin restera impuni ! Pensez à cette femme, monsieur le futur Président ! Le reste - les caprices de l'économie, l'élargissement de l'Europe, la nervosité des sondages - n'est qu'une aimable foutaise du moment où l'être humain est oublié.
      C'est ce pays qu'il vous faudra savoir aimer et défendre, Monsieur le futur Président … La France ! »
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Le BONHEUR (ou LA RECHERCHE DU BONHEUR)

A/ De quoi s'agit-il ?

     « Un sondage déjà ancien (1977) nous révèle que 26,6% des Français se jugeaient « très heureux » et 63,6% « heureux ».
     Les ingrédients du bonheur étaient, à leurs yeux : la santé 90 %, l'amour 80 %, la liberté 75%, la famille 73 % , la justice 66 %, le travail 62 %, l'argent 52 %...
      Trois grandes peurs cachées n'en apparaissaient pas moins en creux :
La souffrance, la mort, la solitude.
***
Le bonheur est subjectif
     La quête du bonheur est, dit-on, la préoccupation centrale de tout être humain. Mais chaque personne recherche quelque chose de différent,
     Les idéalistes veulent un « grand » bonheur … et d’autres se contentent de bien-être, plus terre à terre. Mais, c’est peut-être, la somme de ces mini - bonheurs parcellaires qui constitue le Bonheur !
     D’ailleurs, il s’agit, dans une certaine mesure, d’une notion de nantis. C’est déjà un luxe que de pouvoir l’évoquer : pour en disserter, il faut avoir les outils conceptuels nécessaires – et il faut avoir le ventre plein …

Le bonheur est multiforme
     Il a d’abord une dimension négative : c'est l'absence de malheur ; c’est c'est comme cela qu'il est perçu d'abord par la plupart des gens

Le bonheur a une dimension positive individuelle : dans une certaine mesure, on peut déjà être (un peu) heureux tout seul.

Il a aussi, et surtout, une dimension sociale : on est heureux en donnant du bonheur à d'autres.

     L’aptitude au bonheur est inégalement répartie : il y a des gens qui sont doués pour cela. D’autres non… Le bonheur, c’est d’abord un état d’esprit.

     Dans les bons cas, il se construit patiemment, comme une maison, brique à brique…

§ Parmi ces briques, les éléments du bonheur individuel, je trouve :
- Le fait de se sentir « bien dans sa peau » (corps, âme et esprit), ce qui implique notamment
          - la santé physique entretenue par l’hygiène de vie et le sport,
          - l’équilibre mental,
          - la culture,
- Le fait d'avoir une âme simple et prête à s'émerveiller,
- Le sens de l'humour, la capacité de rire, notamment de soi …
- Le goût de la vie, marqué par l’éveil de tous les sens: l’écoute, le regard, l’odorat …
- L’aptitude à aimer le beau, le vrai, le bon…
- La volonté d’être heureux malgré les épreuves, ce qui amène à se demander
paradoxalement si le courage n’est pas un élément du bonheur…

- Dans une large mesure, bonheur rime avec sagesse car la vie est ce qu’elle est, et il faut « faire avec »…

§ parmi les éléments du bonheur social, je citerais :
- L’intérêt porté aux autres ,
- le souci de les aider: de leur « renvoyer l'ascenseur »,
- la volonté de leur faire du bien
     A cet égard, le respect, la courtoisie, la tolérance, la patience, la discrétion, la solidarité… sont des éléments du bonheur social ou, plutôt, peuvent y conduire.

     L’exemple de gens qui vivent heureux peut et doit donner envie de faire comme eux.
Ainsi, pour se préparer, de loin, au mariage, les enfants ont d’abord besoin d’être aimés et de voir leurs parents s’aimer …
***
Bonheur dans la vie présente et dans la vie future.
     Certains hommes mettent toute leur énergie à atteindre le bonheur durant leur vie ici bas ; ils n'espèrent rien au-delà ; d'autres ont acquis la certitude que la vie terrestre n’est qu’un départ, un acheminement, un apprentissage, et qu'il trouveront leur plein épanouissement au-delà de la mort physique. Sans nécessairement mépriser les joies terrestres, ils considèrent qu'avec leurs fragilités, leurs limites, celles-ci ne sont que le symbole de ce à quoi l'homme est promis. Cette conviction se trouve au coeur de la plupart des religions.

B/ la crise du bonheur

     Loin de cette vision élevée, trop de nos contemporains semblent envisager le bonheur comme ces clips de TV où l’on voit une superbe jeune femme et un apollon musclé et bronzé, un verre à la main sur le bord de leur piscine, souriant à un bel enfant qui joue avec un chien affectueux, devant une maison tout confort, devant laquelle attend un beau 4X4…

     Un tel spectacle enchanteur peut s’écrouler à tout moment : cancer, accident, chômage, conflits humains… sans parler de l’inéluctable vieillissement de nos cellules …

     Pourtant, trop de gens recherchent des illusions du bonheur ; certains croient le trouver, de façon primaire, dans l’alcool, la drogue ou le sexe utilisé de façon égoïste.
D’autres, de façon plus subtile, visent l’argent, qui donne accès au luxe,
D’autres choisissent la recherche du pouvoir, sous ses différentes formes…

     Un grand nombre n’a pas la patience d’attendre : la vie est courte ; il leur faut tout, tout de suite…
L’important, pour eux, c’est de s’éclater, c'est-à-dire d’échapper aux contraintes de la vie…
Pour ceux là, le bonheur se confond avec la jouissance qui n’est qu’un succédané ou une illusion de bonheur. Et leurs lendemains risquent de déchanter…

C/ la solution : « Pour une éducation au bonheur »

« Le bonheur, ça se construit » et il faut vouloir le construire

L’éducation au bonheur est l’une des composantes et l’une des conséquences de l’éducation tout court.

     L’Homme est à la fois une personne unique et un animal social.

§ Chez l’enfant, personne unique, il s’agit donc de développer et d’entretenir :
     • la santé du corps par l’hygiène et l’activité physique,
     • la curiosité intellectuelle, chemin vers la culture,
     • et surtout la sagesse, à commencer par le goût de la vie…
(Il y a, à cet égard, des compensations : à partir d’un certain âge, on n’améliore plus son record de 400 m mais on peut toujours gagner en sérénité, en bonté et en patience…)

§ Chez l’enfant, animal social, il faut essayer de semer des notions comme :
     • la joie d’aller vers les autres pour les découvrir, s’occuper d’eux, essayer de les aimer,
     • le sens du travail- service rendu. Celui de travailler pour être utile aux autres, tout au long de sa vie car «dételer, c’est déjà mourir».
     • Dans un autre domaine, la conviction que la vie à deux réussie est une clé du bonheur humain.
     • De même, le fait d’avoir des enfants et de se prolonger à travers eux.

     C’est en accomplissant sa tâche (humble et obscure ou éclatante) que chacun trouve ses meilleures raisons de vivre. On ne peut aller vers le bonheur qu’en se donnant. L'amour et le service sont les buts les plus élevés d'une existence humaine.

Le Bonheur: un équilibre… et un équilibre instable

     1/ Cela dit, la recherche du bonheur est celui d’un certain équilibre entre des composantes diverses, voire apparemment contradictoires, comme la vie affective et familiale et le métier, les préoccupations spirituelles et culturelles et les loisirs de délassement… Tel qui ne « s’éclate pas » dans sa profession peut trouver de riches compensations dans la musique ou le basket… Tel autre qui n’a pas réussi à s’épanouir affectivement peut trouver de profondes satisfactions dans le domaine intellectuel.
     Tel autre enfin ne trouve rien, sur aucun plan, souvent parce qu’il est démuni et qu’il ne se donne pas de mal pour chercher…

     Mais il est difficile de chercher un sens à sa vie quand on a du mal à survivre, qu’on ne possède rien, qu’on ne sait pas grand-chose et qu’on a l’impression de n’être rien…
     C’est notre rôle, à nous les nantis, d’aider ces pauvres gens à se trouver des raisons de vivre et d’abord à leur prouver qu’ils existent en tant que personnes.

     2/ L’équilibre en question est toujours fragile car la vie n’est pas souvent un long fleuve tranquille; elle est toujours imprévue. C’est le plus souvent un combat où la volonté et la raison doivent prendre autant de place que les sentiments.
     On y rencontre des joies mais aussi des souffrances: non seulement il faut « faire avec »... mais encore savoir que les épreuves (surmontées) nous grandissent…

     Rien de tout cela n’est effacé quand on passe du plan naturel au plan surnaturel. Au contraire, tout est transcendé par la conception Chrétienne de l’existence.
     « N’espère rien de l’homme s’il travaille pour sa propre vie et non pour son éternité » , écrit Saint Exupéry.
***

     Pour nous qui cherchons à réaliser des affiches pédagogiques à l’usage de jeunes sans culture, tout cela pourrait se résumer en 7 conseils et des illustrations ébauchées sur la page suivante.

Pour bien vivre

          • Prends soin de ta santé : évite les poisons du corps et bouge-toi !
          • Prends soin de ton cerveau, évite les poisons de l’esprit et de l’âme et cultive-toi !
          • Apprends à rire - et notamment de toi- même !
          • Ouvre grand tes yeux, tes oreilles, tes narines pour goûter la beauté de la vie !
          • Accepte de travailler pour être utile aux autres !
          • Va vers les autres, essaie de les comprendre, des les aimer et de leur apporter un peu de bonheur !
          • Cherche, par-dessus tout, à trouver un projet pour ta vie !
***


EBAUCHE D’ILLUSTRATIONS

(Cliquer sur les images pour les agrandir)


Prends soin de ta santé !
Fuis les drogues en tout genre !

Bouge-toi !

Prends soin de ton cerveau : cultive-toi !


Aime ton travail


Sache rire de toi !

Quand j’étais plus jeune,
je courais le marathon
mais TVB, je peux encore
aller chercher mon pain !

Va vers les autres

Essaie de trouver un projet pour ta vie !

    
Ouvre les yeux à la beauté !

Jean Delaunay
     
Lettre de France-Valeurs bimestrielle ISSN 1260 643 X
directeur de la publication: Jean Delaunay

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