Lettre de novembre 2005


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Lettre aux adhérents

Glissement vers la barbarie ou tremplin pour rebondir ?

L’une de mes amies, veuve d’un américain, vient de rentrer en France. Après 40 ans d’absence, elle me dit, et ce, avant la révolte des banlieues: « Je ne reconnais plus mon pays. Tout me surprend ou me choque, à commencer par le comportement des gens...»
Bien d’autres qu’elle relèvent la dérive de notre société, notamment le philosophe Guy Coq dans son livre: « Petits pas vers la barbarie ». Il y analyse les transgressions successives des interdits dont la somme constituait l’armature de notre morale élémentaire.

Sous diverses influences, enseignement Chrétien notamment, c’est en effet le respect de ces principes et de ces défenses qui a permis à nos ancêtres d’affiner progressivement – et malgré bien des avatars - le respect de la dignité humaine.
      Sans fantasmer sur le bon vieux temps d’autrefois, reconnaissons, qu’en dépit de l’extraordinaire progrès technique dont nous bénéficions - ou à cause de lui - nous sommes en train, à cet égard, de redescendre dangereusement la pente.
      Chacun de nous s’indigne d’agressions quotidiennes contre notre conception, à nous, des Droits de l’Homme: publicité voyeuriste, envahissement d’Internet et de la presse par la pornographie, télé-poubelle sur certaines chaînes qui se flattent de pourfendre l’ordre moral, lois qui s’alignent sur les mœurs et dont beaucoup de judicieuses dispositions de sauvegarde ne sont pas appliquées, discours officiels euphorisants (notamment, tout récemment, sur la famille…) démentis par la réalité budgétaire et, pire que tout, arrêts de justice qui nous semblent iniques, comme le classement « faute de preuve », de la profanation de Notre Dame de Paris par des militants homosexuels d’Act Up, ou celui qui relance la polémique autour du handicap à propos du fameux « Arrêt Perruche »...

      En ce qui nous concerne, nous travaillons depuis 20 ans, modestement et (sans doute trop) discrètement mais avec détermination, à réagir contre cette situation.
      Dans ce cadre, nous mettons progressivement au point notre Argumentaire qui représente notre document de base. Nous tentons d’y définir et d’y expliciter un certain nombre de notions que nous appelons les Valeurs humaines fondamentales et que nous considérons comme les piliers qui permettent à l'homme et la société de tenir debout.
      A ce propos, nous réaffirmons notre double conviction que:
- d'abord, les Valeurs, ça n’existe que dans la mesure où les hommes les vivent...
- ensuite, les différentes Valeurs sont inséparables les unes des autres. Par exemple, pour un homme digne de ce nom, le courage n’est pas suffisant : il lui faut aussi être honnête et généreux...

Parmi ces Valeurs, avec le sens de la responsabilité et l’amour de la famille, nous exaltons, entre autres, le respect de la vie et celui de la personne humaine.

Devant les attaques dont celles-ci font l’objet, nous avons réécrit le chapitre correspondant de notre argumentaire. C’est l’objet de notre dossier joint qui réclame toute votre attention.
      Plus que jamais, nous avons besoin de votre aide, d’abord pour finir de mettre au point ce texte et, surtout, pour contribuer opiniâtrement à en faire passer le contenu dans la société.

Dans la guerre des idées, sachons nous engager souvent positivement mais sachons aussi nous rassembler pour dire NON à l’inacceptable. Au lieu de continuer à glisser vers la barbarie, nous pourrons ainsi utiliser la désastreuse situation actuelle comme un tremplin pour inciter nos contemporains à rebondir vers un respect accru de la Dignité Humaine.

Jean Delaunay
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Un sondage sur les valeurs des Français

Selon le Centre d'études en sciences sociales de la défense (C2SD) 24 rue de Presles 75015 Paris,
les Français disent être en grande majorité prêts à se battre en cas d’invasion du territoire au risque d'y laisser la vie (82 % en 1987, 78 % en 2003). Cela dit, ils classent les Valeurs dans l'ordre suivant :

o le sens de la justice   20,5 %
o les droits de l'homme   18,5 %
o la démocratie   12,9 %
o le sens de l'honneur   11,9 %
o les libertés individuelles   11,6 %
o le courage,   8 %,
o l'ordre et la discipline   4,9 %
o le patriotisme   4,5 %
o les devoirs civiques
    envers l'État
    et la société 3 %
(*)

o les valeurs religieuses   2%
o l’esprit de sacrifice   0,6 %
o l'idéal européen   0,3 %

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Affiches sur l’incivilité

En Mai dernier, nous vous avons adressé une planche d’information sur des affiches à but pédagogique destinées à sensibiliser les jeunes à l’égard de la violence. Elles ont été éditées avec notre soutien et nous continuons à encourager cette façon concrète d’aborder de graves sujets de société. C’est ainsi que vous trouverez une nouvelle série sur le thème de l’incivilité (cliquer). Compte tenu des manquements au civisme que nous constatons quotidiennement (*), nous vous encourageons vivement à faire connaître et à diffuser les affiches correspondantes. Bulletin de commande inclus.
     Dans le même esprit, nous voudrions compléter notre Argumentaire par une série d’illustrations sur les Valeurs à l’usage des jeunes.

JD
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A méditer

L’amie franco-américaine citée ci-contre ajoute : « Il me semble qu’on n’aime guère les Anglais en France et, pourtant, à certains égards, ils ont des leçons à nous donner. Un exemple. Je me promène dans un parc de Londres. Devant moi une jeune femme tient un enfant par la main. Le gamin lâche la main de sa mère, va batifoler, tombe et s’écorche le genou. La mère essuie l’écorchure avec son mouchoir et l’embrasse. L’enfant continue à hurler. J’entends alors la maman lui dire d’une voix sévère. « Stop to cry ! Be British ! »

Ce sont les mêmes anglais qui font aux vieillards et aux malades cette recommandation: « Never complain ! Never explain ! » C’est sans doute l’une des caractéristiques de ce grand peuple que Napoléon et Hitler, entre autres, n’ont pas comprise et qui s’est encore vérifiée lors des récents et dramatiques attentats à Londres… »
JD

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Livres recommandés
« Le bonheur blessé » , de Tugdual Derville, voir dossier joint
éditions CLD , ISBN 2-85443-461-7    21 €
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« L’armée en résistance 1940/44 » du Général de Boisfleury
Editions « L’esprit du livre » Fontenay aux Roses ISBN 2-915960-07-0     31 €
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Assemblée Générale 2006 de l’association France-Valeurs

Elle aura lieu le lundi 23 Janvier 2006 à 19 H au secrétariat 3 rue Bernard de Ventadour (81 rue Pernety) Métro Pernety 75014 Paris. Ordre du jour : accueil ; rapport moral du président ; approbation des comptes de l’exercice 2 005; renouvellement du bureau ; débat et questions diverses.
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VIE ET DIGNITE HUMAINE

Aggravant les troubles sociaux et le marasme économique actuels, la guerre des idées sévit en France. Ce conflit se déroule apparemment dans l’indifférence générale car il ne fait pas couler de sang et ne provoque pas d’incendies de voitures mais il est d’autant plus dangereux car ce sont les idées qui mènent le monde
Son issue est donc déterminante pour l’avenir de nos enfants.

1/ De quoi s’agit-il ?
A travers une orchestration idéologique qui dépasse le classique rapport des forces politiques et qui donne lieu à un matraquage médiatique, certains travaillent à changer les mentalités des Français pour les amener à oublier, ignorer, rejeter et tourner en dérision les Valeurs d’inspiration Chrétienne qui constituaient le fond culturel de notre pays.

A cet égard, des problèmes de société comme la dénatalité, la banalisation / promotion de l’avortement et de l’homosexualité, la vision du handicap, l’euthanasie, le clonage et les manipulations génétiques… font apparaître un clivage entre deux visions de l’homme radicalement opposées.

Au centre de cet affrontement figure la conception même de la Vie et de la Dignité humaines.

- D’un côté, on constate que la vie commence dès la conception et ne cesse qu’à la mort, et on s’interdit de lui porter atteinte : c’est la vision chrétienne qui fait appel au bon sens et s’appuie sur une science respectueuse de la nature.

- De l’autre, on nie la dignité de certains états de vie, celui notamment de personnes handicapées ou lourdement dépendantes, et on en tire des conséquences radicales: c’est une vision utilitariste dans le droit fil de laquelle certains chercheurs privilégient la performance aux dépens de l’éthique.

Nous adoptons la première attitude mais nous reconnaissons les implications positives de l’extraordinaire avancée de la Science. Cependant, nous dénonçons leur contrepartie négative car nous pensons que « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme ».

2/ Les aspects bioéthiques négatifs de notre société dite « avancée »
- Les innovations ne révèlent parfois leurs effets pervers que des années après leur mise en application; d’où la nécessaire référence au principe de précaution qu’on devrait transformer, dès qu’il est question de vie humaine, en impératif de protection.

- De plus, on constate des dérives dans la mise en œuvre de mesures à caractère social relevant de la bioéthique.
     A titre d’exemple, alors que l’IVG était autrefois présentée comme une disposition exceptionnelle destinée à des femmes en situation de détresse, l’avortement, devient si fréquent qu’il en est banalisé ; il est aujourd’hui considéré comme un droit, remboursé par la Sécurité Sociale et utilisé comme un moyen complémentaire de la contraception.
     En outre, aucune des dispositions prévues par la loi pour tenter de dissuader les femmes d’y recourir n’a été suivie d’effet… Dans le même temps, on réalise « l’exploit » de faire accoucher une femme de 67ans après une fécondation in vitro…


- En réalité, loin d’apporter le bonheur aux êtres humains, la transgression de l’interdit provoque souvent de nouvelles et nombreuses souffrances morales.
     Ainsi, l’avortement traumatise les femmes qui le subissent, qu’elles le reconnaissent ou non. De même, les couples qui ont recours à la procréation artificielle témoignent qu’ils s’engagent dans un parcours de combat plein d’humiliations et de frustrations.
     Enfin, l’euthanasie introduit dans les familles qui y ont recours un sentiment diffus de culpabilité et d’insécurité, avec de douloureux secrets instillés par le déni de meurtre.
     Derrière chacune de ces transgressions, même légales, s’enracine en effet le vieux mensonge de Caïn dénoncé par la Bible : « Suis-je le gardien de mon frère ? »

- Plus grave encore, l’aspect le plus élevé de ces problèmes, qui relève de la philosophie plus que de la technique, semble fréquemment occulté ou minimisé, même si le Gouvernement affecte de consulter un Comité National d’Ethique.

Sans pouvoir ni vouloir y répondre, nous sommes donc en droit de nous poser – et de poser aux décideurs politiques - la quadruple question :

o Sous prétexte que les savants savent faire beaucoup de choses dans le domaine du Vivant, ont-ils pour autant le droit de le faire ?

o Sur le plan du risque, dans ce secteur où les effets pervers à terme des découvertes sont souvent inconnus, ne jouent-ils pas à l’apprenti sorcier ?

o Sur le plan moral, jusqu’où ont-ils le droit de violer le Sacré, le mystère de la Vie ?

o Le législateur et les décideurs politiques responsables du bien commun ne font-ils pas preuve de lâcheté ou d’imprudence en mettant le doigt dans des engrenages tels que la création de la HALDE
(Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité. Celle qui contribue en fait à la promotion de l’homosexualité…) ou l’autorisation donnée à la manipulation des cellules – souches ?

Tous ces thèmes – et d’autres- sont explicités dans le livre « Le bonheur blessé » et dans le magazine qui vient de paraître « Simples questions sur la vie » (FV a contribué à sa mise au point.)
     Ils reposent sur des témoignages concrets et constituent, selon nous et pour des lecteurs de notre famille de pensée, un bon développement à la simple esquisse ici ébauchée.

SIMPLES QUESTIONS SUR LA VIE !

L'AMOUR, L'ENFANT, LE COUPLE, LA FAMILLE, LA VIE ....

Sommaire et edito


3/ Pour une éducation au respect de la vie et de la dignité humaine

     A travers les nombreuses contradictions qui sont la marque de notre société, nous vivons donc une véritable redescente vers la barbarie.
     Parmi bien d’autres manifestations de cette attitude, nous facilitons l’accès aux autobus des handicapés vivants mais, avant la naissance, nous les éliminons au moindre risque…
     Nous écartons nos seniors de la vie active alors qu’ils sont au sommet de leur compétence, en attendant de les parquer, quand ils deviennent dépendants, dans des maisons de retraite… Beaucoup de femmes choisissent de ne pas être mères… et trop de parents préfèrent leur niveau de vie à l’accueil d’un enfant de plus…

     Ce glissement s’appuie sur un discours souvent opposé au bon sens et au respect de la nature profonde de l’homme. Il est en revanche marqué par l’idéologie en ce qui concerne bien des problèmes éthiques…

     Soulignons aussi la difficulté qu’éprouve notre société, très vulnérable, à concilier en son sein le culte de la Liberté et la nécessité de se protéger pour survivre. Elle vit à cet égard en déséquilibre permanent.
     Par exemple, la Justice réprime de plus en plus sévèrement les crimes et délits sexuels alors que le Législateur autorise de fait l’incitation à la débauche que constitue la pornographie sous toutes ses formes.
     Or, il est patent que l’envahissement des images pornographiques est l’un des facteurs de la montée des abus sexuels...

     Tout cela confirme notre conviction que la crise des Valeurs, née de la guerre des idées, est gravissime. Or, beaucoup d’adultes des générations post 68 en paraissent marqués à vie.
     C’est donc surtout en direction des jeunes générations qu’il faudrait porter notre effort, car on sent au sein de celles-là un fréquent retour du pendule vers le bon sens.

     Les jeunes méritent en effet qu’on les éduque, de façon joyeuse et positive, au respect de la vie et de la dignité humaine – tout en les entraînant à faire preuve d’esprit critique, qualité essentielle, selon nous, pour rester debout par les temps agités que nous vivons.

     Leur formation humaine devrait notamment inclure :

§ une éducation à l’idéal, avec une composante éducation du regard et de l’écoute, y compris la redécouverte du silence en tant que Valeur,

§ une éducation affective et sexuelle digne de ses enjeux. Selon nous, elle devrait revenir notamment sur deux points fréquemment occultés ou niés:

- l’importance de la composante affective de la sexualité,

- le lien entre sexualité et procréation et la responsabilité de chacun en la matière.

§ L’éducation de la volonté devrait aller de pair car il ne s’agit pas seulement pour les jeunes (et les adultes) de savoir des choses mais surtout de les vivre.

Il faudrait notamment les rendre capables, dès le jeune âge, de dire Non quand c’est justifié.

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     Développer ces thèmes supposerait d’écrire des livres entiers, ce qui n’est pas la vocation de France-Valeurs. Nous citons ci-dessous deux bonnes sources d’information et nous demandons à nos amis de nous en indiquer d’autres.

     L’annexe jointe présente des visions complémentaires des problèmes évoqués.
Jean Delaunay
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Bibliographie
     Si vous voulez en savoir plus sur les graves sujets effleurés ici, lisez « Le bonheur blessé » et le magazine tout récent «Simples questions sur la vie».
en vente en librairie 7 €

Demandez aussi les dossiers de l’Alliance pour les Droits de la Vie.
Alliance pour les droits de la vie BP 10 267 75424 Paris Cedex 09 Tel. 01 45 23 08 29
Fax 01 45 23 01 28 – courriel adv-box@adv.org

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Plus, pour mémoire : « Lettres à mes petits enfants sur des sujets qui fâchent ».
de Jean Delaunay éditions Téqui 16 €

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Annexe
Témoignages complémentaires

A propos de l’avortement, de l’eugénisme, de l’euthanasie…

« Le bonheur blessé »

     Tugdual Derville est un père de famille de 43 ans, brillant diplômé de Sciences Po et de l'Essec, qui a abandonné toute perspective de carrière lucrative pour se consacrer à la cause de la défense de la vie. Il a fondé un mouvement d'accueil aux enfants handicapés " A bras ouverts" et dirige depuis 1994 "l'Alliance pour les Droits de la Vie", association fondée par Christine Boutin pour la promotion du respect de la dignité humaine, notamment chez les personnes particulièrement vulnérables: enfants dans le sein de leur mère avant la naissance, personnes handicapées et en fin de vie.

     Sommaire du livre
« Le bonheur blessé » , de Tugdual Derville,
éditions CLD , ISBN 2-85443-461-7   21 €

Introduction

Chapitre 1 Maîtriser la vie
Chapitre 2 le Sexe affranchi
Chapitre 3 Retour sur la quête du bonheur
Chapitre 4 la tyrannie du désir
Chapitre 5 Exception bioéthique française
Chapitre 6 Le handicap:entre intégration et exclusion
Chapitre 7 Les drames intimes de l'avortement
Chapitre 8 Jusqu'où va l'injustice
Chapitre 9 Le débat interdit
Chapitre 10 Choisir sa mort
Chapitre 11 L'appel fragile du bonheur
Conclusion : L'urgence de la consolation.

Quelques citations du livre.

     " Mon intention n'est surtout pas de blesser mais de tenter de décrire, de comprendre et parfois d'alerter." (…) " La France détient le record du monde de l'eugénisme anténatal. Notre société ne se contredit-elle pas en excluant et en intégrant simultanément les personnes handicapées?", (…) "Qui peut rester insensible à la douleur, aux larmes, à l'injustice quand elles sont à la fois si criantes et si occultées ? Surtout quand il existe d'autres chemins à portée de notre volonté ?" (...) L'homme est le seul animal qui ait réussi à dépasser le processus instinctif qui l'habite pour maîtriser la procréation et en assumer les responsabilités." (…)
     " La maîtrise de la vie, de ce qui nous est à la fois le plus intime et le plus mystérieux, est l'aboutissement du plus grand rêve de l'humanité." (…) " Car quoi de plus quotidien que les aléas d'une vie sexuelle dont les conséquences ne sont pas maîtrisées, d'un nombre d'enfants non choisi surchargeant les bras de parents débordés, d'une maladie ou d'un handicap ayant fait irruption à la naissance sans crier gare, d'une dépendance radicale qui enténèbre toute une famille, de longues maladies dégénératives qui voient la personnalité s'effilocher jusqu'à sembler disparaître alors que le corps qu'elle habitait s'obstine à vivre?"
     "Un enfant si je veux, quand je veux" est le slogan de certains groupes féministes. Originellement conçu pour promouvoir le droit à la contraception et à l'avortement, il est actuellement plus que jamais d'actualité avec les progrès de l'AMP (Assistance Médicale à la Procréation) ou les nouvelles façons de contourner les drames de la stérilité." (…)
     "Dans les cas les plus simples, la Fécondation in vitro (FIV) utilise les spermatozoïdes et les ovocytes du couple demandeur, grâce à la combinaison de la simulation ovarienne et du rapprochement physique des gamètes en laboratoire. Si la stérilité des gamètes de l'un ou l'autre partenaire est vraiment radicale, on peut même utiliser celles d'un donneur anonyme."
     "Le recours aux mères porteuses est aujourd'hui interdit en France". (Les uns s'en réjouissent et d'autres s'en indignent "mais le recours à un ovocyte de la femme demandeuse qu'on implante dans l'utérus de la mère porteuse a fait tomber bien des réticences". (Ajoutons que, dans certains pays, on accepte de faire naître un enfant d'une femme ménopausée grâce à un ovocyte d'une autre femme. Le record actuel est celui d'une mère de 67 ans...)

Eviter des vies jugées invivables.
(On parle aujourd'hui d'eugénisme démocratique). Il s'est établi à cause du développement des techniques de diagnostic anténatal associées à la pratique d'interruptions médicales de grossesse (IMG). Dès 1975, la Loi les autorise sans délai légal " s'il y a forte probabilité pour que l'enfant à naître soit atteint d'une affection de particulière gravité reconnue comme incurable au moment du diagnostic." (…) « La naissance de bébés atteints de handicaps comme la spina-bifida est ainsi en passe de disparaître du fait de la surveillance attentive des grossesses." " De même, on tente d'éradiquer la Trisomie 21 par IMG. Tous ces procédés sont remboursés par la Sécu depuis 1998. Or, il naît toujours autant de bébés trisomiques du fait de l'âge de beaucoup de femmes enceintes qui conçoivent en fin de période de fécondité quand le risque de Trisomie de leur bébé augmente. " (…) " De même, si le nombre des infirmes moteurs et autres polyhandicapés n'a pas véritablement baissé, c'est en raison de naissances prématurées, elles-mêmes fréquemment liées aux naissances multiples provoquées par l'Assistance Médicale à la Procréation. " Ce qu'on gagne d'un côté par l'efficacité du dépistage prénatal des maladies, on le perd de l'autre par l'efficacité de notre lutte contre la stérilité !" (Ce paradoxe est typiquement français.)

Le miracle du DPI
Le diagnostic pré implantatoire (DPI) permet d'assurer à des couples porteurs d'anomalies génétiques l'implantation d'embryons qui ne développeront pas le handicap qu'on craint grâce au tri opéré in vitro. (…) " Je reconnais l'intention altruiste des médecins qui s'engagent dans ce processus et la volonté de donner la vie des parents éprouvés qui s'y résolvent. Dans ce contexte émotionnel, ni les uns ni les autres ne peuvent mesurer la portée de leur transgression. »
     (A cet égard, la diversité des législations est déplorable car ce qui est encore illégal en France est obtenu sans difficulté en Hollande, en Suisse, en Angleterre, en Italie ou aux USA). "Le Planning familial parle à ce sujet des 3.000 françaises obligées chaque année d'aller avorter à l'étranger"…

     "Cela dit, avec la conjonction de la contraception, de l'IVG et de l'AMP, tout est devenu possible: on réussit l'impensable prouesse de dissocier le lien de cause à effet de sexualité à procréation."

Les chercheurs, nouveaux maîtres de la vie.
     "La nature du désir du chercheur n'est elle pas de dépasser les limites? Il le fait d'autant plus aujourd'hui qu'il est engagé dans une compétition mondiale à ciel ouvert, tandis qu'il est protégé de nos regards lorsqu'il transgresse allègrement l'éthique dans son laboratoire." "Il faut noter à quel point la médecine joue ici une rôle ambivalent.(...)
     Un grand trouble s'ensuit en conséquence chez beaucoup de professionnels de la santé".

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A propos du handicap… le témoignage d’un handicapé « professeur de vie ».

     Victime d’un accident d’accouchement, Jean Baptiste Thibon est devenu IMC (infirme moteur cérébral), à la naissance, c'est-à-dire que, malgré une éducation pleine d’affection, d’attention et de rigueur, il contrôle mal ses gestes, mange et se déplace maladroitement, et son élocution est, pour les étrangers, pénible à entendre. Moyennant quoi, à 33 ans, il vit normalement. A l’Université, il a passé brillamment un DEA de psychologie sociale. Il est marié et père d’un enfant valide. Il travaille comme consultant dans un cabinet de psychologues d’entreprise et reçoit, à titre privé, beaucoup de patients bien portants qui se confient plus volontiers à lui qu’à une personne « normale ». Il a décrit son expérience d’IMCérébronosaure dans un livre : « Ivre de joie » (Editions de l’Emmanuel.)
     Plus important encore, il bénéficie, disent les gens qui l’ont approché, d’un charisme exceptionnel qui fait de lui un véritable « professeur de vie ».
***
Un autre point de vue : celui d’un médecin généraliste :
     « De plus en plus, j’ai l’impression d’évoluer dans une société où l’homme ne se reconnaît plus de devoirs mais uniquement des droits, et en particulier le droit au plaisir.
     Il se croit tout puissant et esquive ou combat tout ce qui pourrait empêcher sa domination. Le non-respect de la vie est en fait une tentative de l’individu de maîtriser la création. C’est l’un des éléments de ce besoin de toute puissance.
     A des degrés moins élevés, l’effondrement du civisme, la montée de l’individualisme et la perte des autres valeurs entrent aussi dans cette volonté de ne rien devoir à personne.
     L’homme moderne prétend être maître absolu de son destin et de ses choix…

     Pour moi, la volonté de plus en plus affirmée de maîtriser ce qui touche à la vie, pour la détruire ou la transmettre artificiellement, est le stade ultime de cette évolution.

     Rien ne semble pouvoir arrêter ce processus. Cependant, je reste dans l’espérance que ces Valeurs, qui ont été comme les piliers de notre société, restent enseignées dans certaines familles. Je pense que c’est par la base, et non grâce à ceux qui ont le pouvoir, que nous pourrons inverser cette tendance. C’est par nos enfants et l’éducation que nous leur donnerons, que la société pourra changer.

Quels sont les problèmes moraux que soulève pour vous la maîtrise de ces techniques ?

« - Un premier problème, dont on parle peu, c’est le non-respect de la liberté de chacun. On présente le choix de l’avortement comme une liberté pour la femme; on oublie trop que les praticiens, eux, ne sont pas libres de refuser d’effectuer l’acte en question.
- Pour faire accepter l’avortement, on a autoritairement décidé que, jusqu’à 12 semaines, le fœtus n’était pas un être humain. Or, la 1ère échographie effectuée entre 12 et 14 semaines permet déjà de voir ses bras et ses jambes… Nous sommes donc en train d’accepter que l’ont tue des êtres vivants sans défense. Demain, nous supprimerons les personnes âgées ou invalides qui coûtent cher à notre société. Jusqu’où ira notre recherche du confort ?

- Un mineur relève, pour tout ce qui concerne le droit, de l’autorité des parents. Quand il s’agit de sa vie ou de sa mort, pourquoi donc se trouveraient-ils évincés ?
- La loi ne rend plus obligatoire la consultation d’information de la femme enceinte, préalable à toute IVG. Dans le même temps, les praticiens sont tenus d’informer leur patient des risques des autres interventions et ils y consacrent beaucoup de temps. A défaut, ils peuvent être attaqués. L’IVG ne requiert-elle pas les mêmes précautions qu’une simple fibroscopie ?
     Comment peut-on espérer qu’une femme puisse faire un vrai choix alors qu’elle ne sait pas ce qu’elle choisit ?

- La congélation des embryons lors des fécondations in vitro pose le problème de leur utilisation. Que l’on soit amené à les éliminer ou à les conserver pour faire de la recherche, on joue avec des êtres humains. Le simple fait d’effectuer une F.I.V. (fécondation in vitro) est déjà moralement dangereux car il impose d’en choisir un seul parmi un lot d’embryons, les autres dits surnuméraires sont détruits ou congelés. Certes, le désir d’enfant des couples stériles est légitime mais lorsque la réalisation de leur désir entraîne la mort d’autres enfants (au stade d’embryons, ce sont quand même des enfants…), la légitimité morale de l’acte pose question …

- L’avancée des techniques médicales permet à l’heure actuelle de dépister des pathologies avant la naissance. Cela permet aux futurs parents de mieux se préparer, et au médecin de prévoir les interventions nécessaires à la vie de l’enfant. Mais on a détourné cet objectif en incitant les parents ainsi informés à faire le choix d’une « Interruption Médicale de Grossesse » qui, contrairement à l’I.V.G., n’est soumise à aucun délai. Quelles seront les critères d’un tel choix ? Pourquoi un trisomique aurait moins le droit de vivre qu’un enfant à qui il manque un rein ? Avec cette disposition, nous entrons dans l’eugénisme.

     Y a –t-il, selon vous, au plan philosophique, un lien entre l’attitude des pouvoirs publics et des médias vis à vis de l’avortement et le développement spectaculaire du diagnostic prénatal. En bref, l’échographie est-elle l’antichambre de l’I.V.G ?

     « Les pouvoirs publics et les médias exercent une pression importante sur la population, en ce qui concerne l’avortement. Les lois votées ne rendent pas les femmes plus libres de leur choix : elles les contraignent à l’I.V.G dans le cas d’une grossesse non désirée. Aucune autre information n’est délivrée aux femmes qui souhaiteraient mener leur grossesse à terme et le courant actuel tend même à faire en sorte que qu’une telle grossesse n’arrive pas...
     Par l’extraordinaire médiatisation de ces techniques et de tout ce qui tourne autour, « arrêt Perruche » notamment, l’investigation est progressivement détournée de son objet initial et le diagnostic prénatal est de plus en plus considéré comme un moyen de sélectionner les enfants qui auront le droit de vivre. »

     Un généticien chrétien précise :« L’acuité des problèmes posés est dû en grande partie au contraste entre la possibilité de détecter un grand nombre de gènes délétères, en particulier pendant la vie fœtale, et nos faibles moyens d’action sur eux.
     La tentation est donc très grande de supprimer ceux qui en sont porteurs.

     C’est dire que la communauté scientifique a la lourde responsabilité de chercher des moyens de traitement nouveaux dans ce domaine, et nos sociétés, celle d’accepter que vivent les personnes qui sont atteintes d’un handicap et d’aider leurs familles. »
***

Son nom est personne «Notre société est en droit de réclamer, pour les embryons et les foetus humains vivants, une attention et un respect au moins égaux à ceux dont on a déploré l'absence pour les corps de Saint-Vincent-de-Paul et dont on envisage de faire bénéficier les animaux de compagnie. Voilà plusieurs années que Claude Sureau, gynécologue catholique, développe une pensée originale à propos de l'embryon. L’ancien président de l'Académie de médecine, membre du Comité consultatif national d'éthique, tente de tracer une voie originale entre ceux qui refusent toute atteinte au foetus ou à l'embryon et ceux qui, à l'inverse, tiennent l'enfant non né pour un non-être. Notre société nage en pleine contradiction. D'un côté, elle considère l'être prénatal comme étant déjà un enfant «dont la photographie échographique est offerte à l'admiration de tous»; de l'autre, elle refuse de pénaliser sa destruction accidentelle. Dans trois décisions, la Cour de cassation a en effet refusé de poursuivre pour homicide involontaire des médecins et un chauffard qui avaient provoqué le décès d'un enfant in utero, considérant que celui-ci ne pouvait être assimilé à une «personne». Il en résulte, note justement Claude Sureau, que «la mort accidentelle d'un foetus est un non-évènement. Si le foetus survit et naît, mais meurt quelques minutes après la naissance, la faute sera constituée (..). S'il meurt avant la naissance, il n'y a ni faute ni condamnation pénale. Mais si, lors du même accident de la voie publique, un petit chien est tué, il y a faute pénale (...). Les parents ont donc, à juste titre, le sentiment que leur enfant est moins qu'un animal, écrit l'auteur avec force. Or peut-on sérieusement prétendre que l'embryon est «une chose»? Non car il est «déjà notre frère en humanité».
     Pour tenir compte de cette réalité, l'auteur propose de créer une troisième catégorie du droit, celle «d'être prénatal, qui permettrait selon lui de doter l'enfant à naître d'une protection effective. Juridiquement, cette éventualité n'est pas considérée comme absurde», dit-il. Politiquement, c'est une autre affaire. »
Marianne Gomez , dans La Croix


Interview édifiant paru: dans le journal LIBERATION

     La troisième conférence internationale sur l'homoparentalité s'est achevée mercredi à Paris. 43 chercheurs français, européens et nord-américains ont examiné les familles homoparentales sous toutes leurs formes. (Selon le dernier sondage Louis Harris, 66 % des Français estiment qu'un couple homosexuel est autant qu'un couple hétérosexuel capable d'assurer son rôle de parent.) Reste que « ceux-là mêmes qui ont la charge de légiférer sont pour l'instant sourds aux injustices faites aux homoparents et à leurs enfants», constate l'APGL, Association des parents et futurs parents gays et lesbiens.
     Celle-ci avait invité tous les députés et sénateurs, cinq seulement se sont déplacés, dont Valérie Pécresse et Patrick Bloche, respectivement rapporteuse UMP et président PS de la mission d'information sur la famille à l'Assemblée nationale. Nadine Morano, député de Meurthe et Moselle, secrétaire nationale de l'UMP, catholique, mariée, mère de famille, y est non seulement venue, mais elle a tenu à prendre la parole. Pour la reconnaissance de l'homoparentalité.

Etes-vous pour la prise en compte des familles homoparentales ?

Il y a une réalité. On peut se la cacher, la nier, dire que "ça n'existe pas". Qu'il n'y a pas de couples homosexuels qui ont des enfants, qu'il n'y a pas d'hommes et de femmes homosexuels qui s'arrangent ensemble par insémination artisanale pour avoir un enfant, qu'il n'y a pas de lesbiennes qui vont en Belgique se faire inséminer. Soit on ferme les yeux, soit on décide de regarder la réalité en face. Ces enfants doivent avoir le même niveau de sécurité que les autres. Il faut faire évoluer la législation.

Qu'est-ce qui vous a fait basculer ?

Je suis mère de trois enfants, catholique pratiquante. Mon statut de législateur me force à m'ouvrir, tout comme j'ai pu le faire sur les questions de fin de vie. Dans ma circonscription rurale, les gens s'étonnent de m'entendre tenir ces propos. Ça fait peur de dire que deux personnes de même sexe élèvent un enfant. Mais il suffit d'un exemple pour comprendre. Si vous prenez le cas d'une mère biologique qui décède, sa compagne n'a pas de statut vis-à-vis de l'enfant. Si les grands parents veulent lui retirer l'enfant qu'elle a, elle aussi, élevé, ils le peuvent. Où est l'intérêt de l'enfant ? Pourra-t-elle continuer à le chercher à l'école, à lui donner de l'affection, sans statut légal ?

Etes-vous pour l'adoption par des couples homosexuels, comme au Royaume-Uni, en Espagne, en Suède ou aux Pays-Bas ?

Oui. Je suis favorable à l'adoption par un couple de même sexe. Et ce, pour la sécurité de l'enfant, pour sa protection.

Etes-vous pour autoriser l'accès à la procréation médicalement assistée (PMA) à laquelle de nombreux couples de lesbiennes ont recours en allant dans des pays européens voisins ?

Pourquoi faut-il que nos concitoyennes s'expatrient, comme certaines auparavant pour l'IVG, ou d'autres pour l'aide à mourir. Il n'est pas normal qu'une femme qui, de toute façon, se fera inséminer à l'étranger, s'exile ainsi. On ne peut pas interdire le désir de maternité. Au nom de l'égalité, il faut les laisser avoir accès à la PMA en France.

Vous sentez-vous isolée dans votre camp ?

Je ne me sens pas majoritaire. Certains, dont Nicolas Sarkozy, reconnaissent que la droite a eu une posture idiote au moment du PACS, que le combat idéologique droite-gauche sur ces questions était une erreur. Il y a des réactions hostiles : j'entends qu'il faut à tout prix interdire qu'un enfant vive chez un couple homosexuel. On se voile la face. Je suis pragmatique ; il faut faire quelque chose pour ces familles, d'autant que cela n'empiète pas sur le droit des autres, cela tend vers l'égalité des droits.

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Lettre de France-Valeurs bimestrielle ISSN 1260 643 X
directeur de la publication: Jean Delaunay

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