Lettre de septembre 2005


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Lettre aux adhérents

En cette rentrée 2005, nous vous proposons deux dossiers de réflexion différents : le premier traite de certains aspects de l’écologie, et l’autre, de l’art de diriger les hommes, dans un sens très général.

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Ayant apprécié, il y a quelques mois, notre dossier sur l’écologie, le rédacteur en chef de la Revue Permanences (1) m’a demandé un article sur le sujet complexe suivant:

« Charte de l’environnement, principe de précaution et développement durable ».

Cet article s’insére dans un copieux document qui vient de paraître et qui fait le tour des problèmes relatifs à l’environnement de façon relativement exhaustive, en les examinant successivement sous les angles de la science et de la technique, de l’économie, de la vie sociale, de la politique, de l’idéologie et de la foi religieuse.

En ce qui me concerne, n’étant pas un spécialiste de ces questions, j’avais choisi de traiter mon difficile sujet en « paysan du Danube » et lui ai adressé le texte joint (dossier 1) qui intéressera peut-être certains de nos amis.

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Notre dernière Lettre évoquait le livre « L’éthique des décideurs » d’Henri Hude et en annonçait une recension. Je rappelle que l’auteur est un brillant normalien qui appartient à la même famille de pensée que nous.
     Son ouvrage se voudrait un guide pour l'action et c’est même en tant que directeur du pôle éthique et de déontologie des Ecoles de St Cyr-Coëtquidan que l’auteur l’a fait paraître.
     En fait, il m’apparaît davantage comme un traité de philosophie, difficilement exploitable directement par des personnes placées devant des situations de crise, comme les chefs militaires de tous les temps… ou comme le Président des USA d’aujourd’hui…
     Compte tenu de la diversité et de la complexité des domaines qu’il passe en revue, je juge impossible de le résumer sans le dénaturer. Je me contente donc de le présenter dans notre 2° dossier, en en citant quelques extraits représentatifs.
     Pour élargir cette présentation, j’ai pris l’initiative d’y ajouter quelques règles éprouvées concernant, non seulement la décision vue sous l’angle de la morale, mais encore la façon de diriger des hommes.
     Je souhaiterais compléter, sur ce thème, ce que nous avons déjà écrit sur l’autorité et je cherche à rassembler les points de vue de personnes ayant l’expérience de la responsabilité. Je sollicite donc, en plus de mes camarades, des patrons d’entreprises, des professeurs, des présidents d’associations, des élus, des parents…

Trois d’entre eux m’ont déjà répondu ; leurs réflexions figurent ci-après. Si d’autres acceptaient de témoigner, notre ébauche pourrait éventuellement donner naissance, sous un titre du genre « Etre un chef en 2006 ! » (chef de famille, chef d’entreprise, chef militaire …), à un nouvel ouvrage collectif comme l’est ,dans un domaine différent, « Femmes de soldats d’hier et d’aujourd’hui ».

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     Sur ces deux dossiers, je demande instamment à nos amis de bien vouloir s’exprimer en toute liberté, soit par écrit, soit par courrier électronique.
     D'avance un grand merci.
Jean Delaunay
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(1) PERMANENCES Organe du Centre de Formation à l’action civique et culturelle selon le droit naturel et chrétien. Voir page suivante.

Ce qui va bien

     J’avais signalé, l’an dernier, l’Association « Seuil » qui essaye de rééduquer de jeunes délinquants volontaires en remplaçant, avec l’accord du Juge d’application des peines, leur stérile détention par une randonnée de 4 mois accomplie à pied sur 2 500 km, en pays étranger dont ils ne parlent pas la langue, et en campant. Ils partent à deux candidats à la réinsertion avec un accompagnateur formé à cet effet.
     Je ne savais pas qui avait pris cette initiative qui touche beaucoup le vieux visiteur de prison que je suis. Je viens de le découvrir en lisant avec passion son livre : « Longue marche »
     Ce retraité de 61 ans, agnostique, avait décidé, à la mort de sa femme, de faire le pèlerinage de Compostelle. Chemin faisant, il a eu l’idée de poursuivre cette première expérience en rééditant à sa manière l’aventure qui a mené Marco Polo de Venise à Pékin par la fameuse Route de la Soie. En 4 étapes échelonnées sur 4 années, de 1999 à 2002, il a réalisé cette fabuleuse performance de parcourir, seul et à pied, 11 000 km à travers des pays à la mauvaise réputation, couverts de hautes montagnes et de déserts : Turquie, Iran, Républiques musulmanes de l’ex URSS, et enfin Chine.
     A travers son récit, palpitant, ce voyageur nous donne une superbe leçon de vie !
Je cite sa dernière phrase :
     « Comme on demandait à Michel Serres s’il fallait écouter les vieillards, le philosophe a répondu : « Ce seront peut-être eux qui seront les plus écoutés dans cette fin de siècle. Ils n'ont qu'à se faire entendre. On traite la culture maintenant sans temps. La culture demande du temps, la culture demande de l’expérience. Les gens âgés ont toutes les cartes en main pour que revienne la beauté dans un monde qui s’enlaidit chaque jour
     La marche aussi exige du temps. Et ce joli mot de culture, pour moi, contient quelques autres concepts bien cachés, comme amitié, fraternité ou tout simplement écoute et compréhension.
J'achève avec ce livre la longue et belle Route de la Soie.
Mais ce n'est pas une fin. Juste un nouveau commencement. Allons ! »

« Longue marche » de Bernard Ollivier, 3 tomes, petit format. Editions Phébus libretto

Association « Seuil » 35 rue de Jussieu 75005 Paris
tel 0144270998 Courriel:assoseuil@wanadoo.fr
Ses droits d’auteur financent l’association Seuil.

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Le Centre de Formation à l’action civique et culturelle selon le droit naturel et chrétien

     C’est une Association amie avec laquelle France-Valeurs entretient d’excellentes relations depuis 15 ans. Le Centre est l’héritier de l’œuvre fondée en 1946 par Jean Ousset qui s’est longtemps appelée ICTUS.
     Il propose, aux personnes, aux groupes et aux associations, les bases d’une solide éducation civique et culturelle ainsi qu’un style d’action politique et sociale au service de la « Civilisation de l’Amour ».
     Il a comme devise «Se former pour agir » et s’adresse particulièrement aux étudiants et jeunes professionnels qui estiment avoir besoin de continuer à travailler pour comprendre et affronter, en Chrétiens, les défis du monde moderne.
     Cette formation est résolument tournée vers l’action. Elle s’acquiert en particulier au sein de petits groupes de travail ou cellules afin d’inciter et d’aider ceux qui en comprennent la nécessité à exercer leurs responsabilités en fonction de la place qu’ils exercent dans la société (famille, école, université, métier, communautés locales, associations etc…) pour, de proche en proche, « faire pénétrer d’esprit Chrétien les mentalités, les mœurs, les lois et les structures de la communauté où ils vivent. »
• Son secrétariat d’information assure la liaison avec les groupes de travail locaux et leur propose des livres, des brochures et des vidéo-cassettes qui servent de base à leurs travaux. Dans cette optique, il est possible à un jeune homme ou une jeune fille motivés de lancer localement un nouveau groupe de travail
• Il organise des stages de formation d’été et des sessions à thème.
• Un congrès périodique assure la cohésion des membres.
La Revue PERMANENCES paraît tous les 2 mois, souvent sur un thème particulier, par exemple « Guerre et paix », « L’homosexualité militante », « Que faire pour l’école » ou « Pour une saine écologie »...
Le secrétariat de FV en possède la collection complète.


Centre de Formation 49 rue des Renaudes 75017 Paris Tel. 01 47 63 77 86 Fax 01 47 66 78 27
Site : www.centredeformation.net Adresse électronique : courrier@centredeformation.net

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Libres propos, à bâtons rompus, d’un vieux jardinier
(Charte de l’environnement, principe de précaution et développement durable)
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     - A Versailles, la récente Fête de la Musique a rassemblé, devant le Château, des milliers de jeunes «mélomanes» assoiffés par la canicule… A leur départ, notre magnifique esplanade était devenue un dépôt d’ordures… Et pourtant la Charte de l’Environnement a force de Loi dans notre pays…
     - Quelques jours plus tard, un orage exceptionnellement violent provoquait, dans le même quartier, une inondation qui noyait les caves, les boutiques… et le parking de la Cathédrale imprudemment creusé au point le plus bas de notre cité royale … Et pourtant, on y évoque à tout moment le Principe de Précaution
     - Ce matin même, comme tous les jours, un groupe de sans-papiers africains attendait l’ouverture de l’organisme caritatif qui tente de leur porter secours.
     Visiteur de prison, je rencontre souvent certains de ces immigrés clandestins. Attirés par le mirage français : eau courante, Sécu et RMI… ils ont fui leur misère tropicale pour trouver ici celle des squats et autres lieux de malheur…
     A elle seule, leur pauvre histoire justifie ce concept du Développement durable que le G8 vient justement d’évoquer en Ecosse, sur fond, hélas, d’attentats Londoniens…
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     Minuscules si on les rapporte à la Planète, ces trois évènements qui viennent de se dérouler sous mes fenêtres peuvent cependant nous introduire concrètement au cœur de l’immense problème qui se pose à nos gouvernants.
     Simple observateur de la situation mondiale, amoureux de la nature et soucieux du sort de mes petits-enfants, je tente de le résumer ainsi :

     « Comment améliorer, à court terme, la vie des hommes des pays pauvres, sans compromettre celle des pays riches, tout en préparant, à long terme, l’avenir de nos descendants : environnement vivable et ressources suffisantes ? »

     Chaque élément humain, économique, scientifique… de ce véritable casse-tête réagissant sur les autres, on conçoit qu’il ait des chances de mobiliser encore longtemps toutes sortes de colloques d’experts et de réunions politiques au sommet...
     Simple jardinier amateur, je me bornerai donc ici à quelques réflexions que j’espère de bon sens.
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Charte de l’environnement
     Adoptée par le Parlement réuni en congrès le 28 février dernier, elle vient d’être solennellement ajoutée à notre Constitution. Rédigée en termes nobles et soigneusement balancés, elle fait obligation à chaque citoyen et aux collectivités de respecter l’environnement au quotidien, de ne pas lui faire courir de risques et de réparer les dégâts causés. Elle précise dans son préambule : « La protection de l’Environnement doit être recherchée au même titre que les autres objectifs fondamentaux de la Nation.»

En ce qui me concerne, je considère, s’agissant des principes, qu’il ne s’agit là que de la redécouverte d’une évidence mais je me réjouis de cette prise de position car, de nos jours, les évidences ont souvent besoin d’être rappelées.

Cela dit, ces principes, il s’agit de les mettre en application, au quotidien.
     Autant je m’estime en droit de m’indigner de « crimes d’état écologiques » comme la pollution nucléaire créée par les sous-marins Russes qui rouillent dans l’Arctique, autant je manque d’éléments pour porter un jugement objectif sur le choix de l’emplacement de notre parking… à plus forte raison sur la construction controversée du barrage d’Assouan sur le Nil.

En revanche, pollution dans ma ville ou déforestation dans ma Savoie - et ailleurs - je constate tous les jours des atteintes individuelles à l’environnement.

Je crois qu’on pourrait les limiter ou les supprimer.
Il faudrait pour cela orchestrer une vraie campagne nationale d’éducation à l’écologie en direction des jeunes … et des moins jeunes. Elle devrait être sous-tendue par une volonté politique opiniâtre, généralisée et sans faille, allant jusqu’à l’instauration de sanctions à l’égard de ceux qui portent peu ou prou atteinte à l’environnement.
     Les Américains, pourtant très attachés aux libertés individuelles, sont sévères à cet égard et apposent partout des affiches du genre « Littering costs 500 $ ! »( Jeter des papiers gras coûte 500 dollars ! » Les amendes correspondantes sont exigibles sur le champ.
     Pourquoi, dans le même esprit d’incitation à la responsabilité écologique, nos agents municipaux n’auraient-ils pas droit de débusquer, outre les fraudeurs de parcmètres, les pollueurs à 2 et 4 pattes ? Ce serait un commencement !

Des habitudes ayant été prises en matière de lutte contre la pollution et un état d’esprit écologique créé, il serait ensuite possible de passer plus facilement à l’épineux chapitre « économie d’eau et d’énergie ».

En conclusion provisoire, je déplore les excès idéologiques de certains écolos militants mais j’estime que, sur le fond, leur démarche a été bénéfique car elle a sensibilisé, chez nous, puis aux niveaux de l’Europe et du monde, l’opinion et les pouvoirs publics.
     Il reste cependant beaucoup à faire pour que la Charte de l’Environnement soit partout connue et appliquée, à l’échelon national pour commencer.

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Principe de précaution
     Le Charte stipule en son article 5 : « Lorsque la réalisation d’un dommage, bien qu’incertaine en l’état des connaissances scientifiques, pourrait affecter de manière grave et irréversible l’environnement, les autorités publiques veillent, par application du principe de précaution dans leurs domaines d’attributions, à l’adoption de procédures de nature à limiter les risques et à l’adoption de mesures provisoires et proportionnées afin de parer à d’éventuels dommages. »

Ce paragraphe est controversé. Il représente en effet aux yeux de certains une simple « ouverture de parapluie » sans efficacité réelle mais de nature à stériliser la recherche et l’innovation, source de progrès.
    La vie des hommes a toujours comporté l ‘acceptation d’un certain risque. Selon leur caractère, les uns essayent de le limiter au maximum, que ce soit dans la gestion de leur argent (placé en père de famille…) ou dans leurs loisirs (plutôt la pétanque que le parapente…).
     D’autres, au contraire, ne conçoivent l’existence qu’en frôlant le danger en permanence. (Ceux-là spéculent en Bourse et pratiquent le saut à l’élastique sous un viaduc !…)

Sans aller jusque là, je fais volontiers mienne, dans tous les domaines, la devise des parachutistes : « Qui ose gagne ! » Cela m’amène à porter un jugement réservé sur le principe de précaution.

Il est cependant évident que « Prudence est mère de sûreté ». Evitons de doubler dans un virage et de laisser bébé seul à la piscine ou à la cuisine où chauffent des casseroles ! …
     Dans le domaine de la sécurité, vive le principe de précaution !

Pour aller plus loin, ce me semble avoir été une faute contre le bon sens que d’avoir recommandé des collectes de sang dans les prisons où l’état sanitaire des détenus est souvent médiocre… De même, d’avoir méconnu les lois naturelles en imaginant pouvoir nourrir des animaux herbivores avec des farines carnées, provenant de surcroît de carcasses de basse qualité…
     Cela dit, où en serait la science si Pasteur s’était appliqué, à lui même, le principe de précaution au moment de vacciner son jeune patient atteint de la rage ?

Où en serait l’industrie moderne si on avait appliqué, à l’ensemble des matériaux et substances du commerce, la série de tests très rigoureux qu’on a effectués sur l’amiante, avant d’en interdire l’emploi et de lancer une coûteuse campagne de désamiantage des locaux ? Est-on sûr d’avoir assez mesuré, entre autres, les éventuels effets pervers pour la santé de l’utilisation massive des téléphones portables ?

Pour moi, les précautions élémentaires étant prises, l’acceptation d’un certain risque est l’un des éléments de la liberté humaine.
     Là encore, un immense effort d’information du public et d’éducation des jeunes serait nécessaire. On ne peut en effet pas continuer à faire croire à nos concitoyens, à la fois :
- qu’ils peuvent et doivent s’assurer tous risques, pour être garantis dans tous les domaines et qu’ils doivent toujours chercher un responsable (y compris de la pluie pendant les vacances …)
- et les inciter à bénéficier du progrès.
     Il faut choisir. Une tronçonneuse travaille plus vite qu’une scie à main mais peut vous couper le pied… Il faut donc apprendre à nos enfants à décider entre l’économie d’effort et le risque d’accident…

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     Le problème des OGM, pour ne parler que de lui, se pose une peu dans les mêmes termes mais en plus complexe parce qu’on connaît moins bien les effets à long terme des manipulations génétiques que ceux de la tronçonneuse…
     A vrai dire, n’a-t-on pas commencé depuis des siècles à bricoler dans ce domaine, ne serait-ce qu’en créant des races nouvelles de végétaux et d’animaux !
     Le passage à la modification génétique ne serait-il donc pas qu’un stade supérieur du bricolage empirique de nos éleveurs et horticulteurs de pointe ?
    Compte tenu des avantages qu’on nous promet en matière de résistance des végétaux aux parasites ou à la sécheresse, et de la nécessité de nourrir des millions d’hommes de plus sur la même surface cultivable, ne vaut-il pas la peine d’essayer ces OGM?

Mais, dans ce domaine, où placer la borne « Interdit d’aller plus loin !» alors que nos chercheurs piaffent devant leurs éprouvettes et ne veulent pas toujours voir les éléments éthiques du problème ?
     C’est encore une question de choix, de nature plus moral et politique que scientifique. Il me semble à cet égard que l’expérience de drames comme Tchernobyl, la vache folle ou le sang contaminé… prouve que l’aspect économique de la question doit être considéré comme secondaire devant les principes éthiques ( à propos notamment des manipulations du génome humain ) ou la mise en danger de l’espèce humaine par des apprentis-sorciers.
     J’en reste là sur ce difficile sujet.

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Développement durable
     Pour revenir au cas de mes pauvres sans-papiers africains, il est évident qu’il aurait mieux valu les inciter à rester dans leur milieu naturel, à condition qu’ils puissent y vivre décemment.
     Un proverbe asiatique dit en effet : « Si tu veux aider un homme qui a faim, ne lui donne pas un poisson mais prête-lui un hameçon et apprends-lui à pêcher ! »
     Ce qui nous incite à privilégier le développement durable par rapport à l’assistance d’urgence. (C’est aussi le point de vue de l’ONU et du G 8 …)
     Malheureusement, l’un n’exclut pas l’autre car la situation de ces pays est souvent tragique. En Afrique notamment, se cumulent, entre autres, les effets de la pauvreté du sol, de la dureté du climat, de la désertification, du SIDA… sans parler de la mauvaise gouvernance et du tribalisme qui provoquent souvent guerres civiles, génocides et migrations de populations dans des conditions épouvantables : 3 millions de réfugiés au Darfour...
     Cela implique pour nous le devoir d’aider ces populations de deux façons à la fois :
- dans l’immédiat, leur fournir de quoi survivre : eau, nourriture, abris, assistance sanitaire, et d’abord sécurité face aux massacres et exactions…
- à terme, contribuer à leur développement durable, c’est à dire les inciter à devenir auto-suffisants. Pour cela, les aider à scolariser les enfants, à éduquer les femmes, à améliorer la situation sanitaire, à développer les infrastructures de base et à vendre leurs productions…

Bien des problèmes se posent à cet égard. Je n’en retiens que deux :
- Un problème d’argent.
     L’ONU a fait admettre aux pays riches qu’ils devaient exercer leur devoir de solidarité vis à vis des pauvres à hauteur de 0,7 % de leur PNB. Or ce chiffre n’est pas passé dans les faits, sauf dans les pays scandinaves. Les USA représentent en volume le plus gros contributeur mondial mais n’en seraient qu’à 0,2 %…
     Les pays donateurs répugnent d’ailleurs à solliciter davantage leurs contribuables car ceux-ci veulent savoir où va leur argent ; or il est patent qu’une partie de celui-ci s’égare… et les gouvernants des pays pauvres sont à la fois d’éternels quémandeurs insatisfaits… et très chatouilleux quant à notre ingérence (notamment celle des anciens colonisateurs) dans leurs affaires…
- Un problème de nature de production et de prix
     La demande de drogue est si forte dans nos pays que la production de coca et de pavots est bien plus rémunératrice que celle des cultures vivrières locales dont les prix sont d’ailleurs souvent cassés par les pays détenteurs d’une agriculture industrielle.
    La moralisation de la production mondiale sous ce double aspect est donc inséparable du reste de cet épineux dossier.

Des tonnes de papier sont imprimées tous les jours sur ces sujets et j’arrête là mes pauvres élucubrations. Me souvenant cependant que j’ai été autrefois un responsable militaire, je veux conclure sur le thème « développement durable et sécurité nationale ».

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     L’aide aux pays de misère est certes un fardeau pour les pays nantis, particulièrement lourd car les exigences des pauvres s’accompagnent souvent, au minimum, de reproches…
     Cela dit, une attitude du type Cartiériste 1960 ( la Corrèze avant le Zambèze…) me paraît aujourd’hui hautement dangereuse.
     L’histoire nous enseigne en effet que les peuples pauvres sont nombreux et jeunes, et qu’ils ont par conséquent les dents longues. Les migrations de populations ont été de tous les temps… et elles n’ont pas toujours été pacifiques...

J’ai souvent rencontré de jeunes immigrés clandestins. En m’expliquant tous les risques de leur expatriation aventureuse, ils m’ont prouvé, et ils nous le montrent chaque jour, qu’ils n’ont, eux, rien à perdre. Arrivés en France et vivant d’expédients, ils constituent à mes yeux le nouveau prolétariat, souvent haineux, sur lequel savent pouvoir compter ceux qui veulent « casser la baraque », révolutionnaires trotskistes et terroristes islamistes.
     Il me paraît donc vital que, non seulement nous ne laissions pas grossir ici ce « vivier » d’ennemis potentiels, mais que nous travaillions à le tarir à la source en acceptant de payer, même cher, pour le développement durable de leurs terres de misère. Cela contribuerait en outre à maintenir ici le niveau de notre population de souche, représentative des Valeurs fondamentales de notre pays.

Pour nous, Chrétiens nantis, cela me parait non seulement de la charité élémentaire mais aussi une forme d’assurance-survie.

JD
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Etre un chef en 2006 !
A propos du livre « L’Ethique des décideurs », d’ Henri Hude,
Presses de la Renaissance, 453 pages, 25 €
L’éditeur écrit en 4° de couverture :
     « L’universalité des problèmes liés aux questions d’éthique concerne chaque personne en charge de décision. Le principal obstacle à la décision éthique, en Occident notamment, se trouve dans la perte de références ou la confusion des repères.

Comment sortir de cette situation ? Pour l’auteur, au sein du monde présent et au sein d’un gouvernement démocratique respectueux du droit international, l’expérience du soldat, notamment de l’officier, est précieuse. Elle constitue un puissant facteur de développement d’une conscience éthique neuve, en adéquation avec les besoins fondamentaux du gente humain et des besoins fondamentaux de sa dignité.
     Ce manuel est adapté à tout responsable ou décideur éducatif, économique et politique. Il fournit des éléments de réflexion et de méditation sur les thèmes fondamentaux tels que : citoyenneté, politique, justice, liberté, respect, pouvoir, responsabilité. Il permet à chacun de mettre l'épreuve et de renforcer son référentiel éthique. »

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De son côté, Henri de Castries écrit dans sa préface : (extraits)
     « La société ne peut que gagner à ce que ce sujet soit débattu. Je voudrais dire pourquoi, de mon point de vue de chef d'entreprise multinationale.
     Il y a encore 20 ans, il n’était question dans les écoles de commerce que de stratégie et de guerre économique. Aujourd'hui, l’éthique est de plus en plus au centre des préoccupations. Beaucoup en parlent superficiellement, utilisant le vocabulaire du politiquement correct, sans vraie réflexion de fond. Le sujet devient alors un prétexte alors qu'il convient d'en parler de façon solide et substantielle en mettant clairement sur la table tout ce qui fait vraiment difficulté. (…)
     L'économie s'est mondialisée. Tout dirigeant économique est amené à travailler dans l'interculturel. L'éthique est probablement ce que les cultures ont en commun, même si les valeurs universelles se réalisent dans des mentalités très diverses et selon des styles différents. Par exemple, la pratique du cadeau en affaires est différente en Europe et en Chine mais les notions d'honnêteté et de loyauté envers l'intérêt commun prédominent partout. On peut donc avoir le sens de la relativité des moeurs et conserver la foi en l'universalité des valeurs humaines fondamentales.
     Parce que l'économie de marché est une économie de liberté, elle repose sur la confiance. Or, sans éthique, la confiance est impossible. La concurrence est impossible si la liberté économique est en péril. Mais aussi la liberté tout court et la démocratie. Mais il ne peut pas y avoir d’éthique dans l’entreprise, s’il n’y en a pas dans la société et dans la vie.
     Ce livre ne cherche pas à plaquer de l’éthique sur la société mais permet à chacun de se rappeler des expériences simples qui reconduisent à une certitude morale raisonnée, profondément humaine et dénuée de tout fanatisme.
     Une démarche pragmatique, un projet professionnel, doivent retrouver leur sens, leurs règles et leurs références dans une réflexion prenant au sérieux la confiance et la liberté. Il n'est guère possible de se contenter de recettes ; il convient de rester pragmatique, mais à condition qu'il s'agisse d'un pragmatisme profond. Ce livre aide à former l'idée d'un tel pragmatisme et c'est la raison pour laquelle il vient en son temps. (…)

Tout dirigeant porte, parce qu'il est en situation d'exemplarité, une part de responsabilité dans le devenir de la société.
     « L'éthique des décideurs » retravaille les questions de laïcité et de nation en fournissant une pédagogie originale pour un renouveau de la citoyenneté…

Ce livre est né dans un contexte inattendu, à partir d'une expérience, celle de l'armée d'une démocratie universaliste, la France, dans un monde redevenu dangereux et incertain.
     Le problème de la torture, en particulier, se retrouve en filigrane dans plusieurs dossiers de réflexion. Ce n'est pas étonnant, pour un livre écrit par le directeur du pôle éthique et déontologie du centre de recherche de l'Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr.
     Si cette situation évite à son auteur l'abstraction académique, elle ne l’enferme pas dans un espace clos. Et c'est pourquoi cette éthique concerne tout dirigeant aujourd'hui. (…)
     Nous devons travailler à renforcer les conditions où prennent naissance à la fois, les conditions de la paix mondiale et l’efficacité économique à long terme.

Afficher une éthique n'est pas trop difficile. La mettre en pratique est une autre paire de manches. La difficulté, pour un dirigeant, est de la faire mettre en pratique du haut en bas de l’échelle et tout au long de la chaîne de commandement. La première force qui le permet se trouve sans doute dans le calme résolu et une conviction raisonnée.
     C’est pour cela qu'il faut prendre l'éthique au sérieux. Il ne s'agit plus désormais de l'instrumentaliser, d'abord parce que ce n'est pas digne, ensuite parce qu'elle n'est alors même qu'une éthique utile.
     Pour se servir de l'éthique, encore faut-il qu'elle existe et, pour qu’elle existe, il faut y croire et on n'y croit pas simplement parce qu'il serait utile qu'elle existe. Mais alors « Pourquoi y croit-on ? », « Comment y croire ? », « Comment peut-on y croire et jusqu'où ? »
     Cette croyance en l'éthique est-elle bien raisonnable ? C'est tout l'intérêt du livre que de nous poser la question ; chaque lecteur pourra confronter sa réponse avec celles de l'auteur. »
    

Henri de Castries, président d’Axa
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Mon point de vue de lecteur

On affirme d’emblée que ce manuel est « adapté à tout responsable ou décideur éducatif, économique et politique. » Je peux l’admettre, compte tenu de l’ambiguïté du mot « adapté ». Qu’il puisse leur fournir « des éléments de réflexion et de méditation sur les thèmes fondamentaux tels que : citoyenneté, politique, pouvoir, responsabilité… », me semble incontestable car le livre contient quantité d’éléments nourrissants qu’il faut malheureusement aller « pêcher » à travers ses 450 pages. Qu’il permette à chacun de « mettre à l'épreuve et de renforcer son référentiel éthique »… me parait en revanche problématique… En tout cas, moi, je n’y ai guère trouvé de réponse précise aux interrogations morales qui ont jalonné ma vie militaire.
     D’ailleurs l’un de mes camarades traduit bien ma pensée quand il m’écrit :

« Lorsque j'ai eu à prendre des décisions, parfois dramatiques, (Indochine, Algérie, putsch de 1961,) il me semble que je ne suis guère soucié d’éthique. Je raisonnais, certes, souvent très rapidement, mais ma décision était le plus souvent conséquence d’un raisonnement du type « En quoi ma mission sera-t-elle mieux remplie si je décide ceci ou cela ? » Cette mission pouvait d'ailleurs être très variable depuis celle de détruire un adversaire (ou au moins de l'empêcher de me nuire) jusqu'à celle de protéger les populations sous notre contrôle, ou de maintenir la discipline dans l'armée.
     Avec le temps, je me demande si certaines de mes décisions étaient bien conformes à l’éthique du chrétien que je m’efforçai d'être. L'ambiance du moment, le regard de mes subordonnés ou celui des habitants du pays, la nécessité d'être efficace… influaient sans doute sur mon comportement, sans que je m’en rende compte.
     Je ne me sens donc pas qualifié pour t'envoyer un témoignage. J’avoue d'ailleurs être un peu sceptiques sur le résultat de tes investigations. Dans ce domaine, je redoute le plaidoyer pro domo, l'autosatisfaction proclamée du genre : « Voyez combien a été importante le rôle de mon éthique personnelle !... »

Deux remarques :
1/ Il est vrai que, quand on a fait la guerre, cela paraît une gageure que prétendre rédiger un « manuel » de comportement moral du soldat en campagne... et qui soit de surcroît utilisable aussi par d’autres types de décideurs. « A la guerre, disait Napoléon, on fait ce qu’on peut avec ce qu’on a et ce qu’on sait … » J’ajouterais bien : « et avec ce à quoi on croit ! »…

A ce propos, lisant, dans le calme de mon bureau, la page 379 sur le douloureux problème de la torture, je suis partagé entre l’adhésion et le doute :
     « Il serait malhonnête de cacher que les plus courageux finissent par parler (…) mais les organisations terroristes sont entraînées pour plier bagage dans l'urgence et il leur suffit de quelques heures après l'arrestation de l'un d'entre eux pour prendre les premières mesures de précaution. En outre, comme le faisait déjà remarquer Montaigne, la torture fait avouer n'importe quoi. L’innocent s’avoue souvent coupable aussi bien que le coupable et le coupable endurant refuse d’avouer aussi bien que l’innocent inflexible. (…)
     Les renseignements utiles sont souvent le résultat du recoupement de micro- informations dont les détenteurs n’ont pas besoin d’être torturés pour dire ce qu'ils savent. L'expérience prouve que, interrogé sans violence par des interrogateurs psychologues durant la phase de stress faisant suite à l'arrestation, le prisonnier parle très spontanément, comme s’il ne pouvait pas se retenir. ( …) NDLR Je n’ai, moi, jamais rencontré cette attitude, sauf chez des gens qui cherchaient à me tromper ! JD
     Enfin les effets politiques sont dévastateurs en démocratie où les guerres se gagnent et se perdent d'abord de l'opinion du peuple. Pour toutes ces raisons, il semble que cela ne vaut pas la peine de souiller sa conscience avec de mauvaises actions. (…)

     C’est vrai mais un peu facile à dire quand on n’est pas « dans le coup » ! Au fait, je me demande comment se comporterait (même) un philosophe de 2 005 placé en responsabilité, qui aurait capturé un terroriste dont il sait qu’il a caché ses bombes quelque part ?

2/ Cela dit, je suis d’autant plus à l’aise pour reconnaître que poser a priori des règles éthiques et les faire méditer « à froid » aux futurs décideurs permettra sans doute d’éviter, certains débordements inexcusables commis dans le feu de l’action. Encore faut-il que ces règles soient clairement exprimées et appuyées sur des exemples concrets qui manquent ici…
     Un autre officier m’écrit : « Il faut enseigner quelques règles d’éthique aux jeunes dans les écoles, fondées sur des cas réels, positifs ou négatifs, mais l’essentiel de ce qu’ils apprendront, c’est en voyant leurs chefs agir !... »

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     Ces remarques faites, je me borne à présenter le contenu du livre et à citer quelques passages qui m’ont paru particulièrement intéressants.

J’y ajoute quelques réflexions complémentaires émanant de 3 personnes différentes.

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Sommaire de l’ouvrage
préface (voir ci-dessus)
avant-propos et avertissement (Il précise que ce livre est composé de dossiers indépendants les uns des autres)

1° partie : être citoyen
dossier 1 : la citoyenneté
dossier 2 : éthique et politique
dossier 3 : la justice
dossier 4 : la liberté juste
dossier 5 : force et violence

2° partie : être humain
dossier 6 : amitié et lien social
dossier 7 : le courage
dossier 8 : la dignité humaine
dossier 9 : le respect

3° partie : faire la paix
dossier 10 : le pouvoir
dossier 11 : religion, philosophie et laïcité universelle
dossier 12 : le patriotisme
dossier 13 : nations et unions de nations
dossier 14 : conscience, responsabilité, conviction
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Quelques citations

     « Ce livre est d’abord conçu comme une préparation et une aide à la décision. Il est à l’usage des responsables mais aussi de tous ceux qui se préparent le devenir. Il traite des principales valeurs et des principaux repères, sans lesquelles la décision se replie sur le court terme et la technique, tandis que l’action manque de rigueur, de sens et de vision.
     Il est issu de l’évolution d’un texte destiné au départ à la formation éthique des élèves- officiers de l’armée de terre.
     Dans une étape ultérieure, il a été développé de façon à pouvoir servir à tout genre de responsable. Il conserve toutefois la marque de son origine - et cela à dessein.
     Le principal obstacle à la décision constructive, en Occident, se trouve dans la perte des références, la confusion des repères, dans une idéologie molle, un scepticisme vague, parfois poussé jusqu’au nihilisme. L’éthique requiert donc de sortir du nihilisme.
     Mais comment en sortir ? Non pas par des raisons mais d’abord par une expérience, celle du soldat (…) et surtout de l’officier, servant dans l’armée professionnelle d’une démocratie attachée au respect du droit .(…)
     Le militaire n’est pas par essence orné de toutes les vertus, mais la spécificité militaire, constitue un puissant facteur de développement d’une conscience éthique et politique neuve, adéquat aux besoins fondamentaux de genre humain et du respect de sa dignité.
     De deux choses l’une, ou bien une démocratie qui vit dans un monde dangereux confie sa protection à une caste militaire non démocratique, ou bien elle souhaite se voir défendue par une armée démocratique. Mais, en ce dernier cas, il faut bien que cette armée démocratique demeure une armée. Or une armée présente nécessairement une spécificité, en vertu de laquelle elle accorde une place significative aux valeurs et références fortes, une importance à l’esprit de corps, à la discipline, à l’institutionnel et au collectif. Elle ne peut être elle-même sans quelques cérémonies et traditions.
     Le soldat s’interroge forcément sur la mort, sur le sens de la vie sous l’horizon de la mort. Le corps militaire est donc forcément toujours plus métaphysique, plus éthique, plus traditionnel, moins individualiste que le reste de la cité. Une armée démocratique veut être proche de la Nation, mais il faut pour cela, réciproquement, que la Nation soit proche de son armée et admette le sérieux et la validité démocratique des conditions de possibilité d’une spécificité militaire. Or comprendre ce sérieux constitue précisément un moyen pour s’échapper au nihilisme et retrouver l’éthique au-delà de bien et du mal.
     Comment attendre le respect de la démocratie de la part d’une armée qui ne respecterait pas l’homme. La formation d’une conscience solide doit donc se situer au premier plan de la formation d’un officier – mais, plus généralement des responsables au sein d’une cité libre.
     En effet un pays à l’armée qu’il mérite, car une armée n’est jamais que l’émanation de la Nation. Alors, une cité libre et voulant le rester, pourrait-elle, sans contradiction, se permettre de vivre dans l’anomie. Ses responsables ne peuvent donc pas exiger moins d’eux mêmes que des officiers de leur armée.
     La formation éthique est donc nécessaire pour tous (…) Il ne s‘agit pas d’apprendre par cœur des recettes de l’usage des professionnels : il faut prendre l’éthique à bras-le-corps.
     Il faut par conséquent à tout responsable humain une préparation éthique approfondie à la prise de décision, ce qui le place d’emblée au vrai niveau où le situe l’exercice de ses responsabilités : celui du bien commun du genre humain et de la paix. (…)

La première qualité d’un chef, c’est d’être juste. Sinon, il ne pourra ni gagner la confiance de ceux qu’il dirige ni entraîner la communauté dont il a la charge ni forcer le respect de ses adversaires. (…)
     Un responsable doit avoir réfléchi sur les mots qui disent le droit. Autrement, il risquerait de fonctionner comme une mécanique et la justice ne serait plus qu’une machine à broyer des pauvres types coupables de déviation par rapport à un ordre de droit qui ne serait plus qu’un ordre de fait. (…)

La vie des être sociaux ne peut être assurée que par l’existence d’un projet commun sous deux conditions : l’autorité et la loi.
     La justice pour objet de régler les relations avec les autres. (Elle repose sur) le contrat. L’autorité doit veiller à ce que les individus rendent au « tout » ce qu’il lui doivent et en reçoivent ce qui leur est dû. Elle veille à ce que les règles et la loi soient respectées. (…)
     Le responsable a le souci de promouvoir l’entente, la concorde et l’union. (…)

Le courage
     A de futurs responsables, il n’est jamais superflu de rappeler l’importance primordiale du courage. (…)
La première lâcheté aujourd’hui, c’est la démission de l’autorité. La première forme de courage consiste à exercer fermement l’autorité, c’est à dire décider, s’imposer, commander, et s’il le faut, punir. L’autorité n’existe que si elle est obéie. (…)
La seconde forme de courage, c’est la capacité à s’opposer au despotisme
     Le courage d’un homme politique consiste à oser revenir sur le terrain de l’éthique, non pour faire l’éloge des bons sentiments, mais pour rappeler que la pratique des vertus est le véritable centre du bien commun d’une société libre. (…)

Le courage physique
     On n’insiste pas assez sur la dimension physique du courage. Le courage ne se forme pas par la réflexion ; il est d’abord physique, face à la douleur, à l’effort, au péril, à des situations stressantes : le vide, le feu, l’eau ou l’enfermement. Il est d’abord moral, face aux responsabilités, aux menaces, à l’angoisse, à la pression morale et au chantage. (…)
     Tout courage a une composante morale et une composante physique, comme toute action humaine, comme l’homme lui-même. (…)
     Le courage consiste aussi à savoir s’opposer à des opinions, quand il y a lieu, et à affirmer son dissentiment.
     Il est faux qu’une semblable expression de son désaccord soit intolérante et détruise automatiquement la «philia». ( NDLR amitié, au sens le plus noble. JD ) La concorde consiste au contraire dans une entente des volontés, persistant en dépit d’un possible désaccord des esprits. Le courage est souvent d’oser affronter le débat.
Il est aussi de ne pas abuser de la concertation et du consensus
     La survie de la liberté d’esprit ne va donc pas de soi, en démocratie. Elle repose sur l’existence d’une culture de la liberté d’esprit et d’institutions intellectuelles respectées. (…)

Les quatre vertus cardinales
(Prudence, justice, courage et tempérance). (NDLR, prudence dans le sens de sagesse ; tempérance, dans le sens de contrôle de soi .JD)
     Les anciens se représentaient l’homme comme un animal raisonnable et politique.
Pour eux, la justice est la vertu des relations sociales. La prudence est la vertu de la raison en tant que directrice de l’action. La tempérance et le courage sont les vertus de l’animalité humaine. (…) Le courage est l’ensemble des forces qui résistent au mensonge et à l’injustice. (…)

Les conditions d’existence d’une cité libre
1/ le point de vue de la pure indépendance ne doit jamais faire oublier le point de vue fondamental de la puissance.
S’il n’y a pas de puissance, il n’y a pas d’indépendance, donc pas de liberté.
2/ le point de vue de l’indépendance ne doit jamais faire oublier le point de vue de la création.
3/ le point de vue de l’indépendance ne doit jamais faire oublier le point de vue de la participation, et inversement. » (NDLR Tout ce paragraphe, raccourci ici, reste assez obscur pour moi. JD)

Recours à la force
     Une communauté politique doit savoir choisir, à certains moments, entre la paix et la guerre. Qui exclue a priori le recours à la force est voué à perdre un jour sa liberté. Mais qui recourt à la force met en jeu la vie des soldats.
Donc, il ne peut y avoir durablement liberté, ni société libre, sans courage.
Si la majorité des citoyens est trop craintive, la communauté politique devra se soumettre à ses ennemis, ou ne pourra résister qu’en cessant d’être une démocratie, ou encore elle ne pourra en redevenir une qu’avec le concours d’autres peuples libres, plus courageux. (…)

Les violents détestent la liberté. La violence ne se laisse pas convaincre. Elle ne croit pas à la raison ; elle se moque du dialogue. En toute concession supplémentaire de notre part, elle ne voit qu’un pas de plus vers notre capitulation. Avec ce genre d’adversaires, il faut renoncer à sa tranquillité, tracer la limite, tirer l’épée et, s’il transgresse, frapper. (…)

Force et violence
La force désigne la capacité à tenir bon. Elle exprime à la fois une invincible polarisation vers le but.
La violence n’est pas seulement interne aux cités mais affecte leurs relations extérieures.
« La violence demeure à l’horizon des sociétés humaines, parfois déchaînée, toujours inacceptable. Nul ne peut, par ailleurs, exclure la perspective de la résurgence d’affrontements majeurs. C’est pourquoi demeurent, de la part des états, la nécessité et la légitimité du recours à la force, seule susceptible de s’opposer à la violence à partir de certains seuils, c’est-à-dire la capacité de contraindre si nécessaire par la destruction et la mort. »

(Etat Major de l’armée de terre. « L’exercice du métier des armes »)
Comment distinguer force et violence.
À partir du juste et de l’injuste. Force et violence ne se distinguent pas par la matérialité de leurs effets mais par le fait d’être ou non sous le contrôle de la raison. Elles se distinguent aussi, jusqu’à un certain point, par le caractère public ou privé de leurs agents. (…)
     Le rôle du chef, c’est de ne pas flatter tout en encourageant, de rappeler tout le monde à l’ordre, tout en étant exigeant avec lui-même. La technique ne peut pas remplacer l’éthique, ni l’administration tenir lieu de politique. À long terme, c’est toujours la vertu qui tire les nations vers le haut et le vice qui les abaisse. Une société d’égoïstes ne peut pas marcher malgré le talent des technocrates parce que rien ne marche si personne ne s’occupe du bien commun. Or, par définition, l’égoïste ne s’en soucie pas. (…)

Il faut arrêter de parler de crise comme on parle de canicule, sans jamais pointer du doigt l’oubli du bien commun par la liberté égoïste et le mépris de dignité humaine par l’adoption d’une échelle de valeurs matérialiste. Il faut arrêter de parler de réformes, alors que tout le monde sait qu’il ne peut rien se passer sans un minimum de changement moral. (…) »
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Opinions complémentaires émanant d’autres personnes ayant exercé des responsabilités

Les 7 principes de base,
selon un chef d'entreprise

« 1/ il existe un devoir de décider.
On ne demande pas aux chefs d'entreprise d'être le plus intelligent ou le plus compétent. On lui demande de prendre des décisions. De bonnes décisions mais quelquefois une mauvaise décision vaut mieux qu'une absence de décision. ( NDLR Un vieil adage militaire précise que : « Seule l’inaction est infamante ! » JD )

2/Il La décision est souvent à prendre dans un avenir incertain.
Cela implique de prendre des risques et donc, forcément, de connaître des échecs.
La décision demande de la force, du courage. (Cf livre récent : « Décider dans l'incertitude. » du Gal. Vincent Desportes)

3/ Chefs d'entreprise et hommes politiques doivent décider dans le long terme.
Or, la pression de la société et des événements comme l’imprévision poussent toujours vers le court terme. Il faut s'en défendre et déléguer le court terme à des échelons subordonnés.

4/ Bien s'informer au préalable.
Louis XIV avait coutume de dire que l'on ne pouvait pas prendre de bonne décision lorsqu’on était mal informé. À partir de là, prendre des risques calculés.

5/ Appliquer le principe de subsidiarité tout au long de la hiérarchie.
-L’échelon supérieur doit s'interdire toute décision que le subordonné est capable de prendre et d’appliquer de lui-même. Cela conduit à la devise « Autant de liberté que possible, autant d'autorité que nécessaire... »
-En cas de carence des échelons subordonnés, y suppléer mais provisoirement.

6 / Devant un organisme vivant, prévoir ses réactions.
Aller au-delà du premier degré et prévoir les effets d'une décision qui peuvent être contraires au but que l'on recherche.

7/ Ne pas donner d'ordre que l’on est pas en mesure de faire respecter. »
André Courtaigne

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Obéissance et autorité
     ( Extraits et résumé partiel de l’une des brochures du Général d’armée Boone qui a beaucoup réfléchi et écrit sur le sujet).
     « Dans toute société, il y a celui qui commande et ceux qui doivent obéir. Depuis quelques années, on voudrait nous faire croire que commander, c'est de l'ambition, et qu’obéir, c’est de la servitude. Mais commander ne confère pas la liberté de faire ce qu'on veut et obéir n'est pas forcément une servitude.
Commander comme obéir, c'est servir. Bien commander impose de savoir obéir.
     Comment parler d’obéissance quand on rejette l'autorité, qu’on déteste la soumission qu’on confond avec la servilité, qu'on prône l'indépendance et la liberté.... Il est plus facile d'obéir quand on est bien commandé.
     Obéir, c’est écouter au sens fort, écouter pour agir, ob audire, avec l’idée de devancer ; obéir, c’est agir dans le sens de cette volonté avant qu’elle ne soit formulée ; le mot sous-entend une disposition à se lancer quasi immédiatement. En somme, c'est aller au-devant.
Obéir exige aussi de savoir garder sa liberté de jugement
Un ordre correctement donné désigne l’exécutant, définit le but à atteindre, précise de quels moyens il pourra disposer. (Dans l'armée on dit : un chef, une mission, des moyens.)
     Mais l’exécutant doit pouvoir et savoir exercer son jugement pour choisir la façon de faire, emprunter le meilleur itinéraire : cela s'appelle l'initiative, sans laquelle l'obéissance n'est que servitude. Qui ne sait user d’initiative ne peut prétendre savoir obéir.
     De même, celui qui voudrait commander sans laisser sa part d'initiative à l’exécutant serait un mauvais chef.

On obéit avec son corps, outil,
                    avec son coeur qui est amour,
                    avec son intelligence qui fait le lien entre l'exécutant et le chef.
Il faut faire ainsi appel à toutes les dimensions de sa personne pour obéir.

L'autorité
Elle est difficile à exercer et à subir mais indispensable. Pas d'ordre = désordre
Il est quasi impossible de bien obéir à qui ne sait pas commander.
Il est plus facile d'obéir quand on sait aussi commander.
C’est un art de commander parce que celui qui commande doit faire avec ce qu'il est, ses qualités et ses défauts. Un art qu'on peut enrichir mais qui doit rester naturel. Un art parce que l'autorité de la fonction n'est que prêtée tant qu’une confiance solide ne s’est pas établie entre le chef et le subordonné.
     « Quand les peuples cessent d’estimer, ils cessent d'obéir », (Rivarol)

Bien commander exige la compétence dans la matière et dans la manière.
On n'en sait jamais assez pour commander.
L'autorité nécessite une compétence humaine qui englobe l'homme dans son autonomie, son intelligence, sa volonté, sa sensibilité, et dans sa recherche du bonheur, son désir de réussir. L'homme doit se sentir reconnu, écouté, respecté dans la totale obéissance qu’on lui demande. (…) L’autorité est un art personnel qui nécessite une double compétence humaine et technique. Elle exige du chef un minimum de confiance en soi, de maîtrise de soi, d'assurance.
     Le revers de ces qualités, c’est l’orgueil.

La recette des trois « comme »
Commander comme on voudrait être commandé.
Obéir comme on voudrait être obéi.
Servir comme on voudrait être servi.

La recette des quatre « avec »
Vivre avec (ses hommes…)
Travailler avec…
Parler avec…
Rire avec… ( NDLR de temps en temps…JD)

La règle des trois modes
En cas d’urgence, pas de discussion possible = exécution immédiate…
Mode habituel : dialogue ; les gens ont besoin de comprendre…
Détente : ne pas cesser d'être le chef mais inventer des occasions de faire parler, d’écouter et de rire...

Finalement l'autorité est un service et le chef doit à ses subordonnés
- vérité et explication,
- honnêteté,
- assistance et appui,
- et même protection. »

W. B
***

Quelques réflexions personnelles sur le commandement des hommes

Commander, c'est pouvoir se faire obéir pour la réalisation d'un projet.
La responsabilité est éprouvante mais valorisante et exaltante. Elle est liée à une saine conception de l’autorité.
Cette autorité, il faut oser l’exercer : "Ne rien faire; ne rien laisser faire; tout faire faire".
Commander est un art qui suppose l'acquisition progressive
- d’aptitude à communiquer : les jeunes ont de plus en plus besoin de comprendre,
- d’aptitude à leur transmettre nos savoirs (importance de la pédagogie,
- d’aptitude à susciter en eux l'esprit d'équipe et à les amener à se dépasser.
Simplicité d'attitude : être nous mêmes vis à vis de tous mais s’appuyer sur une éthique solide.

Mes dix conseils à un jeune chef (militaire ou civil)

1/ Ta devise : Servir et non te servir.

2/ Donne priorité, chaque fois que possible, au facteur humain.
Fais preuve de professionnalisme et de rigueur mais essaie de "commander d'amitié"

. 3/ On te regarde. Essaye de rayonner le calme et le sang-froid en toutes circonstances ... surtout quand ça va mal. " Plus on gueule, moins on a d'autorité ". ( Proverbe peuhl)

4/ Donne à tous la fierté d'être des citoyens et des soldats français … ou des employés de Renault ou de Carrefour…

5/ Valorise les personnes qui te sont confiées: pour cela, délègue une partie de ton autorité à tes subordonnés pour qu'ils puissent prendre des initiatives. Sache les couvrir en cas de besoin.
    Fais attention aux plus humbles. Donne confiance aux jeunes.

6/ Aie l’oeil pointu. Regarde beaucoup autour de toi et écoute de même. Fais parler.

7/ Que ton autorité repose sur 4 pieds:
compétence, exigence, amour et exemple. (Ne boite surtout pas d’un pied ! …)
Sois exigeant pour les autres (sécurité notamment…) mais d'abord pour toi-même.
    Combine la nécessaire rigueur avec la bienveillance et essaye de toujours donner l’exemple. "Les hommes, c’est comme les macaronis cuits, ça ne se pousse pas, ça se tire !"... (Patton)

8/ Enfin, aie confiance en toi mais reste humble : prends ta responsabilité‚ au sérieux mais, toi, ne te prends pas trop au sérieux. Tu es le chaînon d'une longue chaîne ; si tu peines, sache que tes anciens ont durement souffert avant toi…

9/ Même en 2006, attention aux réflexes Courtelinesques (du type «J’veux pas l’savoir ! ») Sois ouvert

10/ Applique quelques règles morales au quotidien ! Tu dois des comptes :
- à ceux qui t’ont confié ta mission (L’Etat, les promoteurs, le conseil d’administration…)
- à ceux qui reçoivent le service, (Tes clients, tes administrés…)
- à ceux qui participent à la réalisation de ta mission (Ton personnel)

D’où les 4 piliers de ta morale de chef
o Cultive en toi le sens du service et de la responsabilité.
o Sois scrupuleusement honnête et juste.
o Sois courageux, souvent au moral et quelquefois au physique.
o Sois réaliste : à défaut du bien, choisis le moindre mal et donne priorité à l'intérêt général.
Jean Delaunay
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Lettre de France-Valeurs bimestrielle ISSN 1260 643 X
directeur de la publication: Jean Delaunay

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