Lettre de mars 2005


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Lettre aux adhérents

Editorial

A l'aide !

      Dans notre dernière Lettre, je demandais aux personnes susceptibles de participer à l'animation de France-Valeurs de bien vouloir se faire connaître, notamment pour relire, annoter et critiquer notre Argumentaire et intervenir sur notre Forum.

      Je remercie de tout cœur les quelques personnes qui ont répondu à mon appel ; je me suis mis directement en rapport avec elles et je suis sûr que leur collaboration sera bénéfique. Je me permets cependant de renouveler ma demande de façon instante en direction des autres.

      Comme dans la Lettre de Janvier, une feuille de réponse est jointe. Que ceux qui ne l'ont pas fait, aient la gentillesse de nous la retourner remplie ou de nous répondre par Courriel. Merci d'avance.
***
      Un de nos amis qui a relu et aimablement critiqué notre Argumentaire nous suggère d'y consacrer un chapitre à la grave question du Respect de la Dignité Humaine.

      Sur son incitation, nous abordons aujourd'hui ce sujet.

      Il va sans dire qu'il ne s'agit ici que d'une ébauche et que vos critiques et compléments sont sollicitées.

      L'article sur " La fin de vie " d'une de nos jeunes amies y fait suite car il nous paraît aller dans le sens de notre conclusion générale.
Jean Delaunay
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Livres recommandés

" Toute une vie "
par Hélie de Saint Marc, Ed. Les Arènes, 272 pages + 1 CD audio joint, 27 € 50

      Dans cette anthologie qui comprend de nombreux textes inédits, illustrée par des dessins originaux et éclairée par des introductions historiques, Hélie de Saint-Marc rassemble les épisodes les plus marquants de son destin.
      Il réunit toute sa vie tourmentée: la Résistance à 19 ans, la déportation à Buchenwald, l'aventure et le chagrin en Indochine, l'engagement et la révolte en Algérie, la prison et le silence. Témoin de nos déchirures, Hélie de Saint-Marc a été parfois du " bon côté ", parfois du " mauvais ", mais, ce pour lui, c'est toujours la même Histoire. Il s'en explique. Il trace des portraits, rapporte ses choses vues et ses sentiments. Il offre ce regard infiniment humain qui a touché plusieurs générations de lecteurs: à 80 ans, Hélie de Saint-Marc doute, tâtonne, s'émeut et s'enthousiasme encore…

      Ce grand livre est un témoignage d'espoir sur l'aventure humaine…

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" Mon combat contre la violence "
par Jean-Marie Petitclerc, Ed. Bayard, 127 pages, 14,80 €

      Educateur, prêtre salésien, polytechnicien, JM.Petitclerc livre quelques clés permettant de comprendre son engagement au service de la jeunesse.
" Dom Bosco est un homme qui fait confiance à la jeunesse…", dit-il. Lui aussi, et, dans cet esprit, il conjugue une écoute attentive et une ferme autorité.
      Pour lui, il existe trois types de violence qui appellent des réponses différenciées.
      Celle qui naît d'un mal de vivre personnel, celle qui s'exprime quand on ne se sent pas reconnu et la violence organisée qui, froidement, exploite les autres.
      Il affiche quelques convictions : la nécessité de sanctionner la première transgression… une vraie coopération entre famille, école et rue, les trois lieux où vivent aujourd'hui les jeunes… des adultes qui soient pleinement adultes et éducateurs… la mise en œuvre d'une pédagogie de réussite…
      Autant de réflexions utiles dans toute tâche éducative.

      L'Association qu'il a créée à Argenteuil, " Le Valdocco " a le grand mérite de travailler sur un terrain difficile et de façon globale, c'est à dire à la fois et entre autres:
      - en formant et accompagnant les parents,
      - en organisant le soutien scolaire des enfants, en les rencontrant dans la rue pour les écouter et désamorcer les conflits
      - et en leur proposant des loisirs dynamiques que les jeunes bénéficiaires sont amenés à financer partiellement par du travail manuel, ce qui les responsabilise.

      Au moment où l'Association France-Valeurs se lance, à sa façon, dans le combat contre la violence à l'école, ( voir plus loin) la lecture de ce livre est recommandée à nos amis.

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Respect de la Dignité Humaine : ce qui va bien … et ce qui reste à faire !

      Mieux vaut tard que jamais ! Les Pouvoirs Publics viennent de déclencher une campagne d'information et de prévention contre l'usage des drogues, cannabis notamment.
      Nous nous réjouissons de cette initiative, tardive et trop timide, mais bienvenue.

      Il y a des années que des spécialistes mettaient en garde les autorités contre les effets extrêmement nocifs des drogues sur la jeunesse et sur la folle banalisation de leur consommation.
      Malheureusement, leur voix était occultée par celle de gens à la mode qui prétendaient, à l'inverse, que fumer un joint était innocent.
      Il en résulte qu'il y a aujourd'hui un grand chemin à rattraper. Raison de plus pour y travailler.

      En ce qui nous concerne, nous venons de placer sur notre Site le texte d'une plaquette d'information sur la drogue à l'usage des parents. Nous l'avions diffusée il y a quelques années. Les personnes qui n'ont pas accès à notre Site peuvent demander un exemplaire de cette plaquette au Secrétariat.

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      Malheureusement, il existe d'autres types de drogues, dans le domaine de l'audiovisuel notamment … Il s'agit particulièrement de la pornographie.

      Une adolescente de ma connaissance, qui utilisait l'ordinateur familial, vient de tomber sur un spectacle de ce genre qui avait été téléchargé clandestinement dans la machine par un jeune ami de la famille hébergé pour quelques jours car présentant toutes garanties…

      Des situations de ce genre sont quotidiennes avec les conséquences qu'on imagine sur la santé morale et l'équilibre des jeunes !
     
      Pour lutter contre ce nouveau fléau, il importe que les parents contrôlent soigneusement l'accès à Internet des jeunes, ce qui est déjà très difficile, et surtout qu'ils militent pour que la lutte contre la pornographie devienne une cause nationale, au même titre que le combat contre la drogue ou la sécurité routière…
JD
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Le respect de la dignité humaine

      Pour développer ce sujet difficile et, pour nous, inédit, nous suivrons le plan habituel des chapitres de notre Argumentaire :
      o de quoi s'agit-il ?
      o la crise du respect de la dignité humaine,
      o l'éducation au respect de la liste humaine.

1/De quoi s'agit-il ? Droits de l'homme et dignité humaine

      La vie des hommes, depuis qu'ils sont sur terre, est marquée à la fois par leurs progrès incessants sur le plan matériel et par une perception balbutiante mais progressive de la dignité de l'espèce humaine.
      Il est certain que les conditions de vie très rude des premiers hommes a entraîné et presque justifié ce que nous considérons aujourd'hui comme des horreurs: luttes entre tribus, massacre systématique des vaincus, enlèvement des femmes et des enfants, esclavage…
      Au fur et à mesure que s'amélioraient les conditions de vie, les moeurs se sont, dans une certaine mesure, adoucis. La réflexion de certains philosophes y a peut-être contribué mais c'est le Christianisme qui a apporté une révolution dans ce domaine. Elle a prêché aux hommes qui pouvaient et qui voulaient bien entendre son message qu'ils étaient semblablement égaux en dignité parce qu'également fils de Dieu. Cette notion fondamentale s'est lentement, progressivement, et, hélas ! assez théoriquement, étendue à toute l'humanité.

      Elle a notamment inspiré la Déclaration des Droits de l'Homme, élaborée en 1789 en France et reprise en 1948 dans le cadre de la charte de l'ONU. (Des extraits de ces textes figurent en annexe.)
      (A noter que le document de 1789 et que son prolongement actuel ont oublié de faire correspondre expressément une charte des devoirs à celle des droits. D'où, à notre avis, une déclaration boiteuse.)
      Cela étant, le respect des droits de l'homme apparaît donc une valeur humaine par excellence, inséparable de l'avancée de la civilisation.

      M. Bush vient à cet égard de faire des déclarations qui méritent d'être relevées :
" Je vais en Europe pour dire: Ecoutez, nous partageons beaucoup de Valeurs. Nous croyons en la digné humaine, aux droits de l'Homme ...
      S'adressant à M. Chirac :"Nos deux Nations pensent que les droits de l'homme et la dignité humaine sont très importants, tout comme l'Etat de droit et la transparence...."
      A l'ONU : "Les pays membres sont appelés à interdire toutes les formes de clonage humain parce qu'elles sont incompatibles avec la dignité humaine.."

      Mais les " Droits de l'Homme ", tels que qu'ils sont considérés par une grande partie de la classe politique et par plusieurs familles de pensée, ont un tel fond idéologique qu'ils ne recouvrent pas exactement ce que nous considérons comme le respect de la dignité humaine.

2/ La crise du respect de la dignité humaine

      § Cette crise vient d'abord du fait que les Droits de l'Homme (officiels) et ce que nous considérons comme la Dignité humaine ne coïncident pas. Il y a même parfois conflit. Tout se passe comme s'il y avait des " bons " Droits de l'Homme et des moins bons ou des mauvais.

      On s'en tiendra ici à deux exemples.
      -L'avortement est considéré par certaines femmes, et par la Loi française, comme un droit. Celui du bébé à la vie est en revanche ignoré, de même que la dignité de la femme qui avorte, blessée dans sa nature profonde.
      On sait qu'elle ne ressort jamais indemne moralement d'un tel drame. Même si elle le conteste par idéologie, elle traînera toute sa vie comme un boulet psychologique.

      A cet égard, soulignons la contradiction que vivent, au nom des Droits de l'Homme, les plus farouches opposants à la peine de mort qui sont souvent, en même temps, les plus obstinés partisans de l'IVG.
      Ils l'ont ainsi nommée, en abandonnant le vocable péjoratif " avortement ", pour essayer de masquer son caractère antinaturel, pour ne pas dire criminel.

      - La liberté est considérée comme " le " droit fondamental, " la Valeur des valeurs ".
Le malheur est que, dans notre société, la liberté est souvent devenue " celle de faire n'importe quoi ". Il en résulte que la liberté de certains nuit au bien de beaucoup d'autres.

      Par exemple, l'abus de la liberté des créateurs en matière de publicité ou de réalisations audiovisuelles aboutit à la montée et à la banalisation de l'érotisme, qui a ouvert la porte à la pornographie, provoquant des fantasmes chez beaucoup de personnes faibles, d'où, par réaction en chaîne, l'explosion actuelle des crimes et délits sexuels qui empoisonnent notre société.

      § Elle tient surtout au fait que les Droits de l'Homme, proclamés solennellement à la tribune de l'ONU, continuent à être journellement bafoués.

      On ne compte pas en effet le nombre de génocides survenus depuis deux siècles, perpétrés par les Turcs en Arménie, par Lénine, Staline, leurs successeurs et leurs émules dans leurs goulags, par Hitler à travers les camps, les chambres à gaz et le reste…
      Depuis quelques années, le continent africain a fait aussi beaucoup parler de lui dans ce domaine mais le secret qui couvre la situation en Chine et dans d'autres pays masque des violations nombreuses et répétées non seulement des " Droits " formels des hommes mais aussi du respect de leur dignité dans ce qu'elle a de plus sacré. Le massacre des petites filles d'Extrême-Orient, avant ou après leur naissance, en est un exemple dramatique.

      On estime par ailleurs que 50% des enfants du monde sont maltraités à divers titres.
      Certains sont placés aux avant-postes de la violence comme les lanceurs de pierres de l'intifada, les enfants-soldats, candidats au Paradis d'Allah lancés hier dans les champs de mines de la guerre Iran / Irak ou transformés aujourd'hui en bombes-humaines.

      Des millions d'autres font les frais de la misère qui règne dans leur pays, fréquemment sous-alimentés, et souvent exploités dans leur travail ou laissés à l'abandon.

      A elle seule, la véritable traite des enfants victimes de la prostitution et du tourisme sexuel représente l'une des hontes de notre temps.

      Comment ne pas évoquer, même chez nous, les atteintes à la dignité de personnes placées dans les conditions de vie particulièrement éprouvantes.

      S'agissant des détenus, ma longue expérience de visiteur de prison m'a amené à mesurer les progrès considérables qui ont été faits pour améliorer bien des aspects, matériels surtout, de la vie carcérale.
      Cela dit, la promiscuité, la surpopulation, le caïdat, l'inoccupation chronique… s'ajoutent aux impératifs de sécurité pour créer une situation telle que la dignité humaine des intéressés est souvent bafouée.


      Mais c'est souvent le cas aussi dans nos villes. Toutes proportions gardées, il ne fait pas toujours bon y être personne âgée ou handicapée, hospitalisé en psychiatrie, immigré, SDF ou gens du voyage, sans parler des membres de professions particulièrement mal considérées…

      Toutes ces atteintes, connues ou cachées, à la dignité humaine découlent de situations complexes auxquelles, reconnaissons-le, il est difficile de remédier car elles ont des composantes économiques, politiques, démographiques, idéologiques ou culturelles.

      Leur règlement suppose des mesures législatives et d'organisation et un budget adapté mais surtout un encadrement humain et lavolonté de faire évoluer les mentalités.
Deux remarques à cet égard :

- Faire évoluer les mentalités demande du temps. On peut changer le matériel informatique d'une grande entreprise en quelques heures mais il a fallu (ou il faudra encore…) des années, voire des décennies, pour faire oublier des coutumes séculaires, pour faire admettre que la femme a les mêmes droits que l'homme… pour faire prendre conscience à des populations entières que l'esclavage, l'exploitation des enfants, le système des castes, l'excision et quantité d'autres pratiques sont inhumaines …

- L'information joue, à cet égard, un grand rôle surtout quand elle est relayée à l'échelon planétaire. Des campagnes de presse ont eu raison, à la longue, d'abus criants dans certains pays. Par exemple, le paragraphe sur les Droits de l'Homme de l'Acte final de la Conférence d'Helsinki 1975 (OSCE) a contribué à l'écroulement de l'URSS…

      Mais il s'agit surtout d'agir sur le cerveau et le cœur de chaque homme et de chaque femme ; c'est ainsi que l'éducation nous semble à placer au cœur du problème.

3/ l'éducation au respect de la dignité humaine

respect vis-à-vis de soi-même


      Un principe de base : nul ne respectera les autres s'il ne commence par se respecter lui-même.

      En conséquence, quand on se respecte, on ne se tient pas " n'importe comment " et on ne regarde pas n'importe quoi, à la TV ni sur Internet !
      (A cet égard, un ennemi de la dignité humaine, c'est la mode, ou plutôt le conformisme social qui génère, entre autres, le débraillé, la barbe de trois jours pour les hommes, le nombril à l'air pour les filles, le piercing et le tatouage, la banalisation du joint et du langage qui va avec, sans parler des films porno et des beuveries…)

      D'où, pour réagir, la nécessité d'un apprentissage de la dignité humaine

En commençant par celui de choses simples
- l'hygiène corporelle dès 3 ans
- la pudeur dès 5/6 ans
- et surtout un certain contrôle de soi à tout âge…

      Cet apprentissage est, comme le reste, fondé un peu sur les paroles des parents et des éducateurs, et beaucoup sur leur exemple.

respect vis-à-vis des autres

- personne privées,

      L'éducation en question commence également très tôt. Il vise à montrer à l'enfant que
l'autre existe aussi.
      Il passe par la politesse élémentaire : (dire bonjour, merci, pardon, au revoir… )
      Cela s'apprend à la maternelle

- catégories sociales,

      Il y a d'abord une éducation des enfants au regard car il y a plusieurs façons de regarder dans la rue un aveugle, un handicapé, un ivrogne…
      … avec curiosité… dégoût… voyeurisme… commisération…
      … ou en vérité…
      En découle une éducation des jeunes au jugement qui suppose dialogue avec eux.

      Un exemple. En faisant des causeries aux jeunes sur les prisons, je suis frappé par leur dureté vis-à- vis des détenus qu'ils n'ont jamais approchés : " C'est bien fait pour eux, ils n'ont que ce qu'ils méritent ! … " me disent-ils.
      Il me faut donc leur montrer que les prisonniers ont souvent été victimes d'un enchaînement de circonstances défavorables, que cela peut arriver à tout le monde, et que, d'ailleurs, c'est souvent le cas aussi des personnes prostituées ou sans domicile fixe...

      Ce qui ne veut pas dire qu'il faille, dans cet apprentissage, cultiver le misérabilisme et faire fond exclusivement sur les bons sentiments. L'éducation comporte aussi une part D'EXIGENCE.

      Les éducateurs qui protègent trop ceux qu'ils ont en charge sous prétexte de respecter un aspect de leur personnalité, ne leur rendent pas service.
      (Par exemple des directeurs de prison acceptent que les prisonniers ne se rasent pas et aient les cheveux longs. Ce n'est pas grave, diront certains. Le malheur, c'est qu'ils tolèrent aussi que les détenus ne travaillent pas, n'aient pas d'activité physique et passent des heures sur leur lit à regarder la TV …)

      Ils les entretiennent de fait dans leur condition indigne au lieu de les forcer à se " secouer ", contribuant ainsi à les tirer vers le haut.

      Ce qui vient d'être dit à propos des prisons vaut aussi pour les écoles et les familles.

      Dans un autre domaine, un autre risque existe, sous prétexte de respecter la dignité humaine des exclus, c'est de leur donner une mentalité d'assisté perpétuel en oubliant de leur dire qu'ils sont responsables et acteurs de leur destin.
      Assurant la permanence dans des centres d'accueil pour SDF, je me suis étonné qu'on leur distribue, chaque soir, presque à volonté, des sous-vêtements neufs, sous prétexte, ce qui est vrai, qu'ils ont du mal à laver leur linge…
      Il est vrai qu'au-delà d'un certain seuil, ce sont des choses qu'on ne peut plus entendre.

      Mais le combat pour la dignité humaine réclame aussi des acteurs qui s'engagent à fond et qui sachent parler et faire parler de leur cause.

      De même que Vincent de Paul et l'abbé Pierre se sont engagés pour les pauvres, Schoelcher pour les esclaves, Gandhi pour les intouchables et Follereau pour les lépreux, Jean Vanier s'est engagé à fond pour montrer le vrai visage du handicap, Jérôme Lejeune pour les victimes de la trisomie 21, et Christine Boutin pour défendre " l'embryon-citoyen".
      Apprenons à nos jeunes à être, comme ceux-là, et à leur mesure,
des militants de la dignité humaine.

Conclusion


      Le respect de la dignité humaine est une Valeur en soi. C'est un chef œuvre qui mérite d'être inscrit au patrimoine mondial de l'humanité, mais un chef d'œuvre fragile et en perpétuel devenir…
      Les progrès en la matière dépendent de chacun de nous…

Commençons par balayer chacun devant notre porte…

***


Plaidoyer d'Emmanuel Hirsch pour l'accompagnement des personnes mourantes
L'humanité au chevet de la fragilité
par Axelle de Suremain

      Grave sujet que celui de la fin de vie, abordé récemment par Emmanuel Hirsch,le directeur de l'Espace Ethique Assistance publique des Hôpitaux de Paris.
      Un discours que l'on est aujourd'hui peu habitué à entendre, rappelant que nul homme n'est digne d'être abandonné en chemin.


      " Autonomie, utilité. Tels sont les grands mots d'aujourd'hui, de notre époque où il ne fait pas bon peser sur ses proches ou en être dépendant. Mais que se passe t-il quand on ne peut faire autrement ? C'est bien la question. Celle qui, relancée de plus belle depuis l'affaire Humbert, fait débat dans les derniers endroits où l'on pense.
A l'espace Ethique Assistance Publique- Hôpitaux de Paris, par exemple, dont le directeur, Emmanuel Hirsch, souhaite redire à grands coups d'arguments que la fin de vie nécessite absolument une réflexion de fond.

" Il faut sortir du concept : Marche ou crève " !

      Chez les esquimaux, quand le vieillard commence à sentir qu'il gêne, qu'il dérange, on creuse un trou dans la banquise, on lui tend un fusil, il se tue. Fin de l'histoire.
      Tel est l'exemple choisi par Emmanuel Hirsch pour illustrer son propos sur la fin de la vie et les tentations dangereuses qui tournent autour.

      Car sans en être arrivée à cette cruelle caricature, notre société semble pourtant assez démunie devant l'attitude à avoir face à une personne dont la vie se termine.
      Aujourd'hui, 75% des gens meurent à l'hôpital ou en institution. Avant, on mourait chez soi, avec les siens. La personne vieillissante est aujourd'hui dévalorisée de plus en plus tôt. Elle a beaucoup moins de reconnaissance.
      Nous sommes dans un monde qui glisse vers une conception utilitariste de l'être humain qui pousse les gens malades ou dépendants à penser qu'ils ne servent plus à rien et que donc, ils doivent mourir. Dans notre société du "déchet et du rejet", les mourants, comme les chômeurs ou les personnes handicapées, font un peu désordre. Répétons-le, il est urgent de sortir de ce concept " Marche ou crève ! "
      Car, au contraire, plus une personne est vulnérable, plus nous avons de responsabilités à son égard. Il faut donc que les milieux hospitaliers soient en mesure de suivre les malades jusqu'à leur mort. Qu'il y ait une continuité, une vraie humanité dans les soins…
      Car c'est justement l'absence de structures d'accueil qui conduit les malades à vouloir choisir la mort, parce qu'ils sentent que plus personne ne peut prendre soin d'eux. Bien sûr, ce n'est pas simple d'accompagner les mourants.
      Il faut des moyens, il faut du temps. Mais il ne faut pas contourner ces difficultés en apportant la réponse de l'euthanasie qui n'est qu'une fausse route. Il y a toute une réflexion de fond à reprendre contre le mortifère.
      Au contraire, il faut accepter de voir ce débat sous un autre angle, celui de la vie.
C'est une superbe aventure humaine et philosophique que d'accompagner une personne sur les dernières heures de sa vie.
      Tout le monde s'extasie devant les premiers pas d'un petit enfant.
      Et si, dans le même ordre d'idée, nous étions encore plus fascinés par les derniers pas d'un vivant ? "

***

Annexe

Extraits de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen

      La déclaration est composée de 17 articles et précédée d'un préambule dont le texte fut discuté et voté par les membres de l'Assemblée Constituante du 17 aux 28 août 1789. Elle servit de préface à la Constitution de 1791.
      Elle est influencée par la déclaration d'indépendance des États-Unis (4 juillet 1776), et par l'Encyclopédie.

Préambule
      " Les représentants du peuple français, constitués en Assemblée Nationale, considérant que l'ignorance, l'oubli ou le mépris des droits de l'homme sont les seules causes du malheur public et de la corruption des gouvernements, ont résolu d'exposer dans une déclaration solennelle les droits naturels, inaliénable et sacré de l'homme.
      Afin que cette déclaration, constamment présente à tous les membres du corps social, leur rappelle sans cesse leurs droits et leurs devoirs ; afin que les actes du pouvoir législatif et ceux du pouvoir exécutif pouvant à chaque instant être comparés avec le but de chaque institution politique, en soient plus respectés ; afin que les réclamations des citoyens, fondées dorénavant sur des principes simples et incontestables, tournent toujours au maintien de la constitution et au bonheur de tous…
      En conséquence, l'Assemblée Nationale reconnaît et déclare, en présence et sous les auspices de l'Etre Suprême, les Droits suivants de l'Homme et du Citoyen :

Article 1 Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l'utilité commune.

Article 2 le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l'homme.
      Ces droits sont : la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l'oppression.

Article 3 Le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la Nation. Nul corps, nul individu ne peut exercer d'autorité qui n'en émane expressément.

Article 4 La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui. Ainsi les droits naturels de chacun ne connaissent de bornes que celles qui assurent aux autres membres de la société la jouissance de ces mêmes droits. Ces bornes ne peuvent être déterminées que par la Loi.

Article 6 La Loi est l'expression de la volonté générale... Tous les citoyens sont égaux à ses yeux et sont également admissibles à toute dignité, place et emploi publics, selon leurs capacités.

Article 7 Nul homme ne peut être accusé, arrêté, ni détenu que dans les cas déterminés par la Loi.

Article 9 Tout homme étant présumé innocent jusqu'à ce qu'il ait été déclaré coupable, toute rigueur qui ne serait pas nécessaire pour s'assurer de sa personne sera sévèrement réprimée par la Loi.


Article 10 Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l'ordre public établi par la Loi

Article 11 La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'homme. Tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi.

Article 12 La garantie des Droits de l'homme et du citoyen nécessite une force publique. Elle est instituée à l'avantage de tous et non pour l'utilité particulière de ceux à qui elle est confiée.

Article 17 La propriété étant un droit inviolable et sacré, nul ne peut en être privé … "


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Extraits de la Déclaration internationale des droits de l'homme.

Comportant un préambule et 30 articles, elle fût adoptée par l'assemblée de l'ONU à Paris, le 10 décembre 1948. 48 états émirent un vote favorable ; 8 s'abstinrent (URSS, Pologne, Ukraine, Biélorussie, Yougoslavie, Tchécoslovaquie, Union sud-africaine, Arabie Saoudite)

Article 1 Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droit. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité.

Article 2 Chacun peut se prévaloir de tous les droits proclamés par la présente déclaration sans distinction de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d'opinions politiques ou de toute autre opinion, d'origine nationale ou sociale, de fortune, de naissance ou de toute autre situation.

Article 3 Tout individu a droit à la vie, la liberté et la sûreté de sa personne.

Article 7 Tous sont égaux devant la Loi.

Article 12 Nul ne sera l'objet d'immixtion arbitraire dans sa vie privée, sa famille, son domicile, sa correspondance, ni d'atteinte à son honneur et à sa réputation.

Article 13 Toute personne a le droit de circuler librement et de choisir sa résidence à l'intérieur d'un État. Toute personne a le droit de quitter son pays et d'y revenir.

Article 16 A partir de l'âge nubile, l'homme et la femme, sans aucune restriction quant à la race, la nationalité ou le religion, ont le droit de se marier et de fonder une famille. Ils ont des droits égaux au regard du mariage, durant le mariage et lors de sa dissolution. Le mariage ne peut être conclu qu'avec le libre consentement des époux. La famille est l'élément naturel et fondamental de la société et a droit à la protection de la société et de l'État.

Article 18 Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion. Ce droit implique la liberté de manifester sa religion et ses convictions, seul ou en commun, tant en public qu'en privé, par l'enseignement, les pratiques, le culte, ou l'accomplissement des rites.

Article 19 Tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considération de frontière, les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit.

Article 20 Toute personne a droit à la liberté de réunion et d'association pacifique. Nul ne peut être obligé de faire partie d'une association.

Article 29 L'individu a des devoirs envers la communauté dans laquelle seul le libre et plein développement de sa personnalité est possible…
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Lutte contre la violence à l'école
     
Cette cause constitue l'un des objectifs d'année de notre association. Notre prochaine Lettre contiendra donc la présentation d'une série d'affiches dont nous avons financé la réalisation. Elles sont destinées à être mises à la disposition des écoles pour servir de support visuel à une campagne interne, à l'initiative des enseignants, de lutte contre la violence scolaire et périscolaire.
      Si vous connaissez des écoles publiques ou privées dont les chefs d'établissement soient susceptibles d'accueillir favorablement ces collections, veuillez nous donner leur adresse . Merci d'avance. Nous écrire

JD

    
Lettre de France-Valeurs bimestrielle ISSN 1260 643 X
directeur de la publication: Jean Delaunay

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