Lettre de juillet 2004


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Editorial

La Foudre et le Cancer 2004

A France-Valeurs, nous considérons le Courage, l'Esprit de Défense, le Civisme et le Patriotisme comme d'authentiques Valeurs de vie.
     En cette période anniversaire, nous saluons donc avec respect et fierté la synthèse de toutes ces Valeurs qu'a été le débarquement de 1944. Dans cette colossale entreprise humaine, nous célébrons surtout les acteurs, sans oublier les autres héros, moins célèbres, du Vercors, de St Marcel, de la Montagne Noire, du Mont Mouchet et de bien d'autres combats du maquis. Leur sacrifice collectif a contribué à desserrer l'étreinte de l'ennemi.
     Nous conservons une immense dette de reconnaissance envers nos alliés qui ont rendu possible notre Libération en risquant tant de vies sur notre sol, sur nos côtes et dans nos cieux, et en nous fournissant les armes de la reconquête.
     Nous nous souvenons que celle-ci n'a été possible que grâce aux renseignements et aux sabotages de la Résistance. Nous gardons donc les mêmes sentiments de pieuse gratitude envers les combattants en kaki et bleu, et envers ceux de l'Ombre, envers ceux qui sont morts et ceux qui ont survécu à leurs tourments.
     Pour ceux qui, comme moi, avaient connu la montée arrogante d'Hitler et la timidité impuissante de notre réaction politique et militaire, entraînant la honte de la défaite de 1940, cette période de la Libération reste, en dépit des souffrances endurées par beaucoup, un moment béni de notre existence.

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Je n'en suis que plus à l'aise aujourd'hui pour reprendre une fois de plus ici, le titre de mon livre de 1985 : le Cancer moral qui nous ronge actuellement est bien plus préoccupant encore que la Foudre matérielle qui s'abattait, il y a 60 ans, sur nos villages sous la forme de bombes. A l'époque, si nos maisons étaient écrasées et si trop d'innocents périssaient, c'était le prix à payer pour notre liberté mais le danger pour notre pays n'était pas général.
     Aujourd'hui au contraire, les hommes survivent, ils survivent même trop longtemps - dit-on parfois - mais ce sont les piliers - mêmes et les fondations de la maison France qui sont atteints de lézardes et menacés d'éboulement.
     "Ce sont les hommes et non les pierres qui font le mur de la Cité," nous a appris Platon. Or, beaucoup d'hommes d'aujourd'hui ont perdu leurs repères. Ils ne savent plus pour quoi ils vivent et donc seraient bien en peine de dire, comme nous il y a 60 ans, pour quoi ils seraient prêts à mourir. Les jeunes ne respectent plus grand chose car les adultes n'osent plus ni leur poser des barrières ni leur indiquer le chemin. Au nom du respect de la Liberté et de la tolérance, certains perdent tout bon sens et, du mariage homosexuel au clonage humain, jouent même les apprentis - sorciers.
     La notion de vérité est occultée. La contradiction sévit dans tous les domaines. Pour ne prendre que trois exemples, on décourage l'exercice de l'autorité et on s'indigne de la montée de la violence. On tolère la pornographie et on s'étonne de la multiplication des agressions sexuelles. On se dit Européen et on méprise les élections Européennes…

La réaction contre le Cancer Moral que nous avons entreprise, il y a plus de 15 ans, me semble donc plus justifiée que jamais. Elle est basée, vous le savez, sur le bon sens et le respect de la nature profonde de l'homme. En toute modestie face à l'immensité de la tâche à accomplir, continuons, mois après mois, à conforter ceux qui partagent notre vision de la situation et à alerter ceux qui se bouchent les yeux. Donnons - leur des arguments pour prendre parti et combattre dans cette guerre des idées qui sévit de façon insidieuse.

Puissions-nous faire preuve, dans ce combat, du même courage que ceux de 1944 !
     Dans cette perspective, le dossier joint à cette Lettre est spécialement consacré à l'Honneur. Il complète de façon positive notre dossier précédent sur la corruption. Encore imparfait, il se présente comme l'ébauche d'une nouvelle rédaction du chapitre correspondant de notre Argumentaire.
     La notion d'Honneur étant particulièrement difficile à cerner et à définir en 2004, vos réactions nous seront précieuses.

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NB 1 Le prochain dossier sera consacré à la protection de la Nature, considérée comme une Valeur de Vie. Vos points de vue et votre documentation nous seraient spécialement utiles. Nous les adresser si possible dès maintenant par courrier électronique, à défaut par la Poste.
2 Je crois intéressant de joindre à cette Lettre un document intitulé "Al Quaîda et Troskisme, même combat !" Il est inspiré par notre ami Yves Gautier.
Jean Delaunay
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Rubrique : " Ce qui va bien ! "

Rappel. Compte tenu de l'ambiance générale de sinistrose dans laquelle nous baignons, nous jugeons utile d'introduire dans nos Lettres une rubrique : " Ce qui va bien ! ". Nous comptons sur vous pour contribuer à l'alimenter.

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"Reporter d'Espoir". Las de ne voir publier dans la presse que de mauvaises nouvelles, un certain nombre de journalistes ont créé le prix "Reporter d'Espoir" Il est destiné à récompenser des articles ou reportages mettant en valeur des réalisations ou initiatives positives quelque part dans le monde. Le prix a été décerné le 5 mai à l'UNESCO par un jury indépendant. Les lauréats ont été sélectionnés parmi 48 auteurs de reportages positifs d'actualité.
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Accueil Ile de France. Le 11 Août prochain s'envoleront pour Rio 18 adultes non-voyants, 17 jeunes en pleine santé et un prêtre. Durant 15 jours, ce groupe un peu hétéroclite découvrira ensemble les vastes étendues, les populations et la culture du Brésil.
     Devenu aveugle, il y a 30 ans, à la suite d'un accident de la circulation, Gaston a pris l'initiative de ce voyage dans le cadre de l'action qu'il mène en faveur de ses frères et sœurs, les aveugles.
     Parce qu'il est en même temps passionné par les jeunes, il cherche à les mobiliser au service des non-voyants : "Ils peuvent apporter leurs yeux et leurs bras aux aveugles qui ont absolument besoin d'une petite aide des autres, moyennant quoi ils peuvent faire des choses formidables…". "C'est bon pour nous, les non-voyants, car cela nous oblige à sortir de nous mêmes en présence des jeunes. C'est bon aussi pour eux car nous les aidons à voyager selon une formule de financement qui les avantage. " .
Accueil Ile de France 9 rue du Château 92200 Neuilly/Seine

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A propos du Mariage
     Face aux dérives scandaleuses que nous constatons aujourd'hui, la Confédération des Associations Familiales Catholiques demande l'introduction dans la Loi d'une définition du mariage civil pour souligner qu'il est à la fois une institution républicaine et un instrument de cohésion sociale. Elle propose le texte suivant :
     - Le mariage est l'union librement consentie d'un homme et d'une femme, reposant sur leur engagement public et solennel pris devant la société. La famille fondée sur le mariage est placée sous la protection particulière de la Loi.
     - Le mariage est une institution. Il inscrit le couple dans l'alliance et la parenté et donne à l'enfant une filiation indivisible. Cette nature particulière du mariage fonde l'existence de règles régissant impérativement, ses conditions, ses effets et sa dissolution.
Les AFC comptent sur notre soutien pour diffuser leur message.

CN / AFC 28 Place St Georges 75009 Paris
Tel. 01 48 78 81 61
Courriel cnafc@afc-france.org
Site Internet www.afc-france.org
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L'HONNEUR

Notre récente Lettre sur la corruption avait pour but de démontrer, en quelque sorte par l'absurde, la nécessité de réhabiliter chez nous l'honneur, une notion apparemment oubliée.

Des générations d'hommes et de femmes ont pourtant essayé de mettre en pratique avant nous la définition du Littré: "L'honneur est le sentiment qui fait que l'on veut conserver l'estime de soi même et des autres".

Cette définition connote indéniablement, comme dit Henri Hude, "un souci de distinction, un effort vers le haut, un désir de grandeur." Il est donc triste que, pour trop de nos contemporains, ce concept semble non seulement inintelligible mais même suspect.
     " L'honneur, dit un élève de 1°, ne joue plus un grand rôle dans notre société. Chacun a plutôt un autre souci en tête: la vie est plus importante que l'honneur".

L'actualité nous montre cependant, " par défaut ", que l'Honneur doit rester un des piliers de notre existence individuelle et collective et qu'il est, plus que jamais, urgent de le faire revivre en nous.

1/ Différents types d'honneur

- L'honneur aristocratique.
     C'est celui qui sacrifie l'intérêt personnel ( amour y compris ) au devoir.
Corneille le célèbre notamment avec le Cid, et Péguy le fera sien :

" Puissions nous, Ô régente, au moins tenir l'honneur
et lui garder, lui seul, notre pauvre tendresse… "

L'honneur était le principe de la société aristocratique. La transformation de celle-ci a sans doute contribué à faire oublier celui-là, sauf peut-être dans certains milieux comme l'armée où il continue à être évoqué sans respect humain.

- L'honneur militaire
     La devise de l'armée française est en effet "Honneur et Patrie" et on y honore le sacrifice des morts au champ d'honneur.
     L'honneur est ainsi revendiqué comme une vertu militaire cardinale. C'est notamment la consolation du courage malheureux : "Tout est perdu fors l'honneur!", disait François 1er après Pavie.
     C'est en son nom que nos soldats avaient résisté victorieusement à Verdun et qu'ils ont livré les combats sans espoir de Mai / Juin 1940 et de Dien Bien Phu.

- L'honneur dans son métier
     De façon moins dramatique, l'honneur d'un industriel, d'un artisan ou d'un commerçant consiste essentiellement à tenir ses engagements vis à vis de ses clients, ceux du cahier des charges, et vis-à-vis de ses employés, ceux du contrat de travail.
     Il comporte donc les dimensions élémentaires "honnêteté" et "amour du bel ouvrage", ceux de la couturière, du maçon ou du peintre qui fignolent leur travail. Les compagnons du devoir en ont fait le centre de leur éthique professionnelle.

C'est aussi en son nom qu'est bannie la corruption active ou passive, celle, entre autres, du pot de vin offert ou accepté. L'honneur d'un commerçant qui faisait de mauvaises affaires lui commandait autrefois de refuser d'être mis en faillite; il tenait à dédommager ses créanciers sur ses biens.

- L'honneur dans sa famille
     Le B, A, BA de l'honneur familial est, pour les parents, de tenir leurs engagements de fidélité et de prise en charge en faisant preuve chacun de responsabilité vis-à-vis de son conjoint et de ses enfants. En échange, l'honneur des enfants, c'est de respecter leurs parents et de les assister, le cas échéant.

- L'honneur dans la vie publique
     Tenir ses engagements est une forme élémentaire de l'honneur ; la parole est à cet égard aussi sacrée qu'un engagement écrit.

S'agissant des avantages liés à l'exercice du pouvoir, la règle d'or des hommes publics est "Servir et non se servir".

- L'honneur à l'école
     Il incite l'enfant à obtenir les meilleurs résultats scolaires possibles grâce à son travail sans faire appel à des tricheries. C'est lui qui interdit aux petits écoliers de souffler les réponses à leur voisin paresseux ou au lycéen de préparer des anti sèches. Il exclut de même toute forme de larcin.
     Le tableau d'honneur et le prix d'honneur d'antan allaient dans le même sens.

- L'honneur dans le sport
     Il consiste de même à aller jusqu'au bout de ses forces mais en respectant les règles, les décisions d'arbitrage et l'adversaire, en évitant toute tricherie.

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     D'une façon générale, l'honneur est signe d'une conception de la vie qui "tire les hommes vers le Haut".
Le seul vrai honneur est le service des autres.

La société civile d'autrefois mettait son honneur à vivre en conformité avec un code social, écrit ou non, les chevaliers aussi bien que les artisans. On se sentait très lié par un engagement moral (comme la dette d'honneur).On en est très loin aujourd'hui.

2/ La crise de l'honneur

- L'honneur dévoyé
     En Corse, en Sicile, au Maghreb, en Albanie et ailleurs, l'honneur, c'est surtout de passer pour un homme redoutable que l'on offense pas impunément. D'ailleurs, un code social ancestral régit rigoureusement le traitement des conflits, au besoin dans le sang, la protection jalouse de la vertu des filles et le soutien des proscrits, notamment à travers l'omerta, la loi du silence. Cette conception caricaturale de l'honneur a probablement contribué à affaiblir la portée du vrai honneur.

- L'honneur aristocratique
     Il a parfois été dévoyé en orgueil nobiliaire et esprit de caste, aboutissant à des comportements mégalomaniaques et quelquefois suicidaires qui amenèrent longtemps la fleur de notre jeunesse à s'entretuer pour des broutilles et d'héroïques commandants à rester sur leur passerelle pour couler avec leur bâtiment...

- Honneur et honneurs
     Par ailleurs, dans tous les milieux, la passion de l'honneur peut dégénérer en passion des honneurs... A cet égard, le désir de hautes charges peut conduire des personnes de grande qualité à se déshonorer. Il faut donc bien distinguer entre honneur et ambition et ne pas séparer noblesse de sentiments, générosité, simplicité et gentillesse.
     A défaut, le sentiment de l'honneur devient vite morgue hautaine et préjugé de caste.

- L'honneur militaire
     Des facteurs politiques ont souvent compliqué la vision militaire de l'honneur, d'où de douloureux cas de conscience dans certaines circonstances.
     En 1940/42, au sein de promotions formées dans le même moule, certains officiers ont mis leur honneur à obéir et d'autres à désobéir. Ceux d'Algérie ont connu le même déchirement en 1961/62 comme leurs grands anciens lors des inventaires des églises en 1905.

Sur un autre plan, les détracteurs de l'armée relèvent volontiers que ce vocable a couvert des entreprises néfastes, celles de généraux faisant charger nos cavaliers, d'Azincourt à Reichshoffen et Sedan, dans des conditions stupidement héroïques, et, sur un autre plan, celle qui a été, hélas, baptisée en 1941/ 42 : "la Collaboration dans l'Honneur"...

- L'honneur dans sa famille, dans son métier et dans la vie publique
     Aujourd'hui, hélas, beaucoup de gens ne se sentent plus liés par les promesses qu'ils avaient faites en fondant une famille. Le divorce est banalisé, l'abandon d'enfants n'est pas rare et même le refus de payer les pensions alimentaires est fréquent.

Il en est de même dans le domaine professionnel et dans les affaires publiques. De puissants personnages confondent leur bourse personnelle avec la caisse de leur entreprise ou de leur parti. La corruption, nous l'avons vu, est généralisée. Des affaires en tous genres assombrissent notre vie nationale et démontrent l'affaiblissement du sens de l'honneur - voire de la simple honnêteté - chez beaucoup de nos responsables politiques et économiques et chez les particuliers. L'exemple qu'ils donnent est déplorable, d'autant que ces scandales sont (souvent abusivement) médiatisés .

- L'honneur à l'école
     Il y a toujours eu des ( mini ) conflits de devoir pour les enfants à l'école, ne serait-ce que quand le maître demande à l'auteur d'un méfait de se dénoncer sous peine de punition collective, que le coupable refuse et que la classe est tiraillée entre justice et solidarité.

De nos jours, s'y ajoute malheureusement la "fauche" qui est devenue un fléau scolaire dès les petites classes, avec la tricherie qui sévit partout, y compris lors des examens.

- L'honneur dans le sport
     L'idéal olympique était splendide mais la professionnalisation du sport et le développement du sport - spectacle ont abouti à des abus criants comme le dopage sportif, et les trafics d'argent liés par exemple au rachat de joueurs vedettes.

- L'honneur dans la vie politique
     Sans parler des innombrables retournements de vestes liés au jeu politique, on doit dénoncer l'écart fréquent entre les promesses publiques de certains candidats aux élections (démagogie) et leurs comportements dès lors qu'ils sont élus et investis de pouvoirs. Tout semble se passer comme si les mots honneur et politique étaient antinomiques.

***
- L'honneur des nations
     Cette crise est perceptible aussi à l'échelon des Nations. Autrefois, au nom de l'honneur national, on se déclarait la guerre pour un coup de chasse mouches (Alger 1830) ou pour le libellé d'une dépêche qu'on estimait injurieux (Ems 1870). Aujourd'hui, nos démocraties préfèrent se déshonorer que courir un risque. De 1945 à 1979, elles ont laissé les mains libres à l'URSS pour écraser les tentatives de révolte des Hongrois, des Tchèques, des Polonais et des Allemands de l'Est. La menace nucléaire a inhibé notre velléité de les aider.
     On peut en revanche se demander pourquoi la communauté internationale refuse d'intervenir aujourd'hui au Soudan et ailleurs.

UN SONDAGE SUR L'HONNEUR
     Un récent sondage sur la vision moderne de l'honneur chez les jeunes montre que ceux-ci ne récusent pas l'honneur (86% affirment aimer ce qu'évoque le mot lui même) mais que le contenu de celui-ci a profondément évolué.

QUELQUES SITUATIONS FAISANT HONTE:
     Laisser attaquer un ami 70%, être obligé de se mettre nu 66%, trahir ses idées 51%, trahir un secret 48%, être pris en train de mentir 34%, se faire gifler 33%, ne pas payer ses dettes 30%, mentir 28%, se faire accuser d'avoir triché 25%, tricher 24%, voyager sans billet 20%, être mal habillé 16%, être mauvais élève 10%, montrer qu'on a peur 7%, avoir peur 5%, être dans la rue avec quelqu'un qui se fait remarquer 4%, avoir un père au chômage 2%.

LE COMBLE DE L'HONNEUR
Pour un savant- renoncer à une découverte qui peut être dangereuse pour les hommes 51% - faire une découverte qui peut sauver la vie des hommes 48%
-pour un soldat - accomplir un exploit à la guerre 42% - refuser de faire une guerre injuste 57% -
-pour un sportif- abandonner une course pour aider un camarade en difficulté 73% - gagner une compétition 25%.

La notion d'honneur n'évoque plus guère l'exploit, le dépassement, la passion ou la soumission à un code. L'honneur des lycéens s'est affadi en crainte du "Qu'en dira t-on?" Il fait plus appel à des principes d'authenticité et de dignité personnelles qu'à la gloire, la reconnaissance sociale ou la fidélité à une tradition. Accusés injustement d'un délit, ils déclarent qu'ils dénonceraient le coupable. En revanche, c'est la honte personnelle qu'ils redoutent, plus qu'une atteinte à la justice sociale ou aux droits de l'homme, et sans faire appel, comme les anciens, aux notions d'héroïsme, d'abnégation et de devoir.

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Sollicitée de donner son avis sur ce sujet, une de nos amies, étudiante en philosophie âgée de 20 ans, écrit :

L'HONNEUR OU LA PETITE BETE DU COMMUN DES MORTELS
Marie Terrenoir

"L'honneur a la patine usée et confortable des mots usés par le temps. Il est l'apanage des héros, des martyrs et des guerriers. Pour nous, commun des mortels, semble plutôt s'appliquer la vieille maxime : "Loin des yeux, loin du cœur."
     En effet, généreux en belles paroles lorsqu'il s'agit d'hypothétiques combats pour l'honneur en des situations aussi lointaines qu'imaginaires, nous avons tendance à remettre à la prochaine guerre sollicitant nos services la défense de nos grands principes moraux. Défendre mon pays, mes convictions ? Bien entendu… quand l'occasion se présentera.
     A notre décharge, admettons que, dans la vie de tous les jours, nous avons peu de chance de pourfendre sabre au clair la canaille sanguinaire, à moins de faire le pied de grue dans les ruelles sombres entre minuit et quatre heures.
     Heureusement pour nous, pauvres pékins, être fidèle à son honneur est une question de détails. Bien moins exaltant penserez-vous, oui mais bien plus laborieux !
     L'honneur, c'est la fidélité à nos convictions. Comme, sauf infime exception, aucun de nous ne tue, vole ou escroque régulièrement, les carences d'honneur se cachent derrière ces petites choses insignifiantes et agaçantes, ces habitudes et ces détails que l'on ne voit même plus. Nous, qui, à coup sûr, donnerions nos vies sans rechigner pour les droits de l'homme ou le respect des lois, sommes plus coulants envers ces petites choses qui "ne tuent personne."
     Mais quelles petites choses ? En réponse, un petit micro trottoir :
" Tiens, le prix des CD a encore augmenté ! Quand on pense aux pigeons qui vont encore à la FNAC alors qu'il est gratuit de les graver ou de les "choper" sur internet !"…
" Prendre un ticket, tu plaisantes ! Il n'y a pas de contrôleurs à cette heure ; en plus pour deux stations, il n'y a pas de quoi fouetter un chat !"…
     " Ouaouh, tu as vu la femme sur la pub ?"
.
     Les intéressés ne feront pas de commentaires.
     L'honneur est décidément une petite bête bien agaçante…"

***

3/ POUR LA REHABILITATION DU SENS DE L'HONNEUR

Le sondage précédent n'a évidemment qu'une valeur indicative. Malgré sa teneur, il montre que beaucoup de jeunes restent épris d'idéal, tel cet élève qui écrit :
     "L'honneur, c'est le sentiment de vouloir conserver tout ce qui fait la dignité humaine, la fierté d'être en accord avec soi même."

Bien qu'on sache qu'il y a un abîme culturel entre les générations pétries de Corneille et de Péguy et celles qui ne regardent que la télévision, on ne peut pas accepter sans réagir que les préoccupations de trop de nos contemporains soient apparemment éloignées du souci de distinction, de l'effort vers le haut et du désir de grandeur, bref de ce qui fait la grandeur de l'homme.

Nous avons dit souvent ici que les Valeurs constituent ensemble un système cohérent et sont donc inséparables. La réhabilitation du sentiment de l'honneur va de pair, croyons-nous, à l'échelon individuel, avec celui du courage, du sens de la responsabilité ou de la générosité, et, sous un angle collectif, celui de l'autorité, de la famille et du civisme…

Cela dit, s'agissant de l'Honneur en 2004, l'effort de rééducation éthique nous parait à porter d'abord sur deux points :
     Exaltation de la loyauté et refus du mensonge et de la tricherie
     Encouragement à respecter ses engagements.


Cette action devrait se traduire par des actions adaptées à l'âge et à la mentalité des cibles.

o S'agissant des enfants, notre effort d'éducation devrait d'abord porter sur l'apprentissage de l'honnêteté dans tous les domaines, en commençant par la chasse aux mensonges, aux larcins et aux petites tricheries.
     C'est d'abord une affaire d'incitation au quotidien.
     Saisissons par exemple toute occasion de réagir quand nous les voyons revenir à la maison avec un jouet, un article scolaire ou un blouson qui n'est pas à eux.
    Incitons-les aussi à débarrasser l'école de la tricherie scolaire si répandue qui est une préparation néfaste pour la vie civique.

Il faudrait en même temps, les inciter à être fidèles à leurs engagements : assiduité aux entraînements sportifs, aux répétitions de chorales, aux services ou activités auxquels ils ont été volontaires pour s'inscrire et qu'ils doivent rendre ou suivre de façon régulière.

Aidons-les à ne pas faire systématiquement comme les autres dans les petites choses de la vie, pour les préparer à l'indépendance d'esprit qui leur sera indispensable plus tard.
     Alors qu'ils passent plusieurs heures chaque jour devant le petit écran, amenons les à exercer leur esprit critique vis à vis de la télévision.

Incitons-les à faire du sport en leur montrant que l'apprentissage du respect de la règle du jeu, de l'adversaire et des décisions d'arbitrage est important dans leur formation globale, autant que l'assouplissement et l'endurcissement du corps ...

Rappelons-leur que les mouvements de jeunesse offrent un important complément éducatif et que la loi scoute est un véritable code d'honneur à leur usage

Il va de soi que cet effort d'incitation est inséparable de l'exemple à leur donner.
On enseigne l'honneur, comme le reste, en le vivant.
     Le contre témoignage des éducateurs en matière d'honnêteté est la pire des choses qu'il s'agisse de travail au noir, de voyage sans billet ou d'indélicatesse…

o En ce qui concerne les adultes,

Si l'éducation précédente leur a manqué, il sera difficile de rattraper les mauvaises habitudes prises. Nous pouvons cependant saisir toute occasion de dire nos convictions, sans apparaître désagréablement moralisateurs.

Dans ce domaine, l'humour, la fermeté et la simplicité sont nos meilleurs atouts.

De même que des gens se dévouent pour ramasser les papiers gras et les canettes vides dans les jardins publics réduire la pollution matérielle, cherchons à être des artisans patients, souriants et mesurés mais déterminés d'une campagne permanente contre la pollution morale en commençant par notre entourage.

·  Essayons de promouvoir la vérité et l'honnêteté autour de nous.

Alertons nos amis sur les différentes formes de désinformation (voir Lettre à Agnès sur la guerre des idées dans les "Lettres à mes petits enfants sur les sujets qui fâchent "), (n1)

sur la corruption ( voir Lettre de Mai 04 de France-Valeurs)

·  Montrons le danger de l'incivisme que représentent le vol et la tricherie sous toutes ses formes.

· Essayons de montrer l'importance de la fidélité aux engagement pris et à la parole donnée :
- dans la famille
- dans les affaires
- dans la vie publique… (n2)

· Travaillons aussi inlassablement à obtenir que la TV mesure ses responsabilités éducatives. Réclamons en particulier qu'elle montre, en plus des idoles classiques, vedettes du sport ou de la chanson, des modèles qui soient aussi des exemples sympathiques...

***

Recommandation générale Au lieu de nous lamenter sur le malheur des temps, comme nous le faisons trop souvent, ce qui nous peut nous rendre aigris et malheureux, travaillons à transmettre nos richesses à nos descendants et à leurs amis.

C'est une affaire de conviction et de rayonnement personnels mais surtout une affaire d'écoute délicate et patiente des gens, des jeunes notamment, de progression à petits pas en partant de ce qu'ils vivent pour obtenir leur confiance et leur proposer nos Valeurs, en essayant de les rendre sympathiques, sans grands discours mais par l'exemple souriant et l'opiniâtreté.

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Bibliographie

( 1 ) " Le terrorisme intellectuel de 1945 à nos jours", de Jean Sévilia, Editions Perrin
" Rouages et méfaits de la désinformation " Actes du Colloque de la désinformation du 6 / 11 / 2 000

( 2) Ethique et entreprise N° 20 Avril 2004 Revue du Cercle d'éthique des affaires 19 boul. de Sébastopol
75001 Paris www.cercle-ethique.net




AL QUAÏDA - TROTZKISME = MEME COMBAT ?

L'écrasement des Talibans en Afghanistan n'a pas réussi, hélas, à éliminer le terrorisme islamiste.
     Ben Laden court toujours et le gouvernement Afghan contrôle difficilement Kaboul.
     Au nord-ouest du Pakistan, les terroristes sont chez eux. Des Philippines au Maroc, beaucoup d'entre eux ont été anéantis mais leur relève est permanente.
     En Irak, le dictateur le plus laïque du Moyen orient a été éliminé mais Chiites et Sunnites considèrent que leur pays n'est pas libéré mais occupé. Eux et les survivants du Baas risquent de se rapprocher d'Al Quaïda qui n'attend que cela…

AL Quaïda
     Ce terme symbolise à la fois le terrorisme et la haine des Américains, voire de l'Occident.
Pourquoi cette haine ? Pour deux raisons, semble-t-il :

- La misère.
     Il existe un écart grandissant entre les pays riches et les pauvres, et, au sein de ceux-ci, entre la population et ses dirigeants : 1 milliard d'hommes vivent avec moins d'un € par jour et 2 milliards avec moins de deux € ; des millions d'enfants meurent de faim.
     La misère et le désespoir amènent certains habitants du Tiers Monde à tenter d'immigrer n'importe où. D'autres choisissent de rejoindre les fous de Dieu pour détruire un système scandaleusement injuste à leurs yeux.

- La destruction et le mépris des Valeurs fondamentales.
     Cette carence généralisée engendre une jeunesse déboussolée, toutes catégories sociales confondues. De plus, télévision et Internet ont brisé les murs des différences. Quel choc de voir, sur l'écran collectif des villages les plus reculés, les images d'un autre monde, et quel monde ! ( Einstein, à qui l'on reprochait la bombe atomique, répondait que la bombe la plus redoutable à venir était celle de l'information… On le vérifie aujourd'hui…

En Occident, Al Quaïda recrute parmi des immigrés mal intégrés, déçus, qui peuvent constituer l'avant-garde d'une conquête politique facilitée par leur nombre et notre dénatalité.

Les Troskistes (1)
     Malgré l'augmentation du niveau de vie depuis la guerre, comment expliquer la montée de l'extrême-gauche aux dernières élections présidentielles françaises ?

     - L'écart grandissant des revenus.
     Nos dirigeants se sont arrogés des salaires, frais généraux et options qui se sont traduits par des augmentations de revenus de plus de 30 % par an. Les 400 premiers d'entre eux ont un salaire moyen supérieur à 500 fois le SMIC, au moment où licenciements et chômage sont en progression. Il y a cinquante ans, ces écarts de revenus étaient plus raisonnables et personne ne les connaissait. Les intéressés ont été obligés de révéler leurs émoluments, avec réticence, au moment où le gouvernement annonce une hausse du SMIC de 5,3 % !

     - Le mépris des Valeurs
     Tout est permis, sous réserve de ne pas être pris : corruption, évasion fiscale, frais fictifs, transferts de fonds à l'étranger, indemnités de départ scandaleuses… La presse s'en fait un large écho. Il ne faut certes pas généraliser mais ces attitudes sont trop fréquentes. Le salarié modeste qui paye ses impôts constate cette situation intolérable tous les jours en ouvrant son journal.
     Le personnel est flatté quotidiennement par les employeurs mais certaines personnes se retrouvent licenciées du jour au lendemain. (Certains dirigeants semblent ne considérer les salariés que comme des fournisseurs de travail, ce qui est d'ailleurs vrai en droit..)
     Le devenir des hommes et leurs emplois dépendent de groupes aux contours incompréhensibles, d'une épargne volatile qui fait penser à la Mondiale des jeux… Le personnel ne comprend plus et se révolte...

D'où un développement du Trotskisme, forme actuelle du communisme révolutionnaire. Beaucoup pensaient que le communisme était mort en 1989 mais ce n'est vrai que pour le Stalinisme, étape stratégique temporaire et dépassée du communisme.
     Le Trotskisme a une organisation éclatée et secrète. Ses cadres reçoivent une excellente formation d'animateurs et d'agitateurs révolutionnaires. Beaucoup de dirigeants de syndicats sont d'ailleurs des Trotskistes.
     Leur objectif est de détruire la démocratie et le libéralisme pour instaurer la dictature du prolétariat, d'où résultera, dans une dernière convulsion, la société sans classe, le "vrai" communisme - le tout, en imposant au peuple une discipline de fer. Cette réalité est-elle perçue par la majorité de ceux qui votent pour eux, par désespoir ?

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     Les révoltés d'Al Quaïda comme les Trotskistes des pays riches ont, dans une large mesure, été générés par la différence des revenus et par la destruction des racines des peuples. Misère générale des pays sous-développés, pauvreté relative de certains hommes dans les pays riches... et, partout, écrasement des Valeurs par un matérialisme sauvage.
     Bien que les Trotskistes visent l'avènement d'un communisme pur et dur défini par Lénine et que les intégristes musulmans poursuivent celui d'un califat dont la seule loi sera le Coran, les uns et les autres sont devenus des alliés objectifs du moment. Ils emploient la même tactique : organisations secrètes, initiatives multiples, solidarité. Ils poursuivent le même but, utilisent les mêmes méthodes et mènent, en fait, le même combat.

Notre civilisation, basée sur les Valeurs de liberté, de justice, celle des Droits de l'homme, est menacée sur deux fronts.
     Mais est-il possible de transformer une société qui préfère avoir toujours plus et consommer toujours plus, qui choisit la jouissance immédiate dans l'égoïsme ?
     Une renaissance est nécessaire, faute de quoi ce sera la fin de notre civilisation ou la révolution.
     Est- ce un rêve ? En tous cas, cela nous concerne tous et le règlement des énormes problèmes correspondants réclame des hommes politiques ayant l'envergure, le charisme et le courage voulus.
     Nos peuples attendent ce renouveau pour stopper le développement d'El Quaida et celui du Trotskisme.
     C'est une chance et une nécessité pour l'Europe de mettre en place les moyens nécessaires.
     Saura- t -elle et voudra -t -elle la saisir ?

Yves Gautier

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(1) Léon Bronstein dit Trotski ( 1879 - 1940 )
Fils d'agriculteurs israélites, il commença des études d'ingénieur mais y renonça dès 1897 pour militer pour la révolution, ce qui lui valu la prison et la déportation en Sibérie. Il s'en évada en 1902 pour rejoindre Lénine à Genève. Il revint clandestinement en Russie en 1905 et devint chef du 1° Soviet avant que celui-ci ne soit découvert et démantelé, lui même étant de nouveau condamné en 1906 à la déportation perpétuelle. Evadé au cours du voyage, il rejoignit l'Angleterre pour assister au 5° congrès du POSDR qui s'acheva par l'élection de Lénine. Sa rivalité avec celui-ci éclata à l'occasion de la création du journal La Pravda et ne devait jamais cesser. Passé en Autriche, il suivit les guerres balkaniques de 1912/13 comme correspondant d'un journal de l'émigration. C'est là que le futur fondateur de l'Armée Rouge s'initia aux opérations militaires. En 1914, il reprit sa tâche de correspondant de guerre sur le front français avant d'être expulsé vers l'Espagne puis vers les USA d'où il revint en 1917. Il fut mis en prison par Kerensky mais bientôt libéré, élu à la présidence du Soviet de St Petersbourg et, à ce titre, acteur principal du coup d'état d'Octobre. Nommé Commissaire du Peuple aux affaires étrangères, il allait avoir à négocier avec l'Allemagne le traité de Brest-Litovsk avant de devenir commissaire à la guerre. Plus souple et moins dogmatique que Lénine mais jouissant d'un prestige considérable, il inquiéta Staline qui, en 1925, le fit relever de son poste à la tête de l'Armée Rouge puis le fit radier du Parti en 1927 pour déviation petit-bourgeoise. Proscrit, puis contraint à l'exil, en France, puis au Mexique, il y fut assassiné par le NKVD en 1940. De nombreux révolutionnaires se réclament encore de lui.
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Lettre de France-Valeurs bimestrielle ISSN 1260 643 X
directeur de la publication:Jean Delaunay

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