Lettre de mai 2004


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Lettre aux adhérents


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Editorial

Parler de la corruption… pour contribuer à réhabiliter la notion d'Honneur...

Nous considérons certaines Valeurs humaines comme essentielles car permettant aux personnes et aux sociétés qui les respectent de "tenir debout". Parmi elles, il y a l'Honneur. Selon le Littré : "C'est le sentiment qui fait que l'on veut conserver l'estime de soi-même et des autres ".
     C'est à ce titre que nous lui avons réservé un chapitre dans notre Argumentaire : "Des munitions pour le combat des idées". (Ce texte peut être consulté sur notre site internet : www.francevaleurs.org ).
     A la relecture, ce chapitre, écrit il y a 5 ans, nous paraît à approfondir et à actualiser pour essayer de mieux mettre en lumière certaines de ses dimensions modernes.

     Pour certains de nos contemporains, la notion d'Honneur semble en effet dater, avec sa connotation aristocratique et ses relents "XVIIeme siècle". L'actualité nous montre cependant, "par défaut", que l'Honneur reste un des piliers de notre existence individuelle et collective et qu'il est, plus que jamais, urgent de le faire revivre en nous.

Il ne s'agit plus de savoir si, au nom d'un prétendu honneur, le commandant d'un navire naufragé doit se laisser couler avec son bâtiment. Encore moins, de justifier ou de condamner le duel, ni de revenir sur les atroces déchirements vécus par ma génération, au nom de l'Honneur, en 1940 comme en 1962 …

     En revanche, aujourd'hui où tant de repères sont occultés, il nous faut replacer sous le signe de l'HONNEUR et exalter en conséquence:
- la fidélité à l'engagement et à la parole donnée,
- et la réaction face au mensonge et à la tricherie sous toutes ses formes.

     La corruption, active et passive, est une des formes actuelles de la tricherie.
Elle est apparemment très répandue.

     C'est pourquoi nous lui consacrons un dossier de 4 pages, ce qui nous permettra de déblayer une partie du terrain, et nous en tirons une double page de conclusions positives selon l'esprit de France-Valeurs.

     Les réactions de nos amis à ces réflexions sont instamment demandées

Jean Delaunay
***
Rubrique : " Ce qui va bien ! "

Rappel. Compte tenu de l'ambiance générale de sinistrose dans laquelle nous baignons, nous jugeons utile d'introduire dans nos Lettres une rubrique : " Ce qui va bien ! ". Nous comptons sur vous pour contribuer à l'alimenter.

***

J'entendais ce matin à la radio l'appel d'Emmanuel de la Taille, ex-vedette de la TV, devenu quelque peu moraliste. Il suggérait pour contribuer à rétablir la paix sociale en France qu'on commence par remettre en honneur ces mots de tous les jours qui rendent la vie plus agréable : "Bonjour", "Pardon", "S'il vous plait", "Merci" et " Au revoir"… Le tout accompagné d'un regard bienveillant et, pourquoi pas, d'un sourire…
     Voilà des Valeurs sûres à transmettre à nos enfants et surtout à nos petits enfants à qui ces mots et ces attitudes ne sont pas toujours familiers !

J D
***
A propos du Mariage…

Le magazine Figaro-Madame, paru le dimanche des Rameaux, a publié un interview de Tony Anatrella, prêtre, médecin, psychanalyste, sur son nouveau livre, (n.1) interview titré : "LE MARIAGE, UN VISA POUR LE BONHEUR". Nous en extrayons le passage suivant :

G. S. - Autre idée fausse: vivre avec quelqu'un permettrait de s'engager en connaissance de cause ?
T. A. - Pour vivre à deux, il faut d'abord être capable d'être soi, d'échapper à une dépendance stérilisante pour cultiver I'interdépendance qui, elle, est bénéfique. On constate d'ailleurs que ce sont ceux qui cohabitent avant de se marier qui divorcent le plus rapidement. Tout simplement parce qu'ils n'ont plus la même liberté de dire oui ou non. Je vois trop de jeunes qui, à la veille de se marier, hésitent tout à coup à franchir le pas...

G. S. - La peur de l'échec ?
T. A. - Comment en serait-il autrement pour ces jeunes qui ont été témoins des ravages provoqués par le divorce parmi leurs parents, leurs amis ? S'ajoute à cela la peur de se tromper sur la personne de l'autre, c'est particulièrement vrai des garçons qui s'imaginent, surtout s'ils ont eu une relation forte à leur mère, que toutes les femmes leur appartiennent. Qu'il existe peut-être ailleurs une femme encore plus belle, plus intelligente, plus gentille, cette image de femme idéale irréelle - venant démonétiser les charmes de leur compagne actuelle. Et puis, l'allongement de la vie aidant, il y a, chez tous, la peur du temps qui passe alors que, dans les couples qui fonctionnent bien, le temps n'est pas facteur d'usure, d'ennui, mais d'enrichissement, il n'est que de voir l'amour qui lie certains vieux couples.

G. S. - Bref, rien ne vaut le mariage !
T. A. - On pleure sur le délitement du lien social et on voudrait le recréer avec des événements sportifs, des concerts rock, voire des grandes kermesses caritatives, mais si le lien social passe par diverses formes d'engagement, il s'établit surtout par le couple et la famille. Et donc par le mariage qui apporte tout à la fois une stabilité relationnelle bénéfique aux personnes et utile à la société, qui fournit le cadre psychologique, affectif et juridique permettant l'accueil de l'enfant dans les meilleures conditions et son bon développement; puisque, enfin, il assure la transmission culturelle, éducative, la transmission des savoirs et des patrimoines.

G. S. - Et cela, il est seul à le faire ?
T. A. - Mais oui, lui seul donne une dimension sociale à la vie affective. En rendant visible l'union d'un homme et d'une femme, il symbolise par excellence le sens de l'engagement et de l'altérité dont une société ne peut faire l'économie. Or, dans le même temps où l'on proclame le mariage "cellule de base de la société" on fait tout pour le fragiliser. Le législateur lui?même brouille les cartes. Il crée d'autres types de contrats, tel le PACS, qui peut être passé entre personnes du même sexe, en les assortissant de certains avantages propres jusque là au mariage, même s'ils n'offrent pas le même bénéfice à la société. Il modifie les règles d'attribution du nom de famille, permet la transmission du nom maternel sous prétexte de respecter l'égalité des sexes, avec le risque d'entretenir une confusion supplémentaire à l'heure où l'image du père est éclipsée dans la société...

G. S. - Voici longtemps que vous annoncez l'instauration d'une société matriarcale !
T. A. - C'est plus vrai que jamais dans une société qui se féminise et ou les enfants, rencontrant peu d'hommes, ne sont pas toujours nourris par de la symbolique paternelle. Nous sommes dans le maternage des citoyens qui se vivent comme des victimes de la vie. On ne trouve pas mieux, pour revaloriser le père, que de le faire passer pour une seconde mère, on l'invite à manifester ses émotions, à participer à l'accouchement, on lui octroie un congé de paternité à la naissance de l'enfant. On dénie au père ses compétences spécifiques - lui est davantage dans le "faire avec" ses enfants.

G. S. - Vous semblez plus que réticent sur la nouvelle réforme du divorce ?
T. A. - C'est encore un coup porté au mariage, puisque tout est fait pour faciliter sa dissolution. Il régresse de son statut d'institution a celui de simple contrat. Il n'est plus besoin que d'un passage devant le juge pour divorcer par consentement mutuel. On invente ce concept barbare de divorce pour altération définitive du lien conjugal : désormais, il sera impossible de s'opposer au divorce.

G. S. - Il existait déjà un divorce pour rupture de vie commune
T. A. - Au bout de six ans, alors que cette "altération du lien conjugal" pourra être constatée au bout de deux ans. Il a fallu vingt siècles pour que, principalement grâce à l'Église, le mariage d'amour s'impose dans le monde occidental, avec ses corollaires, I'élection libre du conjoint, la liberté du consentement, I'égalité entre l'homme et la femme, mais aussi l'abandon de la répudiation. Et voilà qu'en quelques semaines, on raye cet acquis d'un trait de plume ! Bientôt, il sera loisible de jeter l'autre sans autre forme de procès.

G. S. - On a tout de même maintenu le divorce pour faute...

T. A. - On fait tout pour le minimiser, on permet à l'époux aux torts exclusifs, duquel le divorce est prononcé, d'obtenir une prestation compensatoire, en oubliant que l'article 212 du Code civil considère la fidélité comme une obligation légale, tout comme le devoir de secours et assistance au conjoint.

G. S. - Ce que vous craignez par-dessus tout, c'est la banalisation du divorce ?
T. A. - La banalisation de l'adultère, du divorce, l'apparition de termes tordus inventés par les sociologues comme les "recompositions familiales" - quand l'enfant reste fatalement écartelé entre ses deux parents -, tout cela occulte les vrais problèmes.
- La douleur du conjoint abandonné - j'ai vu tant d'hommes et de femmes qui ne se sont jamais remis d'un divorce.
- Les séquelles psychologiques ressenties, parfois à très long terme, par les enfants de divorcés.
- Les coûts de tous ordres imputables au divorce, des coûts économiques, médicaux, sociaux.

G. S.- Il ne reste plus guère de place, dans ce tableau noir, aux "époux, heureux époux"
T. A. - Ce sont tous ces problèmes qui, faute d'être diagnostiqués et traités, rendent malheureux. Ce sont toutes ces lois sur le couple et la famille qui altèrent le lien social et dévalorisent le sens de l'engagement matrimonial au point de faire douter les jeunes et de fabriquer de nouvelles pathologies sociales. On a les yeux rivés sur les fameux 38 % de couples qui se séparent. Mais la réalité de notre société, c'est qu'il y a deux unions sur trois qui tiennent le coup. Malgré la récente concurrence du PACS, le mariage, tant civil que religieux, connaît un regain significatif. Tout cela n'est-il pas le signe que l'engagement durable a fait ses preuves? Qu'il peut même être, pour la majorité des gens, le plus sûr chemin pour accéder au bonheur ?
"Époux, heureux époux", Flammarion.
***
Vous rencontrerez la corruption !

Des chefs d'entreprise (n.2) se sont rapprochés pour armer ceux qui commencent leur vie professionnelle contre les risques de se trouver entraînés, même sans s'en rendre compte, dans les pièges de la corruption. Parce que certains en ont souffert, qu'ils ont constaté l'insuffisante diffusion de suggestions pratiques, ils ont cherché à y remédier en proposant l'élaboration progressive d'une certaine hygiène de la vie en présence de la corruption.

Dans ce but, ils ont rédigé un document de 10 pages: "Vous rencontrerez la corruption".
Il est à la disposition de nos amis, sur demande. On tente ici d'en résumer l'essentiel. Dans le même esprit, les auteurs voudraient que des "amphis corruption" figurent au programme des écoles de commerce, de cadres…

Pour eux, la corruption est de tous les temps mais a pris de nos jours une acuité accrue. C'est un problème de société avec lequel la jeune génération devra vivre. Or son niveau de préparation morale est inégal, d'inexistant à insuffisant pour susciter une résistance.

Leur objectif est de jeter les bases d'une prophylaxie personnelle face aux conséquences individuelles de la corruption, même si celle-ci a des conséquences sociales:
- dégradation de l'individu, liée à l'accomplissement d'un acte amoral mais, plus encore, au degré d'acquiescement intime donné à cet acte face à des pressions et/ou menaces;
- assujettissement de l'individu aux exigences successives éventuelles des corrupteurs;
- risque d'encourir des sanctions de tous ordres.

Esprit général de leur approche

De même que pour justifier une guerre, il faut non seulement une juste cause mais aussi que la lutte ne provoque pas plus de maux qu'elle ne cherche à en éviter (principe du moindre mal), de même, un patron peut être amené à consentir une pratique a minima de la corruption dans la mesure où la survie de l'entreprise et des emplois sont en jeu.
    Il ne s'agit pas de susciter des kamikazes contre la corruption mais d'éviter que nos successeurs ne s'y trouvent entraînés par ignorance.
    A ce stade de la réflexion, il leur semble imprudent de formuler des conseils, voire même des suggestions ; ils préfèrent sensibiliser les jeunes en leur disant :
    La Corruption cherchera à vous appâter, à vous compromettre en vue de récolter un résultat.

Quelques exemples concrets de corruption active ou passive

- Le responsable de l'approvisionnement d'une collectivité va faire son marché tous les jours. Il charge ses cageots de fruits et légumes. Le fournisseur lui remet en échange un bon de livraison ou une facture destinés au service comptabilité… avec un billet de X € pour lui…
Le marchand pratique la corruption active pour fidéliser le client. Celui-ci est complice passif.
- Le chef de rayon de grande surface s'adresse au représentant d'un candidat fournisseur: "Ma voiture est sur le parking. Mon coffre est ouvert…" (sous entendu : "Vous pouvez le remplir !")
- Votre réparateur propose d'être réglé en liquide, en court-circuitant le fisc et son employeur…
- Le douanier accepte de ne rien voir dans votre valise moyennant X dollars...
- Pour obtenir une adjudication importante, un industriel est amené, à contre cœur, à arroser telle municipalité, tel Parti ou tel individu... Par extension abusive, un autre patron fonde toute sa politique commerciale sur le pot-de-vin, baptisé commission au-delà d'une certaine somme…
- Tel pourcentage d'un crédit d'Etat en faveur d'un pays du Tiers Monde revient en France dans une valise en faveur d'un Parti, d'une organisation ou d'un individu…
- A quelque niveau que ce soit de sa chaîne hiérarchique, quelqu'un est surpris, un jour, de se voir offrir un voyage, un cadeau, quelque chose d'inhabituel. Plus tard, il sera étonné de devoir renvoyer l'ascenseur. A son insu, il est devenu complice d'un délit dont il ignorait jusqu'à l'existence.
- On peut citer aussi, en vrac, comme agents de corruption, les passeurs de drogue ou d'argent à blanchir et les innombrables fourmis du trafic, les rédacteurs de procès-verbaux ou de rapports tendancieux, d'articles de presse mensongers ou diffamatoires pour satisfaire les désirs de l'éditeur, des lecteurs, des publicitaires… ceux qui grossissent les relevés d'inventaire, flattent les résultats d'un audit, d'un test, d'un sondage...

***

Masquée ou à visage découvert, la corruption est aujourd'hui si répandue qu'une part du PIB mondial est contaminée par elle et/ou les mafias. Combien ? Difficile à dire car l'essentiel est occulte. Une personne sur 10 y succombe ? ou 1 sur 100 ? Mais la corruption viendra à vous d'une manière ou de l'autre car elle a besoin de complicités.

Faudrait-il donc n'œuvrer que dans des espaces protégés ?
Ou se préparer - sans dramatiser mais sans illusion - et s'équiper pour vivre au milieu de cette gangrène sans se laisser gagner par elle, avec la volonté qu'un jour elle soit jugulée ?
     Un seul objectif: éviter de vous retrouver pris dans cet engrenage dont les conséquences peuvent être lourdes et durables, pour vos proches comme pour vous.
     Le chantage et les menaces ne sont pas que pour les autres. La justice peut vous rattraper: qui peut dire comment le juge qualifiera un simple échange de phrases ambiguës ? Elle dispose d'outils nouveaux; les corrupteurs aussi. Pas vous...
     Et d'abord, corruption reste synonyme de dégradation, de pourrissement intérieur !

1 - aspects économiques

Étendue

     - 80 % des mouvements internationaux de fonds transitent par au moins un paradis fiscal. En Autriche, on compte 30 millions de comptes bancaires pour 8 millions d'habitants. En Chine, 20% des recettes de l'État seraient détournés…
     C'est cet aspect gangreneux de la corruption qui est préoccupant, parce qu'elle se rapproche de tant d'entreprises et de personnes que beaucoup la considèrent aujourd'hui comme inévitable, voire normale. Or chaque année, des milliers de néophytes entrent en activité sans être préparés à cette rencontre.
- Dans nombre de pays, la corruption est de pratique coutumière (la France est considérée comme l'un des pays les plus touchés d'Europe, selon Transparency International …)
- Diverses professions et secteurs d'activité sont souvent cités comme très exposés: acheteurs, grande distribution, vendeurs, BTP, fournisseurs des collectivités locales; commerce; publicité, contrats de formation et d'études, communication, fonctions financières, postes soumis aux aléas de mandats électifs, offices publics...
Pourquoi cette augmentation?
- Développement des échanges, mondialisation, concurrence accrue, décentralisation, alisation, balkanisation du monde, paradis fiscaux, écroulement ou émergence de régimes totalitaires, - Excès mêmes de formes dévoyées du libéralisme, nécessité de blanchiment de l'argent sale. Et encore, âpreté et coût des luttes idéologiques, politiques, électorales…
- Instantanéité des transmissions, complexité accrue de beaucoup d'opérations qui rend les contrôles difficiles. Croissance des trafics de stupéfiants, de femmes, d'armes…
- Recul des Valeurs traditionnelles.

Effets
- En faussant les règles de la concurrence, la corruption incite à la recherche de gains faciles au détriment du progrès scientifique, technique, économique, qualitatif, humain. Elle compromet donc les avantages que l'on attend d'une économie de marché.
- En créant des rentes non justifiées (alors que l'extrême pauvreté est visible de tous), en spoliant un individu ou la collectivité tout entière, elle se substitue à l'état de droit et le déconsidère. Elle sape la confiance nécessaire à l'équilibre social et au développement.
Ces effets pervers ont provoqué l'amorce d'une réaction. L'opinion publique est sensibilisée par les affaires. Aux niveaux national et international, les instances politiques -elles-mêmes affectées - ont engagé certains efforts de prévention et de répression. Quel effet ?

2 - Les principes

Il a fallu des millénaires pour qu'au sein des collectivités embryonnaires, l'honnêteté devienne officiellement la norme. La loi de la jungle n'est plus la loi tout court; c'est déjà un progrès. Certes, elle subsiste selon l'endroit et l'époque mais doit de plus en plus se camoufler pour échapper à une réglementation qui fournit de plus en plus de repères.
La suite, comme l'a écrit le Juge Eva Joly, c'est notre affaire à tous car, quand il rencontre la corruption, chacun, se référant à son éthique et à la loi, est placé devant une alternative:

- consentir. Se laisser entraîner, par des dons ou des promesses, à agir contre son devoir. Le profit en est clair: avantages matériels, influence, pouvoir, etc.
A son débit: risques de chantage; représailles, risques judiciaires, effet casserole !
    La personnalité elle-même peut se trouver durablement marquée. En effet consciemment ou non, s'opère un travail intime d'auto-justification.: "Je n'ai pas pu l'éviter: je ne suis donc pas coupable". A un certain stade, cela peut biaiser la relation avec la vérité ("Je ne suis pas coupable et cela a marché: en somme, c'est plutôt bon"). Et le regard sur les autres : "Eux n'ont pas osé ! Ce sont des imbéciles sans envergure. "...
    Ce gauchissement du jugement, c'est une boussole faussée…
A l'inverse, d'autres garderont longtemps un complexe de culpabilité, de chien battu.

- refuser. Cela veut dire: soit se tenir à l'écart des zones à risque, les plus exposées à la corruption; soit les quitter si l'on se heurte à celles-ci ( même si l'on sait qu'après vous, "un autre le fera"...). Soit enfin assumer le risque de sacrifices éventuels ( recherche d'un autre emploi? carrière bridée ? licenciement ? ) si contraires à l'esprit de l'époque.

Entre le refus et l'acceptation ... mille attitudes possibles:
- acquiescement minimum pour préserver la vie de tiers et la sienne ou sauver des emplois ? (exigences de subsistance et d'éducation des enfants et désir d'augmenter son niveau de vie ?)
- acquiescement total et participation active pour son profit personnel ? ou celui d'un tiers ?
    Dans chaque cas, devant un choix dramatique, chacun est seul face à sa conscience.

    Cela dit, certains renoncent à une carrière brillante, voyant en celle-ci une forme d'aliénation sinon d'idolâtrie, et optent pour une vie personnelle, familiale, etc., plus accomplie dans d'autres dimensions..

3 - Aspects judiciaires

La loi détaille ce qui est autorisé, obligatoire, condamnable dans de nombreux domaines: droit pénal, code du travail, responsabilité civile, voire droit criminel lorsqu'il y a complicité ou recel d'activités classées comme telles. Toute pratique douteuse est a priori sanctionnée par la loi. Ce guide écrit est une référence à consulter. Les sanctions prévues vont jusqu'à des années de liberté et des années de salaire, des interdictions diverses de droits et d'exercice ( sans parler des effets sur la réputation et le CV). Au civil et au criminel, les sanctions peuvent aller au-delà lorsque des fonctionnaires sont impliqués.
    Des efforts de réglementation et de coordination internationales sont engagés. Résultat ?

    L'aggravation de la corruption a provoqué une réaction ferme de la justice qui a recours bien plus qu'avant aux notions de complicité et/ou de recel d'abus de bien sociaux, de pactes de corruption; de non-déclaration des mouvements suspects de capitaux, détention provisoire, médiatisation des affaires, etc. Et certains juges font preuve d'une grande détermination !
    A l'inverse, la corruption tire parti de l'instantanéité des transactions, de l'empilage des sociétés et des paradis fiscaux, de la balkanisation des compétences judiciaires dans un univers mondialisé, des lenteurs de la justice et de tout vice de procédure.
    En cas de danger, elle peut dégénérer en escalade de type mafieux: pressions, menaces, chantage. Parfois meurtres ? (Quid des affaires Lucet, Boulin, Grossouvre etc.?).
    Même un néophyte peut être un fusible commode !

La justice et vous?
1) Certes vous disposez de conseils juridiques et d'avocats. Mais vos adversaires ont les moyens de s'offrir des hommes de loi autrement plus experts, retors, influents, coûteux.
2) Êtes-vous sûr d'être couvert par votre hiérarchie si les choses se gâtent ?
3) La loi impose aux témoins la dénonciation des infractions, sous peine d'être taxés de complicité/recel mais le dénonciateur novice assume des risques redoutables: difficulté de la preuve, relative incertitude sur l'appréciation qu'en fera le juge, risques des représailles évoquées ci-dessus (et aussi: procès en diffamation, attaques plus ou moins vicieuses pour le discréditer…)
    Et qui pourrait garantir que la qualification des faits est totalement prévisible ? Que la jurisprudence n'est jamais flottante ? Que des preuves ne s'égarent pas ? Que l'impartialité, l'indépendance, les appartenances des juges ou des procureurs sont sans faille ?

4 - Les mécanismes de la corruption.
Comment vous protéger vous-même?


La première approche sera peut-être un simple sondage de votre réceptivité.
Discrète : Exemple: un objet, un joli stylo "oublié" sur votre bureau par un visiteur, un collègue. Et l'on voit si vous le rendez ou si vous "oubliez" de le faire. Comme on peut jauger vos réactions à des propos équivoques.
Directe ? exemple: on vous propose une enveloppe ou une compagnie agréable, lors d'un voyage d'affaire...
    Et mille nuances intermédiaires et insidieuses. Depuis l'offre d'un petit service ou un billet oublié entre les pages d'un livre emprunté. Jusqu'à l'introduction très naturelle et innocente par un ami dans un milieu différent, sans contrepartie particulière (peut-être un investissement pour une complicité plus durable ou plus ample…).

Ce que nous examinons ici, ce n'est pas le caractère moral du geste ( s'il est immoral, vous voilà déjà prévenu ), c'est la mise en place d'un engrenage. Certains gestes qui n'étaient que conviviaux, il y a vingt ans, sont aujourd'hui ambigus. Les accepter peut être dangereux.

Si vous avez perçu quoi que ce soit d'un peu inhabituel, vous voilà alerté et pas encore compromis. Et tout ce qui incite à des actes, des mots qui ne vont pas dans le sens de l'intérêt collectif, dans le respect des droits de chacun: actionnaire, client, employé, public etc. suggère la vigilance. Vous pouvez éviter le piège à moindre frais. Cela dépend de vous !
    De vous seul, car le germe de la tentation se trouve en nous-même. Rien de plus légitime que le désir de progresser, de s'accomplir : bien-être, reconnaissance, aisance financière, etc. Et c'est cela (et les dévoiements possibles: pouvoir, vengeance, sexe, etc.) qu'exploite le corrupteur. Être conscient de ce mécanisme, identifier l'appétit visé en vous, facilitera votre discernement.

La corruption fera difficilement son chemin si votre cœur et votre cerveau sont déjà structurés en Valeurs et en projets.
    A ce stade, faire savoir clairement, à propos ou hors de propos, que vous êtes allergique à la corruption, et agir de façon non équivoque peut être suffisant et utile.
    C'est aussi l'occasion de penser au style de vie que l'on choisit. Et de réfléchir à ce que l'on ferait si les choses se précisaient et se précipitaient…

Il faut aussi dénoncer ce que vous avez identifié mais regarder où l'on met les pieds…

***

Un antidote à la corruption : la culture de l'Honneur, une Valeur pour demain

Le dossier qui précède représente le point de vue de patrons qui veulent mettre les jeunes professionnels en garde contre les dangers de la corruption active et passive.

Nous voudrions en tirer parti pour actualiser la notion d'Honneur, une notion quelque peu perdue de vue, semble-t-il. Un élève de 1ére dit, à l'occasion d'un sondage : "L'honneur ne joue plus un grand rôle dans notre société. Chacun a plutôt un autre souci en tête: la vie est plus importante que l'honneur "... Une vision très peu Cornélienne !
    Rappelons que, dans ce sondage, les situations susceptibles de provoquer la honte sont: trahir sa famille 42%, ses idées 20%, ses amis 17%, sa Patrie & sa parole donnée 10%. Le mensonge et la tricherie viennent derrière: être pris en train de mentir 34%, ne pas payer ses dettes 30%, mentir 28%, se faire accuser d'avoir triché 25%, tricher 24%, voyager sans billet 20%, être mal habillé 16%, être mauvais élève 10 %, avoir un père au chômage 2 %…
    Pour ces jeunes lycéens, le fait d'être surpris en train de tricher ou d'en être accusés est plus grave que la tricherie elle-même: c'est la honte personnelle qu'ils redoutent ; l'honneur s'est affadi en crainte du "Qu'en dira t-on ?"

    Cette réaction est caractéristique de la crise des Valeurs qui atteint toute notre société. Il y a évidemment un abîme culturel entre les générations pétries de Corneille et celles qui ne regardent que la TV. C'est cependant la vocation de France-Valeurs de répéter à tous les échos que le sentiment de l'honneur repose, aujourd'hui encore, sur 2 piliers:
- L'attachement à la parole donnée et à l'engagement. Nous en parlerons dans la prochaine Lettre.
- La réaction au mensonge et à la malhonnêteté. Disons-en un mot ici.

***

    Un des aspects élémentaires de l'Honneur, c'est l'honnêteté. Les anciens instituteurs ne s'y trompaient pas qui exaltaient le respect du bien d'autrui et faisaient copier chaque année la sentence : "Qui vole un œuf vole un bœuf." Il existait bien entendu des voleurs et des escrocs mais l'on dispensait partout la culture de l'honnêteté, au point qu'un commerçant malchanceux refusait d'être mis en faillite et tenait à dédommager ses créanciers sur ses biens. C'était le signe d'une conception de la vie qui "tirait les hommes vers le Haut"
    Aujourd'hui, par opposition, les affaires en tous genres assombrissent notre vie nationale et démontrent l'affaiblissement du sens de l'honneur - voire de la simple honnêteté - chez beaucoup de nos responsables politiques et économiques et chez les particuliers.

    A l'école, on signale la "fauche" des stylobilles et des blousons dès les petites classes et, chez les grands, la floraison des antisèches lors des contrôles. La SNCF et le Métro perdent des millions chaque année avec les voyageurs qui voyagent sans billet…
    La tricherie sévit un peu partout ( y compris sous la forme du dopage sportif ).

La guérison de la crise morale qui secoue notre pays implique que, parmi d'autres, cette valeur de vie soit réensemencée, notamment dans la jeunesse.

POUR UNE EDUCATION A L'HONNEUR

C'est pourquoi, je m'adresse ici surtout aux parents, grands-parents et éducateurs.
    Nous pouvons travailler à "tirer nos jeunes vers le haut" en les aidant à découvrir et à affiner leur sens de l'honneur, inséparable d'ailleurs de nos autres valeurs de prédilection: courage, sens de la responsabilité, générosité.
    Sachons nous persuader que L'EDUCATION AU SENS DE L'HONNEUR FAIT PARTIE DE L'EDUCATION de nos enfants. Or, l'éducation, c'est d'abord une affaire d'exemple, d'où l'importance pour les jeunes d'aujourd'hui d'évoluer dans un milieu porteur.
    Nous voir nous comporter, nous leurs éducateurs, en hommes et femmes d'honneur, c'est essentiel pour eux. La famille est la première école d'apprentissage des Valeurs.

    Encourageons-nous mutuellement à faire découvrir à nos enfants ce que c'est que l'honneur, à travers la vie quotidienne concrète, et en commençant par l'honnêteté.

    Donnons-leur l'exemple à cet égard à travers nos comportements visibles vis à vis du fisc, de la Sécu, des commerçants et des voisins…

    Réagissons quand nous les voyons revenir à la maison avec un jouet, un article scolaire ou un blouson qui n'est pas à eux…Quand ils se vantent devant nous de ne pas prendre de billets pour voyager…

    Ce qui implique que nous leur donnions l'argent nécessaire pour le payer... A moins que nous les incitions, quand ils ont l'âge requis, à travailler ( honnêtement ) pour financer leurs loisirs, ce qui peut être de l'excellente éducation en leur montrant qu'on doit travailler pour vivre et respecter l'argent en conséquence sans en être esclave …

    Expliquons-leur que la tricherie scolaire, si répandue, est une préparation néfaste pour la vie civique. Montrons-leur qu'il suffit dans une classe d'un petit groupe déterminé pour faire cesser ces pratiques. Aidons-les à lutter contre le mensonge sous toutes ses formes.

    Osons aborder avec les plus grands d'entre eux le douloureux problème de la corruption et incitons-les à acquérir autant le réflexe de rejet du bakchich … que le rejet de l'alcool et du joint lors des soirées de jeunes.

    Mais tout cela est inséparable d'une éducation morale générale qui leur apprenne d'abord à distinguer le bien du mal, le vrai du faux, le beau du laid. En tant que très ancien Visiteur de prison, j'atteste que ce n'est pas superflu, s'agissant notamment des jeunes générations.

    Conseillons-leur encore de faire du sport, sport d'équipe notamment, en leur montrant que l'apprentissage du respect de la règle du jeu et des décisions d'arbitrage est important dans leur formation globale, autant que l'assouplissement et l'endurcissement du corps...

    Rappelons-leur que les mouvements de jeunesse offrent un important complément éducatif et que la loi scoute est un véritable code d'honneur à leur usage.

    Alors qu'ils passent plusieurs heures chaque jour devant le petit écran, amenons les à exercer leur esprit critique vis à vis de la télévision et cherchons à parler avec eux de l'aspect moral des émissions qu'ils regardent. Travaillons en même temps en direction de la TV (1) pour qu'elle mesure ses responsabilités éducatives. Réclamons en particulier qu'elle montre, en plus des idoles classiques, vedettes du sport ou de la chanson, des modèles qui soient aussi des exemples sympathiques...
Par-dessus tout, persuadons-nous que l'éducation aux Valeurs morales est aussi importante que la réussite scolaire. Agissons auprès d'eux en conséquence et notamment par l'exemple.

***
( 1 ) A propos de TV, la Fédération Familles-Médias recherche des bénévoles susceptibles de se porter au moins 1 fois par semaine sur un nouveau Site Internet d'analyse de films et de programmes TV pour proposer les améliorations souhaitables.
Adresser vos noms et adresses à Familles-Médias 4 rue de L'Annonciation BP 105-16 75763 Paris Cedex 16.
Courriel :
f.famillesmedias@free.fr
Le Site à tester est www.cineregard.com


Parmi eux, M D. Dommel a fondé l'association Transparence-Internationale et écrit un livre "Face à la Corruption" Editions Karthala Nov. 2003

Site Internet : "Vous rencontrerez la corruption".

Lettre de France-Valeurs bimestrielle ISSN 1260 643 X
directeur de la publication:Jean Delaunay

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