Lettre de novembre 2003


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Lettre aux adhérents


Après la parution de notre Lettre de Juillet 03, un de nos amis nous a écrit:
" Je vous félicite pour la qualité de votre dossier sur le travail. Je regrette seulement que vous n'y ayez pas fait assez allusion au travail féminin. Il mérite cependant d'être mis en lumière, en raison d'abord de l'importance sociale et éducative du travail des mères de famille à la maison, ensuite, de la double tâche qui incombe désormais à la plupart des femmes, chez elles et au bureau, à l'usine, aux champs ou ailleurs…"

Nous sommes sensibles à cet amical reproche et nous consacrerons un prochain dossier à cette question en l'élargissant. Pour le préparer, nous sollicitons le témoignage de femmes d'âge et de formation divers. Nous leur demandons de nous dire en quelques lignes comment elles vivent, soit leur travail de mère au foyer, sans doute engagée aussi dans la cité, soit leur double existence familiale et professionnelle.

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Pour initier la réflexion de tous sur le thème plus général de la femme dans la société, vous trouverez ci-joints deux documents.

Le premier regroupe quelques prises de position personnelles sur la femme, vue en tant que personne, en tant que mère et que citoyenne.
     Elles sont inspirées par l'actualité et visent surtout à faire réagir nos lecteurs dans l'optique de notre futur dossier spécial.

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Le second annonce un livre pour lequel je recherche des matériaux. Il s'intitulera: " Femme de soldats d'hier et d'aujourd'hui. Les "mères courage": "

Je souligne dans cette présentation que les épouses de soldats méritent bien qu'on leur rende hommage, elles dont, depuis des générations, la devise pourrait être:

" Ils s'en vont… Nous assumons ! … "

Je précise cependant que les épouses de militaires n'ont pas le monopole ni de cette situation ni du courage. Il existe d'ailleurs bien des formes de courage. ( Voir à ce sujet le chapitre "Courage" de l'Argumentaire de France- Valeurs "Des munitions pour le combat des idées" , disponible au secrétariat ou à consulter sur notre Site Internet. )

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D'avance merci à celles et ceux qui accepteront de nous donner leur avis ou leur témoignage sur ces deux sujets.

Jean Delaunay
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Assemblée Générale de France-Valeurs 2004

L'Assemblée Générale aura lieu le 12 Janvier 2004 à 15h00 au siège de l'association 3 rue Bernard de Ventadour 75014 Paris 1° étage (81 rue Pernéty) Métro Pernety

Ordre du jour · Présentation et approbation des comptes de l'exercice 2 003
· Rapport Moral du Président
· Renouvellement du Bureau
· Information sur notre Site Internet, débats et questions diverses.
Une fiche de réponse concernant cette AG figure en annexe . Elle est à renvoyer au secrétariat.

Pétition sur la reconnaissance des origines Chrétiennes de l'Europe

A la suite de notre article sur les origines Chrétiennes de l'Europe, publié dans la Lettre de Juillet 03, plusieurs personnes nous ont demandé comment nous pourrions faire connaître aux pouvoirs publics notre point de vue sur cette question.
     Nous leur suggérons de prendre connaissance de la pétition que nos amis de la Fondation de Service Politique viennent précisément de lancer sur ce sujet. Elle figure en annexe. Les intéressés peuvent la signer et la renvoyer directement à la Fondation.

Cette Fondation, d'inspiration Chrétienne, édite depuis 1997 une publication trimestrielle, Liberté Politique, qui s'est hissée parmi les plus prestigieuses revues d'idées françaises et européennes

Fondation de Service Politique 83 rue Saint Dominique 75007 Paris.
Site Internet : www.libertepolitique.com.

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Rubrique : " Ce qui va bien ! "

Rappel. Compte tenu de l'ambiance générale de sinistrose dans laquelle nous baignons, nous jugeons utile d'introduire dans nos Lettres une rubrique nouvelle : "Ce qui va bien !". Nous comptons sur vous pour contribuer à l'alimenter.

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A propos de la dignité des femmes

Un de nos amis, qui a réussi de façon exemplaire dans sa profession et accédé à d'importantes responsabilités, a choisi de consacrer une partie de son activité de retraite à la défense de la dignité de certaines femmes très malheureuses. Je lui ai demandé de nous en dire un peu plus.

" Le diocèse de Versailles m'a demandé à l'été 2002 d'organiser quelque chose pour venir en aide aux personnes prostituées dont le nombre s'accroît dans les Yvelines. J'ai donc rejoint le "Mouvement du Nid" à Paris. Depuis, j'en suis devenu l'un des responsables.

Créé il y a plus de 60 ans, "le Nid" se donne 2 missions:
- l'une caritative : c'est la rencontre des personnes prostituées d'abord sur leur lieu d'activité, puis à la permanence, et l'aide à l'insertion de celles qui décident d'arrêter ;
- l'autre préventive, qui prend diverses formes : présence dans les médias, conférences, relations avec les pouvoirs publics et les élus.

Depuis le début de l'année, renforcés par une douzaine de bénévoles recrutés dans les Yvelines par conférences ou par relations, nous avons aidé 50 jeunes femmes originaires des pays de l'Est à chercher du travail, à quitter le trottoir et à retrouver une vie normale.

Nous avons débuté les rencontres en Forêt de St Germain début septembre, et nous sommes en contact hebdomadaire avec une trentaine de personnes originaires d'Amérique latine. Une douzaine d'entre elles fréquentent déjà notre permanence et viennent à nos cours de français. Pour elles, la régularisation administrative et la recherche de travail vont bientôt commencer.

Les pouvoirs publics, à Paris et à Versailles, sont très coopératifs. Nous avons de fait un vrai partenariat avec la Préfecture de Police et l'on peut dire qu'elle applique les textes, en particulier la "loi Sarkozy ", avec intelligence et humanité et que son action est déterminante dans les résultats obtenus pour la réinsertion."

Henri Marescaux

Délégation de Paris du Mouvement du Nid : 65 boulevard de Clichy 75009 Paris
Antenne des Yvelines : Centre Ozanam 24 rue Joffre 78000 Versailles Tél. 01 30 97 67 57

     Nous recrutons des bénévoles pour donner, à Paris, des cours de français ( besoins importants) et d'informatique, et pour accompagner les personnes en réinsertion.




Réflexions sur de nouveaux "sujets qui fâchent"
concernant surtout la place de la femme dans la société,
vue à la lumière de l'actualité

Il n'est ni dans les objectifs ni dans les possibilités de France-Valeurs de prendre parti sur des questions très complexes comme la crise de la Sécu ou la relance de l'économie…
     En revanche, dès lors que les Valeurs Humaines sont en cause et compte tenu de la réflexion que nous menons sur ces sujets depuis 17 ans, en liaison avec d'autres mouvements, nous nous estimons en droit de donner notre avis.

Or, nous avons souvent répété que la crise actuelle de notre société réside d'abord dans le désordre grandissant des idées et des mœurs. Pour la juguler, nous pensons que les remèdes les plus simples et les plus urgents à appliquer sont,
· dans l'analyse, d'accepter de regarder la vérité en face, sans le prisme déformant de l'idéologie,
· dans le traitement, de mettre au 1° rang le bon sens,
· et, dans cet esprit, de s'attaquer aux causes plutôt qu'aux conséquences.
     Le chapitre "Lettre à Agnès" de mon livre "Lettres à mes petits enfants sur des sujets qui fâchent" tente de développer cette thèse.

Dans six domaines au moins, l'actualité nous permet de l'illustrer et de l'actualiser.

1/ Place de la femme dans la société

France-Valeurs affiche, depuis sa fondation en 1986, des positions résolument féministes, en ce sens qu'elle proclame que la femme doit tenir sa vraie place dans la société - ce qui ne veut pas dire partout et toujours semblable à celle de l'homme.

Nous avons souvent écrit que :
- La famille fondée sur l'engagement définitif des époux est le pilier de la société,
- La femme est égale en dignité et en droits à l'homme. Il est donc juste qu'elle prenne toute sa place dans la vie de la Cité, à tous les échelons.
- Elle est la gardienne naturelle de la civilisation ( et ce, dans toutes les cultures ).
- Elle est l'éducatrice de l'homme ( y compris de l'homme adulte ).
     Il en résulte que sa responsabilité est encore plus grande que celle de l'homme quand se produisent des dérives
. - C'est une évidence perdue de vue qu'homme et femme sont égaux en dignité mais différents et complémentaires.

Quelques jugements à bâtons rompus:

· "L'unisexe généralisé" actuel ( dans l'habillement et dans les mœurs ) me semble contre nature et contraire à l'épanouissement harmonieux des unes et des autres.

· Je suis grand père de 11 petits enfants. De plus, je donne chaque semaine un cours à des enfants de 6°, garçons et filles. J'observe leurs réactions. J'en déduis que l'éducation mixte n'est sans doute pas bonne pour tous les enfants, notamment "pré adolescents". Les filles sont plus mûres, plus sérieuses et plus "accrocheuses" que les garçons qui ne les rattrapent que plus tard. Je crains donc que beaucoup de garçons ne fassent les frais d'un système imposé par idéologie. ( En revanche, à la maternelle et à la Faculté, la question ne se pose pas. )

· Vue par le vieux visiteur de prison que je suis, la féminisation croissante des métiers de justice est mal perçue par beaucoup de justiciables hommes.

· Je sais le dévouement et la compétence de beaucoup d'enseignantes et j'apprécie qu'elles se fassent respecter. Cependant, parmi toutes les causes de la crise de l'Education Nationale, la féminisation galopante de celle-ci a peut être des effets pervers, comme si des enfants ( notamment les plus difficiles ) percevaient que la gent masculine "abandonnait" désormais aux femmes ce secteur clé de l'activité humaine.

· De même, tout en admirant la capacité professionnelle des femmes militaires, le vieux soldat que je suis ne peut totalement se réjouir d'en voir 12 % ou plus incorporées dans l'armée de terre et plus de 200 d'entre elles embarquées à bord du "Charles de Gaulle". Du dire des cadres de contact, la vie courante des unités et des bâtiments n'en est d'ailleurs pas simplifiée, notamment lors des Opérations Extérieures dans de sévères conditions climatiques ou politiques…

2/ Violence et délinquance = défaut d'éducation = carences parentales

C'est un fait que "la femme au foyer" ( un "légume ", a dit un homme politique ) est la mal aimée de la société, surtout celle qui, s'étant mariée jeune et voulant plusieurs enfants, a choisi de ne pas travailler pour les élever le mieux possible.

Or, on constate que, dans ce genre de familles, les problèmes sociaux sont moins nombreux et moins graves qu'ailleurs. La sociologue Evelyne Sullerot répète d'ailleurs, depuis 15 ans, que "la famille est le principal amortisseur des difficultés sociales"...

Face à la montée de la violence, on multiplie, d'un côté, les crèches pour les plus jeunes, d'autre part, les places en "foyer protégé" pour les enfants et adolescents prédélinquants… et on recrute des "éducateurs de rues" qui tentent de pallier les carences parentales ...

Ne ferait-on pas mieux ( y compris sur un plan économique ) de s'attaquer aux causes plutôt qu'aux conséquences et, notamment, d'encourager les mères qui le souhaitent à élever leurs enfants et de les aider financièrement ?

Ne pourrait-on en même temps multiplier les "écoles de parents" pour aider ceux qui en ont besoin à jouer leur rôle, rôle difficile mais essentiel pour le pays.

3/ Retraites et démographie

Alors que des démographes tirent la sonnette d'alarme depuis 30 ans, l'opinion et la classe politique viennent seulement de prendre conscience que la population vieillissait. Elles se posent avec angoisse la question: " Qui payera demain nos retraites ? "

Or, on constate que presque 50 % des jeunes hommes et femmes sont célibataires, qu'ils se marient ou ont des enfants de plus en plus tard et que les concubins ont en général moins d'enfants que les couples mariés.

Dans le même temps, les familles nombreuses fondées sur le mariage sont celles qui évitent l'écroulement total de la démographie française.

Or, du dire des associations qui les représentent, ce sont précisément celles là qui sont le moins aidées sur le plan fiscal et sur celui des aides pécuniaires.

Devant la difficulté de résoudre à terme le problème des retraites, ne devrait-on pas encourager la natalité et notamment aider davantage les familles nombreuses ? "

4/ Publicité et dignité de la femme

Nos murs ont été couverts pendant des semaines d'une publicité racoleuse pour des ( mini ) sous vêtements féminins. Devant les protestations émanant de plusieurs mouvements, cette campagne-là semble avoir pris fin mais bien d'autres sont en cours à la TV et dans les autres médias.

N'est ce pas l'occasion pour faire entendre, sans pudibonderie excessive, un langage de bon sens .

L'opinion dénonce à bon droit le harcèlement sexuel qui menace beaucoup de femmes et de jeunes filles, les agressions odieuses et les viols ignobles dont elles sont trop souvent l'objet.

Mais la même opinion tolère, au nom de la liberté d'expression, un affichage mural racoleur, des photos et des articles de la même veine dans beaucoup de magazines et de nombreuses émissions TV, sans parler des cassettes porno qu'on peut se procurer à chaque coin de rue ou télécharger sur Internet.

Cette contradiction dans les esprits amène à un comportement social littéralement suicidaire ! Il est évident ( et les détenus que je rencontre en prison me l'ont souvent confirmé ) que ces spectacles ne peuvent que "donner des idées" aux gens faibles ou frustrés dont on s'indigne ensuite "qu'ils passent à l'acte."

5 / Foulard Islamique et pudeur féminine

De même, une partie de l'opinion dénonce à bon droit le port du foulard islamique.

En ce qui me concerne, j'ai vécu longtemps en Afrique du nord et j'ai des amis musulmans; je connais l'importance que tient, même voilée, la femme musulmane dans son foyer et le respect dont la mère est entourée. Je sais d'ailleurs, que, comme chez nous, il y a autant de cas particuliers que de ménages.

J'ai constaté aussi que, d'une façon générale, cette femme subit son sort avec résignation et que, fréquemment, ce sort n'est guère enviable, vu d'un point de vue européen, qu'il s'agisse de mariage forcé de très jeunes filles, de répudiation ou de dignité de la vie quotidienne…. ( Je rencontre des femmes musulmanes encore analphabètes après 30 ans de présence en France… )

Je déplore aussi que l'hypocrisie règne souvent, chez les musulmans comme chez les chrétiens, femmes et hommes, dès que le sexe est concerné…

Je sais enfin la volonté expansionniste d'un certain Islam. Pendant des siècles, il a converti les roumis de Numidie et des Balkans à la pointe du sabre ( Bessif ). Aujourd'hui, à la Courneuve et aux Minguettes, il utilise volontiers le voile comme arme de provocation et de combat politico-religieux.

Cela dit, le foulard des beurettes ne serait-il pas aussi une réaction salutaire à l'exhibitionnisme féminin actuel, celui des affiches et celui des nombrils !

A cet égard, ne devrait-on pas aider mieux nos afficheurs …et nos filles - à mesurer leurs responsabilités.

En ce qui concerne ces dernières, ne devrait-on pas leur réapprendre (pour commencer !) que leur pudeur est un des éléments de leur sécurité. (Encore faudrait-il aussi leur réapprendre le sens du mot pudeur !…)

6/ Féminisme et dignité humaine

Sur le plan plus élevé de la dignité humaine et des droits de l'homme, les milieux féministes s'agitent beaucoup pour dénoncer les prétendues menaces contre le droit des femmes à avorter.

Pourquoi ces milieux sont-ils souvent silencieux alors que, par photos ou émissions TV interposées, la femme-objet est considérée surtout en fonction de son anatomie.

Et que dire de leur responsabilité ( et de la nôtre ) vis à vis des traitements abjects et méconnus que certains émigrés africains font subir à leurs filles, au nom de la tradition ancestrale, ce, sur notre sol et alors qu'ils perçoivent nos allocations…

Il y a pourtant là des offenses graves à la dignité humaine.

***

En conclusion, les questions de l'image de la femme et de sa place dans la société me paraissent à placer au centre des débats actuels.

Cela dit, une déclaration publique m'a beaucoup choqué, émanant d'une personnalité politique éminente. Elle disait en substance: "Je suis là pour maintenir l'ordre, mais pas l'ordre moral…"

La morale est un art de vivre. Elle est donc génératrice d'un certain ordre.

Il résulte de tout ce qui précède, et de beaucoup d'autres observations, que le désordre actuel de la société découle dans une large mesure de l'oubli de la morale.

France-Valeurs continuera pour sa part à essayer de la réhabiliter. Sans complexes .

Jean Delaunay

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PS  Je ferai une conférence aux anciens militaires de la Drôme le 25 Novembre 20 H 30 à Valence
" Un élément essentiel de la Défense Nationale, la défense des "Valeurs" morales et spirituelles."
Contact éventuel
04 75 01 58 25

Une autre au Rotary de Château Gontier ( Mayenne ) le Février 04 sur un thème voisin

Je serai Interviewé à Radio Notre Dame ( sur 100,7 ) le 17 décembre à 14 H 30



Femmes de soldats d'hier et d'aujourd'hui
Les"Mères Courage"

Des milliers de livres concernent les soldats qui ont écrit notre Histoire. Rien de tel n'a été fait, à ma connaissance, pour mettre en lumière le rôle des femmes de soldats, bien que leur vie, souvent effacée, parfois douloureuse et même héroïque, soit toujours pleine d'amour, de courage et d'abnégation.

Ayant vu beaucoup d'entre elles à la tête de leur famille, veuves de guerre ou épouses d'un mari toujours absent, j'ai conçu pour elles une vive admiration qui m'incite à les appeler les "Mères Courage" , comme disent les Russes.

Par expérience personnelle, je veux également démentir le proverbe qu'on me répétait quand j'étais sous-lieutenant: "Un militaire qui se marie perd 50 % de sa valeur ! ".

C'est pourquoi, depuis longtemps, j'ai envie de consacrer un livre aux femmes de soldats, d'autant plus, qu'en cette époque de sinistrose et de crise morale, je crois plus que jamais nécessaire de donner des exemples aux jeunes.

Or, je viens de rencontrer Madame "Tom" Morel, la veuve du héros du Maquis des Glières. Cette rencontre a constitué comme un choc. J'ai compris qu'à travers elle, c'est toutes les femmes de soldats que j'avais à honorer.

Je tiens donc à réaliser au plus vite mon projet et j'ai choisi de le faire sous la forme d'un recueil de témoignages pour l'Histoire de femmes de soldats de diverses générations.

J'ai ainsi déjà sollicité un certain nombre d'entre elles.
     Des veuves de guerre ont accepté de témoigner de leur drame et je les remercie d'avoir bien voulu revenir sur la déchirure de leur existence et la façon dont elles ont dû faire face.

Les épouses des combattants d'Indochine et d'Algérie m'ont fourni le plus gros contingent de textes. Après les veuves de guerre, ce sont en effet celles qui me semblent avoir enduré les plus grandes et les plus longues épreuves.
     A l'époque, les séjours dépassaient 2 ans. Il n'existait ni mail, ni portable. Les soldes étaient maigres, les logements rares et les familles militaires souvent nombreuses. Le mérite des épouses de ma génération n'en a été que plus grand.

Les temps ont changé mais les femmes d'aujourd'hui continuent à avoir une vie difficile.

Les opérations extérieures se sont multipliées alors que l'armée est réduite et que, même en métropole, les nécessités du service amènent les cadres à être très souvent absents du foyer. "J'ai été seule cette année 9 mois sur 12 ! " , me dit une jeune femme de para...
     Les communications privées lointaines sont certes faciles aujourd'hui mais la diversité et la complexité des interventions en "OPEX" introduisent, je le sais, pour celles qui restent, un réel facteur d'inquiétude. Il s'ajoute à la fatigue morale née de la fréquence des départs et au cumul des séparations.

D'autant plus que la mentalité des Françaises a changé. Ce qui allait de soi en 1914, le culte du devoir et l'amour de la Patrie, a été occulté au fil des ans par le matérialisme, l'individualisme et l'hédonisme ambiants. Les femmes de soldats d'aujourd'hui n'en ont que plus de mérite à se démarquer fréquemment des autres, même si beaucoup d'entre elles ont une occupation professionnelle.

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Cela dit, je tiens à faire quatre remarques.

La première concerne l'éventail des femmes que j'ai sollicitées. Il n'est pas rigoureusement équilibré sur le plan sociologique. En effet, j'ai d'abord fait appel à des femmes que je connaissais , à l'exclusion des épouses de marins et d'aviateurs. C'est un choix arbitraire car je ne voulais pas faire un trop gros livre. Pourtant, si, dans ma génération au moins, l'armée de terre a payé un plus lourd tribut que les autres sur le plan de la souffrance physique et morale de ses cadres, je sais que les épouses des autres armées ont souffert et souffrent autant que les nôtres, et de leur séparation, et du danger qui menaçait ou menace leurs maris.
     Je sais par exemple que chaque sortie d'entraînement des pilotes de combat est un véritable défi contre la mort. J'imagine l'état d'esprit de leurs femmes et le degré d'amour et de confiance dans la vie que représente leur choix.

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Ma seconde remarque est relative à la nature des témoignages reçus.
     Je regrette un peu qu'ils soient, pour la plupart, abusivement pudiques et, par exemple, qu'ils couvrent en deux lignes les trente mois d'absence du mari.
     Trente mois pendant lesquels il a souvent fallu à la rédactrice attendre un bébé, le mettre au monde, rassurer les autres jeunes enfants et préserver l'équilibre familial, maîtriser les paresses scolaires et les crises d'adolescence des plus grands, le tout en bouclant les fins de mois, en déménageant quand c'était nécessaire, et surtout, en cachant ses angoisses personnelles et ses larmes, et en encourant l'indifférence de la plupart des citoyens, et l'hostilité déclarée de certains...

Ce sont donc des textes où il faudra savoir lire entre les lignes…

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La troisième est un démenti à l'adresse de ceux qui croiraient qu'à travers ce livre, je juge le monde militaire meilleur que la société civile et que les femmes de soldats ont le monopole du courage. ( Je sais par exemple que refuser un avortement en 2003 alors que l'échographie est suspecte représente un acte héroïque tant est grande la pression sociale !)
     Cela dit, les notions d'engagement, de fidélité, de responsabilité et de devoir font partie de l'éthique du soldat et je crois qu'elles réagissent souvent et heureusement sur les familles de militaires ( sans que celles-ci soient toujours et partout exemplaires …).
     Je suis convaincu aussi que la situation des épouses est plus éprouvante que celle des maris.
     Pour me référer à l'actualité, je compatis à la souffrance morale du soldat détaché en Afghanistan ou en Bosnie. Mais il n'a pas tellement le temps d'avoir des états d'âme: il fait son métier et il baigne dans l'ambiance militaire qui est "porteuse".
     Autrement plus difficile, me paraît la vie de sa jeune femme laissée seule pendant des mois dans un environnement défavorable, notamment quand elle n'a pas encore d'enfant …

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La quatrième concerne la toile de fond de ces témoignages. Sans vanité excessive, je considère que ce modeste ouvrage retracera en fait, indirectement, près d'un siècle de l'histoire de l'armée française et de la France, vue à travers le témoignage inédit de femmes de soldats. Je crois que cela lui donnera d'autant plus de valeur.

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Je souhaite que le lecteur conserve tout cela à l'esprit en lisant mon livre quand il sortira.
Je le dédirai respectueusement et affectueusement à celles à qui nous devons tant, nous, non seulement leurs maris et leurs familles, mais aussi le pays tout entier.
     Celles d'hier ont bien mérité de la Patrie et celles d'aujourd'hui continuent.

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     En attendant, je sollicite encore d'autres témoignages, émanant d'anciennes et de jeunes femmes, y compris épouses de réservistes et de sous officiers.
     Je recherche aussi quelques documents familiaux inédits comme des lettres d'épouses des guerres 14/18, 39/45 ou de la Résistance, ainsi que des dessins ou photographies.
     D'avance merci.

Général Jean Delaunay ( CR )

Lettre de France-Valeurs bimestrielle ISSN 1260 643 X
directeur de la publication:Jean Delaunay

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