Lettre de septembre 2003


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Lettre aux adhérents

Cette lettre traite essentiellement du problème de l'enseignement. Certes, nous l'avons déjà évoqué, il y a 2 ans, mais il reste d'une actualité brûlante et ses solutions engagent l'avenir de notre pays.
      C'est pourquoi, après que des dizaines de voix discordantes se soient exprimées sur ce sujet, nous n'hésitons pas à relancer le débat à travers deux problèmes particuliers.

La situation actuelle

Un enfant sur 4 ne sait pas lire couramment à l'entrée en 6°, et 1 sur 5 ne sait pas calculer… Selon l'OCDE, les élèves français sont tombés au 13 ° rang des pays développés pour les sciences et au 14° pour la littérature… Le niveau du bac diminue… La langue française est naufragée… L'école et l'université préparent peu à la vie professionnelle… En 2002, 82.000 actes de violence ont été signalés dans nos écoles où beaucoup d'enseignants perdent le moral… De plus en plus de parents français font confiance à l'enseignement privé…
Et cependant, l'Education Nationale dispose de 1.400.000 agents ( pour 14 millions d'élèves ) et du budget le plus important du pays mais c'est la plus massive organisation qui soit au monde, confisquée par la bureaucratie syndicale et minée par l'idéologie rousseau- marxiste.

Claude Imbert écrivait récemment dans le Point :

" L'enseignement est le grand sinistré de la mutation occidentale

"Le bilan de l'Education est pitoyable. Son échec affecte la matière grise nationale, premier atout d'une nation moderne.
Nos politiques ne devraient penser qu'à cela: comment remplacer cette épave ? "


Les causes principales qui nous ont amené là:

- La crise de l'école n'est que l'un des aspects de la crise générale de notre société… l'Etat, la Justice, la Famille sont également ébranlés.
- Mais les enseignants, "passeurs de témoin" d'une génération à l'autre, souffrent plus que quiconque des fractures sociales et culturelles: notamment immigration galopante incontrôlée et non assimilée et démission parentale, voire agressivité vis à vis des professeurs.

La crise du respect et celle de l'autorité, nées en 68, s'y font sentir plus qu'ailleurs.

- La faillite de la pédagogie utopiste est patente… le festif et le ludique contournent ou sabordent l'apprentissage de l'effort.

- Le problème de l'enseignement est dominé par l'idéologie, compte tenu de la volonté subversive de petits groupes d'enseignants bien placés et influents au ministère ( et d'auteurs de manuels.) C'est le résultat du Plan Langevin-Vallon des années 50, qui a été progressivement mis en application au fil des décennies, et qui a fait prévaloir l'égalitarisme et la méfiance vis à vis des forces vives du pays ( entreprise notamment …)

Les remèdes qui pourraient être apportés au désordre actuel.

Aspect politique.

L'enseignement français ne sera pas réformé tant qu'il restera ce qu'il est, dominé par la nomentaklura syndicale et abusivement centralisé.

Aspect technique

Revenir au bon sens: encourager l'effort, provoquer l'émulation, orienter chacun selon ses moyens, enseigner la discipline élémentaire et le civisme. Privilégier les savoirs de base…

Notre dossier Enseignement

Il comporte 4 fiches qui ne font pas évidemment le tour de la question:

1. Le point de vue de M. Fauroux de 1996.

2. La désinformation historique à travers les manuels scolaires. Présentation du livre de J. Sévillia. "Historiquement correct."

3. L'apprentissage de la lecture.
Contrairement à ce qu'affirme le livre de M.Ferry: " Lettre à tous ceux qui aiment l'école ", l'esprit de la méthode globale n'est pas abandonné. Ce n'est pas un détail car un grand nombre de maux découlent du mauvais apprentissage de l'écriture et de la lecture. Ce problème important empoisonnera le système scolaire aussi longtemps que l'on n'aura pas réellement abandonné des méthodes qui nous ont conduit à la catastrophe constatée et qui demeurent.

4. Une ébauche de conclusion.

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Rubrique : " Ce qui va bien ! "

Rappel. Compte tenu de l'ambiance générale de sinistrose dans laquelle nous baignons, nous jugeons utile d'introduire dans nos Lettres une rubrique nouvelle : " Ce qui va bien ! ". Nous comptons sur vous pour contribuer à l'alimenter.

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1/ A propos du Drapeau

Un de nos amis nous adresse, à notre demande, son point de vue sur l'enseignement. Il accompagne sa lettre d'une photo de sa maison sur laquelle il arbore le Drapeau National, tous les 14 Juillet, ce qui a conduit progressivement plusieurs de ses voisins à faire la même chose.

Cette prise de position publique est quasi générale aux Etats-Unis où, en outre, on apprend aux enfants à rendre hommage à la "Bannière Etoilée" chaque matin à l'école, debout et la main sur le cœur.
     Ces bonnes habitudes sont sans doute à la base des innombrables manifestations de profond patriotisme qui se sont succédées aux USA, depuis le drame du onze septembre.
     Rien de semblable, hélas, chez nous ! Raison de plus pour souligner et encourager le fait, rare en France, d'arborer un Drapeau Tricolore sur sa maison. Dans cet esprit, le secrétariat de France-Valeurs sera bientôt en mesure de fournir des Drapeaux Français aux amis qui le désireraient.

Il est évident que cette attitude extérieure d'affirmation de notre patriotisme va de pair avec un comportement courageux lorsqu'il s'agit de témoigner de nos convictions, d'affirmer nos raisons de vivre et notre attachement aux Valeurs Fondamentales, piliers de la société.

Arborons le Drapeau sur notre balcon mais surtout ne le mettons pas dans notre poche dans la vie quotidienne !

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2/ A propos du dévouement de certains jeunes
     Le camp d'été d'un de mes petits fils s'arrête un samedi.
Je remercie la cheftaine en venant chercher l'enfant. Je lui demande quel genre de vacances bien méritées, elle va prendre maintenant. Elle me répond qu'elle part le lundi suivant pour encadrer un camp de jeunes handicapés…
     Or, durant l'année scolaire, en plus de ses études, elle a déjà consacré à ces bénévolats au moins un week-end sur deux !
Dommage que la télé ne parle pas de ce genre de jeunes !…

Jean Delaunay
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DOSSIER ENSEIGNEMENT

Au lieu de nous livrer à une analyse artificielle de la situation, nous préférons laisser la parole à ceux qui ont été officiellement mandatés pour le faire et présentent les compétences nécessaires.

Extraits du Rapport de la Commission Fauroux

Ancien ministre de Michel Rocard et ancien PDG de Saint-Gobain, Roger Fauroux fut nommé, le 11 septembre 1995, à la tête d'une Commission mise en place par le gouvernement Juppé. La Commission remit son rapport le 20 juin 1996.

1. Extrait de la préface (pp. 13-21)


"... Un enfant sur sept ne sait pas vraiment lire et écrire à l'entrée en sixième, un enfant sur quatre au même âge est faible en arithmétique, beaucoup de collégiens n'ont pas le niveau voulu à l'entrée en seconde... (…)
     L'Éducation nationale, contrairement à sa plus authentique tradition, peine aujourd'hui à élever le niveau culturel du plus grand nombre. (… ) Les " mauvais élèves " sont majoritairement issus de familles défavorisées. Les handicaps sociaux ou affectifs perçus dès le cours préparatoire sont quasiment irrémédiables. Dans le même temps, les grandes écoles recrutent toujours majoritairement au sein des familles déjà consacrées par la fortune ou le savoir. A l'autre extrémité de l'échelle sociale, certains " jeunes des banlieues " n'ont presque aucune chance de compenser, grâce à l'école, leur handicap de départ et, pis encore, le savent et le disent. ( …) S'il faut parler d'échec de la République à travers son école, c'est là où il se situe...

( … ) " L'intérêt de l'enfant doit prévaloir sur tous les autres : ceux des adultes, enseignants, même parents, à plus forte raison éditeurs de manuels ou professionnels du tourisme..." (…)

     "La Commission constate, après beaucoup d'autres, l'enflure des programmes. L'excès des matières enseignées exerce donc un effet de trop-plein qui conduit à pratiquer l'oubli plus encore que la mémoire et qui explique, au moins pour partie, les ignorances constatées dans des domaines essentiels dès l'entrée au collège et, plus tard, jusqu'au seuil de l'université.

     " La Commission propose donc que l'élaboration des programmes soit confiée à des commissions indépendantes composées à l'image de la société dans son ensemble, où les parents, les maîtres, les pédiatres, aux côtés des éducateurs et des chercheurs et, pourquoi pas, les grands élèves et les étudiants auront leur place.
Le savoir primordial, c'est, pour chacun:
- lire, écrire, parler correctement et aisément le français ;
- calculer, connaître les figures et les volumes, être familier de la proportionnalité et savoir apprécier les ordres de grandeur ;
- se situer dans l'espace et le temps et d'abord dans son environnement immédiat ;
- observer les choses et les êtres vivants, construire et manipuler des machines simples ;
- éduquer son corps, cultiver sa sensibilité artistique ;
- acquérir les comportements pratiques et faire siennes les valeurs qui sont au fondement de notre démocratie : respect de l'autre et de soi-même, solidarité avec tout homme et d'abord avec son concitoyen."

( …) " Ces objectifs généraux, entendus dans leur plénitude, ne sont aucunement réducteurs par rapport aux pratiques actuelles mais ils assignent à l'école une obligation de résultat pour l'ensemble de la population scolaire.
     Pour le début, il importe qu'aucun enfant, pas 1 sur 4… ne manque le coche de la lecture, de l'écriture ou du calcul." ( …)

II. Extrait de l'introduction (pp. 50)

"Il est politiquement correct de dire que le niveau monte mais ce n'est qu'une vérité superficielle. Certes, de plus en plus d'adolescents scolarisés pendant une durée de plus en plus longue ont de plus en plus de connaissances. Mais est-ce bien à l'École qu'ils les acquièrent, et à quoi leur servent-elles ? Il est donc politiquement incorrect de dire que, pendant que le niveau monte, beaucoup de savoirs primordiaux s'étiolent, et pourtant c'est vrai. Au terme de la scolarité dite obligatoire, les lycéens maîtrisent souvent mal, et trop souvent pas du tout, les savoirs de base, transversaux aux disciplines, que 13 ans de fréquentation de l'École auraient dû leur inculquer, qu'ils soient " bons " ou " mauvais " élèves. Il est politiquement correct de dire que 86 % des élèves entrant en sixième maîtrisent au moins les compétences de base en lecture. Mais il est malséant de relever qu'en conséquence 14 % des élèves entrant en sixième ne savent pas vraiment lire. Il est politiquement très incorrect de demander pourquoi ils entrent en sixième s'ils ne savent pas lire. Cette anomalie est si colossale que nul ne la perçoit. .
     Là où chacun devrait ressentir ces résultats comme un échec collectif et personnel, on s'empresse de stigmatiser l'arrière-pensée - inexistante - du retour à une sélection précoce. C'est ainsi que l'on fuit les faits, et que la connaissance devient inutile au sein de l'École elle-même."

( …) "Il est enfin politiquement correct de dire que tout bachelier a le droit de tenter sa chance. La Commission le pense aussi fortement que quiconque. Mais il est politiquement hérétique de dire qu'un tel principe, appliqué sans discernement, résout par l'échec un problème qu'il ne faut pas régler par la sélection et qu'on ne sait pas traiter par l'orientation."
(…)
"Chacun comprend qu'un système soumis à la pression du grand nombre, qui répond à la demande sociale par les taux de succès au bac et de passage dans la classe supérieure, n'a plus de véritable obligation de résultat. Tel qu'il fonctionne aujourd'hui, et d'ailleurs tel que l'opinion le perçoit, le système éducatif est soumis à trois contraintes purement quantitatives :
- assurer sans incidents la rentrée, c'est-à-dire la prise en charge de 13 millions d'écoliers et de lycéens ; organiser les épreuves du baccalauréat, examen universel polymorphe auquel se présentent désormais 600 000 candidats chaque année ; accueillir coûte que coûte en octobre à l'Université tout bachelier reçu en juillet qui le demande.
… C'est ici que le bât blesse, comme le constatent d'ailleurs, face à leur classe, la majorité des enseignants. On ne peut pas prendre son parti de considérer comme inévitable qu'un écolier sur sept entre au collège sans savoir lire, un sur quatre sans savoir compter, deux sur cinq sans savoir distinguer un carré d'un rectangle.
… L'universalisation effective de l'École, la prolongation du statut scolaire au-delà de seize ans pour 90 % d'une classe d'âge, la résorption progressive des sorties sans diplôme du système éducatif à seize ans vont de pair avec une indifférence générale.
(…) "
"L'élite, écrit le ministère de l'Éducation nationale, fait 2, 5 fautes où l'élite de 1920 en faisait 0, 5. Et surtout, neuf fois plus d'élèves commettent cinq fautes et plus. Est-ce grave ? La société a répondu non." Il est grave, en tout cas, que la Direction des Etudes & Prospective attribue à "la société" des situations d'échec nichées à tous les étages du système : à l'entrée en sixième, lors du passage en seconde, à l'entrée à l'Université, mais aussi après l'obtention du CAP, du baccalauréat et même du DEUG. Il n'est évidemment pas possible que l'école supplée l'effort personnel, puisque sa mission est d'en offrir à chacun les moyens. En revanche, il est de sa responsabilité de ne pas produire l'échec là où son devoir est de le prévenir. "( ... )

III. Extrait (p. 92) de la première partie : "Des savoirs primordiaux pour tous"

(...) "Dans les années cinquante, l'année scolaire comprenait 366 demi-journées : elle durait exactement la moitié de l'année civile. En 1985, elle était réduite à 316 demi-journées. Mais la France détient le record européen de la plus longue journée d'école primaire, même nombre d'heures pour les enfants de 6 ans et pour ceux de 11. La semaine est aussi la plus chargée, avec 26 séquences." (…)

IV. Extrait de la deuxième partie : "Une insertion professionnelle pour chacun"(pp. 124-126)

DU BON USAGE DU BACCALAURÉAT

"Dès à présent, 80 % d'une classe d'âge se présentent au baccalauréat et 4 / 5 de ceux qui s'y présentent finissent par l'obtenir. ( Sur les 658 000 candidats de la session l995, environ 80 000 étaient redoublants). Tout indique que l'objectif fixé par la loi d'orientation du 10 juillet 1989 sera atteint, et que 80 % d'une classe d'âge accéderont au Bac qui a détrôné dans l'opinion le certificat d'études." (…)

"Il est facile de critiquer ce diplôme, dont le titre universel réunit, pour un court moment d'égalité, des élèves dont les parcours, les aptitudes, le niveau des connaissances, la préparation aux études supérieures ou à toute autre activité sont en réalité très différents. En raison de sa charge symbolique, il est néanmoins impossible de le supprimer, de le remplacer ou de distinguer en lui le caractère de certificat de fin d'études secondaires de celui de premier grade universitaire. Trois remarques s'imposent à ce sujet.

1 -Pour 80 % d'une classe d'âge, la série du baccalauréat qu'ils présentent est le seul résultat reconnu et subi, sinon accepté, du processus d'orientation scolaire tel qu'il fonctionne aujourd'hui. Le plus souvent, on présente un baccalauréat professionnel ou technologique, non par goût ou par aptitude, mais parce que l'on a été " orienté ". Dans sa structure même, le baccalauréat cristallise les résultats des pratiques d'orientation. Il traduit un tri déjà fait entre les aptitudes.

2 -Le caractère d'obligation de taux de réussite à cet examen conduit à multiplier les moyens de faciliter son obtention : par diversification des filières et des séries, par multiplication des options et des épreuves facultatives, par une pratique somme toute libérale de l'oral de rattrapage. Cette marche forcée vers un taux de réussite dont l'objectif est fixé par le législateur conduit à des distorsions regrettables. Il y a bien 75 % de réussite mais le lauréat moyen n'a pas la moyenne dans des épreuves fondamentales.

[D'après la Direction de l'Evaluation & de la Prospective, 60 % des lycéens ont moins de dix sur vingt à l'épreuve anticipée de français écrite ; près de trois lauréats sur quatre en philosophie, plus d'un lauréat sur deux en histoire-géographie, un sur deux en langues vivantes et près de deux sur trois en sciences économiques et sociales ont moins de dix sur vingt au baccalauréat.]

3 -Les présidents de jurys - obligatoirement des universitaires - sont vivement critiqués, et parfois rappelés à l'ordre, lorsqu'ils ne respectent pas les normes académiques ou nationales de réussite. Des instructions d'indulgence dans la notation compensent la difficulté des épreuves. Ces équivoques sont connues de tous et déplorées par beaucoup, mais nul n'ose les lever. (…) "

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Pour l'école, Rapport de la Commission présidée par Roger Fauroux, Calmann-Lévy - La Documentation française, 1996, 300 p.

Parmi les problèmes de fond que pose l'enseignement français, il y a la façon dont l'Histoire est enseignée à nos enfants et le contenu même de cet enseignement . Jean Sévillia vient d'écrire là dessus un livre si important que nous avons demandé à notre ami Guy Dautel de nous le commenter. Il le fait à la lumière de sa quadruple expérience de Résistant - Déporté, d'officier, d'homme d'affaires et d'historien.

JD
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HISTORIQUEMENT CORRECT
POUR EN FINIR AVEC LE PASSE UNIQUE

Voici, in extenso, le résumé-synthèse de cet ouvrage rédigé par son propre auteur :

"Appliqué à l'histoire, le politiquement correct s'appelle l'historiquement correct. Analysant le monde d'hier d'après les critères de notre époque, l'historiquement correct traque l'obscurantisme, l'impérialisme, le colonialisme, le racisme, le fascisme ou le sexisme à travers les siècles. Que ces mots n'aient pas de sens hors d'un contexte précis, l'historiquement correct s'en moque; son but n'est pas de comprendre le passé mais d'en fournir une version conforme à la philosophie dominante.
     A l'école, à la télévision ou au café du Commerce, l'historiquement correct règne en maître, proposant une histoire tronquée, falsifiée, manipulée.
     Les croisades, les cathares, l'Inquisition, les guerres de Religion, la Révolution, la Commune, l'affaire Dreyfus, le fascisme et l'antifascisme, la Résistance et la Collaboration, l'affaire Pie XII ,la décolonisation, la guerre d'Algérie.....Ce livre étudie dix-huit points chauds de l'histoire française et européenne. Pour chacun d'eux, les conclusions les plus récentes des chercheurs remettent en cause les préjugés, les idées reçues et les mensonges concernant notre passé.
     Contre l'historiquement correct, les historiens authentiques nous permettent donc de regarder notre propre histoire en face et nous réapprendre à l'aimer" . J.S .


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     Invité à présenter "HISTORIQUEMENT CORRECT" de Jean Sévillia aux lecteurs de la lettre de France-Valeurs sur le thème de l'Enseignement, je dis, d'emblée, que ce livre est le bienvenu et j'en recommande vivement sa lecture.
     J'ai apprécié, avant tout, l'idée maîtresse qui le sous-tend:
la remise à l'endroit de notre Histoire.
Dans cette intention, il vise à :
     1/ Relever les dérives et les méthodes d'enseignement dans les écoles de nos enfants
     2/ Pointer du doigt les campagnes de désinformation orientée servies par la presse sous toutes ses formes: écrite , radio, télévisée.
     3/ Réconcilier les Français avec leur passé et les inviter à souscrire au devoir de mémoire.
     4/ Rétablir une vérité systématiquement manipulée par une certaine Intelligentsia au service d'intérêts idéologiques mondialistes, communautaires, pluriconfessionnels ; bref, en quatre mots:
Dénoncer la pensée unique .

    Je souligne que ce livre se lit agréablement et qu'il est bien construit
Les dix- huit chapitres de cet ouvrage, correspondant chacun à un thème bien défini, s'ouvrent pratiquement tous, d'entrée, sur une référence à un évènement public notoire et récent, qui, de ce fait, plante le décor, insuffle un rythme à l'exposé et place le lecteur au coeur du sujet.
     A partir de là, l'auteur conduit son analyse, cite abondamment les travaux d' historiens servant la vérité et faisant fi de l'air du temps ,( il y en a, Dieu merci ! ) , accumule les preuves, et nous propose une synthèse corrigée et équilibrée qui remet les faits en perspective, sans se laisser arrêter par des lignes de partage trahies au préalable par les uns ou les autres.

     L'ambition de ce livre, précise J.S, est d'offrir une synthèse des recherches les plus récentes sur les thèmes formant la matière des préjugés, des idées reçues et des lieux communs dans le domaine historique. Ce panorama montre un étonnant décalage entre l'histoire réelle et sa version médiatique et scolaire.
     Pour illustrer ce propos, le futur lecteur de cet ouvrage pourra se reporter, entre autre exemple, au chapitre 15 :" Résistance et Collaboration" - (p.328 à 369) qui traite :

1/ de l'antisémitisme supposé des français pendant l'Occupation, amplement véhiculé lors du procès de Maurice Papon en 1998 - à travers ce qui a été dit et écrit dans la presse- et, parallèlement, l'analyse produite par des historiens sérieux mais sans réelle tribune à leur disposition.
     Fallait- il, 55 ans après les faits, mettre Papon en jugement et, par là, instruire le procès d'un régime ou celui de la France ?
-Autre idée fausse, entretenue soigneusement : ce n'est pas Vichy qui a instauré le port de l'étoile jaune pour les Juifs en France; ce sont les Allemands qui l'ont imposé en zone occupée, en Mai 1942; Vichy s 'y opposera constamment, même après l'invasion de la totalité du territoire.

2/ De la légende forgée autour d'une Droite, nécessairement "collabo" ( Déat, Doriot, provenaient, l'un, de la S.F.I.O., le second, du P.C… ) et d'une Gauche, unanimement résistante ( Le lieutenant de vaisseau d'Estienne d'Orves, premier agent de la France Libre à être fusillé, était un monarchiste de tradition… )
- Autre légende encore: le Parti communiste, parti des 75 000 fusillés ? Henri Amouroux dans son livre: "Pour en finir avec Vichy", Robert Laffont,1997, mentionne 29 000 fusillés sous l'Occupation et tous n'appartenaient pas au P.C…

3/ De la responsabilité de la défaite de 1940 : le Maréchal Pétain, qui a signé l'armistice en Juin 1940 sous l'autorité de la III° République, ( "Vichy" n'existera que le 10 Juillet… ) ou les hommes du Front Populaire ?
     Voici ce qu'avait déclaré Marc Bloch, historien, cofondateur des Annales Historiques, homme de gauche, grand Résistant, fusillé par les Allemands en 1944: "L'étrange défaite" de 1940 n' a été possible que parce que la nation s'est défaite auparavant… "

Dans son avant-propos, J.S. commente:

" L'historien part des faits. Démêlant les causes des conséquences, sa démarche est chronologique. Le politiquement correct, quand il puise ses images dans l'histoire, n'a que faire de cette méthode. Au gré de ses slogans, il joue des époques et des lieux, ressuscitant un phénomène disparu ou projetant dans les siècles antérieurs une réalité contemporaine... Médiatiquement parlant, l'anachronisme est payant ... C'est surtout le triomphe du manichéisme...
     Le politiquement correct réduit tout à l' affrontement binaire du Bien et du Mal mais un Bien et un Mal réinterprétés selon la morale d'aujourd'hui"…


Un exemple de ce manichéisme:

A propos de la guerre d'Algérie (chap.18), lors de la visite d'Abdelaziz Bouteflika à Paris, en Juin 2000, venu plaider devant nos députés " la lourde dette morale" de la France à l'égard de l'Algérie, la presse française condamne l'action de l'armée française en Algérie sans pointer le terrorisme du FLN, les 357 victimes algériennes de Melouza en 1957, les massacres des harkis ( entre 60 et 80 000 tués ou disparus) de Mars1962 à fin 1966, les exactions sanglantes commises à Oran sur les civils français le 5 Juillet 1962.
( Estimations de Maurice Faivre, les Archives inédites de la politique algérienne, L'Harmattan,2000),

" La France face à ses crimes en Algérie " titrera Le Monde du 20 Mai 2001, sans réaction de la classe politique et de l'opinion du Pays ...
     Imputer à la seule France les fautes ou les crimes commis pendant la guerre d' Algérie, n'est -ce pas mettre en péril la cohésion nationale alors que des milliers de jeunes d'origine algérienne accèdent à la citoyenneté française ? Est- ce un pas vers la réconciliation ?

"Je peux témoigner, poursuit Jean Sévillia, que les deux tiers de l'abondant courrier que j'ai reçu à la suite de mon essai sur le terrorisme intellectuel, incriminaient la manière dont les manuels scolaires et les médias instrumentalisent l'histoire."

Exemples relevés dans ce livre : ( mais il y en a beaucoup d'autres ... )

-1er exemple ( page 30 ch.1 La féodalité) . "Lors de la journée d'appel à la préparation de la Défense -reliquat du service militaire- un film est projeté aux jeunes gens pour leur résumer l'histoire de France. Il commence en 1789. Curieuse amnésie. Qu'on le veuille ou non, que cela plaise ou non, la France est née entre le XI° et le XII° siècle. Ce prodigieux évènement n'était pas écrit d'avance"…

-2°exemple ( page133, ch.6, L'Ancien Régime). "Eu égard aux instructions de l'Education Nationale
( Bulletin officiel de l'Education nationale,31 Août 2000), la dernière occasion que possède un lycéen d'entendre parler du Grand Siècle en classe d'histoire, c'est en seconde. Et encore, car le programme saute de la Renaissance à la période révolutionnaire. Ouvrons un manuel d'un modèle courant. Le livre présente, tel un intermède, une page sur " l'Ancien Régime ", puis, introduisant l'imposant chapitre consacré à la Révolution, dix-huit pages sur la "fin de l'Ancien Régime ". ( Histoire Seconde, Hachette,2001.) ... Une seule page pour couvrir les deux siècles où Henri IV, Louis XIII, Louis XIV, Louis XV et Louis XVI régnèrent sur la France ..."

Dans sa conclusion, J.Sévillia, nous invite à nous réconcilier avec notre Histoire et à redécouvrir nos Valeurs fondamentales depuis nos origines :

"Cultivant le dénigrement du passé, l'historiquement correct constitue un symptôme de maladie trop répandue: la haine de soi. Un travers aggravé depuis Mai 68, mouvement qui, réactivant l' idéologie de la table rase, a légué un réflexe de refus à l' encontre de tout héritage."

"L'historiquement correct est un révélateur : Il reflète la perte des valeurs communes au sein de notre société. Une société d'origine chrétienne où le catholicisme se trouve, selon René Rémond, "en accusation (1)"........ .Une société où les idéologies politiques ne rassemblent plus… Si l'on ne croit plus en la France, alors que nos générations sont philosophiquement divisées, comment leur donner la conscience d'une destinée commune ? "

(1) René Rémond, Le Christianisme en accusation, Desclée de Brouwer,

OUI, le livre de Jean Sévillia arrive au bon moment dans une société en crise d'identité, à la recherche de ses repères séculaires. C'est un document de réflexion et de référence qui rencontre, heureusement, depuis sa parution, aux dires même de son auteur, un beau succès, largement mérité. Il faut le lire et le faire connaître. C'est un devoir.

Historiquement correct est un "pavé " salutaire jeté dans le grand marigot de la pensée unique.

G.D.
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Historien ( il a publié deux biographies : Le Chouan du Tyrol. Andréas Hofer contre Napoléon et Zita, impératrice courage ), journaliste ( il est rédacteur en chef adjoint au Figaro magazine ) , Jean Sévillia s'était fait remarquer par un essai paru il y a trois ans:"le Terrorisme intellectuel en France de 1945 à nos jours", Perrin. Son récent ouvrage en est l' indispensable complément
***
"HISTORIQUEMENT CORRECT; POUR EN FINIR AVEC LE PASSE UNIQUE", Jean Sevillia , Perrin . 456 pages
***
NDLR
La désinformation se définit, selon Vladimir Volkoff, en 3 éléments :
--une manipulation de l'opinion publique,
--à des fins politiques,
--qui s'avance masquée.
S'agissant de l'enseignement de l'Histoire, nous nous trouvons bien devant une entreprise de désinformation. JD


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A propos de l'apprentissage de la lecture

De quoi s'agit-il ?
      De donner à l'enfant la connaissance de la combinatoire des lettres. C'est-à-dire lui apprendre quelle valeur chaque lettre a, seule et avec d'autres lettres.
      Mettre l'enfant en possession du code alphabétique peut se faire selon deux approches très différentes. Dans la première, on indique, dès le démarrage, la " valeur " de chaque lettre, seule et ensuite combinée avec d'autres lettres. Dans l'autre approche, on prend le chemin inverse. L'enfant part des phrases, et c'est à lui de segmenter la phrase en mots, les mots en syllabes, jusqu'à arriver à la prononciation de la lettre et à découvrir son rôle dans le mot.

Les deux méthodes sont-elles à utiliser ?
      L'expérience montre que la deuxième, dite méthode globale, laisse de côté une proportion importante des enfants. La méthode syllabique ou alphabétique donne dès le départ à l'enfant la signification de chaque lettre, en commençant par les voyelles isolées puis en les combinant avec des consonnes seules, pour leur faire entendre le son auquel les combinaisons proposées correspondent. Depuis les origines, la méthode syllabique donnait toute satisfaction.

Comment historiquement les choses se sont-elles passées ?
      Après des résultats très mauvais de la méthode globale, l'on a recouru, au début des années 60, à des méthodes dites mixtes, généralisées dans les années 70. Les méthodes mixtes démarrent comme dans la méthode globale. Ensuite, après un laps de temps variable, on recourt à la méthode syllabique traditionnelle.

Comment se fait ce passage ?
      Ce passage se fait plus ou moins bien selon les enfants. Celui qui a commencé selon la méthode globale a tendance naturellement à y demeurer. Le passage à la méthode syllabique, différé dans le temps, exige un effort que tous ne sont pas capables de faire. Par ailleurs, l'observation du fonctionnement du cerveau à l'aide des nouveaux moyens d'investigation fait clairement apparaître que la lecture fait appel au cerveau gauche.
      Après s'être adressé au cerveau droit de l'enfant et avoir mis à contribution des circuits neuronaux qui ne sont pas prioritairement destinés à l'analyse et à la lecture, le basculement, dans une deuxième phase, du cerveau droit au cerveau gauche se fait avec plus ou moins de facilité. Dans certains cas, il ne s'opère pas.
      D'où ces dyslexies si répandues.

Quelles sont les raisons qui ont poussé à garder depuis si longtemps des méthodes dont les résultats sont aussi critiquables?
      L'un des arguments le plus fréquemment invoqué est de " faire découvrir d'emblée le sens de la phrase à l'enfant ", au lieu de lui faire apprendre les lettres, dressage fastidieux et inutile qu'on peut ( soi-disant ) lui éviter.
      Les tenants de la méthode globale ont préféré ne pas l'abandonner pour des motifs qui relèvent plus de l'idéologie que de la pédagogie. Ils attribuent ses mauvais résultats à toutes sortes de causes sociales, familiales, médicales, psychologiques, sans s'interroger sur la méthode utilisée. Les orthophonistes disent et écrivent qu'ils ont affaire à des enfants normaux qui ne sont pas à rééduquer, mais qui, en réalité, n'ont pas été enseignés.

On dit que la preuve n'est pas apportée qu'une des méthodes soit meilleure que l'autre. Mais les instituteurs qui utilisent la méthode syllabique, contre les Instructions Officielles et à leurs risques, obtiennent quasiment 100 % de bons résultats, quels que soient les enfants. Ce n'est pas le cas pour les méthode globale et mixtes.

Comment se fait-il que les parents ne réagissent pas ?
      Le public est gravement sous informé. Plusieurs causes expliquent cette situation.
L'information diffusée par les médias est mauvaise. Les journalistes vont la chercher auprès des tenants des méthode mixtes qui sont d'esprit global alors que leurs thèses sont démenties tout les jours par les faits.
      En outre, depuis de nombreuses années, la lutte contre l'illettrisme est, nous dit-on, la priorité des priorités. Le public n'a aucune raison de mettre en doute ces déclarations des Ministres.

Alors, de quoi se plaint-on ?
      S'il faut leur être reconnaissant d'insister sur la gravité de ce problème, il faut savoir que toutes leurs initiatives se réfèrent à l'esprit de la méthode globale.
      Affirmer que la méthode globale est abandonnée depuis très longtemps, c'est jouer sur les mots. Elle a été très peu utilisée en France mais les méthodes dérivées le sont-elles depuis près de 40 ans.

Pouvez-vous nous expliquer cela ?
      On avait annoncé un livret destiné aux instituteurs de CP pour réduire les difficultés. La lecture de ce document - de 41 pages, avec de nombreuses indications pratiques - est édifiante : toutes les références et les conseils sont issus de la méthode globale. Rien n'a changé.

Selon vous la méthode globale a toujours cours ?
      Quand nous avons annoncé une campagne pour l'abandon des méthodes non syllabiques d'enseignement de la lecture, c'est-à-dire en fait contre les méthodes globales, l'écho unanime que nous avons reçu est, je cite : " Ce combat n'est plus de mise ! ", que " Vous vous armez pour tuer un cadavre ! ", " La méthode globale est de l'histoire ancienne ! ". Tout cela est faux.

Comment cela se peut-il
Les media, et spécialement la presse écrite, négligent complètement la question, ou diffusent de fausses informations. Le dernier exemple est celui du Figaro, qui, à deux reprises à un an d'intervalle, répète la même grave erreur, malgré le courrier de lecteurs le rappelant à plus de vigilance.

Quel est votre projet ?
1/ Informer les parents de ce qui se passe réellement. Ils ont peu de moyens de contrôle. Ils ne savent même pas sur quel manuel leur enfants travaille, parce que le livre reste à l'école.
      Ils se demandent aussi si un enseignement à la maison différent de celui de l'école n'est pas nuisible à l'enfant et ils ne veulent pas se mettre en opposition avec l'instituteur.

2/ Les aider à constater que les progrès de l'enfant sont faibles ou nuls. Ensuite les aider à éviter à leurs enfants des déboires liés à un mauvais apprentissage de la lecture en tout début de scolarité. Par exemple, nous recommandons que l'enfant connaisse toutes les lettres en arrivant en CP.

Et votre campagne dans tout cela ?
      Elle veut répondre à ces différents aspects de la situation. Le site Internet que nous avons créé l'explique de façon détaillée. Il faut que soient seules employées les méthodes efficaces, et nous appelons le public à signer une pétition qui sera adressée au Ministre pour faire prévaloir le bon sens.
G.Sibieude
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NDLR : Gilbert Sibieude , président de l'association " famille-école-éducation.net ", recueille tous les témoignages sur ce sujet pour les rassembler sur un site internet et lancer une enquête sur la réalité de ce qui se passe en matière d'enseignement de la lecture. Tous ses arguments sont à lire sur sites www.famille-ecole-education.net et www.lire-ecrire.org

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Extraits d'un article publié par la revue de l'association Défense de la langue française

Définitions

Méthode globale : part du mot pris dans son ensemble, que l'enfant doit segmenter en syllabes, et en lettres. et découvrir ainsi, par lui-même, la " valeur " de chaque lettre et son rôle dans la syllabe. L'enfant doit découvrir seul la combinatoire des lettres. En outre, comme l'enfant ne sait pas lire, on lui fait mémoriser des mots, qu'il photographie, appelés " mots-outils ". Lorsque l'enfant ''copie'' des mots, en réalité il ''dessine'' ; il écrit des mots qu'il ne sait pas lire.

Méthode alphabétique : enseigne la valeur de chaque lettre, en commençant par les voyelles, puis par Ies consonnes, et les groupes de consonnes. L'enfant comprend comment les lettres se combinent dès le début. Il peut lire des mots qu'il n'a pas appris, ce qui est impossible dans l'autre cas.

Méthode semi-globale : cette méthode dérive de la méthode globale. Elle fait cohabiter les deux approches ; une phase de début en lecture globale puis passage à la méthode alphabétique. Outre que l'on ne voit pas quel est l'avantage réel de procéder de cette manière, un inconvénient majeur se constate: lorsque l'enfant a débuté en méthode globale, des circuits cérébraux se sont constitués. Le retour à la découverte de l'élément premier qui est la lettre lui en est rendu plus difficile. Il peut demander un temps considérable, ou même ne jamais être surmonté.
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Témoignage

Lettre adressée à Mme Marielle COURT, Journaliste au Figaro , le 16 Mars 2002
( extraits )

Madame,

Permettez-moi de m'adresser à vous au sujet de vos articles du Figaro du 20 février 2002 intitulés :

" Lecture : Lang prône le retour au " b.a.-ba " et la fin de la "méthode globale ".

Je suis convaincu que 1/ vous êtes sûrement sympathique,2/ vous avez été chercher vos infos à l'Éducation nationale qui vous a donné sa version de la réalité 3/ vos enfants, si tant est que vous en ayez, n'ont pas été en primaire.

Le scandale de la méthode globale, car le mot n'est pas trop fort, dure en France depuis 25 ans dans le meilleur des cas mais, en général, depuis 30 ans. Et il a concerné et concerne toujours, contrairement à ce qu'on a pu vous raconter, hélas, tout le primaire ( à l'exception de " vieux " enseignants refusant en fin de carrière les diktats absurdes des " nouveaux pédagogues ", ou des écoles sans contrat avec l'État).

Car la méthode dite semi-globale est en réalité une méthode globale. Je puis vous en parler d'autant plus à l'aise que mon aîné, 26 ans, en a " bénéficié ". Actuellement ingénieur en informatique, il souffre d'une "fragilité orthographique" dont, comme tous ses petits copains, il ne peut plus, hélas, se défaire.

Au vu de ses résultats, nous avons anticipé les dégâts avec les 2 cadets qui ont bénéficié de la bonne vieille " méthode Boscher ", éditée chez Belin, dès la fin de grande section, et, bien sûr à DOMICILE … Bilan : ils savaient tous deux lire en entrant en CP, et ils maîtrisent l'orthographe.

Pédiatre en ville depuis 25 ans, je donne le même conseil aux parents de mes petits patients de 5 ans et je puis vous affirmer que, si les parents " marchent ", l'enfant entre en CP en sachant lire. Évidemment, en septembre, à la rentrée, on se fait admonester par les enseignants, " car ce n'est pas notre métier, et qu'il faut laisser faire les pros ", et puis, comme on passe pour d'affreux bourgeois élitistes, on baisse humblement la tête sans répondre.

Mon vieil ami M.T, principal du collège de notre ville, à la retraite depuis 10 ans me disait " avec cette foutue méthode globale, 25% de jeunes en 6ème ne comprennent pas ce qu'ils lisent et sont incapables d'exprimer des idées par écrit… Quant à l'orthographe, il y a tellement de fautes qu'on ne les corrige même plus ". Des enfants ne sachant pas lire en CE2 ne sont pas rares… puisqu'on ne redouble plus. Ceci, je le vois de mes yeux, parole d'homme!

Quant aux analphabètes autochtones, ils existent et on rencontre parfois, au cours d'un stage professionnel, des jeunes de 20 à 30 ans ne sachant pas écrire du tout.

Dans un autre ordre d'idées, voici 25 ans, il y avait à R… une orthophoniste pour 50 000 habitants. Il y en a aujourd'hui 10. Dire qu'elles interviennent souvent dans les cas d'échec d'apprentissage de l'écriture n'est pas exagéré.

Enfin, ayant le privilège de connaître des militaires formateurs sur la Base de R ( la plus grande Base -Ecole pour les sous-officiers de l'armée de l'Air), je vous transmets le témoignage suivant. Lorsqu'un enseignant corrige une copie au vocabulaire choisi et à l'orthographe correcte, il est sûr d'avoir affaire à un étranger francophone, en l'occurrence à l'un de ces Africains qui bénéficient chez eux de la méthode alphabétique universellement employée… sauf en France.

Comme les stagiaires étrangers bénéficient d'un " bonus " de + 2 points, le paradoxe actuel est que les élèves Africains flirtent souvent avec des notes proches du 20 alors que les élèves Français rament aux alentours de la moyenne! Il serait donc question d'infliger un MALUS aux étrangers pour rétablir la situation. Oh UBU !

En conclusion, je puis vous certifier que l'École de la République ne remplit plus, depuis longtemps, son rôle d'ascenseur social, ( mon père, étranger, était manœuvre chez Renault à Billancourt ), et que les enfants allant dans une école de quartier pauvre ou défavorisé sont, hélas, grillés dès le départ.

La situation est très grave, je vous en prie : prenez en la mesure pour, grâce à votre noble métier, faire avancer les choses au lieu de caresser le mammouth dans le sens du poil…

Avec l'assurance …

Docteur G, Pédiatre et père de famille


EN GUISE DE CONCLUSION

"Il est plus facile de désintégrer un atome qu'une idée préconçue " (Einstein.)

Face à des problèmes immenses comme celui de l'Enseignement, ce n'est pas le rôle de France-Valeurs de proposer des solutions techniques.
      Mais, c'est sa vocation
- d'une part, de montrer qu'il s'agit là d'un des "champs de bataille" de la "guerre des idées".
- d'autre part, de suggérer qu'on en revienne, dans ce domaine aussi, au bon sens.
      Or, l'école est l'un des lieux où règne une idéologie révolutionnaire dont les racines historiques sont diverses, à la fois d'origine française et d'outre Atlantique. Elle est centrée sur le refus de reproduire le schéma de la société bourgeoise à travers la culture, en prétendant favoriser la réussite scolaire des enfants des classes défavorisées. Son projet est de modifier la société par l'école. Son objectif principal est la socialisation dans l'éducation du citoyen.

Deux écoles de pensées sont ainsi influentes dans l'EN:

Pour les "constructivistes", il existe une société formée par les enfants qui sont autonomes et qu'on doit, dans la mesure du possible, laisser se gouverner eux-mêmes. Le rôle des adultes doit se borner à assister ce gouvernement ; ( ... ) ; ils n'ont à prendre en considération que le groupe et non l'enfant en tant qu'individu. "

Il s'ensuit que le professeur n'est plus un professeur qui enseigne quelque chose que les élèves ont à apprendre: il est un tuteur, un observateur, un conseiller, un animateur qui aide l'enfant à construire son projet. L'élève est désigné sous le titre d'"apprenant" parce que " élève " entraîne " professeur " et crée une situation de domination qui débouche sur les théories de la relation maître-esclave chères aux idéologues marxistes et affiliés.

Pour les "pédagogistes", le rôle des IUFM est de former des professionnels de l'enseignement et non d'une discipline à enseigner. Selon eux, il n'y pas de bases, il n'y a que des méthodes. Le but est d'apprendre à apprendre mais on n'enseigne plus les disciplines.

L'objectif indirect est de se substituer à la famille, et à ce qu'elle pourrait transmettre à ses enfants, et de donner à l'élève un univers de référence coupé de l'héritage familial ( avec, selon nous, le risque de dresser les enfants contre leurs parents.)

      " C'est une erreur de chercher à satisfaire les intérêts privés de chacun ; il est urgent, au contraire, de donner des valeurs collectives qui constituent une référence assez forte pour l'emporter sur les calculs stratégiques des uns et des autres "
" L'école ou la guerre civile " - P. Meirieu & M. Guiraud - Plon, 1997


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Cette idéologie néfaste est soutenue par certains enseignants enragés qui en arrivent à brûler le livre de leur Ministre et à barrer les autoroutes pour crier devant les caméras:"Non aux mamies -profs !

" Ayons à cœur, quant à nous, de soutenir les professeurs qui sont encore nombreux à refuser les mirages et croient que l'école doit d'abord ouvrir l'enfant à l'effort individuel dans la durée, à la réflexion, à l'indépendance d'esprit et au civisme à travers un minimum de discipline...

Encourageons-les car ils font un métier éprouvant dans une société en crise de civilisation.

Persuadons-les d'essayer de transmettre à nos enfants, comme leurs devanciers, à la fois des connaissances et un certain art de vivre.

Témoignons leur notre amicale confiance et coopérons avec eux pour extirper ces fléaux de la jeunesse que sont notamment la violence et la drogue.

Persuadons-nous surtout - et répétons autour de nous- que l'éducation est le chantier prioritaire de notre temps et que famille et école doivent y travailler ensemble.

Jean Delaunay

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Lettre de France-Valeurs bimestrielle ISSN 1260 643 X
directeur de la publication:Jean Delaunay

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