Lettre de juillet 2003


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Lettre aux adhérents

Cette Lettre tente de se rapprocher de l'actualité en donnant à nos amis des éléments de réflexion, pour leurs vacances, sur deux sujets à l'ordre du jour:

1/ Le refus de donner à la future constitution Européenne une référence Chrétienne.

La projet de préambule de la future Constitution Européenne s'exprime ainsi:

" Notre Constitution est appelée démocratie parce que le pouvoir est entre les mains, non d'une minorité, mais du peuple tout entier. ( Thucydide II, 37 )
      Conscients que l'Europe est un continent porteur de civilisation, que ses habitants, venus par vagues successives depuis les premiers âges de l'humanité, y ont développé progressivement les valeurs qui fondent l'humanisme : l'égalité des êtres, la liberté, le respect de la raison.
      S'inspirant des héritages culturels, religieux et humanistes de l'Europe dont les valeurs sont toujours présentes dans son patrimoine, et qui ont ancré dans la vie de la société sa perception du rôle central de la personne humaine et de ses droits inviolables et inaliénables, ainsi que du respect du Droit (…)
      … Les citoyens et les Etats d'Europe sont convenus des dispositions qui suivent (…)"

On déduit de cette lecture que les auteurs ont fait beaucoup d'efforts de rédaction pour ne pas évoquer explicitement les racines majoritairement Chrétiennes de l'Europe.

D'où la Lettre à Marie Anne qui suit ( dossier 1) et qui pose indirectement le problème de la Laïcité.

Tout se passe en effet comme si le "parti laïc" dominant soupçonnait la religion ( Chrétienne ) d'être à la source de tous les maux de notre société et déniait en conséquence au fait religieux toute existence officielle.
      Cette attitude fermée est navrante alors que beaucoup de penseurs regrettent au contraire l'absence de références communes structurantes chez les hommes d'aujourd'hui et attribuent, notamment, la crise de notre société ( de la délinquance à la dénatalité ) au manque de sens.

Sur un autre plan, l'affaire du foulard islamique, et bien d'autres, ont remis la question à l'ordre du jour.
      C'est pourquoi, à ce double titre, un siècle après la douloureuse période des expulsions et des inventaires, il vaudrait sans doute la peine de réexaminer la question de la laïcité en l'éclairant d'un jour nouveau.

***

2/ Le sens du travail , Valeur en soi

Le deuxième dossier joint représente un nouveau chapitre de notre argumentaire: "Des munitions pour le combat des idées".

L'agitation sociale et politique actuelle autour de la réforme des retraites peut être l'occasion pour nous de prendre de la hauteur et d'examiner le facteur Travail, non pas en termes économiques par opposition au Capital, mais en termes moraux, voire philosophiques:

- Le travail comme moyen de subsister…
- Le travail comme moyen d'épanouissement individuel et d'utilité sociale…
- Travail et loisirs…
- Les diverses formes de la crise actuelle: chômage, paresse et surmenage…

- Comment réagir face à cette crise. L'éducation au sens du travail.

Compte tenu de la complexité du sujet et de l'aspect brûlant de certains de ses aspects, il ne s'agit, à nos yeux, que d'une ébauche qui devra être enrichie de vos divers points de vue.

***

Vos réactions sur ces deux sujets sont donc vivement sollicitées ( sur le Forum Internet du Site de France-Valeurs ) ou par lettre.

Jean Delaunay
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Rubrique : " Ce qui va bien ! "

Rappel. Compte tenu de l'ambiance générale de sinistrose dans laquelle nous baignons, nous jugeons utile d'introduire dans cette Lettre une rubrique nouvelle : " Ce qui va bien ! ". Nous comptons sur vous pour contribuer à l'alimenter.

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Au moment où le Vice Président fondateur de l'ANAPI cède sa place à un plus jeune, France-Valeurs veut aujourd'hui citer en exemple l'Association nationale des anciens prisonniers et internés d'Indochine et rendre hommage à son fondateur, un homme hors du commun.

L'ANAPI est composée des rares rescapés des camps qui rassemblaient, dans des conditions effroyables, les soldats français faits prisonniers par les Viets lors des durs combats 1950 - 1954 au Tonkin. Loin d'encourager ses membres au ressentiment, cette association a orienté spontanément son activité vers la reconstruction de l'amitié franco-Vietnamienne, à travers celle d'églises et d'écoles Vietnamiennes détruites par la guerre. A ce jour, l'association a dépensé dans ce but plus de 2 millions de Francs à partir de dons recueillis auprès de français.

Cette action généreuse est due notamment à l'initiative du Colonel Jack Bonfils. Déjà blessé et amputé d'un bras lors de la campagne 44/45, notre ami commandait une compagnie de Légion qui a été anéantie lors de l'offensive Viet d'octobre 1950 sur la RC 4. Il a passé 4 ans dans les camps de la mort et n'a survécu que grâce à son énergie indomptable et à son opiniâtreté.

Ce sont ces qualités qui lui ont permis, malgré de sévères épreuves physiques, d'animer l'ANAPI depuis sa création et notamment de mener à bien, à travers une activité inlassable et désintéressée et de multiples démarches, la reconstruction complète de la cathédrale catholique de Phu-oc (1994/99 ) et diverses constructions: un dispensaire à Phu-oc, une école de 8 classes à Dong Khe, une école francophone de 5 classes à Tuyen Quang, une école, un pont et une route à côté du monument aux morts de Dien Bien Phu, une école de 14 classes à côté de Vietri, enfin une école maternelle pour enfants des rues qui sera achevée ces mois-ci à Saïgon.

Jack Bonfils passe la main mais l'ANAPI continue son œuvre. Il est possible de lui envoyer des dons. ANAPI C/O J.Bonfils 232 chemin Pierre Drevet 69 140 Rillieux La Pape.

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Ce qui va moins bien


Campagne pour l'euthanasie

Les milieux favorables à la dépénalisation de l'euthanasie ( notamment le docteur B. Kouchner ) essayent actuellement d'influencer l'opinion sur ce thème au moyen d'un sondage utilisant le site Internet du journal "Le Monde".
     Les résultats du sondage étaient, le 16/6/03, de 58 % d'opinions favorables à la dépénalisation et 33 % d'opinions contraires.
      On vote instantanément et à tout moment sur Internet. Il ne dépend donc de nous que ce pourcentage soit renversé et que la manipulation de l'opinion échoue.
     L'adresse du Site est :

www.expression-publique.com/expression-publique/questionnaire.php?adresse=euthanas2

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Valeurs, Europe, religion et laïcité
Lettre à Marie-Anne

Marie-Anne est ma filleule. Nous avions dialogué au long des pages de "La Foudre et le Cancer ". Nous continuons aujourd'hui mais, prenant de l'âge et de l'expérience, ma charmante interlocutrice, devenue mère de famille, a pris beaucoup d'assurance. Elle n'hésite pas ( comme elle dit ) à "me rentrer dedans"… Aujourd'hui, prenant l'exemple de Régis Debray, l'ancien troskyste, qui vient d'écrire "Dieu, un itinéraire", elle reproche à France-Valeurs de ne pas avoir réagi au refus d'introduire toute référence explicite aux racines Chrétiennes de l'Europe dans la future Constitution Européenne alors que, dans d'autres domaines, nous avions déposé des recours en Conseil d'Etat, notamment contre le PACS, contre une certaine éducation sexuelle à l'école et contre la violence à la télé…

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Ma chère Marie Anne
     Je suis navré de te décevoir. L'âge me rend peut-être prudent, comme, président de France-Valeurs au moins. J'ai pourtant l'habitude d'appeler un chat un chat…
      Je vais quand même t'expliquer ma position. Notre relative discrétion sur le sujet que tu évoques résulte de notre choix initial délibéré.
      En 1986, en fondant "France-Valeurs", association Loi de 1901, nous voulions rassembler le maximum de gens, pensant que "les Valeurs" représentent une notion acceptable par bien d'autres familles de pensée que la nôtre. C'est d'ailleurs l'un de mes cofondateurs, un catholique d'origine juive, qui m'a encouragé à fonder une association aconfessionnelle.
      Cela dit, j'ai souvent eu l'occasion d'exprimer publiquement mes convictions personnelles, par exemple dans mes " Lettres à mes petits enfants sur des sujets qui fâchent ". Nul n'en ignore donc.
      Au sein de FV au contraire, nous n'y faisons qu'indirectement allusion. Le préambule de notre Argumentaire déclare ainsi: " Ensemble et avec d'autres, nous travaillons à réveiller ces notions toutes simples qui donnent un sens à la vie. Nous cherchons à exprimer de façon positive, malgré l'air du temps, les VALEURS FONDAMENTALES qui ont fondé notre civilisation Française d'inspiration Chrétienne, ( …) et le souci de transmettre notre patrimoine historique, culturel et spirituel..."
      Nous ajoutons: " La notion de Valeurs suppose qu'on cherche à " tirer les hommes vers le haut " .
" Certains trouveront les positions de France-Valeurs abusivement engagées. D'autres, à l'inverse, regretteront que nous n'affichions pas davantage la dimension Chrétienne des Valeurs. De plus en plus de gens se référent à la notion de Valeurs mais tous ne mettent pas le même contenu sous ce mot.(…) Il y a donc des chances pour que les personnes qui contestent toute loi morale ou dont la culture est très éloignée de la nôtre ne s'y retrouvent pas. " Cela étant, ces pages essayent de retrouver le chemin des vérités éternelles et du respect de la nature profonde de l'homme. "

Ce paragraphe résume notre position de principe.

***

      En ce qui concerne Régis Debray, n'en fais quand même pas un père de l'Eglise ! Certes, il a pris conscience que l'homme est un animal foncièrement religieux. J'ai beaucoup appris dans son livre, à travers sa comparaison des religions mais c'est un livre de philosophe façon sociologue mais pas un livre de chrétien. Il reste au seuil de la foi. Il considère que l'Incarnation est au centre du christianisme mais sa conception du sacré, purement sociologique, lui interdit d'aller plus loin.
      Cela n'enlève rien à son mérite d'avoir mis en évidence le fond religieux de l'homme et de noter aussi que l'Europe est devenue le continent le moins religieux, isolée dans un monde où les religions font l'essentiel de l'actualité. Notre prétendue sortie de l'obscurantisme est, pour lui, une méconnaissance de l'Histoire. Dans ses dernières pages, il confirme que l'effervescence universelle s'explique par le choc des civilisations alors que les Européens, se croyant émancipés par la raison, restent persuadés que les fièvres religieuses appartiennent à un passé archaïque.
      Tu conclus que nos intellectuels, "Bobos" et autres, feraient bien de lire Debray pour comprendre quelque chose au monde où ils vivent...
      Je préfèrerais qu'ils lisent Max Gallo qui, après un chemin de conversion saisissant, se fait un devoir, lui, d'exalter nos racines Chrétiennes dans ses récents bouquins: "St Martin", "St Bernard" et "Clovis"

***
Tu me dis surtout que France-Valeurs devrait prendre position au fond sur ce sujet.
      Je veux bien te dire ce que j'en pense.
      La commission Européenne chargée d'élaborer la future constitution a travaillé à déterminer quel type de civilisation notre Union entend représenter. A titre personnel, je regrette comme toi qu'elle soit si réservée à propos de la religion. C'est sous-estimer la valeur humaine de l'apport chrétien au patrimoine Européen et c'est nier la marque profonde de notre foi sur les mœurs…
      Mais c'est un texte politique, donc un compromis. D'ailleurs, M. Giscard d'Estaing, président de la Commission de rédaction, l'a bien expliqué lors d'un interview: "…( Quant à ) l'élan spirituel qui a parcouru l'Europe, il est évident qu'il s'agit de celui de la religion chrétienne. Nous ne pouvions pas le citer plus explicitement, sinon nous aurions dû aussi mentionner les autres religions présentes sur le continent, du judaïsme à l'Islam, et cette solution n'était pas acceptable par tous…"
      Tu me diras que la formulation retenue est hypocrite. Elle a pourtant dû faire l'objet de marchandages car une première version du préambule citait déjà Thucydide ( à qui on doit, il est vrai, la première définition de la démocratie ) et saluait expressément "les Lumières"...

Cela me permet d'essayer de cerner à cet égard le problème de la laïcité.

L'idée de départ, excellente en soi, c'est que les domaines religieux et politique ne doivent pas interférer dans un pays moderne. En fait, ce concept s'est vite transformé à l'avènement de la III° République en instrument de combat anti religieux, et notamment anti catholique, d'autant plus virulent que les Catholiques avaient initialement mal accepté la République .
      Il en résulte que la neutralité affichée officiellement a abouti à l'hostilité déclarée. Par exemple, le sectarisme a vidé les programmes scolaires d'une partie de leur contenu culturel, ce qui fait qu'un jeune français de 2003 ne sait plus à quoi correspondent Noël et Pâques et qu'il ne peut comprendre l'inspiration d'une partie des trésors de nos Musées et de notre littérature.
      On a, paraît-il, réintroduit l'enseignement de l'histoire des religions à l'école mais le tabou persiste ailleurs, d'où, notamment, cette répugnance à prendre en compte, contre toute évidence, l'héritage Chrétien parmi les éléments constitutifs de notre identité Européenne.

Cela dit, la montée de l'Islam en France pose le problème précédent en termes tout à fait nouveaux et pressants car les Islamistes revendiquent, eux, la primauté des lois musulmanes sur notre loi républicaine, alors que ses extrémistes se lancent dans le terrorisme et, que, de La Courneuve à la Réunion, I'Islam cherche à étendre partout son influence... La laïcité doit pouvoir nous protéger contre ce danger .

Par ailleurs, cette formulation prudente est peut -être aussi une manière de se démarquer du "In God we trust" de M.Bush proclamé avant la guerre d'Irak, une attitude messianique qui, dans son genre, s'apparente aux yeux de certains à celle des barbus qui crient "Allahou Akbar ! "…

J'en conclurais volontiers qu'il y a deux aspects de la laïcité, ou deux laïcités.

- Celle que, comme beaucoup de catholiques, je considère aujourd'hui comme une chance car, après des siècles de gallicanisme, entrecoupés de persécutions sanglantes, elle nous a finalement donné la paix religieuse avec une grande liberté, celle de vivre notre foi au quotidien et celle d'accueillir la jeunesse du monde lors des JMJ d'Août 1997.
      Notre situation de pays laïque n'a rien à voir actuellement avec celle de la Chine actuelle ou des pays communistes d'avant 1989.

- Celle que je n'aime pas, en revanche, est dominée par des athées sectaires qui gardent malheureusement une grande influence dans la classe politique et l'opinion.
      Ils déclarent ne croire que ce qu'ils voient. Ils sont conduits à estimer que l'homme est " soi-même la source et la fin de tout". Pour eux, parce que Dieu est invisible, il n'est qu'un produit de notre imagination et un refuge face aux aléas de la vie, bref l'opium du peuple, comme disait Marx. Ils réduisent l'Homme et l'Univers à la matière.
      Ils refusent de reconnaître que, dès le début de son histoire, l'homme a cherché à comprendre ce qui le différenciait des bêtes, le sens de son existence et l'origine du cosmos.
      Ils oublient que la religion constitue le fondement de toutes les grandes civilisations humaines. Parmi d'autres, le Japon, la Chine et l'Inde ont des usages inspirés de la pensée de leurs grands mystiques qui incitent l'homme à tendre vers la perfection que sa nature lui refuse.
      Près de la moitié des êtres humains ont ainsi un mode de vie dicté par les notions de bien et de mal, l'incitation à maîtriser passions et sentiments et un effort de valorisation intérieure.
     L'islam, le christianisme et le judaïsme ont une influence analogue en reconnaissant l'existence d'un Dieu unique, maître de la vie et de l'Univers.
      S'agissant du Christianisme, les athées oublient que ce sont les lois morales édictées par Jésus, quand il est venu sur terre, qui représentent, c'est un fait, les bases de la civilisation occidentale.
      Quoi qu'ils fassent et disent, l'essentiel de notre vision de l'homme, c'est que la dignité de toute personne humaine est sans limite car elle est unique. Nous croyons que notre salut et celui de l'humanité ne reposent pas sur une contrainte autoritaire à des pratiques religieuses formelles mais sur l'adhésion individuelle au précepte de l'amour.
      Les notions de Bien et de Mal en découlent, de même que les valeurs fondamentales de notre civilisation occidentale: la primauté de l'individu au sein de la collectivité.
      N'en déplaise à ces sectaires de la laïcité, les droits de l'homme viennent de là, comme la devise même de notre République: Liberté, Egalité, Fraternité…

***

      J'ajoute que connaître notre identité profonde et en vivre deviendra de plus en plus important alors que le choc des civilisations se fera plus menaçant.

Platon nous a appris, en effet, que ce sont les hommes et non les pierres qui font le rempart de la Cité. La force de celle-ci ne repose pas sur l'épaisseur de ses murailles, ni seulement sur sa richesse matérielle, mais trouve d'abord sa source dans les valeurs qui font vivre les citoyens.

Il n'y a aucune raison pour qu'il en soit autrement à propos de notre Europe car l'évolution des techniques n'a pas transformé la nature humaine.
      Ainsi, sa survie et son rayonnement dépendront, comme ce fut toujours le cas dans l'histoire, de ce qui nous fait vivre, donc de ce qui constitue le fondement de notre civilisation.

Répugner à inclure la référence Chrétienne dans la future Constitution Européenne est donc une aberration et une injustice.
      Ce sont les moines qui ont lancé le défrichement de la forêt primitive. Le labeur de leurs copistes nous a transmis une partie importante de la sagesse de l'Antiquité. La foi populaire a fait construire une cathédrale au milieu de chacune de nos villes, une église au centre de nos villages et un calvaire en beaucoup de nos carrefours…
      Tout ce qui concerne l'Enseignement et l'Assistance Publique, au sens large, est d'origine chrétienne, sans parler des fondements du Droit…

… Et surtout la morale Chrétienne a imprégné toute notre société au point que ce qui en reste, même laïcisé, est de la même inspiration…
      Voilà ce que je pense.

***

Au cas où tu ne le saurais pas, je t'informe qu'un Colloque vient précisément d'être organisé à Bruxelles sur le thème "Dieu et l'Europe". ( 1 ) Il a publié un manifeste dont voici un extrait:

"Nous constatons que l'Europe s'est construite sur une synthèse originale et spécifique qui réunit la philosophie grecque, le droit romain et les cultures germaniques, celtes et slaves grâce à l'adhésion de ses peuples au christianisme. Sans être une source exclusive de notre identité et sans qu'il en résulte une méconnaissance des apports d'autres traditions philosophiques ou spirituelles, le christianisme a façonné d'une manière déterminante notre civilisation commune: valeurs de liberté et de responsabilité, de respect de la dignité humaine et du droit, de subsidiarité et de solidarité.

Nous affirmons que, si l'Europe est la rencontre de cet héritage fondateur commun et de l'apport spécifique de chaque peuple, il est juste et conforme à sa mémoire de le reconnaître dans les différents domaines juridique, culturel mais aussi politique, où il s'exprime.

Refusant que l'Europe ne soit qu'un simple espace économique et voulant réussir la réunification de ses deux composantes, occidentale et orientale, nous jugeons nécessaire d'exprimer son identité de façon complète et objective afin de l'enraciner sur un socle de valeurs reconnues et partagées.

1/ Par conséquent, nous demandons en premier lieu que le fait religieux soit reconnu dans le futur Traité fondateur de l'Europe réunifiée afin de neutraliser toute tentative, idéologique et politique d'instrumentalisation des peuples et des religions. Cette reconnaissance ne constitue pas l'expression d'une position politique partisan mais résulte d'un regard objectif porté sur la réalité de son rôle en Europe. [...]

2/ En outre, nous demandons que soit reconnue la valeur universelle du principe de dignité de la personne humaine, dans toutes ses expressions.

- Respect de la dignité et de la vie de tout être humain quel que soit son stade de développement et son état de santé. Rejet de toute technique ou recherche scientifique contraire à ce droit fondamental et de toute recherche sur l'embryon humain et toute technique de clonage. Le droit à la vie doit être respecté, honoré et protégé de la conception à la mort naturelle.

- La famille, fondée sur le mariage entre l'homme et la femme, constitue la cellule fondamentale de la société. Lieu d'accueil de la vie, lieu d'éducation et lieu d'apprentissage de la vie en société, elle est le cadre indispensable à la croissance et à l'épanouissement des enfants. "


France-Valeurs souscrit tout à fait à cette déclaration et demande qu'elle passe dans les faits !

Je pense que cela répondra à ton attente.

Affectueusement

Jean Delaunay
***

      ( 1) Le Colloque de Bruxelles a été organisé par Elizabeth Montfort, vice-présidente de la Convention des Chrétiens pour l'Europe, et Philippe de Saint Germain, délégué général de la Fondation de Service politique.
83 rue St Dominique 75007 Paris. Il organise une pétition sur ce thème.
Email: fsp@club.internet.fr
***
NDLR La Lettre à Marie Anne est inspirée de l'article intitulé " Spiritualité et Mondialisation " du Général Paul Arnaud de Foïard, publié dans " Le Casoar ".
***


Quelques rappels concernant l'Argumentaire de France-Valeurs

Ce petit document, sans prétention, philosophique ou autre, vise à présenter un certain nombre de Valeurs humaines fondamentales, ces piliers qui permettent à l'homme et à la société de tenir debout. Il fait essentiellement appel au bon sens, en rappelant des vérités perdues de vue ou battues en brèche par les médias et l'air du temps. Certaines Valeurs comme la Liberté & la Tolérance ne sont pas évoquées car communément admises ( encore qu'on devrait consacrer une étude à la Liberté que nos contemporains confondent volontiers avec celle de faire n'importe quoi …)

      Quoi qu'il en soit, le sommaire de l'argumentaire actuel est le suivant:


Introduction
Contenu et limites
Courage
Sens de la responsabilité
Honneur
Générosité
Respect
Autorité
Famille
Civisme
Patriotisme
Vie
Conclusion
page
3
6
7
13
19
23
27
31
37
47
52
56
60



Chaque chapitre comporte 3 parties:

-De quoi s'agit-il ?

-La crise de la Valeur en question.

- Comment réagir : l'éducation à la Valeur en question.

On aborde aujourd'hui le thème du travail dont l'ébauche figure ci-après. Il vous est demandé de la critiquer , de l'enrichir et de la compléter.

***

LE TRAVAIL

Au moment où l'agitation sociale en France, liée notamment au problèmes des retraites, aggrave la crise économique, France-Valeurs juge nécessaire de lancer une réflexion sur le "Travail" considéré comme une Valeur en soi.

Nous regrettons que tout ce que sous tend la trilogie "Travail, Famille, Patrie " ait été balayé en 1944 comme entaché d'une atmosphère de défaite et de "Collaboration". De notre point de vue, en effet, le travail est indissociable d'autres Valeurs humaines fondamentales, au même titre que, par exemple, le courage, la responsabilité et le sens de l'honneur, le civisme et l'attachement à la famille et à la Patrie.

La notion de Travail est complexe et souvent ambivalente. ( Il n'est d'ailleurs que de regarder l'étymologie du mot qui est, en soi, tout un programme. Il vient de trepalium qui signifie instrument de torture… )

      Pour l'explorer, nous nous efforcerons d'abord de cerner le sujet en expliquant ses différents aspects.
      Nous soulignerons ensuite la crise actuelle du travail dans notre société.
      Nous lancerons enfin quelques pistes de réflexion sur la formation des jeunes au respect du travail et au sens de l'effort, cet aspect de l'éducation étant inséparable de la formation de leur esprit, de leur cœur, de leur corps et de leur caractère .

1/ DE QUOI S'AGIT-IL ?

Définitions

Le dictionnaire détaille quelques acceptions du terme :

"Effort, application pour faire une chose"
"Ouvrage qui est à faire "( Je distribue le travail aux ouvriers… )
"Manière dont un objet est exécuté" ( C'est du beau travail… )
"Occupation rétribuée" ( Je vis de mon travail… )

Ce sont ces aspects là qui nous intéressent ici .
( Pour mémoire , on peut aussi citer le mouvement qui se produit dans les matériaux. ( Ce mur a travaillé… ) et, en mécanique, le produit d'une force par un déplacement … )

Quelques idées de base

· Le travail est la loi de la vie. C'est un devoir naturel pour l'homme. C'est une nécessité vitale. Il permet aux hommes d'assurer leur subsistance en vertu de la loi divine ancestrale:

"Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front".

      C'est aussi un besoin psychologique. Il a des forces à dépenser. Il aime créer et se retrouver dans son œuvre. C'est le besoin d'action plus que la soif du gain qui pousse beaucoup d'hommes à s'investir beaucoup dans leur travail. C'est aussi une obligation morale car l'oisiveté est mère de tous les vices.

En tant qu'activité humaine, le travail est le facteur essentiel de la transformation du monde et de la formation de la civilisation. Travailler, c'est participer à la création continue du monde. Pour les Chrétiens, Dieu nous a laissé une création à l'état brut, imparfaite, et c'est à nous de la parachever.

C'est un aspect majeur de la vie en société: à travers la division du travail, il rappelle aux hommes leur solidarité ( le boulanger travaille pour le garagiste - et inversement …).

      · Une raison d'être du travail est de produire les biens et services nécessaires à une vie meilleure.
      · Le travail est aussi une occasion d'échanger avec les autres des biens, des idées, des services et des sentiments.

Le salariat est le mode de travail moderne le plus fréquent. Il exige l'existence et le respect d'un contrat entre employeur et employé.

Cela dit:

      · L'homme est une personne et non une bête de somme. Il ne doit ni être exploité ni s'exploiter lui-même au delà du raisonnable : santé à préserver, famille à garantir

· Le monde moderne voit coexister une grande variété de formes de travail, depuis le labeur de la femme du Tiers Monde qui bine son champ à la houe avec un bébé sur le dos, après avoir été chercher l'eau au puits, jusqu' à l'activité virtuelle du "trader" qui brasse pourtant des millions de dollars sur Internet…

· Dans les société industrialisées comme la nôtre, la proportion d'hommes et de femmes qui font un travail présumé "intellectuel", notamment de ceux qui sont occupés dans les services, devient majoritaire.

· Certains travaux exigent compétence et initiative et sont a priori épanouissants ( formation des hommes, recherche …) , d'autres sont rebutants et répétitifs ( éboueurs …) A propos des métiers rebutants, Paul Valéry parlait de " l'infamie des métiers les plus nécessaires : le nettoyage, l'inhumation, les professions de santé… "

Petit Historique
      Pendant les siècles de l'Antiquité païenne, le travail, symbole d'activité fatigante, a été maudit et réservé aux esclaves. C'est au XVI° siècle que le mot travail est apparu. Auparavant, on disait le labeur.

      C'est le christianisme qui a réhabilité le travail, vu surtout à travers le travail manuel, celui des paysans et des artisans, et celui des moines ( ora et labora ) , sous un triple aspect::

- moyen de dominer la terre et donc de participer à la création continue du monde,

- facteur d'épanouissement personnel du travailleur, au moins de certains d'entre eux et facteur d'insertion de l'individu dans la société.

Et puis, au XIX° siècle, le début du développement industriel ( industries textiles et mines, par exemple ) a généré la formation du prolétariat, considéré par certains comme une nouvelle forme d'esclavage car réduisant les ouvriers au rang de purs instruments de production

En réalité le prolétariat existait déjà mais il était agricole, uniformément répandu, accepté et on ne le voyait pas. La population rurale qui arrivait en ville n'était pas logée. Au XIX° siècle , la misère est devenue visible et le rassemblement urbain a donné à ces populations l'idée et le moyen de protester

En France, les améliorations des conditions de travail et autres manifestations de justice sociale ont été souvent imaginées et mises en œuvre par des patrons chrétiens d'avant garde. Il n'en reste pas moins que beaucoup d'autres ont été souvent arrachées par la lutte.

Partant de cette constatation, les syndicats français, très marxisés, ont souvent pratiqué la surenchère et contribué à détruire l'outil de travail. C'est ainsi, par exemple et parmi d'autres abus, que l'activité des ports français a été compromise, sinon sabotée, par l'action néfaste des syndicats de dockers…

2/ LA CRISE DU TRAVAIL

§ D'un côté
· Tout se passe comme si le travail était dévalué en tant que Valeur.
Cela est dû à la fois:
- à la technique qui a, heureusement, allégé la peine des hommes, via notamment la mécanisation et l'informatique, mais les a éloignés de la nature, donc leur a fait perdre de vue les aspects positifs du travail…
    Au XIXe, la peine du travail était surtout musculaire. Aujourd'hui, les machines ont soulagé cette peine mais lui ont substitué la surcharge du système nerveux. Depuis 1970, le nombre de dépressifs en France a été multiplié par 6.
- à l'idéologie marxiste qui soutient que le travail est l'exploitation de l'homme par l'homme et qu'il s'agit d'un mal qu'il faut réduire, d'où la retraite à 60 ans et la semaine de 35 H

Par ailleurs, les entreprises ne font sans doute pas ce qu'il faut pour anoblir le travail. Les chefs du personnel sont maintenant appelés DRH ( directeurs des ressources humaines ) mais l'expression "ressources humaines " a quelque chose de choquant …

- à la vulgarisation ( abusive ? ) de la notion de loisirs qui semble devenir pour certains un but de vie.

- Il en résulte, entre autres, que:

· Le travail manuel est sous-estimé : on manque partout de main d'oeuvre qualifiée, y compris chez les artisans. Quant aux métiers pénibles, ils ne sont plus guère accomplis que par des immigrés.

· Les gens semblent vouloir travailler de moins en moins. Cela est dû à diverses causes, notamment à des mesures qui partaient initialement d'une idée généreuse mais qui sont dévoyées dans les faits:
-L'Education Nationale contribue à créer de mauvaises habitudes aux jeunes en leur donnant abusivement des vacances. Quant aux étudiants, ils restent plus de 4 mois par an sans cours..
-Beaucoup des filières de l'Enseignement ne permettent pas de trouver un emploi professionnel.
-Née d'une utopie socialiste, celle du partage du travail, la notion de réduction du temps de travail ( RTT ) a eu des effets pervers, non seulement en désorganisant certaines professions ou certains organismes ( hôpitaux ) mais surtout en démobilisant les gens.
- Les arrêts de travail de complaisance constituent l'une des plaies de la Sécu.
- Les subventions du genre RMI sont trop souvent des repoussoirs au travail.
- Les allocations de chômage ne font pas la différence entre le chômeur qui cherche vraiment un emploi et qui accepte de gagner initialement moins pour se remettre dans le coup et celui pour qui l'allocation n'est qu'un complément de ressources s'ajoutant à son travail au noir

§ D'un autre côté:
      Les cadres, notamment, sont exploités au maximum et beaucoup d'entre eux se disent surmenés
      Dans certaines professions ( infirmières …), le dévouement est peut-être également abusivement exploité.

· Le travail au noir et les trafics en tous genres contribuent à dévaloriser encore le travail honnête.

§ Ce qui est souvent considéré comme un droit, le droit au travail, est mis en cause par le chômage. La privation de travail est ressentie comme une atteinte à la dignité des personnes en cause.

§ En revanche, certains droits du travail sont détournés. Le droit de grève est souvent utilisé pour des motifs politiques, ce qui aboutit à perturber gravement la vie de la société.

3/ POUR UNE EDUCATION AU RESPECT DU TRAVAIL et AU SENS DE L'EFFORT

Principe éducatif de base à appliquer, dans la famille et à l'école, chez les enfants tout jeunes:

en finir avec le laxisme, retrouver une certaine rigueur éducative
( n'excluant pas la tendresse )

- encourager notamment la discipline de vie,

- inculquer le respect du travail d'autrui ( ne pas salir ce qui a été nettoyé, ne pas casser par plaisir… ) et sanctionner en conséquence les taggeurs et autres saboteurs du bien commun…),

- enseigner en revanche le culte du service gratuit dans la famille

- enseigner le goût de l'effort, y compris par le sport

- montrer que l'école, par le travail scolaire qu'elle impose, est une école de vie…

Principes complémentaires:

· Informer les jeunes, y compris les littéraires et les scientifiques, sur les réalités économiques ( la valeur de l'argent à travers le mal qu'on a à le gagner …)

· Instaurer une expérience de vrai travail en entreprise, y compris de travail manuel, obligatoire pour tous les jeunes, notamment plus les plus brillants : ENA, X, HEC, futurs enseignants …

(En ce qui me concerne , j'ai été profondément marqué par mon expérience d'ouvrier agricole pendant l'Occupation , puis par celle de chef d'équipe de bûcherons pendant 8 mois aux Chantiers de Jeunesse .Par opposition , j'entends parler de stages ouvriers pour certains étudiants ( y compris les St Cyriens ) qui sont en fait des stages - bidons. )

· Réhabiliter le travail manuel ; développer les filières de formation correspondantes et encourager des jeunes de qualité à les suivre.
Montrer par exemple qu'un plombier a une vie plus intéressante et plus rémunératrice qu'un fonctionnaire subalterne.

· Enfin et surtout enseigner une vraie philosophie du travail

Tout en faisant comprendre aux jeunes ( et aux adultes) :

- qu'il faut travailler pour gagner sa vie.
       - que le travail est noble et ennoblit celui qui l'accomplit.
       - que le travail difficile fait en commun crée des liens ( la camaraderie de la mine et de l'atelier .

       - Qu'en France même, certains métiers ne sont pas gratifiants …
( encore que ce soit une notion toute relative… car, deux ouvriers étant côte à côte, l'un dit: "Je casse des pierres" et l'autre : " Je fais une cathédrale"… )
       - mais que le travail en France et en Europe est un "paradis" par rapport aux fabriques de tapis ( et autres ) du Tiers Monde et aux bagnes de production, chinois et autres, où les ouvriers venus de la campagne sont quasi militarisés , logés à l'usine où les horaires sont bien supérieurs à 35 H…

      - Alors que d'autres sont passionnants.
( Certains trouvent même qu'il n'y a guère que le travail qui soit vraiment amusant dans la vie ! )

     - Mais même quand on fait un travail inintéressant, il est possible de chercher son épanouissement ailleurs, dans sa famille , dans sa chorale ou dans son jardin … ou les 3 à la fois…

· Cela dit, une vraie philosophie du temps libre s'impose aussi.
L'avènement du temps libre est un phénomène récent qui a rapidement progressé comme l'indique le tableau ci-dessous:

En 1800 En 1900 En 1986
L'espérance de vie était de
dont
pour le temps physiologique
( sommeil , repas …) équivalent de :
pour le travail
pour les transports et déplacements
pour l'enfance et la scolarité
temps libre d'adulte
36 ans


15 ans
11 ans
  2 ans
  5 ans
  3 ans
50 ans


22 ans
12 ans
  3 ans
  7 ans
  6 ans
72 ans


31 ans
  8 ans
  6 ans
  8 ans
19 ans

L'écart est encore bien plus grand aujourd'hui.

L'allongement de la durée de vie et la longueur de la retraite impliquent que les gens se préparent à une deuxième vie qu'ils se doivent de rendre féconde pour qu'elle soit heureuse.

Conclusion

Il faut apprendre aux jeunes , d'une part, à travailler,

Et , d'autre part, à faire de leurs loisirs quelque chose de valorisant et d'équilibrant.

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