Lettre de juillet 2001

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Lettre aux adhérents


   L'important dossier Respect de la vie humaine constitue l'objet exclusif de cette Lettre.


    La situation actuelle le justifie. En effet, nos amis le savent bien, la France semble en paix mais, il s'y livre une véritable guerre des idées. Grâce à un véritable matraquage médiatique, certains travaillent à changer les mentalités des Français pour les amener à rejeter les Valeurs d'inspiration Chrétienne qui constituaient le fond culturel de notre pays.


    Au centre de cet affrontement dont elle constitue l'enjeu majeur, figure la conception même de la Vie humaine. Des problèmes de société comme l'avortement et l'euthanasie, sans parler du clonage et des manipulations génétiques, font en effet apparaître le clivage entre deux conceptions de l'homme radicalement opposées.


    On peut faire à cet égard deux types de remarques :
1/ En se plaçant du seul point de vue naturel qui est celui de " France-Valeurs ", il est clair, qu'au fil des âges, les hommes ont progressivement affiné leur vision de l'homme. Ils ont notamment découvert que :
- La personne humaine a une valeur inestimable car chaque homme est unique.
Le caractère sacré de la vie est dorénavant inscrit dans le cœur de l'homme comme une loi naturelle et ne peut être violé par simple convenance, même par une opinion majoritaire.

    Il est à remarquer que ceux qui admettent l'avortement et l'euthanasie au nom des droits de l'Homme violent la droit à la vie des plus faibles… mais ce sont les mêmes qui récusent le plus énergiquement la peine de mort…

- La Vie a un caractère mystérieux qui nous dépasse. Nous pouvons la transmettre mais non la créer. Nous ne sommes maîtres ni de la vie ni de la mort. Elles obéissent à des lois biologiques inscrites en chaque personne.

- Tout homme est responsable de la Vie, de la sienne, de celle des autres, notamment de la vie des enfants qu'il a conçus. Le vieux précepte : " tu ne tueras point" est ainsi l'un des acquis moraux majeurs de l'humanité.

- La famille est fondée sur l'union stable et durable d'un homme et d'une femme ayant le projet de donner la vie et d'élever les enfants à deux. Elle est donc le sanctuaire de la vie.

    La conception Chrétienne de la Vie renforce, éclaire et élargit cette vision naturelle des choses car, pour un Chrétien, la vie est d'abord un don de Dieu.
***
2/ Cela dit, les problèmes actuels liés au respect de la vie sont difficiles à appréhender pour différentes raisons :
- la Science a fait des progrès phénoménaux . On est aujourd'hui parvenu à découvrir et à expliquer une partie de ce qu'on appelait autrefois le mystère de la vie. Pour ne prendre que deux exemples, les biologistes savent dorénavant transmettre la vie humaine de façon artificielle et espèrent bientôt pouvoir guérir des maladies génétiques hier incurables.
- C'est l'aspect positif de l'extraordinaire avancée de la Science.
Il y a malheureusement d'autres aspects de la question à prendre en considération.

En effet les innovations ne révèlent parfois leurs effets pervers que des années après leur mise en application ; d'où la nécessaire référence au principe de précaution.

    Par ailleurs, on constates des dérives dans la mise en œuvre de mesures à caractère social relevant de la bioéthique. A titre d'exemple, alors que l'IVG était autrefois présentée comme une disposition exceptionnelle destinée à des femmes en situation de détresse, l'avortement, banalisé, est aujourd'hui considéré comme un droit, remboursé par la Sécu et utilisé comme un moyen supplémentaire de contraception. En outre, aucune des dispositions prévues par la loi pour tenter de dissuader les femmes d'y recourir n'ont été suivies d'effet… Dans le même temps, on vient de faire accoucher une femme de 62 ans…

    Enfin et surtout, l'aspect le plus élevé de ces problèmes , qui relève de la philosophie plus que de la technique, semble fréquemment occulté ou minimisé même si le Gouvernement consulte un Comité National d'Ethique.

    Nous sommes en effet en droit de nous poser la triple question :

   Sous prétexte que les savants savent faire beaucoup de choses dans le domaine du Vivant, ont-ils pour autant le droit de le faire ?

Sur le plan du risque, dans ce domaine où les effets pervers des découvertes est souvent inconnu , ne risquent-ils pas de jouer à l'apprenti sorcier ?

Sur le plan moral, jusqu'où ont-ils le droit de violer le Sacré, le mystère de la Vie ?


    Pour tenter , sinon de répondre complètement à ces questions, au moins d'éclairer un peu le débat, nous vous proposons ci-joint le point de vue de quatre de nos amis qui connaissent ces problèmes et qui y ont réfléchi sans , pour autant en discourir à la TV (encore qu'Axelle y soit apparu …) ou signer des articles dans le Monde.

    Dans ce dossier, je fais allusion page 14 à " L'embryon Citoyen ", Le récent livre de Christine BOUTIN, le courageux député des Yvelines qui a centré son activité politique sur la défense de la Vie.

    Si vous voulez en savoir plus sur ces sujets, lisez son livre et demandez les dossier de l'Association qu'elle a créée, l'Alliance pour les Droits de la Vie, amie de France-Valeurs.
    Alliance pour les droits de la vie BP 111.07   75326 Paris Cedex 07
Tel. 01 45 23 08 29
***

Signalons également la Fondation Jérôme LEJEUNE qui à été créée pour continuer l'action du professeur Lejeune, père de la génétique moderne et, notamment, découvreur de la Trisomie 21. La Fondation s'est donnée 3 missions :
   - Chercher à vaincre la Trisomie 21 et les autres maladies de l'intelligence.
   - Soigner, grâce à l'accueil et au suivi des malades dans les Centres spécialisés de la fondation- Défendre la dignité fondamentale de toute vie humaine.

Adressez vos dons et demandes d'information à la
Fondation Jérôme LEJEUNE
31, rue Galande 75005 Paris
Tel 01 46 33 31 82 Fax 01 44 97 16 25
INTERNET www.fondationlejeune.org
Consultations médicales sur rendez-vous au 01 45 45 55 56
Consultations juridiques gratuites et anonymes sur rendez vous au 01 45 45 55 56

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Le point de vue d'un médecin de base sur le respect de la vie

Karine, médecin, 31 ans , est mariée et mère de 2 enfants. Elle en attend un autre. Elle est chrétienne.

Karine, que pensez vous de mon approche de la question ? Partagez vous mon inquiétude ?


    Comme vous le dites, on ne peut dissocier le non-respect de la vie de la disparition des Valeurs fondamentales: courage, sens des responsabilités et celui de l'honneur, générosité, respect de l'autorité, sens du civisme, attachement à la famille et à la patrie.
    De plus en plus, j'ai l'impression d'évoluer dans une société où l'homme ne se reconnaît plus de devoirs mais uniquement des droits, et en particulier le droit au plaisir.
    Il se croit tout puissant et esquive ou combat tout ce qui pourrait empêcher sa domination. Le non-respect de la vie, qui est en fait une tentative de l'individu de maîtriser la création, est l'un des éléments de ce besoin de toute puissance. A des degrés moins élevés, l'effondrement du civisme, la montée de l'individualisme et la perte des autres valeurs entrent aussi dans cette volonté de ne rien devoir à personne. L'homme moderne prétend être maître absolu de son destin et de ses choix…

    Pour moi, la volonté de plus en plus exacerbée de vouloir maîtriser tout ce qui touche à la vie, que ce soit pour la détruire ou au contraire la créer, ou du moins la transmettre, artificiellement, est le stade ultime de cette évolution.

    Je partage évidemment votre inquiétude car rien ne semble pouvoir arrêter ce processus. Cependant, je reste dans l'espérance que ces Valeurs, qui ont été comme les piliers de notre société, restent enseignées dans certaines familles. Je pense que c'est par la base, et non grâce à ceux qui ont le pouvoir, que nous pourrons inverser cette tendance. Je suis inquiète de la société que nous construisons pour nos enfants. Cependant, je sais que c'est par nos enfants et l'éducation que nous leur donnerons, qu'elle pourra changer.

Quels sont les problèmes moraux que soulève la maîtrise de ces techniques ?

- Un premier problème, dont on parle peu, c'est le non-respect de la liberté de chacun. On présente le choix de l'avortement comme une liberté pour la femme; on oublie trop que les praticiens, eux, ne sont pas libres de refuser d'effectuer l'acte en question. Où est le respect des convictions et de la liberté de chacun ?

- Pour faire accepter l'avortement, on a autoritairement décidé que, jusqu'à 12 semaines, le fœtus n'était pas un être humain. Or, la 1ère échographie effectuée entre 12 et 14 semaines permet déjà à la maman de voir son bébé avec ses bras, ses jambes… etc. Nous sommes donc en train d'accepter que l'ont tue des êtres sans défense.
Où s 'arrêtera-t-on ? Comment ne pas penser que, demain, nous supprimerons les personnes âgées trop nombreuses et qui coûtent cher à notre société, puis tous les invalides dont on ne veut plus s'occuper ? L'avortement est un meurtre décidé pour le confort. Jusqu'où ira notre recherche du confort ?

- Un mineur relève, pour tout ce qui concerne le droit, de l'autorité parentale. Les parents sont responsables de tous les actes de leurs enfants. Quand il s'agit de sa vie ou de sa mort, pourquoi donc se trouveraient-ils évincés ? C'est une atteinte grave à la famille.

- La loi, telle qu'elle a été votée, ne rend plus obligatoire la consultation d'information de la femme enceinte préalable à toute IVG. Dans le même temps, les praticiens sont tenus d'informer leur patient des risques de telle ou telle autre intervention et ils y consacrent beaucoup de temps car, à défaut, ils peuvent être attaqués. Banalise-t-on l'avortement au point de ne pas requérir les mêmes précautions qu'une simple fibroscopie gastrique ?

    Comment peut-on espérer qu'une femme puisse faire un vrai choix alors qu'elle ne sait pas ce qu'elle choisit ?
- La congélation des embryons lors des fécondations in vitro pose le problème de leur utilisation. Que l'on soit amené à les éliminer ou à les conserver pour faire de la recherche, on joue avec des êtres humains. Le simple fait d'effectuer une F.I.V. ( fécondation in vitro ) est déjà moralement dangereux car il impose un choix, qui n'en est plus un, par la création d'embryons surnuméraires. Certes, la souffrance des couples stériles est respectable, et leur désir d'enfant légitime, mais lorsque la réalisation de leur désir d'enfant entraîne la mort d'autres enfants ( au stade d'embryons, certes, mais ce sont quand même des enfants… ), on est en droit de se questionner sur la légitimité morale de l'acte…

- Le dépistage pré-implantatoire et l'avancée des techniques médicales permettent à l'heure actuelle de dépister un grand nombre de pathologies avant la naissance. Ceci permet donc aux futurs parents de mieux se préparer, et au corps médical de prévoir très rapidement des interventions nécessaires à la vie de l'enfant. On a détourné cet objectif en insinuant qu'ainsi les parents informés pourraient faire le choix d'une éventuelle " Interruption Thérapeutique de Grossesse " qui, contrairement à l'I.V.G., n'est soumise à aucun délai… Quelles pourraient être les limites d'un tel choix ? Pourquoi un trisomique aurait moins le droit de vivre qu'un enfant à qui il manque un rein ? Dans cette recherche de plus de confort où l'on ne veut plus d'enfants qui ne soient pas parfaits, nous nous dirigeons " grâce " à ces techniques, mais aussi " grâce " à la pression publique, vers l'eugénisme.

    Y a -t-il, selon vous, au plan philosophique, un lien entre l'attitude des pouvoirs publics et des médias vis à vis de l'avortement et le développement spectaculaire des moyens modernes de diagnostic prénatal. En bref, "l' échographie est-elle l'antichambre de l'I.V.G. " ?
    Les pouvoirs publics, mais surtout les médias, exercent une pression importante sur la population, entre autres en ce qui concerne l'avortement. Contrairement à ce qui est dit, les lois votées en matière d'I.V.G. ne rendent pas les femmes plus libres de leur choix car elles les contraignent à cette solution dans le cas d'une grossesse non désirée. Aucune autre information n'est délivrée aux femmes qui souhaiteraient mener leur grossesse à terme et le courant actuel tend même à faire en sorte que qu'une grossesse n'arrive pas...
    En ce qui concerne le diagnostic prénatal, comme je l'ai dit plus haut, il a pour but de prévenir les parents d'une éventuelle malformation et de les préparer ainsi à l'accueil d'un enfant handicapé. Il permet aussi au corps médical de prévoir une intervention en urgence, si cela est nécessaire, et de mieux prendre en charge la maman. Par l'extraordinaire médiatisation de ces techniques et de toutes les affaires qui évoluent autour, " arrêt Perruche " notamment, cette investigation est progressivement détournée de son objet initial et le diagnostic prénatal est de plus en plus considéré comme un moyen de sélectionner les enfants qui auront le droit de vivre.
    Ceci est dû, en particulier, au fait que notre société est de moins en moins prête à faire l'effort d'accueillir des êtres différents.
Les médias sont complices de cet état de fait par les images qu'ils véhiculent et qui évoquent le bonheur parfait … Ils nous conditionnent au point de nous amener à ne plus admettre ce qui pourrait déranger notre petit confort.

    La pression devient de plus en plus grande sur les femmes enceintes. A titre d'exemple, toutes sont soumises, quelque soit leur âge," au dépistage sanguin " de la trisomie 21. Ce test, qui n'a en aucune manière fait la preuve de sa rigueur ( Il comporterait 60% de faux résultats positifs …), leur est proposé au 3ème mois. Si le résultat place la patiente dans une catégorie à risque modéré ou élevé, on lui propose d'emblée une amniocentèse ( avec le risque correspondant, à 5 à 10%, de provoquer une fausse couche ).
    Pour refuser cet engrenage, la patiente doit signer un papier désengageant le praticien… Il est bien évident que peu nombreuses sont celles qui ont le courage de le faire.

    Nombre de médecins sont révoltés d'avoir à faire des I.V.G et surtout des I.T.G ( qui surviennent en général plus tard dans la grossesse). La population subit depuis quelques années une extraordinaire pression de la part des médias dans leur ensemble ( journaux, émissions de télé…) et des pouvoirs publics, qui tend à faire passer l'avortement comme seule solution " politiquement correcte " à une grossesse non désirée.

    De fait, ceux qui soutiennent une position différentes sont marginalisés et caricaturés.Il faut continuer à aider les femmes à faire un vrai choix libre et donc les informer davantage sur les soutiens qu'elles peuvent obtenir lorsqu'elles souhaitent garder leur enfant. Il faudrait aussi pouvoir être présent dans les centres de Planning Familial, et dans les écoles pour informer les jeunes de tout cela avant qu'ils ne fondent une famille.

    D'une manière plus générale, il est surtout important que nous ne baissions pas les bras et que nous nous manifestions davantage... Nous sommes beaucoup qui voulons défendre la vie, notamment dans le monde médical, mais nous ne nous retrouvons pas assez nombreux dans les groupes de pression.
***
Si vous voulez intervenir auprès des médias, nous vous rappelons les coordonnées des principales radios et chaines de Télévision

Radio France
(France Inter, France Info, France Culture):
116 avenue du Président
Kennedy ? 75220 PARIS Cedex 16
Tel. 01.56.40.22.22.
Europe 1:
26 bis rue Fran,cois 1er ? 75008
PARIS ? Tel. 01.42.32.90.00.
RTL22 rue Bayard ? 75008 PARIS
Tel. 01.40.70.40.70.
TF1:
1 Quai du Point du Jour
92656 BOULOGNE Cedex
Tel. 01.41.41.12.34.
France 2:
7 Esplanade Henri de France
75907 PARIS Cedex 15
Tel. 01.56.22.36.71.
France 3:
7 Esplanade Henri de France
75907 PARIS Cedex 15
Tel. 01.56.22.30.30.
M6:
89 avenue Charles de Gaulle
92575 NEUILLY?SUR?SEINE
Tel 01.41.92.66.66.
Canal +:
85?89 quai Andre?Citroën
75711 PARIS Cedex 15
Tel. 01.44.25.10.00.


Bioéthique et Valeurs Humaines
Par Delphine Quantin

Delphine Quantin, 27 ans, est mariée et mère de deux enfants, professeur agrégé de Biochimie-Génie Génétique et ancienne élève de l'Ecole Normale Supérieure de Cachan

Delphine, que pensez-vous de mon approche de la question ? Partagez-vous mon inquiétude ?


    Les progrès scientifiques dans le domaine de la biologie ont connu une véritable révolution lors de ces cinquante dernières années. Notre connaissance de l'homme et en particulier des mécanismes de la transmission de la vie s'est affinée et, surtout, les possibilités techniques permettent d'envisager aujourd'hui dans ce domaine le meilleur comme le pire. Le XX° siècle s'est achevé sur un certain nombre d'événements médiatisés qualifiés de progrès et qui ne peuvent que nous conduire à une réflexion sur les enjeux et moyens de la recherche médicale.
    Je pense en particulier au séquençage du génome humain, à la naissance d'un petit Valentin après diagnostic préimplantatoire et au projet de révision des lois de bioéthique autorisant les recherches sur l'embryon.
    Force est de constater que, même si les médias parlent d'enjeux éthiques, les problématiques ne sont que rarement clairement expliquées et le discours tenu plus scientifique que philosophique.

    Afin de mieux saisir les enjeux des débats actuels, quelques considérations techniques sont nécessaires. Qu'est ce qu'un gène ? Qu'appelle t-on génome humain ?

    Notre organisme est constitué de centaines de milliards de cellules. Les cellules sont les plus petites entités structurales et fonctionnelles du vivant. On distingue de très nombreux types cellulaires plus ou moins spécialisés mais toutes les cellules ont la même organisation de base. Toutes les fonctions majeures d'une cellule sont effectuées grâce à des molécules à la fois nombreuses et diverses, les protéines.
    La fabrication des protéines dépend de programmes précis contenus dans le noyau des cellules. Cette information dite génétique est codée sous la forme d'un enchaînement de 4 motifs différents appelés bases au sein de 46 molécules d'ADN.
    Ces 46 molécules sont compactées lors des divisions cellulaires pour constituer les structures connues sous le nom de chromosomes. On peut comparer chaque molécule d'ADN à une gigantesque phrase composée de mots écrits avec un alphabet de 4 lettres; les gènes sont les mots de ce grand livre, séparés les uns des autres par des successions désordonnées de ces mêmes 4 lettres. Le livre personnel que forme ces phrases est ce que l'on appelle le génome.

    Décoder le génome humain, c'est identifier la succession des lettres qui composent chaque phrase afin de localiser et d'identifier les gènes.

Quel est l'intérêt du décodage du génome humain ?

    Le programme de séquençage du génome humain a été lancé en 1989 et touche à sa fin. De nombreuses perspectives s'ouvrent grâce au gigantesque travail réalisé par des chercheurs du monde entier.

    Dans l'immédiat, ces données vont permettre une meilleure connaissance de l'organisation et de l'expression de l'information génétique. On s'est ainsi aperçu que le nombre de gènes est plus faible que prévu (environ 30 000) et par conséquent le rôle des séquences non codantes devient plus énigmatique. De nombreux travaux visent à déterminer comment et pourquoi un gène donné peut être activé dans certaines conditions.
    L'essentiel du travail consiste désormais à déterminer la localisation des gènes de chaque chromosome et la ou les protéines codées par les différents gènes afin d'essayer de faire le lien avec les pathologies connues. Cette cartographie a et aura de grandes applications dans le diagnostic et le traitement des maladies d'origine génétique.

    D'ores et déjà, il est possible de détecter des anomalies responsables de pathologies dans le génome d'un individu, fût-il encore au stade de quelques cellules embryonnaires. La médecine dite prédictive permettra d'ici peu à chacun d'entre nous de connaître ses faiblesses génétiques, c'est à dire ses prédispositions pour tel cancer ou maladie dégénérative. Il est avant tout important de se réjouir de ces avancées qui permettront, grâce à des mesures préventives, d'améliorer la qualité et l'espérance de vie.

    Mais comment ne pas en entrevoir les risques ? Que ferons-nous de ces informations ? Resterons-t-elles confidentielles ou seront-elles demandées par les employeurs, assureurs ou banquiers ? L'inégalité des gènes sera-t-elle une nouvelle forme de discrimination ? Le petit Valentin est né il y a quelques mois indemne de la terrible maladie génétique transmise dans sa famille après tri d'embryons obtenus par fécondation in vitro. Sa vie a été jugée plus digne que celles d'autres embryons qui ont été détruits. Quel terrible message adressé aux personnes handicapées et à leurs familles ! Les fervents défenseurs de ce diagnostic préimplantatoire le justifient en invoquant la réelle détresse des parents et en assurant qu'il ne concerne que quelques familles atteintes de maladies incurables très graves. Aujourd'hui oui, mais demain ? Sur quels critères une famille pourra-t-elle bénéficier d'un tel diagnostic et du tri qui s'en suit ? Soyons vigilants pour que des situations extrêmes ne servent d'alibis pour imposer des mesures injustifiables.

    Le second niveau d'application du décodage du génome humain concerne la thérapie génique. Elle consiste à réparer des cellules malades grâce à l'introduction de gènes sains. Encore balbutiante aujourd'hui, elle pourra sans doute demain soigner les malades atteints de nombreuses maladies. Déjà quelques enfants atteints d'une maladie du système immunitaire, appelés enfants-bulles, ont pu retrouver, grâce à cette technique, une vie normale. Ces premiers résultats laissent entrevoir d'immenses espoirs. Les essais en cours concernent les cellules somatiques, c'est à dire non transmises à la descendance. Il est cependant certain que des pressions vont s'exercer afin que les cellules de la lignée germinale puissent être également guéries. Quel parent souhaite en effet transmettre son anomalie génétique à sa descendance ? Sur un plan technique, de nombreux obstacles persistent encore mais cette évolution semble inexorable puisqu'elle ne risque de dépendre que de la détermination des parents.
    Sur plan éthique, c'est une étape de plus vers l'eugénisme. Non pas vers l'eugénisme défini comme un choix politique généralisé d'amélioration de l'espèce humaine tel que pourrait le décider un état totalitaire mais vers un eugénisme fondé sur la conviction que la souffrance ne doit pas exister, ni pour la personne qui souffre, ni pour son entourage plus ou moins éloigné. Là encore, soyons vigilants afin que la liberté individuelle persiste et que notre société n'impose pas des mesures lui permettant de se dispenser de la prise en charge des malades et de leurs familles.
    Le handicap ou la maladie ne doivent pas être considérés comme des déviances par rapport à une norme. Le respect de chaque être humain doit rester sacré.

    Qu'est-ce que le clonage ? Y a t-il réellement deux sortes de clonage ?

    Pour résumer, je vous répondrais : deux techniques, deux fins envisagées, mais un seul clonage.

   Le clonage, c'est la reproduction à l'identique d'un individu par la production d'un nouvel embryon. Cette définition me semble suffisamment précise et claire pour affirmer qu'en fait il n'y a qu'un clonage.
   En revanche, à l'heure actuelle, deux techniques peuvent être utilisées :
- Le " clivage embryonnaire ", c'est à dire création de vrais jumeaux par dissociation de l'embryon au stade 2 à 8 cellules.

- le " transfert de noyau " (technique qui a été très médiatisée au moment du clonage de la brebis Dolly en 1997), qui consiste à prélever le noyau d'une cellule d'un individu existant et à le placer dans un ovocyte anucléé (c'est à dire d'un ovule auquel on a préalablement enlevé le noyau).
Et surtout deux fins sont envisagées :
- le clonage dit " reproductif " , où l'embryon ainsi formé pourrait être réimplanté chez une femme, comme lors d'une procréation médicalement assistée en vue d'une naissance.
- le clonage dit " thérapeutique " , où l'embryon servira de matériel de recherche ou permettra la production de cellules ou d'organes de substitution. Ce clonage sera réalisé in vitro pour l'obtention de cellules embryonnaire ou pourra nécessiter l'implantation utérine pour l'obtention d'organes.
Il faut savoir que l'une des perspectives enthousiasmantes de la recherche est la régénération d'organes lésés grâce à des cellules dites cellules souches dotées d'un pouvoir générateur remarquable. Ces cellules existent dans nos organismes adultes au niveau de la moelle osseuse ou du cerveau. Elles sont capables de remplacer les cellules mortes mais aussi de produire, dans certaines conditions de culture, d'autres types de cellules. Ainsi des cellules souches issues du cerveau ont pu former des cellules sanguines.
    Afin de contourner un certain nombre de difficultés techniques et à cause de leur pouvoir générateur bien supérieur, les chercheurs ont rapidement envisagé l'utilisation des cellules souches fœtales ou embryonnaires. Les essais avec les cellules prélevées sur des fœtus avortés n'ont pas été concluants. Par conséquent tous les espoirs sont portés sur les cellules embryonnaires. Afin d'éviter les incompatibilités immunitaires, on envisage alors le transfert du noyau de cellules du malade dans des cellules embryonnaires. Ce clonage est appelé thérapeutique ! Le problème reste d'obtenir des cellules embryonnaires, d'où l'idée de fabriquer de nouveaux embryons in vitro ou d'utiliser les stocks d'embryons humains congelés issus de la procréation médicalement assistée (PMAqui ne font plus l'objet de ce que l'on nomme pudiquement un " projet parental ".

    Quels sont les problèmes moraux que soulève la maîtrise de ces techniques ?


    A l'heure actuelle, en France comme dans la plupart des pays occidentaux, le clonage reproductif est strictement interdit, malgré les velléités de certains scientifiques.
    En revanche, le clonage dit thérapeutique est d'ores et déjà autorisé aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne. En France, l'avant-projet de loi du gouvernement sur la bioéthique autorise les travaux de recherche sur l'embryon de façon très encadrée et à des fins thérapeutiques. Il envisage également, sous certaines conditions, le clonage thérapeutique.

    Face à cette situation, de graves problèmes éthiques apparaissent ou apparaîtront.Il est essentiel d'affirmer tout d 'abord que l'acceptation officielle de tous travaux de recherche sur l'embryon humain constitue une atteinte supplémentaire et inacceptable à son statut.
    Déjà, la législation sur l'avortement et sur la PMA ne le considère que comme un être virtuel puisque son existence n'est reconnue que si la grossesse est portée à son terme.

    Avec le franchissement de ce nouveau cap, l'embryon n'est plus considéré que comme simple objet de recherches. On ne peut que s'opposer à ce que des embryons humains, même de quelques heures, soit manipulés comme des amas de cellules vouées à l'expérimentation donc à la destruction.
    L'instrumentalisation de l'embryon créé par clonage thérapeutique ne peut être justifiée par ses louables fins comme on voudrait nous le faire admettre. Comment accepter qu'un être humain en devenir ne serve qu'à produire des pièces détachées pour son clone adulte ? Combien faudra-t-il de clones pour obtenir le résultat escompté ? Les interrogations sont multiples et vertigineuses.

    Enfin, il me semble qu'il relève de la pire mauvaise foi de croire et de faire croire que l'on pourra autoriser le clonage thérapeutique, sans un jour, aboutir au clonage reproductif, puisque, comme je le disais précédemment, il s'agit des mêmes techniques.

    En effet, je ne pense pas que ce soit une affabulation d'imaginer que des couples stériles, devant faire appel à des donneurs externes d'ovocytes ou de spermatozoïdes dans le cadre de procréation médicalement assistée, revendiqueront un jour le droit au clonage reproductif.

    Le clonage reproductif constituerait l'atteinte ultime à la génération de l'être humain.
   On a tout d'abord commencé par séparer la procréation de l'acte sexuel grâce à la contraception. Puis les premières avancées de la PMA ont dissocié les parents biologiques et les parents civils, du fait du recours à des donneurs externes dans certaines techniques de PMA. Enfin le clonage aboutit à faire disparaître la parentalité puisque l'embryon cloné n'a plus de parents biologiques si ce n'est éventuellement ses grands-parents.

    A l'inverse de la procréation, merveilleux phénomène qui, depuis qu'il y a des hommes, permet à chaque fois l'émergence d'un nouvel être unique par le brassage du patrimoine génétique de deux êtres existants, l'adoption du clonage marquerait l'arrêt de lignées et, en caricaturant, le remplacement d'êtres originaux par des " photocopies ".
    Le clonage est, par sa nature même, une atteinte majeure à la vie : refus de la gratuité du don de la vie, refus de la richesse de la différence des sexes, refus de l'altérité et de l'unicité de l'enfant.

    Sur les plans philosophique, social, anthropologique et spirituel, il s'agirait d'une révolution et le mot est bien faible.

    Y a-t-il selon vous, au plan philosophique, un lien entre l'attitude des pouvoirs publics et des médias vis à vis de l'avortement et un certain encouragement à ces manipulations génétiques ?

    Bien entendu, un parallèle peut-être fait avec l'avortement mais je crois, qu'avant tout, ces deux techniques ou actes nous renvoient à un problème fondamental : l'absence de définition du statut de l'embryon.

    Le statut de l'embryon et le stade à partir duquel il devient un être humain " respectable " sont des questions débattues depuis plusieurs siècles et qui aujourd'hui encore divisent religieux, philosophes et scientifiques. Cependant il ne s'agit pas seulement de débats de spécialistes, il faut savoir qu'en l'absence de réponse, de premiers travaux de recherche sur les embryons humains ont été menés entre les années 80 et 94. Les lois de bioéthiques de 1994 ont mis fin à toutes ces expérimentations. Suivant les recommandations du Comité Consultatif National d'Ethique, notre pays a redécouvert qu'un embryon est avant tout un être humain, en devenir certes, mais avant tout humain.
    L'embryon existe indépendamment du désir des parents.

    A l'occasion du projet de loi de révisions de ces lois de bioéthique, les pressions scientifiques ont poussé le gouvernement à revenir sur ces textes sans pour autant prendre de position sur le statut de l'embryon. Qu'il s'agisse de recherche sur l'embryon ou d'interruption de grossesse, notre société préfère ne pas trop s'interroger sur les moyens et insiste sur la fin recherchée en mettant en avant la détresse réelle des parents ainsi que des situations extrêmes.
    D'autre part, les progrès de la biologie et de la génétique ont conduit à la revendication de nouveaux droits de la part du public, liés à l'idée que l'Homme s'est rendu maître de sa propre création.
    L'essor de la procréation médicalement assistée a par exemple conduit à une nouvelle revendication : celle du droit à l'enfant, qui tend à faire de ce dernier une chose, la propriété de quelqu'un.
    C'est en partie pour lutter contre cela que jusqu'en 1997, on employait l'expression de personne potentielle pour désigner l'embryon. Cela permettait d'éviter la réduction de cet embryon à sa dimension biologique et d'avancer l'importance de son respect en tant qu'origine objective des êtres humains.

   Avez-vous un message à livrer à nos amis ?

    Face à un tel sujet, le risque est de se camper dans une attitude trop négative de rejet en bloc de tout progrès de la science.

    Personne ne peut nier que les perspectives de thérapies géniques sont de formidables raisons d'espérance face aux maladies génétiques comme les myopathies ou la mucoviscidose par exemple. Il ne s'agit pas de refuser les recherches sur ces types de thérapies d'autant plus qu'elles permettront peut-être, un jour, d'éviter un certain nombre d'interruptions médicales de grossesse mais il faut rester vigilant quant aux moyens employés. Je pense qu'il convient d'adopter une position positive, de chercher et promouvoir les alternatives au clonage permettant peut-être un jour d'arriver aux thérapies. Il est ainsi important de souligner les premiers résultats de régénération de cellules obtenus récemment avec des cellules souches issues d'organismes adultes et non plus embryonnaires.

    En tant que scientifique et catholique, je trouve que la réflexion de l'Eglise sur ces questions de bioéthique est particulièrement claire, juste et actuelle. Le point essentiel est le respect absolu de l'embryon.

    Pour l'Eglise, les recherches sont possibles tant qu'elles ne portent pas atteinte à l'intégrité de l'embryon, ce qui semble rapprocher sa position de celle des lois bioéthiques de 1994.
    Toute forme d'intervention qui conduirait à la destruction ou au dépérissement de l'embryon est considérée comme " un crime contre la dignité d'êtres humains ", ce qui exclut toute intervention sur le patrimoine génétique, l'utilisation des fœtus comme matériel biologique (dons d'organes, transplantation de tissus…).

    L'Eglise réaffirme que l'embryon doit être considéré comme une personne, dès l'instant de la fécondation ou plutôt comme une " énigme " , un rappel de ce qu'est l'Homme.

    Même si la présence d'une âme ne peut être constatée expérimentalement, le doute doit suffire à justifier une telle interdiction. Elle est donc contre un assouplissement des lois bioéthiques de 1994 lors de la révision prévue pour 1999.

    Par ailleurs, elle nous invite à nous interroger sur l'état d'une société qui juge qu'il est " préférable que certaines vies ne soient pas vécues et pour cela arrêtées avant la naissance ":

    " Au nom de quelle justice pratique-t-on la plus abominable des discriminations entre les personnes...Il se déchaîne ainsi une sorte de conspiration contre la vie... La légitimation de l'opinion publique naît d'une mentalité qui accueille la vie seulement à certaines conditions et qui refuse la limite, le handicap, l'infirmité "
.Evangeliuum vitae ).

    A nous d'être cohérents en adoptant concrètement une attitude de respect de la vie humaine de sa conception à sa fin et en restant vigilants mais ouverts aux progrès scientifiques qui visent à améliorer les conditions de cette vie.
***

Progrès de la génétique et problèmes éthiques

par Pierre Maroteaux

Directeur de Recherches Emérite au CNRS, le Docteur Maroteaux est père de 7 enfants.


    L'exposé très clair de Delphine Quantin montre bien les problèmes soulevés par les progrès particulièrement rapides de la génétique au cours de ces 15 dernières années.
    Il n'est pas question de reprendre les divers points déjà développés. Nous voudrions seulement insister sur trois domaines qui concernent plus particulièrement les médecins :
   - les progrès de nos connaissances sur les maladies,
   - le diagnostic prénatal,
   - la médecine prédictive.
   

Progrès de nos connaissances

    Il nous semble d'abord utile de souligner combien les mécanismes des maladies héréditaires, celui du développement humain ou de la genèse du cancer, ont tiré bénéfice du développement de la génétique. Ayant dirigé une équipe de recherche dont les travaux ont été centrés sur les désordres de la croissance osseuse, nous avons été amené à comprendre la cause de nombre de ces désordres. On a en effet montré, qu'à côté des 30 000 gènes environ qui constituent notre patrimoine héréditaire, il existe sur nos chromosomes des zones très variables d'un sujet à l'autre mais sans relation avec le développement. Ces zones permettent en revanche de baliser tous nos chromosomes et de reconnaître un individu par ce que l'on appelle l'empreinte génétique .

    Grâce à ce balisage du génome, il est possible de localiser avec précision le gène responsable de telle ou telle maladie ou anomalie, et de le séquencer afin de connaître la protéine en cause. Ainsi, dans la myopathie, l'isolement du gène localisé sur le chromosome X a permis d'isoler la dystrophine, protéine musculaire inconnue jusqu'alors; le défaut de cette protéine est responsable de cette maladie. Rappelons que nous possèdons 46 chromosomes dont une moitié d'origine paternelle et l'autre d'origine maternelle. Ils se répartissent en 23 paires : 22 sont identiques dans les deux sexes mais la dernière paire comporte 2 chromosomes X chez la femme et un chromosome X et un chromosome Y, plus petit, chez l'homme.

    Dans notre domaine, la pathologie osseuse, le gène responsable de l'achondroplasie, un sévère défaut de la croissance, a pu, de même, être localisé. Il a ensuite été montré que celui-ci codait un récepteur d'un facteur de croissance. La mutation de ce gène provoque une activation de ce récepteur. De ce fait, la maturation du cartilage qui assure l'allongement de l'os est trop rapide et la croissance en est très perturbée. La connaissance de ce mécanisme oriente actuellement la recherche de l'équipe de l'Hopital des Enfants Malades vers des actions destinées à freiner l'activité du récepteur.

    Bien entendu, nos possibilités de traitement de toutes les maladies héréditaires restent limitées. La thérapie gènique dont il est beaucoup parlé se heurte à de grandes difficultés. Pour assurer le transfert d'un gène normal dans le génome, il faut en effet utiliser des virus. Ceux-ci sont modifiés afin de les rendre inoffensifs mais cette innocuité n'est pas toujours définitive. D'autre part, le gène ne peut être fixé en un point précis des chromosomes. Enfin, il doit être introduit dans les cellules où il est actif ( cellules musculaires pour la dystrophine ).

    Il faut ainsi se garder d'un engouement excessif pour cette thérapie qui doit encore faire ses preuves et ne pas délaisser d'autres voies de recherche. Il convient donc de ne pas dissimuler aux malades les doutes et les difficultés qui persistent en ce domaine.
    Dans un autre ordre d'idées, le code génétique est identique dans toutes les espèces, depuis les bactéries jusqu'à l'homme et il possible d'introduire certains gènes humains dans les bactéries. Celles-ci peuvent ainsi synthétiser des substances très utiles pour le traitement de certaines maladies, par exemple l'insuline pour le diabète ou l'hormone de croissance pour les insuffisances hypophysaires.

    Ainsi peut être désormais écarté le risque de la maladie de Creutzfeld Jacob autrefois observé chez des enfants traités par des hormones d'origine humaine.

Diagnostic prénatal

    Celui-ci est destiné à s'assurer que le développement in utero de l'embryon est normal. Initialement il s'efforcait de répondre à la demande individuelle d'un couple à risque en raison d'une affection transmissible dans la famille. Dans ce cas, l'examen peut être proposé aux parents bien avant la naissance et discuté avec eux. Les techniques utilisées, les résultats possibles et les conséquences qui en découlent peuvent être largement décrits.
    Il peut s'agir aussi de la découverte fortuite d'une anomalie foetale à l'occasion d'une échographie systématique: briéveté du fémur, par exemple, dans le domaine dont je m'occupe. Cette découverte, parfois relativement tardive, est souvent dramatique. L'enfant était désiré, la grossesse se déroulait sans problème et, brusquement, les parents apprennent l'existence probable d'une anomalie que rien ne laissait prévoir. Ici, aucune préparation n'a précédé cette annonce qui tombe comme un orage dans un ciel serein.

    Il ne faut cependant pas ignorer l'aspect positif du diagnostic prénatal qui ne doit pas être rendu synonyme d'avortement. Dans la majorité des cas, le diagnostic ne décèle aucune anomalie. Par ailleurs, nombre d'anomalies ne sont pas au dessus de nos ressources, par exemple les malformations cardiaques qu'il sera désormais possible de traiter plus efficacement.
    Toutefois le problème est devenu encore plus aigu du fait de la pratique du test des marqueurs sériques qui devient systématique pour la détection de la trisomie 21. Ce test est très insatisfaisant car il ne permet pas d'écarter tout risque et, dans le cas où il s'avère positif, il risque de susciter une anxiété maternelle durant l'attente d'un résultat plus fiable, celle de l'amniocenthèse qui n'est pas non plus dénuée de tout risque pour l'enfant à naître .

    Ainsi s'instaure, qu'on le veuille ou non, une pratique de sélection des enfants admis à prendre place dans notre société.
    Les enfants atteints d'un handicap grave apparaissent de plus en plus comme des erreurs de la médecine. Cela fait peser un poids très lourd sur les parents qui n'acceptent plus la moindre malfaçon chez leurs enfants et c'est un obstacle à la politique d'accueil et d'intégration des personnes handicapées.
    Pour moi cependant, il est important que le médecin Chrétien ne démissionne pas et reste présent dans ce domaine malgré le risque d'interruption de grossesse.


    L'information des parents, tout d'abord, est capitale.De la manière dont cette information va être donnée dépendra la décision de poursuivre la grossesse ou non. La responsabilité du médecin est donc gravement engagée. Trop souvent, certains d'entre eux noircissent la situation et les parents se sentent incapables de lui faire face. Par ailleurs, on peut comprendre qu'un couple ayant déjà un enfant malformé ne veuille pas prendre le risque de donner le jour à un autre enfant aussi sévèrement atteint.
    Faut-il pour autant le condamner à une stérilité qu'il ne souhaite pas ou l'avertir des possibilités d'un diagnostic antenatal ?

    Des problèmes de conflits de Valeurs parfois fort graves peuvent aussi se poser. Si la vie d'un enfant est une Valeur qu'il n'est pas question de discuter, elle peut se trouver confrontée ou opposée à d'autres qui n'en sont pas moins respectables : désir de maternité, stabilité d'un couple en danger etc…
    Doit-on imposer à une femme dont nous savons que l'enfant est atteint d'une maladie incompatible avec la vie la poursuite d'une grossesse vouée à l'échec ?
    Autant de questions auxquelles une réponse de principe pourrait être donnée, mais sans prendre en considération ceux qui la recoivent, et en manquant gravement à notre devoir d'amour du prochain.
    De plus, lorqu'une malformation sévère frappe un enfant in utero, le médecin n'a pas à se substituer aux parents pour décider de la suite de la grossesse. Il doit seulement les éclairer n'en a pas moins le devoir d'accompagner et d'assister le couple en difficulté.
    Pour moi, le commandement majeur du Christ d'aimer son prochain doit passer avant tout, même avant certaines législations trop rigides. Il nous faut rester humbles en sachant que nous pouvons nous tromper mais que la miséricorde du Seigneur viendra à notre aide.

La Médecine Prédictive

    Certains gènes peuvent provoquer de graves maladies qui ne vont se déclarer qu'après un long temps de latence, ce qui confère à la génétique un pouvoir de prédiction.
    C'est le cas, par exemple, pour certaines maladies squelettiques dont les premiers symptomes vont se manifester au voisinage de l'adolescence. Des insuffisances rénales, des désordres neurologiques peuvent aussi apparaître très tardivement au cours de la vie.

    Deux types de situations bien différentes doivent être distinguées.
    -Dans certains cas, la maladie est liée à un seul gène et la détection d'une mutation de ce dernier chez un sujet va faire redouter, avec une quasi-certitude, l'apparition de la maladie.
   Tel est le cas d'une redoutable affection neurologique; la chorée de Huntington qui se déclare seulement vers la 40° année de la vie et aboutit à la démence et à la mort. Cette chorée se transmet en ligne directe ( transmission dominante ) . Un enfant né d'un parent atteint risque une fois sur deux d'être lui même frappé. On imagine combien la révélation d'un tel avenir peut être traumatisante, voire conduire au suicide. Souvent certains ne souhaitent pas qu'une étude génétique soit effectuée chez eux…
    -Cependant, bien des maladies dépendent de facteurs multiples et une grande prudence s'impose. Tel est le cas pour le diabète, certains cancers ou l'hypertension artérielle. Même en cas de certitude, il n'est pas toujours bénéfique de révéler une grave menace à celui qui en est porteur.
    Ainsi le respect des personnes est impératif ( recueil des consentements après une information précise, suivi psychologique… ) ainsi que la prudence et le tact lors de la communication d'un résultat alarmant. Ceux qui ont fait, pour eux mêmes, le choix d'un semblable test génétique ont aussi à exercer leur responsabilité en raison de leur risque de transmettre une maladie redoutable. Actuellement, du reste, des équipes spécialisées ont été créées pour traiter du cas de la chorée de Huntington.

    Chez l'enfant, la détection d'une affection curable peut être bénéfique car elle permet un traitement précoce. C'est le cas par exemple de la phénylcétonurie est actuellement détectée systématiquement en France. Il s'agit d'une affection métabolique pour laquelle un régime approprié précocement permet d'éviter la dégradation dont elle est responsable.
    En revanche, le respect de la liberté conduit à récuser les examens génétiques de l'enfant lorsqu'il s'agit d'une affection à début tardif, si les conséquences de la maladie ne peuvent êtrer prévenues.

EN CONCLUSION

    Il est possible de dire que l'acuité des problèmes posés en grande partie par la génétique est dû au contraste entre la possibilité de détecter un grand nombre de gènes délétères, en particulier pendant la vie fœtale, et nos faibles moyens d'action sur eux.

    La tentation est donc très grande de supprimer ceux qui en sont porteurs.
    C'est dire que la communauté scientifique a la lourde responsabilité de chercher des moyens de traitement nouveaux dans ce domaine, et nos sociétés, celle d'accepter ceux qui sont atteints d'un handicap et d'aider leurs familles.
***

Axelle, 20 ans, est étudiante en Lettres et co-animatrice de l'Association " Survivants " qui tente de lutter contre l'avortement , notamment par des interventions de jeunes à la TV.

LE CHOIX DE LA VIE...
par Axelle Delaunay
" PARCE QUE JE LE VAUX BIEN. . . "

La grande marque de cosmétique qui bâtit sa publicité autour de ce slogan, pour vanter les mérites de ses shampoings et autres anti-rides, nous a tendu, au travers de ces mots, une véritable perche !!!

Il n'est que temps aujourd'hui de vanter les mérites de la vie…

    Ca vient d'un coup et puis, ça reste: vous vous levez un matin, tout va bien, et puis vous réalisez brusquement, c'est écrit dans le journal, que vous êtes un SURVIVANT.
   " L' INED: 1 grossesse sur 4 se termine par un avortement... 250000 par an... 1000 par jour ouvrable"... Le premier choc passé, vous vous détendez. Il y a longtemps qu'au fond de vous même le saviez. Non, ce qui vous surprend maintenant, c'est de réaliser que vous n'êtes pas le seul puisque, depuis la légalisation de l'avortement en 1975, c'est chaque génération de jeunes qui est amputée d'un quart de ses membres !
    Imaginez un peu... si tous les 4 ans, il n'y avait personne pour passer le bac…
    Le plus étrange, c'est qu'à l'unanimité, tout le monde aujourd'hui est contre l'avortement. Pourtant la société, qui s'était posée de bonnes questions dans les années 70, ne semble jamais s'être donné les moyens de trouver les bonnes réponses.
    A la détresse des femmes causée par une grossesse, elle n'a proposé qu'une seule solution I'avortement légalisé. Et ainsi, elle a généré, chez des milliers et des milliers de jeunes, le sentiment terrible et quotidien d'être nés par hasard, celui d'avoir tiré le bon numéro dans une immense loterie.

    Pendant plus de 20 ans, on a jeté un voile pudique sur le problème, la souffrance faisant taire les unes, les autres étant trop jeunes pour s'exprimer... Et puis, il s'est passé la chose suivante: ceux-là mêmes qui, nés apres 1975, avaient échappé à l'avortement, sont devenus ceux à qui cette unique solution était proposée, les jeunes en âge d'avorter ! Nous...

    Il n'en fallait pas plus pour déclencher un vrai "pétage de plombs", et que nous descendions dans la rue pour crier notre révolte: mais la crier d'une façon assortie à la société de nos rêves, accueillante, tolérante, non?violente. . . crier notre colère en montrant notre joie de vivre !

Ainsi est né
le Mouvement des Survivants à l'avortement légalisé.


Il s'est donné l'objectif de sensibiliser l'opinion publique au problème de l'avortement par l'intermédiaire des médias.

Son unique revendication?
Obtenir de la société une alternative à la détresse des femmes.


Les 5 clés du trousseau d'un Survivant:

Nous sommes un mouvement de jeunes nés après 1975, révoltés par l'injustice d'une loi qui méprise la détresse d'une fille enceinte en difficulté.
    Les Survivants viennent de partout, avec des expériences et des idées différentes sur tout, mais ils se reconnaissent dans les 5 principes suivants:

La JEUNESSE: parce que c'est nous qui sommes concernés... nous qui avons échappé à l'avortement et nous qui sommes en âge de faire des bébés... C'est nous qui avons, non pas l'avenir comme on nous le bassine trop souvent, mais bien le présent entre les mains, et il s'agit de ne pas le lâcher.

La JOIE DE VIVRE: parce que la vie, même cabossée, vaut la peine d'être vécue et que nous, qui nous sentons vivants par le jeu d'un hasard qui nous effraie, nous en savons plus que quiconque le prix.

La NON VIOLENCE: parce qu'elle est notre argument le plus convaincant et une arme invincible. La non?violence, c'est plus qu'un comportement ponctuel, c'est un état d'esprit. C'est à la fois très simple et très naturel, et terriblement difficile: car l'IVG dans nos histoires personnelles est ressentie comme ce qu'il y a de plus violent et, qu'à l'inverse, nous devons nous mettre dans une disposition d'esprit complètement pacifique, ouverte, bienveillante, envers tous les acteurs de ce drame qu'est l'avortement.

La NEUTRALITE: parce que la seule chose qui nous unit, c'est cette lutte contre l'avortement légalisé qui nous révolte tous, quelles que soient les opinions politiques, philosophiques ou religieuses de chacun qui ne nous regardent pas.

La MASSE: parce que nous sommes conscients que si nous voulons nous faire entendre, il faut être nombreux. Cela signifie qu'on doit être en mesure de compter sur tout le monde individuellement.Chacun est indispensable et irremplaçable!

    L'acceptation de ces principes est le garant du respect des opinions divergentes de chacun et de notre parfaite indépendance idéologique.

Les Survivants veulent que chaque fille puisse dire librement :
" Malgré les pressions, les études, le planning…
MON BEBE, JE LE GARDE !!! "

Il appartient à chacun de nous de s'investir pour faire bouger les choses, et les filles en difficulté ont besoin de notre soutien pour parler en ces termes…

Elles comptent sur nous ; on compte sur vous.


On peut nous retrouver sur le site Internet: www.survivants.com


ou survivants@ free.fr

Ce site est animé par une équipe qui gère sa mise à jour et le perfectionne continuellement.

A consulter et à faire connaltre...

Alors à bientôt…

***

A propos du livre " L'embryon-citoyen "
par Jean Delaunay

    Aujourd'hui, le civisme se porte mal chez nous mais le terme citoyen est à la mode. Si Christine Boutin, qui a fait de la défense de la Vie son objectif politique majeur, l'utilise dans le titre de son nouvel essai, c'est de bonne guerre. Elle a le grand mérite d'avoir beaucoup travaillé ces questions et d'y avoir acquis de la compétence. En effet, l'enjeu est ici trop grave pour qu'on en débatte comme " au Café du Commerce "…

Dans le Figaro du 5 juin, elle s'expliquait:

   " Le passage du projet de loi bioéthique devant le Conseil des Ministres est annoncé pour le début de juin. La discussion à l'Assemblée Nationale ne commencerait alors qu'en fin d'année... tout notre travail serait donc brutalement annulé... Au moment où l'action législative est trop souvent décriée, quel sens aurait un processus destiné à rester virtuel alors que la biopolitique est l'un des plus importants enjeux pour l'avenir de notre société ? Ce serait une manipulation de l'opinion, un dévoiement de travail parlementaire et surtout une démission au regard des dérives que subissent de plus en plus d'êtres humains...

    Lorsque les lois bioéthiques ont été votées en 1994, on nous avait promis de nouveaux débats 5 ans après. C'était une façon d'avaliser des dispositions contestables qu'on pourrait réviser en cas de besoin.

    Les dérives sont là : stocks d'embryons surnuméraires qu'on tente de sacrifier sur l'autel de l'expérimentation, eugénisme irrépressible dont la plupart des médecins ont vu le danger, clonage revendiqué par des équipes " médicales " indignes de ce nom. Et la loi ne fait rien pour les endiguer.

    Dès 1993, j'avais proposé que l'on se prémunisse contre les perspectives de clones utilisant le matériel génétique humain. Mon amendement a été refusé au motif que le clonage était une perspective de science-fiction. Quatre ans plus tard, la brebis clonée Dolly venait démentir ces réponses rassurantes… J'ai déposé une proposition de loi, mise en attente au motif de la proximité des débats bioéthiques. Aujourd'hui, la Grande Bretagne a voté une loi autorisant le clonage humain. Quelle sera la voix de la France ?

    Chaque jour qui passe aggrave la démission des politiques français vis à vis des enjeux des biotechnologies. Nous laissons nos chercheurs sans boussole. Les plus dénués de conscience éthique, aveuglés par la passion de la recherche, prennent le pas sur les autres.
    Nous laissons nos voisins légiférer selon leurs conceptions sans nous rendre compte que c'est de notre avenir qu'il s'agit…

    Cependant, il faut agir vite et surtout refuser toute expérimentation sur l'embryon. Il n'y a pas de demi-mesure lorsqu'il s'agit - et la Science suffit à le démontrer - du destin d'êtres humains. Il est temps de reconnaître que chaque embryon humain conçu dans nos laboratoires fait partie intégrante de la nation. Point n'est besoin de carte d'électeur ou de pouvoir d'achat pour mériter notre respect et notre solidarité. Tout embryon humain ne mérite-t-il pas d'être aimé ? "

***

    Ce livre me paraît très important car, partant d'un dossier apparemment technique, elle met en évidence le grave défi humain - et donc politique- à relever par notre société.
    Quasi seule de son espèce au Parlement, ses positions agacent souvent la classe politique mais, bien loin de restreindre son rôle à celui de " poil à gratter " face aux courants dominants,
" elle monte la garde là où l'humanité voit son destin basculer ".

La formule est de Gérard Leclerc, dans France-Catholique, qui ajoute :
   " En écrivant " L'EMBRYON CITOYEN ", elle a rassemblé d'un seul mouvement le déroulement de sa réflexion, de ses confrontations et donc de son combat en faveur du respect intangible de la personne contre toutes manipulations et toute transgressions qui vont à l'encontre de son humanité. "

***

Christine Boutin : " L'embryon citoyen "
Editions Fayard Le Sarment , 310 pages, 120 francs

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