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Le billet de la semaine
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Hommage à un soldat-journaliste
7/11/2007
       Je fais sa connaissance en Indochine, fin 1948, quand l’escadron qu’il commande relève le nôtre sur la route de Dalat, là même où, en mars, les Viet avaient réussi leur terrible embuscade contre le convoi qui devait causer, entre autres , la mort du légendaire Lt Colonel de Sairigné.

       En Jean Pouget, je découvre un officier déjà expérimenté, un homme chaleureux, très attachant, à l’esprit vif et à l’humour quelquefois caustique, un chef plein de charisme : bref, une personnalité hors du commun. En quelques jours de passage de consignes, il prend la mesure de son immense quartier : grandes plantations d’hévéas desservies par une unique route coupe-gorge bordée de forêts épaisses. C’est là qu’il devait vivre un drame typique de la brousse Indochinoise qu’il racontera plus tard dans son superbe roman : « La soif ».

       C’est aussi là qu’il revient en 1975, quelques jours avant la chute de Saïgon à la fin de la 2° guerre du Vietnam. Devenu grand reporter, il contribue, par sa connaissance du pays et son ascendant sur les Viet, à retrouver et à faire libérer son confrère Christian Roche, enlevé et détenu par les bo doï dans un hôpital de jungle de la région de Xuan Loc…

       Dans l’intervalle, sa vie est une succession d’épisodes de roman, souvent héroïques. Enfant de Brive et St Cyrien de la promotion Charles de Foucauld 1941, il rentre, en 1942, dans la Résistance dans le sud-ouest, rejoint la 1° Armée en 1944 et est sérieusement blessé au bras lors de la prise de Karlsruhe pendant la campagne d’Allemagne. A sa sortie de l’hôpital, il épouse une amie d’enfance qui lui donnera 6 enfants…

       Après son 1° séjour en Indochine, je le retrouve en Allemagne. Il sert au cabinet du Général Navarre qui, nommé commandant en chef en Indochine, l’emmène avec lui. Début 1954, assistant à Hanoï à un briefing où l’on décrit la situation critique du camp retranché, il se porte volontaire pour sauter sur Dien Bien Phu avec un renfort et prend, en plein combat, le commandement d’une compagnie para. Fait prisonnier avec tous les survivants du siège, il se distingue pendant sa captivité par son ascendant sur ses camarades dont il devient porte-parole vis-à-vis des cruels commissaires politiques Viet.
C’est à la suite de cette douloureuse expérience qu’il écrira le fameux «Manifeste du camp N° 1» qui révèlera au monde la réalité du goulag jaune communiste.

       En 1956, il est à l’Etat Major d’Alger. Les réservistes français ont été rappelés pour constituer hâtivement des unités de marche, envoyées en Algérie et quelquefois commandées par des chefs dépassés par les difficultés de l’heure. C’est ainsi qu’un bataillon tenant un poste isolé dans le sud, se révolte et séquestre ses cadres. On cherche un homme prêt à courir tous les risques pour rétablir la situation. Pouget se propose, un hélicoptère le dépose près du poste où il entre seul et sans arme. En quelques minutes, il prend les choses en main et, en quelques jours, transforme cette bande de révoltés en une excellente unité de combat. (Cinquante ans après, ses anciens, qui lui vouent une admiration sans bornes, continuent, chaque année, à lui faire une fête…) Il a écrit, là-dessus : « Bataillon RAS».

       En mai 1958, il est, (affirme le livre les « Les 13 complots du 13 Mai »), de ceux qui préparent le retour au pouvoir du Général de Gaulle. Mais la situation évolue rapidement en Algérie et le cavalier d’origine, devenu parachutiste au feu, passe son brevet de pilote d’hélicoptère et devient rapidement une figure marquante de l’ALAT .

       Mais le cœur n’y est plus, ce condottiere qui a tant donné de lui-même souffre du funeste dénouement du drame algérien et s’ennuie en temps de paix. Par ailleurs, il a montré que sa plume est aussi agile que son esprit est prompt et que son cœur généreux. Il démissionne et le Figaro lui ouvre ses colonnes. Pendant des années, il sillonne le monde comme grand reporter, couvrant tous les points chauds, dont le Vietnam du temps des américains.

       Sa santé en est sans doute ébranlée car, en 1980, je le trouve chez lui, à Paris, immobilisé et souffrant beaucoup. Il est aussi très touché par la mort accidentelle de sa fille de 20 ans, comme lui brillante et rayonnante. Un premier cancer se déclare auquel il fait face courageusement, replié dans le Périgord. Allant l’y voir, un jour, j’admire son moral d’acier. Mais quelques années se passent et une rechute vient de lui être fatale.

       C’est l’une des figures marquantes de la génération Libération/ Indochine / Algérie qui disparaît. (Il a d’ailleurs inspiré Lartéguy quand il a écrit «Les Centurions»). Il a beaucoup marqué ceux qui, comme moi, ont eu l’honneur de le côtoyer.

       Le nom de Jean Pouget et son souvenir méritent de passer à la postérité.

      Parallèlement à sa vie de journaliste, il a écrit divers livres . Outre "le manifeste du camp n° 1” déjà cité, signalons notamment, “Nous étions à Dien-Bien-Phu”, “Un certain capitaine de Gaulle”, “La Soif” et “Bataillon RAS”, écrit à la suite du film “RAS” qu’il avait inspiré. Il a également inspiré le film “L’Honneur d’un capitaine”.
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