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Le billet de la semaine
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Une femme d’exception
31/10/2007
       La féminisation des armées (abusive, selon moi) faisait partie des sujets qui, en 1982/83, m’opposaient, en tant que chef d’état major de l’armée de terre, au gouvernement, et notamment au Ministre de la Défense de l’époque. Je considérais qu’autant des femmes avaient leur place au sein des formations militaires « de l’arrière», autant les fonctions de combattants devaient être réservées à des hommes. Je ne mettais évidemment en cause ni leur courage, ni leur aptitude intellectuelle à exercer des professions autrefois réservées à des hommes. Plus profondément, je pensais que la précieuse vocation de la femme à la maternité, qui fait sa spécificité, ne la prédispose pas, en principe, à être voltigeur de tête, chef de char ou pilote de chasse…

       Je pensais aussi qu’au cours des opérations extérieures ou à bord d’un bâtiment à la mer, la présence d’une minorité de jeunes femmes au sein d’un groupe d’hommes vivant dans des conditions difficiles était susceptible d’introduire des problèmes humains supplémentaires dans un contexte où la cohésion des unités est essentielle et où le commandement est déjà difficile.

       Je n’ai pas été suivi dans cette analyse, ni sur d’autres points de désaccord bien plus fondamentaux, et j’en ai tiré les conclusions en donnant ma démission de CEMAT.

       Je n’en suis que plus à l’aise aujourd’hui pour joindre ma voix au concert de louanges qui a accompagné la disparition dramatique du Commandant Caroline Aigle. Cette ancienne élève de Polytechnique est devenue la 1° femme pilote de chasse. Elle était de surcroît championne sportive et spécialiste d’astrophysique. Cet ensemble exceptionnel de qualités la prédestinait à devenir cosmonaute. L’opinion publique a salué en elle, à juste titre, une femme d’exception.

       Au nom de France-Valeurs, je considère cependant que son mérite se situe sur un plan encore supérieur. Mariée et déjà mère d’un enfant, elle était enceinte d’un second quand on a découvert qu’elle était atteinte d’une maladie mortelle. Le traitement qu’on lui proposait étant susceptible de nuire au développement du bébé, elle l’a refusé et elle s’est délibérément sacrifiée pour donner naissance à son enfant.

       Ses dons innés représentaient un étonnant éventail de qualités humaines et une chance merveilleuse mais elle n’en était pas responsable. Elle a cependant le mérite de les avoir fait valoir à force de volonté et de travail. En revanche, là où elle mérite notre admiration sans limite, c’est dans son comportement de femme et de mère.

       A une époque où les magazines féminins recommandent à leurs lectrices de s’éclater (avec les conséquences que l’on sait), l’héroïsme de cette jeune femme de 32 ans appelée à un brillant avenir justifie que nous gardions pieusement son souvenir et son exemple. Autant ou plus que Guynemer ou Mermoz, elle doit rester dans la légende des ailes françaises mais, selon moi, plus encore comme femme et comme mère admirable que comme pilote de chasse.
Jean Delaunay

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L'armée de l'air pleure Caroline Aigle, sa légende
Caroline Aigle (biographie)
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