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Le billet de la semaine
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Politique générale et faits divers
17/10/2007
      « De minimis non curat pretor », dit le proverbe latin pour nous faire comprendre qu'un grand patron n'a pas à s'occuper des détails.

      Ce proverbe, les adversaires de notre nouveau Président affirment qu'il le dément tous les matins en se précipitant au chevet des blessés de Laffrey, en allant aux obsèques d'un policier tué en service ou d'un marin pêcheur noyé, en recevant journellement et personnellement des personnes privées dignes d'intérêt mais que d'autres que lui auraient fait accueillir par un collaborateur.

      Cette attitude nouvelle de la part d'un Chef de l'Etat suscite en moi trois séries de réflexions.

      1/ J'éprouve une admiration sincère pour un homme d'Etat qui veut rester homme de cœur, qui est sensible à la détresse des gens et tient à le leur montrer. Je crois que les temps nouveaux, notamment la médiatisation et le poids de l'opinion publique, exigent en effet de la part du «souverain» d'aujourd'hui un comportement très différent de celui qu'on prête souvent (et sans doute abusivement) aux Rois de France et à certains Présidents de la République d'antan. Nos contemporains ont besoin de savoir et de constater que l'homme en charge de leur destin collectif s'intéresse aussi à leur existence journalière et, qu'en particulier, il mesure le poids de ces drames qui font basculer, en une seconde, le destin d'une famille.

      Ma vision personnelle de l'autorité, qui fait l'objet de la lettre de France-Valeurs de Septembre, inclut d'ailleurs cet aspect des choses puisque, parmi mes conseils à un chef, je spécifie: « Consacre notamment une grande part de ton attention aux plus humbles. Regarde beaucoup autour de toi et écoute de même. Fais parler les autres et parle leur... » Dans mon esprit, il s'agit surtout, ce faisant, pour le responsable, d'avoir une connaissance aussi exacte que possible de la situation réelle et de ne pas se contenter de lire des rapports et de ne voir que ce qu'on veut lui montrer. (Je garde la hantise de ces « villages Potemkine», avec des façades repeintes à neuf et des figurants bien habillés, que la Grande Catherine apercevait de la fenêtre de son carrosse quand elle «visitait» son immense Empire.

      2/ A mes yeux, cette volonté de voir de ses propres yeux en allant sur le terrain éclipse le souci de soigner son image et d'entretenir sa popularité, une attitude qui risquerait d'entraîner le « patron» vers la démagogie.

      3/ Cela dit, pour tout « commandeur », il y a un équilibre à trouver, ne serait-ce que dans son emploi du temps, entre l'examen des grands problèmes et les décisions correspondantes à prendre et l'attention portée aux situations particulières. L'intérêt général exige évidemment que les premiers soient considérés comme prioritaires mais on peut argumenter aussi que tel «fait divers» éclaire d'un jour nouveau telle crise latente de la société (qu'on affectait de ne pas voir jusqu'alors... ) ou tel dysfonctionnement de l'appareil d'état ou d'une administration. Or, on sait bien qu'il faut battre le fer pendant qu'il est chaud.
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      Bref, plus encore que les grands décideurs d'autres niveaux, le commandant-pilote du bateau «France» a besoin d'un radar à longue portée pour détecter les dangers lointains mais aussi de guetteurs qui scrutent l'eau sur la passerelle et de mécanos qui aillent périodiquement inspecter les fonds à la recherche de voies d'eau. Il faut surtout qu'il sache garder le cap et galvaniser l'équipage. C'est toute la grâce que nous lui souhaitons.
Jean Delaunay

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