http://www.francevaleurs.org

Le billet de la semaine
Retour
Les nouveaux réac…
15/03/2006

     Il est encourageant pour nous de trouver des idées voisines de celles que nous développons depuis 20 ans exprimées aujourd’hui avec force par des penseurs qui n’appartiennent pas à notre famille de pensée. Leurs prises de position, méritoires, contre le politiquement correct leur vaut cependant d’être dénoncés, voire mis en quarantaine, par l’intelligentsia dominante. C’est ainsi que le Nouvel Observateur titrait, il y a quelques semaines : « Les nouveaux réac ! » en visant, entre autres Alain Finkielkraut.
     Entendant, l'autre jour, celui-ci lors d'une interview télévisée sur la chaîne privée KTO, j’ai pris quelques notes dont je rapporte ici la substance (Les formules de lui sont en rouge):

***
     « Je suis dorénavant considéré comme un ennemi du genre humain, raciste de surcroît, pour avoir énoncé, lors d'un entretien avec un journaliste israélien, des choses comme… l'Occident n'a pas le monopole du racisme… Lors du récent saccage des écoles de banlieue, comme en 68, le coeur d'une partie de notre intelligentsia battait pour les incendiaires… »
     « On m’en veut pour avoir dit que le journaliste trahit sa vocation essentielle en présentant les problèmes selon sa vision idéologique… Je condamne le faux égalitarisme et l’actuelle ivresse technologique… Le passé n’est pas, pour moi, synonyme absolu de conservatisme et je trouve monstrueuse l’apostrophe de 1968 : « Profs, vous nous faites vieillir ! » Pour moi, l’école est un sanctuaire, et à respecter comme tel. Je crois à la préséance de la transmission sur la communication.
     Je crains, comme Benoît XVI que notre civilisation ne meure de relativisme culturel, car le « tout est égal, tout est permis » est mortifère.

     Je crois que la nouvelle querelle des anciens et modernes, tous progressistes, c'est la lutte de la transcendance contre l’immanence. … »
***
          De son côté, Max Gallo écrit à la 1° page de son : « Fier d’être français… »
     « Il faut bien que quelqu'un monte sur le ring et dise : Je suis fier d'être français !
Qu’il réponde coup pour coup, du poing et du pied, à tous ceux qui, du haut de toutes les estrades, condamnent la France pour ce qu'elle fut, ce qu’elle est, et ce qu'elle sera.
Si elle vit encore...
Car ces procureurs, avec la complicité des arbitres, frappent fort.
La France ne serait plus qu'une vieillerie décadente…
     Ils remportent les rounds d'autant plus aisément que ceux qui prétendent s'opposer à eux, déclarent qu'il faut « croire à la France », retrouver la force et la modernité du patriotisme, ont les mains liées par ce qu'ils n'ont pas fait »

( la suite est de la même veine, en plus sévère …)

***
A son tour , Régis Debray titrait dans le Monde du 11 Janvier :

« Malaise dans la civilisation »

     « Les violences en banlieue n'ont aucun lien avec des institutions et des préoccupations religieuses », dit le directeur général de la police nationale. ( …) Ce constat inspire à nos commentateurs un ouf de soulagement. Un peu à courte vue.
     De bons esprits nous enjoignent de ne pas culturaliser une crise dont les clés sont, d’évidence, le chômage et la ségrégation. (…) On imagine cependant ce qu’aurait pensé un vieux viennois à barbichette ( Freud ndlr) se promenant dans le 93, au vu de ces écoles, théâtres, bibliothèques, crèches, centres culturels incendiés.
     « Le problème ici ce n'est pas le trop, mais le manque de religion. » Le feu sacré est redoutable. L'absence de sacré est dévastatrice. Aujourd'hui et partout en Europe c'est le deuxième cas de figure qui pose question.

     C’est moins le vert qui a pris la place (du drapeau tricolore ndlr) que United Colors of Benetton. Désaffiliés de tout, sauf de la marchandise, apparemment plus préoccupés par les signes de la richesse sur soi que par sa distribution à tous, les enfants du rap et du zapping ont pour repères des marques de blouson ou de chaussures.(…)
     Entre les anciens combats de l’espérance et l'actuelle désespérance du vandale, entre la férule du Parti et celle du ghetto, entre l'âge de l'Internationale et celle des « territoires », nulle continuité. La cassure symbolique est plus grave que la sociale. Elle touche au fondamental, qui est la croyance et le sentiment d'appartenance. ( …) Prendre un voyou pour héros, et le business pour une solution n'annonce rien de très progressiste. Parler d'intifada, comme on l’a fait à l'étranger, laisse perplexe. Où est la Terre promise ? L’Ile d’utopie ? Le projet ? Les valeurs ? Cet assèchement mythologique raccorde cet épisode hexagonal au drame culturel européen. « Cherchons religion civile désespérément. Prière s'adresser d’urgence aux gouvernements de Paris, Madrid, Rome, Berlin, la Haye »
     Freud, qui n'était pas tendre pour la névrose obsessionnelle baptisée croyance religieuse, en était venu à la fin de sa vie à lui reconnaître au moins un mérite capital. Non pas, comme le cynique Voltaire, celui d'endormir la misère humaine et d’inciter les pauvres à souffrir en silence en attendant le paradis, mais le mérite, plus fondamental, de réunir des individus isolés en canalisant et le plus souvent en inhibant cette « disposition instinctive, primitive et autonome de l’être humain : l'agressivité. » (…)
Le mythe du péché originel et de la rédemption (… ) fait partie du « combat de l'espèce humaine pour la vie. » Le sentiment de culpabilité, et donc de punition, donne du grain à moudre à la conscience morale.

     En quoi « l’opium du peuple », qui fut en réalité la vitamine du pauvre, contribue « au programme de civilisation » qui épargne nos cousins, les chimpanzés.
     Ces expressions anachroniques, qu'on jugera fort réactionnaires, sont empruntées à un maître livre de 1929, écrit dans un style simple direct aujourd'hui passé sous silence par la plupart des psychanalystes intitulé «Malaise dans la civilisation». Il serait urgent de le rééditer, même si on peut comprendre la relégation aux oubliettes de cette oeuvre prophétique. Le vieux Freud y défend une thèse des plus incorrectes et intempestives :
la recherche effrénée par les individus, dès leur plus jeune âge, du plaisir maximal ne peut que déboucher sur un ensauvagement général du vivre ensemble.
     La poursuite du « programme de civilisation » est rien moins qu'assurée.(…). La désublimation en cours porte dans ses flancs la désintégration européenne, fédérale, nationale et personnelle. Alimentée par un consumérisme sans rivages, par le désencadrement politique et la désaffection nationale (aggravée chez nous, par la fin criminogène du service militaire obligatoire) la dépression du "croire" rendra de plus en plus douloureuse la vie en société. Parce qu'un supermarché n'a jamais suffi à faire une communauté.
    L'apothéose de la marchandise sur fond de crise économique a placé sous nos pieds, partout, une bombe à fragmentation.
     « Deux choses menacent le monde, disait Valéry, l'ordre et le désordre.» Ajoutons : deux choses menacent la Cité, l'excès d’autorité symbolique et l'absence d’autorité symbolique. C'est cette dernière, aujourd'hui, qui passe la facture à la République française.
     Car là où défaille l’autorité, qui est le contraire du pouvoir, ne triomphe de la loi du plus fort, cette tristesse. »
***

A noter que ni Finkielkraut, ni Gallo, ni Debray ne sont membres de France-Valeurs !
Jean Delaunay
***
haut de la page
Retour