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Le billet de la semaine
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La haine et le pardon
19/09/2007

J'ai connu Jean Mialet en 1959 dans les groupes "Rencontres" quand j'étais stagiaire à l'Ecole de Guerre. Comme beaucoup d'autres, dont Hélie de Saint Marc, ce jeune Saint Cyrien avait été arrêté par la Gestapo en 1942 alors qu il tentait de franchir les Pyrénées pour rejoindre l'Armée d'Afrique. Revenant miraculeusement de Buchenwald en 1945, mais très atteint dans sa santé, il n'a pas pu revenir dans l'armée.
Il a profité de son long séjour au sanatorium pour préparer l'ENA, il y a été reçu et est devenu Haut Fonctionnaire civil.
      Il a fondé les Groupes "Rencontres" en 1957, avec d'autres anciens déportés civils et militaires, pour réaliser à la fois un lien entre les anciens des camps et les autres citoyens et un brassage entre jeunes français d'origines différentes.
Au cours de nos réunions parisiennes hebdomadaires, de 1959 à 1961, j'avais déjà pu admirer la personnalité de mon "ancien", la hauteur de ses vues et la noblesse de ses sentiments.
      La vie nous a séparés mais j'ai suivi sa belle carrière à la Cour des Comptes, dans divers cabinets ministériels et à la présidence de la République. J'ai su qu'il avait marqué, après moi, des générations à travers ses groupes "Rencontres" et j'ai appris avec tristesse sa mort ces années dernières.
      Le hasard vient de me remettre, cet été, en face de son livre " Le déporté" et je ressens le besoin de faire connaître cet ouvrage qui est l'un des plus beaux témoignages qui soient sur la déportation.
C'est dès 1945, à l'hôpital, qu'il avait commencé à rédiger ses mémoires mais il avait estimé alors que le souvenir de ses souffrances était encore trop vif et le ressentiment envers ses bourreaux nazis trop fort pour aboutir à un document réellement objectif. Il n'a donc pas mis immédiatement à exécution son projet de livre.
      Revenant sur les lieux de son calvaire en 1975, il a réalisé au contraire que la haine commençait à faire place dans son coeur et dans son cerveau à une sorte de pardon. La conclusion de ce livre exprime magnifiquement cette évolution de ses sentiments alors que les premiers chapitres racontent avec réalisme toute l'horreur de cette diabolique entreprise d'extermination.
Je ne veux pas m'étendre davantage sur le contenu de ce livre poignant mais j'estime qu'il faut absolument le faire lire aux jeunes générations pour lesquelles il pourra constituer un salutaire élément de réflexion sur la destinée humaine.
A la suite de la relecture de ce livre, moi qui n'ai pas connu ce douloureux parcours, je ressens le besoin de redire mon admiration respectueuse à tous ces hommes et femmes de ma génération qui ont tant souffert, qui ont su tenir le coup dans des conditions épouvantables et dont la plupart se sont révélés par la suite comme des citoyens d'élite. C'est un grand honneur pour moi que d'avoir cotoyé ces Français là dont l'histoire mérité d'être connue par tous nos jeunes.
Jean Delaunay
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"Le déporté
La haine et le pardon" Editions Fayard 1981
ISBN 2-213-00901-5 H / 35-6671-8

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