http://www.francevaleurs.org

Le billet de la semaine
Retour
Peines plancher ou révolution culturelle?
25/07/2007
       Le projet des peines – planchers pour les délinquants récidivistes est actuellement débattu au Parlement et je ne sais pas ce qui va en advenir.
       Il n’est que l’un des pans d’une politique visant à dissuader la récidive, une plaie de notre système judiciaire et, plus largement, de notre société.
       Je me permets d’exprimer ici mon opinion sur ce douloureux sujet en m’appuyant à la fois sur 3 types d’expérience.
       -J’ai commandé des hommes pendant 40 ans, dans un milieu où la discipline et l’ordre sont particulièrement révérés. J’y ai vérifié, entre autres, que la carotte est inséparable du bâton, et que l’exigence à l’égard des personnes est inséparable de l’attention respectueuse - en fait de l’amour - qu’on se doit de leur porter quand on est responsable d’elles.
-Ayant découvert le milieu carcéral en 1954, j’ai rencontré, comme visiteur de prison, des dizaines de détenus dont beaucoup de récidivistes. Je connais les insuffisances du système pénitentiaire malgré les progrès indéniables qu’il a réalisés.
      La prison a comme triple but de mettre les gens dangereux temporairement à l’écart pour protéger la société, de sanctionner leurs actes délictueux et de rendre possible à terme la réinsertion de leurs auteurs.
      Je constate que, si le premier but est assez bien atteint, sauf cas d’évasions, le 2° est souvent manqué sur le plan psychologique. Trop peu de détenus en effet comprennent l’horreur de leur geste et reconnaissent leur culpabilité. L’effet pédagogique de la peine est estompé par leur rancœur et leur révolte et on a pu affirmer, qu’à cet égard, la prison est criminogène.
      Il s’ensuit que le 3° but, la réinsertion, en reste, sauf exception, au niveau des intentions. (Un seul exemple. Mon ami G a été condamné à 20 ans de prison pour participation à un meurtre commis au cours d’une dispute après boire, il y a 15 ans alors qu’il était âgé de 20 ans. (Il ne s’agit donc pas d’un criminel endurci.) Il est aujourd’hui susceptible d’obtenir, à terme, une libération conditionnelle. Le malheur est qu’il n’a pas fait d’études en prison et qu’il n’y a pas appris non plus un métier susceptible de le faire embaucher à sa sortie. Il va donc se retrouver chômeur à la sortie et, sans le soutien de ses vieux parents, il risquerait, découragé, de sombrer vite dans la clochardise ou la récidive. )
- Président de France-Valeurs, je milite, depuis 21 ans, pour le réensemencement de ces Valeurs humaines qui permettent à l’homme de tenir debout. Cette action éducative serait particulièrement nécessaire en prison, auprès de personnes faibles et abouliques, déstructurées, souvent incultes qu’il faudrait littéralement reconstruire. Faute de moyens, et surtout de la culture correspondante au sein de l’Administration Pénitentiaire, cette fonction n’est pas sérieusement remplie car elle suppose, comme c’est le cas pour les visiteurs et les professeurs bénévoles, l’engagement individuel d’une personne vis-à-vis d’une autre personne. Elle suppose donc un important investissement humain.
(Un exemple admirable de cet investissement est donné par l’association Seuil. Elle entreprend de réinsérer de jeunes délinquants volontaires au cours d’une longue marche sur grandes distances en pays étranger (par exemple entre Hambourg et Venise) où deux jeunes à rééduquer cheminent et campent pendant des semaines à travers une campagne inconnue aux côtés d’un accompagnateur qui leur communique, entre autres, kilomètre après kilomètre, le sens de l’effort, la curiosité, l’amour de la nature, le respect de l’horaire, la valeur de l’entraide et du dévouement… A l’arrivée d’une telle épreuve, le jeune qui s’est accroché, n’est évidemment plus le même qu’au départ et 40 % des intéressés réussissent ensuite leur réinsertion, contre 5 % à la sortie de prison. J’ajoute que les dépenses consécutives se limitent à 300 €/ personne/ jour contre 900 € en prison…)
      C’est évidemment en amont de la prison, mais ceci sort du cadre de cet article, qu’il faudrait assurer ce type d’éducation pour éviter aux jeunes notamment, ceux des milieux défavorisés, de basculer dans la délinquance.

       En conclusion, je rappelle qu’une politique de lutte contre la délinquance comporte 3 volets indissociables : éducation, dissuasion, répression.
       Je crois que, compte tenu du niveau actuel, inacceptable, de la criminalité, la répression doit s’exercer sans faiblesse. Je sais aussi que la crainte du gendarme est le commencement de la sagesse, que la dissuasion est efficace et qu’afficher l’existence de sévères peines- plancher pour les récidivistes peut, dans une certaine mesure, contribuer à dissuader la délinquance. (Il faut savoir cependant que la prison n’effraie plus tellement les mauvais garçons et qu’y être passé constitue même un titre de gloire dans les cités.)
      Cela dit, l’essentiel des efforts à faire me paraît relever de l’éducation. Il s’agit, en amont de la prison, d’éviter à un maximum de jeunes de « tomber ». C’est le rôle des familles, de l’école et de structures éducatives à inventer ou à généraliser.
       Dans le cadre pénitentiaire, il s’agirait de tirer parti de ces mois ou années d’enfermement, trop souvent stérile, pour inciter ou contraindre les jeunes détenus à retrouver ou à acquérir des habitudes d’ordre, de propreté, de discipline, de travail, en leur faisant comprendre qu’ils sont responsables de leur destin.
Cela suppose une révolution culturelle à la fois :
-au niveau des magistrats qui devraient pouvoir remplacer aussi souvent que possible les condamnations classiques par des peines de substitution à vocation éducatives telles que SEUIL , JET hier et « Défense 2° chance » en fournissent des exemples…
- et au niveau de l’Administration Pénitentiaire où une partie des « porte-clés » devraient se transformer en véritables éducateurs susceptibles d’aider au moins une partie des détenus à convertir leur cœur tout en apprenant un métier…
      Au moment où tant de jeunes qui ont trouvé un sens à leur vie brûlent d’être utiles aux autres, il y aurait sans doute moyen de recruter des hommes et des femmes de qualité qui accepteraient, comme à Seuil, d’accompagner, pas à pas, même entre 4 murs, des détenus volontaires pour faire de leur peine une véritable préparation, y compris psychologique, morale et spirituelle, à la réinsertion.

       Voila le véritable enjeu de la révolution culturelle que j’appelle de mes vœux et qui dépasse de loin le dilemme juridico-politique des peines–plancher.

Jean Delaunay

***


haut de la page
Retour