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Le billet de la semaine
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Sur quoi se fonde aujourd’hui l’amour de la Patrie ?
18/07/2007
       C’est la question que pose mon aimable correspondant FM qui réagit à notre Lettre de Juillet et m’autorise à publier une partie de son courriel

      « Je sais qu'aimer son pays n'empêche pas la compréhension et l'amour d'autres pays, de même qu'on peut aimer ses parents, ses enfants et ses amis.
      Mais (nous), nous sommes des gens probablement raisonnables. Nous savons ce que signifie une guerre. Même si je ne l'ai pas vécue, j'en vois encore les conséquences aujourd'hui. Nous savons surtout que le rapprochement avec l'Allemagne était nécessaire pour empêcher un nouveau conflit.

       Tout le monde ne comprend pas ça, en particulier les plus jeunes, ou tous ceux qui ont besoin d'un attachement identitaire fort pour s'affirmer, grâce à des préjugés, des lieux communs. C'est un choc d'entendre des enfants de 8 ans vous dire avec fermeté "On n'aime pas les Allemands", et "c'est parce qu'ils ont déporté mon grand-père". C'est inquiétant de sentir qu'une grande partie d'une classe de CM1 partage des idées racistes, qui lui semblent très naturelles. Des enfants qui n'ont jamais parlé à un étranger. Cela se passe dans les écoles rurales des Vosges.

       C'est depuis cette expérience que je m'interroge sur l'intérêt d'enseigner l'amour de la France aux enfants. La frontière entre le patriotisme et la xénophobie est trop fragile pour ne pas se méfier du patriotisme.

       Sur le fond, je veux bien avoir d'autres éléments de réponse sur ce qui justifie l'amour de la patrie, car là dessus, on ne lit rien, on n'entend rien. Et c'est vrai que France Valeurs m'a semblé rechercher une position respectueuse et tolérante pour affirmer ses idées.

       Ensuite, je vous remercie d'avoir pris le temps de me répondre à travers le dialogue imaginaire entre des jeunes sympathiques, qui ont de la culture, mais ne sont pas bien rebelles. Et vos dessins illustrent de façon plaisante et claire le propos. Tout cela donne un ton convivial. Cela a beaucoup d'importance car, sur ces sujets, le verbe est souvent virulent. C’est dommage, car l'agressivité n'aide pas à la sérénité des débats. Surtout que je ne cherche pas à convaincre, mais à comprendre

       Vous m'avez aimablement répondu sur ce qu'est le patriotisme et comment on peut transmettre l'amour de la patrie aux enfants. Il est juste qu'en leur faisant mieux connaître leur pays, son passé, ses richesses, on doit les conduire dans cette voie, sans oublier les solidarités horizontales et verticales.
       Mais la question qui me semble centrale est : pourquoi, comme le dit Matthieu, « Est-ce à priori bon d'aimer sa Patrie » ?

       La réponse me semblait évidente lorsque j'ai fait ma PMS. Elle me semble aujourd'hui beaucoup plus difficile.

       Je crois qu'on a un attachement affectif pour sa ville, son pays, si on s'y sent à l'aise, reconnu, respecté. En ce sens, je comprends que des jeunes aient du mal à se sentir français lorsque la couleur de leur peau attire sur eux la méfiance ou les empêche simplement de passer inaperçus. C'est une chose que je n'ai jamais ressentie en France, mais que j'ai éprouvée lorsque j'habitais en Afrique.

       Donc, aimer son pays paraît assez naturel, mais jusqu'où ? Doit-on aller jusqu'à le préférer aux autres pays ? Jusqu'à refuser les changements de notre pays pour s'adapter à nos voisins ?

       La question est d'importance, car trop affirmer notre patriotisme peut conduire à se sentir supérieur aux autres, et on a là le ferment des guerres. En effet, on voit bien dans l'actualité internationale, ou dans l'histoire, à quel point l'absence de dialogue entre des peuples provoque des incompréhensions et des conflits.

       Si je cultive le patriotisme, en m'intéressant à l'histoire de mon pays, à ce qu'il a de grand et de beau, je risque effectivement de ne pas voir ce que les autres pays ont de grand eux aussi, et ainsi à considérer mon pays supérieur aux autres. Ou je m'expose à ne pas les comprendre sincèrement, voire à ne pas les aimer simplement avec leurs différences et toutes leurs supériorités.

       Je crois important de participer en famille, et éventuellement avec les élèves, aux commémorations. Pourtant, depuis peu, je me demande à quoi elles servent. Après 1918, la France a commémoré la victoire. Les anciens poilus ont vécu avec le souvenir de la guerre en voulant éviter qu'elle ne se reproduise. Et pourtant, 20 ans, après « on a remis ça ». Pourquoi ? Les historiens pensent que le Traité de Versailles contribuait à humilier l'Allemagne et à susciter outre Rhin un sentiment nationaliste dont on a vu le résultat.

       Qu'auraient dû faire ceux qui voulaient éviter la guerre entre 1918 et 1939 ? Sans doute n’être ni pacifistes, ni militaristes.

       Les vainqueurs de 1945 furent plus avisés. Ils cherchèrent un rapprochement avec l'Allemagne, sans l'humilier, en l'aidant à se reconstruire, en pratiquant les jumelages, les échanges franco-allemands entre jeunes. La construction européenne fut une autre réponse propre à construire une paix durable.

       Aujourd'hui, les échanges entre jeunes du type Erasmus sont une solution pour installer cette paix, si rare dans les siècles passés. Mieux connaître l'histoire et la grandeur de nos voisins serait une autre réponse.
      Serait-on moins civique, moins prêt à défendre des valeurs fondamentales comme la liberté, la démocratie, si on était moins patriote ? Je ne le crois pas.

       Ainsi, « les Justes », ces anonymes qui cachèrent des Juifs durant la guerre. Etaient-ils patriotes ? Pas nécessairement, voire pas du tout. Beaucoup ne devaient pas se poser la question, et estimer simplement que sauver une vie injustement menacée méritait de risquer la sienne. De la même manière, des résistants se sont battus pour libérer la France au nom de la liberté, mais sans être forcément patriotes.
       Alors, pourquoi aujourd'hui être patriote ? Aimer son pays en affichant son drapeau, n'est-ce pas le risque de revendiquer la supériorité de notre pays ?

       Ce sont des questions que je ne me posais pas il y a encore peu de temps. Mon grand-père pleurait à l'écoute de la Marseillaise et il sortait toujours un drapeau le 14 juillet. Tandis que ma grand-mère, une Italienne, qui savait ce que la France lui avait apporté, nous rappelait que la France était le pays le plus beau.
F M

***

       Je comprends certaines des interrogations de FM sans les faire totalement miennes. En ce qui me concerne, je me sens très à l’aise en Italie, j’admire beaucoup le dynamisme des américains, le sens de l’ordre et le goût du travail des allemands, le pragmatisme des britanniques, le courage, la ténacité et l’adaptabilité des Vietnamiens, la joie de vivre des africains… mais cela ne m’empêche pas de me sentir profondément fier et heureux d’être français.
      Par ailleurs, l’expérience m’a appris qu’il ne fallait aux hommes que quelques heures pour s’adapter à un nouveau matériel mais qu’il leur fallait 10 ans ou plus pour changer de mentalité On peut y arriver en les associant à des gestes concrets. J’ai trouvé à cet égard que la célébration de notre dernier 14 Juillet allait bien dans le sens de mon correspondant.
Jean Delaunay

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