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France-Chine
Etrange coïncidence, au moment où la France et l’Europe déroulent le tapis rouge pour le Président XI Jinping en visite chez nous, je viens de terminer un livre passionnant largement consacré à la Chine. C’est un ouvrage très important à tous les titres. Il comporte près de mille pages et constitue aussi une synthèse de notre politique extérieure pendant un demi-siècle. Il est écrit par Claude Martin, Ambassadeur de France, sous le titre : « La diplomatie n’est pas un dîner de gala. Mémoires d’un ambassadeur. »

Il m’a passionné car c’est l’œuvre d’un homme de grande classe au destin exceptionnel.
Né en 1944, il suit à Paris simultanément les cours de chinois de l’Ecole des Langues O et de Sciences Po. Reçu à l’ENA en 1964, à 20 ans, il est envoyé immédiatement à Pékin en différant son entrée à l’ENA car l’ambassade manque de sinisants.

Sur place, et c’est ce qui le distingue, selon moi, de ses collègues, il se mêle immédiatement à la foule, dîne sur le trottoir pour converser avec les gens et s’imprègne littéralement de la Chine de base, à l’époque de la Révolution culturelle

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Ce, tout en cherchant à connaitre aussi les écrivains et, dans un autre domaine, les spécialistes du cinéma (Il en épousera une.)... Quelques années plus tard, il fréquentera aussi les hommes politiques.

Après cette expérience, qui sera suivie de nombreux autres séjours en Chine, en service ou non, il choisit d'entrer au Quai d'Orsay, affecté au service des questions européennes. De 1968 à 1969, il est chargé des négociations internationales sur le développement. Adjoint, puis successeur de Lionel Jospin il participe aux conférences de Genève, New-York et Tokyo.

En décembre 1969, il entre au cabinet du ministre Maurice Schumann où il est chargé de suivre les négociations avec la Grande-Bretagne, conclues par le Traité d’adhésion du 13 juillet 1972. En 1973, il participe, sous la direction du ministre Michel Jobert, à ce qui deviendra en 2013 Centre d'analyse, de prévision et de stratégie.
En 1973, il est nommé son conseiller du Ministre pour les questions européennes et asiatiques.

En décembre 1978, il repart à Pékin où il reste six ans comme adjoint de l’ambassadeur dont il exerce à plusieurs reprises l'intérim. Il observe l’ouverture de la Chine, le développement de sa politique de réformes, et contribue au lancement des premiers grands projets de coopération franco-chinoise.

En 1984, il revient en Europe. Représentant permanent adjoint de la France auprès des Communautés européennes, il est notamment en charge des négociations budgétaires et agricoles, et de la création du grand marché intérieur européen.

En 1986, il est nommé directeur d’Asie-Océanie au Ministère. C’est dans ces fonctions qu’il conçoit et engage, à partir de janvier 1987, en accord avec le Prince Sihanouk, au processus de négociation qui conduira, au bout de quatre ans, au règlement du problème cambodgien.
Claude Martin suit avec attention les affaires chinoises pendant ces quatre années qu’il passe à la direction d’Asie. Il effectue de fréquents déplacements à Pékin et se trouve présent en personne sur la Place Tian'an men, dans la sinistre nuit du 3 au 4 juin 1989
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En novembre 1990, il est nommé ambassadeur à Pékin. Il s’emploie à reconstruire une relation stable avec la Chine. Celle-ci sera cependant marquée par de fortes turbulences suite à la décision française de vendre du matériel de guerre à Taïwan, ce qui amène les deux pays au bord de la rupture. Il s’emploie à maintenir le dialogue.

Le changement de majorité en France permet le retour à une relation pacifiée entre les deux pays. Il rentre à Paris en 1993. Il est nommé par Alain Juppé secrétaire général adjoint du ministère en charge des affaires européennes et économiques. Dans ces fonctions, il dirige les travaux préparatoires à l’élargissement de l’Union européenne en direction des pays de l’Est. Il négocie avec ces pays des accords d’association et fait des propositions pour une réforme des institutions. Il négocie parallèlement plusieurs accords avec la Russie.

En avril 1999, il est nommé ambassadeur en Allemagne. En 2006, Il se voit conférer la dignité d’Ambassadeur de France.

Au terme d’un séjour de neuf ans, il quitte l’Allemagne, le 24 septembre 2007, pour être nommé conseiller-maître à la Cour des Comptes. Parallèlement, il conserve une mission de réflexion au Quai d’Orsay avant de prendre sa retraite.


Son livre a été salué par les médias. L'Obs le classe ainsi parmi « les ouvrages qui sortent du lot, qui font œuvre historique et analytique utile
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. Il obtient le Prix Saint-Simon 2018
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En ce qui me concerne, je m’émerveille que cet homme qui a occupé de si hautes fonctions et fréquenté tant de chefs d’Etat sache en rendre compte simplement, sans langue de bois. Il ose par exemple commenter, pour les avoir vécus en direct, les événements de la place Tien an Men où le gouvernement chinois de l’époque n’a pas hésiter à engager la troupe avec l’ordre de tirer.
Martin a aussi soutenu plusieurs de ses amis, des intellectuels chinois, poursuivis par le régime.


C’est malgré ce dernier contentieux que le président XI Jinping vient négocier en Europe son pharaonique projet d’infrastructures maritimes et terrestres. On lui a déroulé le tapis rouge.
J’espère que cette visite sera suivie d’effets positifs.

En tous cas, la lecture de ce gros livre m’a permis (entre autres) de comprendre un peu mieux la situation complexe de la Chine moderne au développement déjà étonnant et aux ambitions démesurées mais où l’aspect humain des problèmes me parait insuffisamment (et peut être dangereusement) pris en compte.
Jean Delaunay

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La diplomatie n’est pas un diner de gala
Mémoires d’un ambassadeur
Editions L’aube