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Editorial de Jérôme le Méné
L’attristante actualité pourrait nous faire oublier des questions de fond que cet édito nous rappelle opportunément. C’est pourquoi je l’ai retenu comme billet de la semaine de France-Valeurs, d’autant plus que nos points de vue sont identiques.
Jean Delaunay
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Editorial de Jérôme le Méné

On croit s'être affranchi des contraintes de la géographie. La planète est devenue un village. Nous sommes des citoyens de la Terre. La fraternité universelle abolit les frontières. Toutes les décisions importantes se prennent au niveau international. Le numérique et le virtuel créent le monde de demain et rendent obsolète le monde d'hier. L'univers des réseaux sociaux nous fournit des milliards de nouveaux prochains dont nous sommes solidaires par des liens invisibles. Nous sommes chez nous chez eux. Ils sont chez eux chez nous. Tout est à tous. Tout est pour tous. La mondialisation est heureuse, altruiste et bienveillante.

Mais voilà que l'appartenance géographique est la première caractéristique de la révolte. C'est la France « périphérique » qui manifeste, celle des « territoires », celle des « déserts ». Une France vidée, paupérisée, défigurée et devenue plus lointaine à nos yeux que les Comptoirs français des Indes. Une France « pavillonnaire » où tout se vend mais rien ne s'achète, où les lignes de chemin de fer ont disparu, où rien ne se fait sans voiture. Une France privée de ses industries délocalisées, de son agriculture trop chère, de sa pêche prédatrice. Une France de « nulle part » qui voudrait redevenir de « quelque part » et retrouver un visage pour s'y reconnaître.

C'est peu dire que cette crise est aussi une revanche de l'histoire. On ne cesse de nous asséner que notre histoire est terminée, qu'il faut en finir avec l'homme diminué des millénaires qui nous ont précédés et passer à l'homme augmenté. La technoscience s'invente une supériorité à toutes les autres disciplines, elle devient la seule clé d'interprétation du passé, du présent et de l'avenir. L'histoire n'est plus tragique, elle aussi devient béate, rachetée par un progrès ininterrompu qui la conduit vers un paradis retrouvé. Elle n'a que faire d'hommes déconnectés, au Ql lamentable, qui n'auront pas reçu l'onction de l'intelligence artificielle.

Mais la fable de l'homme nouveau, on nous l'a déjà servie ! Il suffit de se souvenir du quinquennat dont les seuls résultats ont été de faire déchoir le respect dû à la personne Humaine : recherche sur l'embryon, eugénisme, avortement, mariage homosexuel, droit du genre, euthanasie, pénalisation des défenseurs de la vie. Cette vision transhumaniste qui fabrique des êtres désaffiliés, indifférenciés, déracinés, devenus des particules isolées dans le grand bouillonnement du vivant, modifiables à volonté pour s'adapter à la norme du marché, l'homme ne s'y résout pas.

Au-delà du masque des revendications catégorielles, la révolte actuelle nous rappelle notre incarnation dans le temps et dans l'espace. L'enracinement archaïque dans la nature humaine tient toujours et c'est une précieuse raison d'espérer.
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Paru dans la Lettre de la Fondation Lejeune de Janvier 2019
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