Le billet de la semaine de France Valeurs
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Le billet de la semaine
Au pays des sophistes
Au pays des sophistes

Le Comité consultatif national d'éthique a donc rendu son avis sur la révision des lois de bioéthique. Il a jugé conforme à l'éthique que la médecine sorte de son domaine, qui est de soigner les pathologies, pour rendre possible ce que la nature ne permet pas : faire un enfant sans père, en le privant délibérément de cette filiation ; avoir un enfant après le décès du père, par transfert d'embryon conservé; congeler ses ovocytes pour rester disponible sur le marché du travail puis devenir mère à 40 ans...
À quoi est ramenée l'éthique aujourd'hui? À quelque chose qui ressemble à des bons sentiments, une forme de pitié dangereuse aux résultats catastrophiques.
Pour éviter les souffrances et les frustrations aux individus qui expriment un désir d'enfant, on autorise l’ubérisation* de la procréation hors de la relation homme/femme. Que tout cela bafoue les droits de l'enfant ne semble pas poser problème. Dans cette éthique à géométrie variable, seuls les adultes ont le droit d'avoir des droits, comme le constate Mgr Michel Aupetit dans notre interview. Ce qui frappe, c'est l’incroyable muflerie intellectuelle des commentaires qui ont accompagné l'avis. L'énormité des sophismes qui sont prononcés sans faire tiquer quiconque. Le désintérêt pour toute discussion sur le fond. L'évidence collective à souscrire d'urgence aux explications simplistes et aux solutions absurdes.
Le «politiquement correct» a désensibilisé les intelligences au point d'attaquer l'os: ce que l'écrivain George Orwell appelle la «décence commune», qui nous fait ressentir au tréfonds de nous-mémes que certaines choses «ne se font pas». II suffit pourtant de creuser la doxa sociétale qui a colonisé les esprits sur la bioéthique, le genre ou les droits des animaux, pour en mesurer l'absurdité, sinon l'abjection. Dans La Philosophie devenue folle (Grasset), le philosophe et historien des sciences Jean-François Braunstein décortique ces penseurs anglo-saxons qui font autorité en décrétant la fin des limites - entre les sexes, l'homme et l'animal, les vivants et les morts. Du moins les plus célèbres d'entre eux : Judith Butler, Peter Singer, John Money, Anne Fausto-Sterling, Donna Haraway... Au bout de leurs raisonnements, on trouve la justification de l'enfant objet, de l'éliination des personnes défectueuses ou improductives, de l'expérimentation sur l'homme, de la flexibilité sexuelle, etc. Que l’on se rassure: ces penseurs de la déconstruction, pas grand monde ne les a lus. La plupart de nos experts se contentent d'adopter la position faible du libéral-libertaire : le droit au bonheur et à la jouissance des progrès techniques. Le bonheur standardisé de la société marchande, façonnant le désir à l'aune de notre capacité à consommer.
Ce bonheur-là ne nous rendra pas heureux. Faute d'affronter nos limites, on peut toujours s'augmenter, mais on s'empêche de grandir en humanité.
Clotilde Hamon
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Paru dans Famille Chrétienne du 6 octobre 2018
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Rappel. L'uberisation, du nom de l'entreprise Uber, est un phénomène récent dans le domaine de l'économie consistant en l'utilisation de services permettant aux professionnels et aux clients de se mettre en contact direct, de manière quasi instantanée, grâce à l'utilisation des nouvelles technologies. La mutualisation de la gestion administrative et des infrastructures lourdes permet notamment de réduire le coût de revient de ce type de service ainsi que les poids des formalités pour les usagers. Les moyens technologiques permettant l'« uberisation » sont la généralisation du haut débit, de l'internet mobile, des smartphones et de la géolocalisation . L'uberisation s'inscrit de manière plus large dans le cadre de l'économie collaborative. Ce concept s'oppose en fait à celui connu depuis des générations, c'est-à-dire le monde fixe et réglementé du salariat. (Wikipédia)

L'interview de Mgr AUPETIT


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