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Le billet de la semaine
Affaire ROMAND.
Pour changer un peu, je crois normal de vous associer cette semaine à mes réactions de visiteur de prison face au déferlement médiatique à l’égard de l’un de mes protégés.
Jean Delaunay
***
Projet d’article pour la Croix en réponse à celui du 18/09/18
Officier de carrière, c’est en service que j’ai découvert le milieu carcéral en 1953. On a en effet affecté à mon escadron deux sortants de prison. Au lieu de les diriger sur les Bat’d’Af’ comme les autres condamnés de droit commun assujettis au Service Militaire, le Ministre a voulu tenter une expérience en les affectant à un régiment normal, celui où je servais depuis mon retour d’Indochine.

Je les ai accueillis de mon mieux et j’ai même pris comme chauffeur de ma jeep celui que j’ai d’emblée trouvé le plus inquiétant. Pendant 6 mois, il a été parfait mais, alors que la Division manœuvrait le long du Rideau de Fer et que nous campions avec nos chars dans une forêt, il a déserté de nuit en volant la jeep d’un autre capitaine, l’arme et le blouson galonné d’un troisième. Ainsi déguisé en officier français, il s’est ensuite livré à une série de crimes et de délits en milieu allemand et a fini en volant la jeep de la redoutable Military Police US.

Rattrapé, il est passé en jugement devant le Tribunal Militaire et, chargé de le défendre, j’ai découvert les horreurs qu’il avait endurées comme enfant et adolescent… Ceci expliquait cela…

(Mon deuxième lascar a volé un pistolet pour l’envoyer à un ancien camarade de cellule. Il est aussi retourné en prison...)

Malgré cette double expérience négative, j’ai décidé, tout en poursuivant ma carrière (qui s’est terminée comme Chef d’état-major de l’armée de terre) de consacrer une partie de mon temps aux détenus car la prison m’a fait découvrir, à moi homme particulièrement chanceux dans ma vie, une autre face de la réalité humaine.
C’est ainsi que j’accompagne Jean Claude Romand depuis des années.

J’ai été le voir souvent dans sa Centrale et il me téléphone chaque semaine.

Je m’exprime ici au nom des 2 femmes qui l’accompagnent aussi, l’une depuis le début.
Le premier visiteur de Romand, ancien déporté, lui a dit: « Quoi que tu aies fait, tu peux être pardonné si tu le demandes à Dieu ». Nous croyons pouvoir témoigner qu’il vit de cela depuis 25 ans.

Nous n’ignorons rien de son passé mais nous considérons que le Romand de 2018 a changé , qu’il est un autre homme que le criminel qui a été condamné à perpétuité.

Il mérite, selon nous, qu’on lui donne une chance de finir sa vie en rendant service aux autres.

C’est sur ce thème que je suis intervenu auprès des responsables de la Télévision française quand j’ai vu que France 2 consacrait de longues minutes au JT de 20 h du 6 septembre à la description détaillée des crimes familiaux de Romand. (La TV m’a accusé réception de mon envoi.)

C’est pour la même raison que je me permets, en toute franchise et en toute humilité, d’intervenir aujourd’hui auprès de LA CROIX (auquel, en plus, j’ai abonné Romand.)

L’article que nous avons lu hier ne comporte, selon nous, rien de répréhensible, mais nous nous demandons quand même :
1/ si rendre compte, dans un journal comme le nôtre, d’une série de crimes odieux commis, il y a 25 ans, par un affreux menteur-imposteur est susceptible de faire du bien aux lecteurs alors que l’actualité est déjà bien sombre ?

2/ si, en ce qui concerne l’intéressé, converti selon nous, la lecture de ce papier (après d’autres, plus les émissions TV …) ne risque pas de lui faire beaucoup de mal alors qu’il aurait besoin de toutes ses forces morales pour aborder positivement le dernier stade de sa vie ?

Si j’avais écrit l’article, j’aurais plutôt essayé de dire quelque chose comme :

« Nous avons conscience de la crise actuelle de notre société, et notamment de l’augmentation de la délinquance. Nous connaissons les hésitations justifiées des responsables actuels concernant l’avenir de la prison, facteur souvent criminogène selon beaucoup… et selon nous.
Nous qui avons une longue expérience du milieu carcéral, nous reconnaissons avoir été parfois trompés (moi notamment) par des détenus et ne faisons pas confiance aveuglément aux nouveaux venus qui se présentent à nous.
Dans le cas Romand au contraire, nous sommes, séparément en face de lui depuis des années, trois chrétiens âgés et expérimentés et nous croyons qu’on peut maintenant lui faire confiance.

Notre jugement paraît correspondre à celui de l’organisme judiciaire qui vient de l’examiner longuement.
Dans ces conditions, l’excessive attention des médias à son égard nous paraît abusive.

Nous souhaitons qu’ils le laissent en paix et qu’ils acceptent de diffuser cette réalité que, dans certains cas, la rédemption d’un ancien criminel est possible.

J
ean Delaunay

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*Rappel
Autrefois, les sortants de prison ayant purgé leur peine et assujettis au service militaire étaient regroupés, pour ne pas contaminer les autres conscrits, au Bataillon d’Afrique à Tatahouine, à la frontière tuniso-libyenne où ils étaient soumis à un traitement très sévère que ce Ministre a trouvé injuste.
Le bat’ d’Af a été transféré à Tindouf en 1954 et dissous au retour d’Algérie.




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