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Le billet de la semaine
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Eté 1918
Pourquoi n‘a ton pas rappelé davantage en France les batailles de 1918 ?

Quels que soient les remous de l’actualité, il est regrettable que personne n’ait pensé à célébrer comme il le convenait le centenaire des batailles de l’été 1918 qui virent l’armée française prendre définitivement le dessus sur l’armée allemande en Picardie et en Champagne.

Pendant tout le printemps, le commandant en chef allemand, le général Ludendorff, tente, sans y parvenir, de percer le front français grâce au renfort des soldats du front de l ’Est libérés par la défection russe (traité de Brest-Litovsk le 3 mars 1918) et avant l’entrée en guerre des Américains. Couronnée de succès au début en Picardie (mars), sur l’Aisne (mai) et en Champagne (juillet), l’offensive se heurta à la solidité de l’armée française. L‘ennemi s’approcha à 70 km de Paris qui fut sous le feu de la grosse Bertha à partir de du 23 mars. Devant cette situation critique, Clemenceau promut Foch : « Je me suis dit : essayons Foch ! Au moins, nous mourrons le fusil à la main ! J'ai laissé cet homme sensé, plein de raison qu'était Pétain ; j'ai adopté ce fou qu'était Foch. C'est le fou qui nous a tirés de là ! ».

Les Allemands laissèrent près de 800.000 hommes dans la bataille.

L’attaque allemande, bloquée, l’armée française prit l’offensive à partir de juillet 1918, au travers des admirables batailles de juillet et août. 200.000 soldats français ont été tués ou blessés du 15 au 30 juillet 1918. Le 28 septembre, Foch déclenchait l’offensive générale.

Des faits d’armes spectaculaires marquent cette contre-offensive, appelée aussi seconde bataille de la Marne. Le 18 juillet, à Villers Cotterêts, le général Mangin, déboula d’une forêt au petit matin avec 320 chars et une nuée d’avions mettant en déroute les armées allemandes qui avaient fait une percée vers Epernay. Qui ne reconnaît dans ce scénario ce qui advint dans les Ardennes le 10 mai 1940 ? Mais cette fois ce furent les Allemands qui appliquèrent cette méthode et les Français qui, entre-temps l’avaient oubliée! Officier colonial comme Mangin, le général Gouraud fut également admirable.

Contrairement à ce que beaucoup ont appris à l’école, ce n’est pas l’armée américaine qui a gagné la bataille de 1918. Très peu de ses éléments eurent le temps de monter au front : malgré des faits d’armes courageux (à Saint-Mihiel par exemple), les troupes américaines, armées et formées par les Français (comme, rappelons-le, les troupes françaises devaient être équipées par les Américains en 1944 ) pâtirent de leur inexpérience. Leur principale contribution fut de doper le moral des Français qui savaient qu’ils allaient finir par arriver. Les Anglais étaient, quant à eux, épuisés.

Ce fut donc essentiellement une bataille entre Français et Allemands ; l’armée allemande, n’ayant plus qu’un seul front, était la plus puissante que nous ayons eu à affronter. L’armée française de 1918, forte de l’expérience de 4 ans de guerre, disposant de plus de 2.000 chars Renault (pour une cinquantaine chez les Allemands qui ne croyaient pas à cette arme) fut la plus efficace que nous ayons eue depuis 1815.

Une armée galvanisée par Clemenceau, Président du conseil depuis le 16 novembre 1916, admirablement commandée par Foch, fait « général en chef des armées alliées en France » le 14 avril et maréchal le 7 août.

Cette victoire résulte de la combinaison heureuse d’une défense méthodique organisée par Pétain qui démultiplie en profondeur les lignes de repli et de l’esprit offensif de Foch et de ses hommes : Castelnau, Mangin, Degoutte etc.

Aussi longtemps que Foch vécut, les deux écoles continuèrent à se compléter au sein des armées.

A partir de sa mort en 1929, Pétain, dernier maréchal encore en vie, devint la seule référence. Prévalut alors l’esprit défensif incarné par la ligne Maginot. Les leçons de 1918 oubliées, les partisans d’offensive (tel le colonel de Gaulle) marginalisés, on sait ce qui advint.

La célébration de ces événements, parmi les plus glorieux de notre histoire, aurait permis de dégonfler, au moins auprès des plus jeunes, certains mythes en rappelant que les Américains n’y jouèrent qu’un rôle d’appoint et que les Français l’emportèrent en partie par leur avance mécanique.

On aurait pu aussi célébrer à cette occasion l’amitié avec l’Italie dont les régiments venus à la rescousse sur la Marne perdirent 4.000 hommes dans la seule journée du 14 juillet 1918.

Que la France actuelle refuse de célébrer de tels événements, qui s’en étonnera ?

On dira qu’il ne faut pas vexer nos amis allemands : mais ce sont eux qui étaient alors chez nous et non l’inverse ; l’armée française accomplit ces exploits admirables pour défendre son sol et non pour envahir celui des autres.

Roland HUREAUX
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