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Le billet de la semaine
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Réflexions post 14 juillet
Par Jean Delaunay

A l’occasion de la fête nationale, le Général Lecointre, chef d’État-Major des armées, a donné une interview au journal « Famille chrétienne » où il explique le sens du défilé du 14 juillet.
J’en souligne les paragraphes suivants.

« Le 14 juillet est une démonstration de force. Défiler, c’est clairement montrer sa force et honorer ceux qui acceptent de la mettre en œuvre. Chaque 14 juillet, les Français ressentent cette fierté d’être forts.

(…). Au départ, la civilisation s’est construite autour du fait guerrier. Georges Dumézil a mis en lumière l’existence d’un vieil ordre indo-européen tripartite : les combattants, les priants et les marchands. La société s’est structurée par une spécialisation des tâches. L’ordre des guerriers s’est chargé de l’obligation de délivrer la force. Les autres pouvaient alors se consacrer à autre chose : la prière ou le commerce. La civilisation se construit autour de cette force assumée. (…) Le civil est celui qui est délivré de l’obligation de mettre en œuvre la force.

(…) La mise en œuvre de la force est une réalité collective. Elle permet de supporter l’obligation morale de donner la mort. Cette réalité se traduit de manière très concrète quand on descend dans le détail des métiers militaires. Le simple fantassin est celui qui donne la mort lors d’une confrontation directe face à l’ennemi. Ce fait a quelque chose de traumatisant. Nos soldats ne sont pas des psychopathes et il leur est toujours difficile de déchaîner la violence. Nous leur expliquons que tuer de manière délibérée n’est pas un acte individuel. Ce n’est pas de leur unique responsabilité. C’est la responsabilité de tous les Français de par une mission dont la légitimité n’est pas discutable. (…)

Etre héroïque, c’est être capable de donner la mort en mettant sa propre vie en danger. Cette symétrie est une manière de rétablir les choses car je suis prêt moi aussi à offrir ma vie.

Pour moi, le Colonel Beltrame n’est pas du tout un martyr, c’est un héros ! Quand vous parlez à sa famille, vous comprenez qu’il était habité par un esprit très militaire. Il était là pour réussir sa mission. Il ne s’est pas proposé en otage en se disant : « je vais mourir ». Au contraire, il avait la ferme intention de neutraliser le terroriste. Il voulait gagner. Ce serait dégrader son action que de penser qu’il s’est livré les bras en croix. Il avait la mission de libérer les otages. Et il pensait pouvoir y arriver.

(…) Je remplace volontiers le mot valeur par vertu. Pour moi, la valeur en action devient vertu.
Comme l’action du soldat touche à la mort, ses vertus doivent être extrêmes. L’héroïsme est selon moi une vertu essentiellement collective. Elle renvoie forcément à l’honneur. »
***

Je suis heureux que le CEMA fasse ce distinguo entre Valeur et Vertu. Il figure d’ailleurs dans notre Argumentaire sous la forme suivante : « La notion de Valeur recouvre le plus souvent :
- des vertus, comme le courage, le respect de la liberté, le sens du service, la générosité etc
- des convictions, en dehors desquelles ces vertus n'ont plus aucune signification.
- des institutions, comme la patrie, la démocratie, la famille, la république …»
Devant l’usage abusif du terme « Valeur » où chacun met ce qu’il veut, j’ai été tenté d’utiliser exclusivement dans nos textes le terme « Vertus » car finalement ce sont bien elles que nous tentons de réveiller. J’y ai finalement renoncé car l’appellation « France-Vertus » m’a paru trop prétentieuse.
Cela dit, j’ai moi aussi des choses à dire. Je partage l’opinion du CEMA sur la fierté qui nous anime en voyant défiler nos soldats, sur l’honneur aussi que nous leur faisons, sur la reconnaissance que nous leur montrons, ô combien justifiée. La présence d’un Drapeau en tête de chaque formation est aussi une façon de relier les soldats d’aujourd’hui à leurs grands anciens. Ce sont ceux-là qui ont mérité les glorieuses inscriptions brodées sur la soie : noms de batailles ou de campagnes.
Quant à moi, je me rappelle mon émotion quand je descendais les Champs Elysées à la tête de mes chars. Grand vieillard, je ressens le même sentiment devant mon écran en constatant la perfection des tenues et de l’alignement, l’énergie collective saisissante qui se dégage de cette masse humaine où domine finalement l’impression de cohésion dans la diversité. Vive la France et son armée !
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Merci aussi aux Bleus qui nous ont permis d’aller en finale de la coupe du monde de foot ball.

Là cependant, je nuancerai quelque peu mon propos. J’ai expérimenté l’importance de l’activité physique. Je sais que c’est mon ancien entrainement régulier qui me permet de bénéficier encore d’un reste de vitalité. Je me réjouis de voir plusieurs des miens en grands sportifs, une fille aussi. Mon article, écrit en 1970, « La forme physique du chef, élément essentiel du commandement » avait été traduit en plusieurs langues dont le russe et l’arabe. Je regrette que cette préoccupation, la forme physique, ne préside pas assez en France à la formation des jeunes (parmi lesquels on voit, hélas, trop d’obèses…) et notamment à celle des élites intellectuelles. Bref, je crois à la nécessité de respecter la dimension corporelle de la vie et à la pratique du sport comme piment de cette saine attitude.

Cela dit, j’ai été attristé dimanche par les excès de toute nature liés à la belle victoire des Bleus. Plus généralement, je regrette les abus en tous genres qui marquent, les médias aidant, l’évolution du sport professionnel : aspect financier, aspect médical (dopage) et abusif aspect médiatique avec trahison de l’idéal olympique. Peu soucieux de prétendre jouer, là aussi, au père la vertu, je m’arrête et me console à la vue de ces milliers de français d’aujourd’hui adeptes de la course à pied.
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Les médias de dimanche dernier titraient presque tous sur l’impression de cohésion, de fierté et de rassemblement national qui dominait ces deux évènements si divers. Il était important qu’il en ait été ainsi après presque un semestre de troubles en tous genres.

A France-Valeurs, nous formons le vœu que l’esprit quatorze Juillet, dans ce qu’il a de mieux, continue à souffler pour le plus grand bien de la France et des français.
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