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Le billet de la semaine
Retour
Je rentrerai avant la nuit
Par Jean Delaunay

Je viens de dévorer un merveilleux petit livre paru sous ce titre.
A la fois poignant et revigorant, très humain et très édifiant, il représente une véritable leçon de vie !

C’est le récit du combat livré dans la longue durée par un couple de jeunes mariés.
Cédric, l’homme, a survécu miraculeusement à un terrible accident qui, l’a laissé, entre autres, traumatisé crânien avec toutes les conséquences liées à cet état.
S’exprimant sur la lente évolution de la situation contrastée de son mari, Sophie, sa femme, qui l’aime profondément et qui le soutient merveilleusement, écrit, au début de son journal qu’elle tient au jour le jour: « il est à la fois ma rose et mon épine »
Vingt ans après, elle reprend son journal et en extrait l’essentiel dont elle tire ce livre.
J’en reproduis ici le sommaire qui, à lui seul, révèle l’étendue et la profondeur du drame.

1 Prologue. Cédric, ma rose et mon épine
2 Le pronostic vital est engagé 2.
Préparez-vous à un réveil très long
3. Le centre de rééducation : une vraie cour des miracles !
4 Découvrir quels mots sont enfermés dans ta tête
5. Quand vas-tu revenir, Cédric ?
6 Retour
7. Il restera mon mari
8. Foutue mémoire qui n'imprime plus
9. Avenir emmuré
10. Retour définitif à la maison
11. Tu avances, tu avances vraiment !
12 Vivants et joyeux!
13. Tu vas être papa
14. Ta capacité d'aimer est intacte
15. Une maison pleine de rires et de joie
16. Nous n'avons pas toutes les réponses
17. Je rentrerai avant la nuit (‘Conclusion de Sophie)
18 J’ai décidé de lever l'ancre (Cédric) .

Avec des hauts et des bas, Sophie tient le coup et aide Cédric à progresser. Elle s’appuie sur quatre piliers qu’elle décrit admirablement au fil de pages émouvantes et souvent poignantes. Ce sont sa foi chrétienne, son amour pour l’homme de sa vie, l’aide inappréciable des soignants de tous niveaux et l’accompagnement des siens, famille et amis.

Après des années de combat et bien que Cédric n’aie pas récupéré toutes ses facultés physiques et mentales ‘(mémoire notamment) , l’arrivée très désirée d’un enfant, puis de trois autres, représente pour eux la joyeuse revanche de la vie (avec les soucis quotidiens correspondants).

Dans l’inquiétant contexte actuel, ce livre nous apporte, dans son réalisme même, une longue bouffée d’air pur. Merci Sophie.
***
Je rentrerai avant la nuit
Le récit d'une famille qui évolue sous nos yeux, le témoignage bouleversant d'un couple que la souffrance rend perméable à leur humanité profonde, une vérité qui concerne chacun.

Par Sophie Barut,
Architecte d'intérieur et artiste, l'épouse de Cédric, signe ici son premier livre.
ISBN : 9782375820001
nouvellecite.lr
17 €uros
***

Extrait. Une page prise au hasard
« Jeudi 17 septembre 1998
Te voilà encore tout seul, là-bas, une fois de plus. Cette solitude que tu redoutes mais qu'il m'est si difficile de réduire totalement. Je viens tous les jours, tes parents me secondent dès que j'ai un empêchement. Tu es ma respiration, je voudrais être toujours à tes côtés. Mais la vie, le travail m'appellent.
En ce moment tu sembles mieux maîtriser tes chagrins et tes joies. « Dérèglement de la thymie », disent les médecins : les traumatisés crâniens sévères ont du mal à contenir leurs émotions.
Dimanche dernier, nous avons fêté notre premier anniversaire de mariage, entourés de tous nos proches. Ces quinze sourires t'ont réchauffé le cœur, ça se voyait dans tes yeux.
. Tu me jetais des coups d'œil furtifs temps en temps, comme si tu me disais : « Là, je rêve, Sophie? » Eh non, tu ne rêvais pas : regarde toutes ces belles amitiés qui t'entourent, toute cette affection quoi t'appelle à revenir parmi nous.
Certains soirs, tu n'arrivais pas à me laisser partir mais aujourd'hui, tu sembles être revenu un peu plus à la raison, à prendre un peu plus sur toi, comprendre que notre séparation est inévitable, au moins la nuit.
Et tu parles, tu parles toujours autant, sans prononcer aucune parole, par le biais de l'alphabet et de mon stylo :
« Allons, petite fleur, aie confiance, je t'aime et ne peux te mentir. »

Le lendemain, journée très douloureuse.
Je m'absente dix minutes pour laisser travailler les infirmières, je te retrouve en larmes :
« Je t'avais perdue, ne me laisse pas, je voudrais nous voir mariés. »
Tu n'as donc plus de mémoire immédiate et tu as oublié les huit mois précédant ton accident.
Oublié notre mariage à Grenoble en septembre, après une année de fiançailles. Tu me demandes régulièrement en mariage, et veux me présenter à tes parents. Je te montre quotidiennement ton alliance pour que puisses reconstituer ta vie, et te réponds sans me lasser : « Oui, je connais tes parents. Oui, je connais tes grands-parents. Oui, je connais ton oncle. Oui, je connais…

Combien de fois devrai-je répéter toutes ces informations que tu n'imprimes pas? J'ai peur de m'user.
Au moment de te quitter : « Ce soir, peux-tu m’emmener ? »
Je réponds que tu dois rester dans ce centre de rééducation tant que tu n'as pas retrouvé le réflexe de la déglutition. Les médecins ne veulent pas que tu rentres tant qu’il reste un risque d’étouffement. »
***





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