HTML> Le billet de la semaine de France Valeurs
http://www.francevaleurs.org

Le billet de la semaine
Retour
Une femme de grand mérite
Je vais avoir le plaisir et l’honneur de lui remettre bientôt la Légion d’honneur.
Concernant son parcours, je ne peux mieux faire que de reprendre l’émouvant témoignage qu’elle m’a adressé pour "Femmes de soldats d’hier et d’aujourd’hui», le livre où j’ai voulu rendre hommage à nos épouses.

Elle écrit : « Je suis née à Colmar dans cette Alsace qui venait de redevenir Française. Mon père était revenu sain et sauf de la guerre 1914/ 18. Je lui vouais une grande admiration. Ma mère nous élevait avec tendresse et fermeté, mon frère Jacques et moi-même. Mon aîné exerça sur moi une heureuse influence. C’est par lui que je fis connaissance de Franck, mon futur mari, son camarade, qui était parti pour l’Indochine en 1947 et revenu en 1949, chevalier de la Légion d’Honneur. Nous nous sommes mariés en 1950, peu avant son départ pour son deuxième séjour.

Dès mars 48, j’avais été profondément marquée par la mort de mon frère chéri, tombé sur la RC 4. En 1949, j’ai été invitée à Sidi Bel Abbès pour célébrer sa mémoire. On a accroché sur ma veste sa Légion d’Honneur décernée à titre posthume.

Mon mari est mort au combat, le 12 décembre 1951. Ma vie bascula brutalement, d’autant plus que mon père est tombé en syncope en apprenant ce nouveau drame.
Moi, qui étais si fière d’épouser un officier et de partager son idéal, mon rêve s’acheva. Il fallait que je me ressaisisse rapidement, pour moi-même d’abord, et pour montrer à mes parents que j’envisageais courageusement l’avenir. »

J’ai reçu l’aide nécessaire et, 5 ans durant, j’ai suivi les cours d’interprètes de l’Université de Genève en alternance avec des séjours en Angleterre et en Italie
« Quand je revenais à Annecy, j’avais cependant un pincement au cœur en rencontrant mes amies qui promenaient joyeusement leurs enfants. »

Le Ministère des affaires étrangères m’a ensuite offert un poste pour préparer la conférence de presse quotidienne du Ministre. Ma jeunesse et ma vie intéressante m’aidaient à surmonter la tristesse de mon veuvage, en plus de ma foi profonde et du secours de mes amis. Mais je ne pouvais pas envisager de faire carrière aux Affaires Etrangères où mon diplôme suisse n’était pas reconnu. .

En 1961, fut créée la Direction des Recherches et Moyens d’essai des Armées où je suis arrivée avec d’intéressantes fonctions. Après 5 années, j’ai été nommée responsable des interprètes de conférence pour les besoins des rencontres internationales.

Il m’est souvent arrivé dans mon travail de rencontrer des camarades de mon mari et de mon frère. Comment ne pas penser alors, avec un sentiment de tristesse mais avec une certaine fierté, que, par ma présence au Ministère de la Défense, je prolongeais, en quelque sorte, leur souvenir, leurs aspirations.

C’est dans le même esprit que j’ai accepté ou recherché des responsabilités dans plusieurs associations se consacrant au Devoir de Mémoire.
En effet, à partir de la si douloureuse disparition des miens, je me suis sentie dépositaire de leur idéal, de leurs ambitions, de leur amour de la vie; de tout ce qu’ils auraient souhaité voir, découvrir, entreprendre au fil des années. »


A ce titre, en plus de l’exercice de ses tâches professionnelles, Denyse a joué un grand rôle chez les veuves de guerre et les anciens combattants. Elle s’est engagée à fond au service de nos promotions Victoire 1945 et Veille au Drapeau, et surtout elle aidé bien des gens en difficulté.

Sa Foi ardente l’a amenée souvent au pèlerinage militaire de Lourdes.
J’ajoute que nous sommes voisins l’été sur les bords du Lac d’Annecy, que nos enfants et petits-enfants la connaissent et admirent son allant conservé et sa gentillesse.

C’est pour tout cela que je lui exprime affectueusement ici ce que mes camarades de promotion Jacques et Franck doivent penser Là-Haut:
Denyse
Femme de douleur sublimée, dans la dignité,
Femme d’immense courage manifesté dans la longue durée,
Femme au grand cœur qui a su partout aimer et servir,
Femme de foi rayonnante,
A sa façon, comme son frère et son mari, elle a bien servi la France.
Du fond du cœur, je la remercie de l’exemple de vie qu’elle nous donne..

Jean Delaunay
***


FEMMES DE SOLDATS



PS : Vos commentaires dans le forum.