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Le billet de la semaine
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Une rude expérience africaine
Une rude expérience africaine
Par Jean Delaunay

Pour changer un peu de l’actualité française, je vous transporte un instant en Afrique. J’ai l’immense chance, à mon âge, d’être encore en contact avec des jeunes hommes que je soutiens notamment en les aidant à préparer l’épreuve de culture générale de leurs concours. Parmi eux G, petit-fils d’un camarade décédé, s’est engagé dans l’armée, il y a quelques années pour devenir sous-officier et préparer le concours de l’Ecole Militaire Interarmes en vue de devenir officier. Il a choisi l’arme du Génie et la spécialité de fournisseur d’eau et d’électricité aux troupes en opérations. Or, il n’était jamais parti « en OPEX ». Il s’en est ouvert un jour à son général en inspection et s’est vite retrouvé chef de l’équipe française chargée de soutenir les Casques Bleus - et indirectement la population- dans cette République Centrafricaine au bord de la 3° guerre civile. (Rappel. La France a mené pendant 3 ans (2013-2016) l’opération Sangaris d’interposition entre les factions rivales chrétiennes et musulmanes de ce malheureux pays). Il m’écrit : « Cela fait maintenant deux mois que je suis ici où le climat est quasi saharien, 50° la journée et 10° la nuit. La situation en République Centrafricaine est extrêmement critique. Il n’y a pas de stabilité politique et les anciens membres des gouvernements deviennent des pseudos chef de guerre qui se cachent derrière leur religion pour trafiquer et mettre la main sur les seules richesses du pays: mines et réseaux diamantaires.

Lors de mes différents convois, j’ai traversé des villages déserts, brûlés ou détruits, avec des cadavres mis en scène pour effrayer les habitants et les dissuader de revenir.

Nous sommes en soutien des Casques bleus Sri Lankais et Zambiens qui ont remplacé le contingent français. Il y a surtout un immense camp de réfugiés à l’entrée de la ville. À notre arrivée, croyant que les français revenaient, ils nous ont accueillis comme des héros et j’ai entendu crier « Vive Sangaris, Vive la France libératrice de la RCA. » Les effectifs Onusiens diminuent de jour en jour et des miliciens locaux prennent leur place. Mes journées sont rythmées beaucoup par mon service principal et un peu par ma préparation à l’EMIA.

Je suis très content d’être là même si la logistique ne suit pas. Nous sommes coupés, du fait de la distance, de l’échelon de soutien national Centre Africain supposé nous fournir l’appui matériel que l’ONU nous chipote, se disant sans doute, que puisque les Sri Lankais et autres arrivent à subsister dans ce chaos, à fortiori les français doivent y arriver … D’ailleurs mon grand- père m’avait appris qu’un militaire doit savoir se débrouiller dans toutes les circonstances… J’ai passé mon enfance à rêver de cette Afrique coloniale qu’il avait connue et, malgré le temps, je constate qu’elle n’a pas changé. Ainsi, les routes que nous avions construites sont défoncées car non entretenues depuis 50 ans, et d’immenses ornières ralentissent nos camions.

Le reste est à l’avenant.

Je ne sais pas ce qui va m’arriver demain mais ma vie de chaque jour est une expérience exceptionnelle et je suis plus que ravi d’être ici. »
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Je suis fier pour la France que l’EMIA ait formé un Arnaud Beltrame et je souhaite à mon ami G d’être, lui aussi, reçu, le moment venu, à son concours. Dans l’immédiat, je suis heureux de diffuser cette réaction d’un jeune sergent du Génie qui, modestement mais dans des conditions éprouvantes, fait honneur à notre armée et à la France. JD
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