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Le billet de la semaine
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Réflexions à deux voix autour de l’après-mai 1968 et l’actualité
1/ Voix de Jean Delaunay
Certains médias commencent à évoquer le cinquantième anniversaire de mai 1968.
Les uns se réjouissent de ce qui s’est passé et d’autres le déplorent. J’en suis, moi qui dénonçais déjà, ce que j’appelle le Cancer dans mon livre:« La Foudre et le Cancer » en 1985.
Ces évènements et tout ce qui a suivi sont en rapport direct avec ma création de France-Valeurs.
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Au début mai 1968, je commandais un régiment de cavalerie en Alsace et, comme tous mes camarades, j’ai reçu l’ordre de mettre mes unités en alerte pour intervenir en région parisienne si besoin était. Une fois nos engins parés, je fis en sorte de soumettre mes hussards à une activité physique intense autour du quartier pour les garder toniques et bien en main.

Je précise que mes parents avaient vécu la « Grande Guerre », mon père militaire pendant 7 ans, et ma mère engagée comme infirmière dès 1914. Ayant le culte du Devoir, ils me l’ont inculqué avec le Sens du Sacré, notamment l’amour de la Patrie inséparable de la Foi chrétienne, de la solidarité, du respect de l’autorité et de l’attachement à la famille.
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Je venais d’acheter la TV pour pouvoir admirer en famille Killy aux JO d’hiver. Dès le début de la crise, rentrant chaque soir à la maison, toute proche du quartier, j’entendais avec horreur des agitateurs inconnus démolir tout ce à quoi je croyais, entourés de pancartes: « il est interdit d’interdire ».
J’assistais à des Assemblées Générales étudiantes prises en main par Cohen Bendit et ses amis marxistes formés à cet effet. Sur un plan plus général, j’ai vu ou senti les autorités partout surprises et dépassées. J’ai mesuré la vulnérabilité de nos sociétés démocratiques et la lâcheté de certains responsables. J’ai aussi découvert la puissance de la télé, en attendant celle des réseaux sociaux.

Avec tous les autres colonels, j’ai cependant pu maintenir mon régiment en ordre et disponible grâce à des cadres compétents, dévoués et proches de leurs hommes. Ce, malgré le chaos général et alors que les grévistes de l’usine voisine appelaient mes gars à déserter.

L’armée n’a heureusement pas eu à intervenir en force car la révolte étudiante n’a pas réussi à s’unir avec le mouvement ouvrier. Cela dit, l’on est passé pas loin d’une vraie révolution avec du sang. Il reste que, après le fameux discours du général de Gaulle et la manifestation monstre du 30 mai, l’élection d’une nouvelle Chambre des Députés a occulté, pour un temps bref, les immenses conséquences de cette lame de fond qui a alors recouvert la France.

Car la révolution culturelle, elle, a bien eu lieu et dure encore.
Le Fig Mag du 3 mars écrit: « Un souvenir hante la France : mai 68. Son souvenir ému est entretenu comme s’il s’agissait d’un acte fondateur de la société contemporaine. Ce qui est vrai d’une certaine manière. Remise en cause de l’autorité (…), célébration croisée et paradoxale d’idéologies autoritaires ou ultra hédonistes, libération sexuelle, stigmatisation morale de l’adversaire politique, antifascisme d’opérette, internationalisme communiste (qui a tout naturellement mué en mondialisme libéral), égalitarisme forcené… Oui, dans ses grandes lignes, la société française de 2018 accomplit dans ses grandes lignes le rêve soixante-huitard ! »
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C’est si vrai que, dans bien des familles amies, les enfants devenus adultes pensent et vivent différemment depuis, selon qu’ils sont d’avant 68 ou marqués par la Fac ou le Lycée de leurs 18 ans. Eux (et souvent leurs descendants) réagissent différemment aux grands problèmes qui se posent à nous depuis la combinaison d’évènements comme la chute du Mur et les révolutions numérique, biologique et technologique. C’est notamment l’identité française, face à la montée de l’Islam, à l’immigration galopante, à l’Europe, et à une certaine propension à la repentance décliniste.
C’est aussi notre conception de la Vie. Je cède sur ce point la parole à plus compétent que moi.
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2/ Voix de Jean-Marie Le Méné

Etre ou ne pas être
Le débat préalable à la loi de bioéthique dont tout le monde parle n'aura pas lieu. C'est autre chose qui se trame parce que le monde a changé. L'homme a concrétisé le projet de se définir, de se construire, de se modifier et de se dé¬truire. Chaque matin, il décide d'être ou de ne pas être. C'est le triomphe de la Modernité au sens historique du terme. Plus aucune «grandeur d'établisse¬ment » en France, plus aucune institution publique ou privée, ne conteste désormais cet acquis de l'autonomie philoso¬phique, même si de rares voix isolées s'époumonent encore.
Faut-il aller dialoguer dans des purgatoires éthiques, pinailler sur la rédaction d'un article de loi ou glisser des amendements ? A qui d'ailleurs ? Les amarres aux rives de ta sagesse ont été larguées depuis trop longtemps et la vague est trop puissante. Nous avons déjà les réponses à tous les problèmes, toutes les questions, tous les doutes. Avant même l'orga¬nisation de tout débat, un ministre annonce que la PMA sans père, partie émergée de l'iceberg bioéthique, sera vo¬tée. Sans parler du reste.
La procréation est-elle un marché comme les autres ? Pourquoi pas si ça peut aider. L'embryon humain est-il res¬pectable ? Pas plus qu'un matériau de laboratoire. L'avortement de tous les handi¬capés est-il légitime ? C'est un « ordre établi » compatible avec la prohibition de l'eugénisme.
Mais les lois ne sont-elles pas respectées ? Pour être en règle, on change la règle. Etc. A cela s'ajoutent les débandades habituelles, comme le fait de brandir les soins palliatifs en guise de talisman, pour ne pas avoir à articuler un « non » à l'euthanasie. Hélas ! Les soins palliatifs n'empêchent pas plus l'euthanasie que la médecine périnatale n'empêche l'avortement. Le problème est bien plus profond que l'écume de ces controverses, c'est celui de la légitimité de l'humain. L'hu¬main jouit-il encore d'une quel¬conque prééminence dans le grand foisonnement du vivant ou l'étalage de la technique ? Si c'est oui, alors il faut le dire vite parce que le marché a ciblé son nouvel eldorado, le corps humain, une énergie renouve¬lable qui n'a pas de prix, qui n'a même plus aucun prix... La phase de la déconstruction de l'humanisme est achevée. La reconstruction transhuma¬niste est à l'œuvre. Irons-nous, la corde au cou, en négocier les modalités ? Comme l'écrit le philosophe Rémi Brague, l'enjeu n'est plus celui du Bien comme au XIXème siècle, ni celui du Vrai comme au XXème siècle, mais celui de l'Etre.
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3/ Voix de Jean Delaunay

Devant ce terrible constat établi par un médecin éminent, animateur de l’une des deux principales forces françaises d’opposition constructive à la folle dérive actuelle de la bioéthique (l’autre étant Alliance Vita ), je me permets de reprendre la parole sur le thème de l’Espérance.
Je déplace un instant le problème. J’étais présent lors d’une réunion de l’Alliance Atlantique de 1982 où les responsables politiques et militaires ont examiné les probabilités d’une évolution de notre ennemi d’alors, l’URSS. J’ai entendu tomber leur réponse : rien à prévoir avant 50 ans. Or, le Président Bush a annoncé en août 1990 la fin de la guerre froide : l’impossible était survenu.

De même, dans le domaine si controversé de la bioéthique, et face aux mesures sociétales en cause, gravissimes quant au respect de la vie humaine, alors que le principe de précaution est inscrit dans notre Constitution, ne peut-on espérer quand même que la Sagesse et la Prudence gagnent face aux apprentis-sorciers et aux marchands de vie humaine ?
Ma conclusion. On nous offre de participer aux Etats Généraux de la Bioéthique : il me semble que leurs résultats pourraient influer sur l’élaboration et la mise en œuvre des lois permettant ou non des pratiques moralement et éthiquement inacceptables.
Seule l’inaction est infamante, m’a-t-on appris !
Cela me parait de notre devoir de participer à cette consultation.
JD
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