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Le billet de la semaine
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A propos du Service National Universel
A propos du Service National Universel
Par Jean Delaunay

Dans le programme du futur Président de la République figurait la création d’un Service National Universel. Il envisageait initialement un stage d’un mois pour tous les garçons et filles de chaque classe d’âge, soit plus de 600.000 jeunes par an. Ce projet semble revenir sur le devant de la scène mais soulève de nombreuses questions. Un groupe de généraux en retraite ayant occupé des fonctions importantes (G2S) vient de se livrer à une sérieuse étude sur le sujet. En émerge une seule certitude : le SNU ne peut et ne doit en aucun cas être porté par les armées seules. Pour introduire le débat, je me permets de livrer ici mon propre témoignage sur les Chantiers de jeunesse. JD
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Le service militaire ayant été supprimé après la défaite de 1940, les garçons de 20 ans étaient convoqués pendant 8 mois pour un service national appelé "Chantiers de Jeunesse". Encadrés par d'anciens officiers, les jeunes recevaient une formation technique manuelle, civique et morale, tout en travaillant à de durs travaux d'intérêt général.

Affecté au Chantier N°12, à Vizille après le concours de St Cyr de 1943, j’appris qu’admis d'office au peloton de formation des "chefs d'équipe", je devais rejoindre à pied le camp de Laffrey. J’y trouvais des baraques avec des châlits doubles, quelques robinets d'eau froide en plein air et des feuillées à 100 m. Nourriture misérable à base de blettes, une boule de pain pour 8. Seul réconfort, un quart de vin par repas. L'enthousiasme ne régnait guère. Emploi du temps serré: lever à l'aube et "décrassage" immédiat. Dès le lever des couleurs, à jeun, départ en petites foulées pour un mini-cross de 10 minutes se terminant par la traversée du lac, glacial à 6 H 30 du matin. En rentrant, petit déjeuner puis activités diverses. Marche au pas et chant, initiation à topographie, au bûcheronnage, exposés sur le civisme et la façon de commander des hommes au travail et de diriger une séance d'éducation physique. Au bout de quelques semaines, nous étions jugés aptes à être responsables d'une équipe mais il restait un dernier test de caractère: un raid en montagne de 5 jours par groupes de 3 dans le Vercors.
Ayant passé ce cap, nous avions mérité notre galon. Quelques jours après, dans un autre camp, je devenais le chef d'une dizaine de jeunes de mon âge. Rude épreuve pour un débutant face à des paysans râleurs et assez mécontents d'être là, rudement traités et mal nourris ! Notre travail forestier se déroulait sur des pentes déclarées peu rentables par les civils. Chaque matin, montée pendant 1 H en portant le repas et les outils. Même trajet le soir en descente. Arrivés sur la coupe à 1.500 m d'altitude, les crêtes de Belledonne brillaient sous le soleil levant alors que la vallée était remplie de nuages. On allumait un feu pour réchauffer les gamelles et on commençait à abattre les arbres désignés. Amorce à la hache, la suite à la scie passe- partout maniée à deux, chacun tirant alternativement. Quand l'arbre commençait à craquer, on donnait l’alerte. L'arbre à terre, ébranchage à la serpe, de façon à laisser sur le sol un tronc net qu'on viendrait "débarder" l'hiver quand le sol serait couvert de neige gelée. Le travail continuait ainsi avec une interruption pour le repas de midi. Le soir, avant de partir, nettoyage du terrain. Toute cette activité était accompagnée de jurons à chaque incident : la scie qui se coince, l'arbre qui tombe mal… Je m'étonne d’avoir vu si peu d’accidents alors que nous travaillions seuls sur un terrain difficile mais tout jeune montagnard de cette époque était bûcheron. J'ai quand même vu tomber un de mes gars à la descente, avec un passe-partout sur l'épaule. Celui-ci lui a entaillé le cou et l'oreille. Pas d’hélicoptère ! Il a fallu le porter nous-mêmes sur un brancard de branches. Il s'en est d'ailleurs bien tiré.
Pour conclure, j'en ai bavé aux Chantiers. En revanche, j’y ai acquis une précieuse expérience humaine et j’y ai découvert la vraie nature. Cela dit, je trouve qu'il m'a été plus facile de commander, à 57 ans, les 300.000 hommes de l'armée de terre que d'être, à 20 ans, le chef de 10 bûcherons de mon âge, affamés de surcroît et attendant "la quille". D’où mon admiration depuis pour les cadres de contact, les sous-officiers notamment.
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Revenons au SNU dont le but serait essentiellement sociétal : favoriser le vivre ensemble et resserrer la cohésion nationale. L’objectif des Chantiers était en gros le même et reposait sur une idée simple : pour réaliser la cohésion entre jeunes, rien de tel que les faire travailler ensemble dans un contexte sévère et nouveau pour eux.
Alors que l’une de nos nièces vient de participer à la reconstruction d’une école au Népal et que beaucoup de jeunes rendent spontanément des services de ce genre, ne faudrait-il pas orienter le nouveau SNU sur du travail (manuel ?), en commun ? Pour ma part, je serais triste si ce temps dédié à la France devait être du genre colonie de vacances à base de causeries sur le « vivre ensemble » devant des jeunes penchés sur leurs I pads…
Ce, alors que la plupart de nos 8 % de jeunes franco musulmans disent rejeter cette notion…

Le G2S écrit « Bien qu’annoncée pour 2019, la mise en place du SNU pose encore beaucoup de questions. - L’objectif affiché est louable et a du sens. Il repose sur un constat factuel et pertinent de la situation de notre pays, de sa jeunesse, de sa cohésion, de la manière dont sont vécues ses valeurs. Il conviendrait cependant de décliner davantage les buts que l’on souhaite atteindre, en un laps de temps aussi réduit, pour bien fixer le cadre du projet.
- L’atteinte de ces objectifs dans le cadre du SNU peut paraître incertaine ; une phase d’expérimentation suffisamment longue, portant sur un effectif limité, devra confirmer que les effets souhaités sont réalistes.
- Compte tenu des 600.000 jeunes annoncés, les aspects juridiques, médicaux et financiers sont à traiter très en amont et il ne reste que peu de temps selon le calendrier politique. D’où l’importance d’expérimenter.

(…) Plus largement, un rôle central doit revenir à « la société civile », dans toutes ses dimensions (famille, école, milieu associatif, milieu professionnel…). Avec l’ambition forte de traiter les causes de la situation et non les seuls effets. Pour dire les choses de manière plus synthétique, le vrai sujet est en réalité celui de la cohésion nationale à rebâtir. Elle doit être recherchée dès l’entrée dans le système éducatif. Le SNU est une modalité (parmi d’autres) d’y contribuer. Cette remise en perspective justifie à l’évidence que sa mise en œuvre relève d'un effort national et qu’elle soit pilotée au niveau interministériel, avec une implication appropriée des militaires, c’est à dire sans altérer leurs capacités opérationnelles.
« Vaste programme ! » aurait dit le général De Gaulle.
GCA (2S) Alain Bouquin Dossier SNU – janvier 2018

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« UN SERVICE NATIONAL UNIVERSEL, POUR QUELS ENJEUX ?

Ce pays souffre d’un manque de cohésion : cohésion nationale, cohésion sociale, vivre ensemble… Une partie de notre jeunesse est en manque de repères et rejette notre modèle de société préférant trop souvent fantasmer sur d’autres pseudos valeurs. L’individualisme, le sexisme, l’accent mis sur les intérêts catégoriels, le communautarisme, dont découlent des tensions sociales, en sont les manifestations les plus visibles. Ce déficit de valeurs partagées est au cœur de la plupart des difficultés de ces derniers mois. (…)
Dans ce contexte, il est logique de vouloir rechercher des solutions éprouvées ; le service national en fait partie. Il est même, avec le recul, considéré dans l’inconscient collectif comme le symbole le plus manifeste d’une espèce d’âge d’or républicain, d’une époque où tout allait mieux, parce que l’école et l’armée jouaient leur rôle éducatif intégrateur… L’idée de vouloir le remettre en place s’impose donc comme une évidence.
(…)Selon la belle formule du général Thomann, la logique du service militaire de jadis consistait à mettre la jeunesse au service (armé !) de la Nation ; celle du SNU vise à mettre la Nation au service de la jeunesse pour compléter son éducation.
(…) Le projet peut-il atteindre les buts que ses concepteurs lui ont fixés ? Il est probable qu’une durée de quelques semaines sera insuffisante pour modifier en profondeur comportements et habitudes, pour insuffler durablement un véritable sentiment d’appartenir à une communauté nationale dont on partage les valeurs. Tout au plus pourra-t-il donner quelques bases et permettre aux jeunes de se poser de bonnes questions sur le sens qu’ils souhaitent donner à leur vie au sein de leur pays. G2S Dossier SNU / 5– janvier 2018 »


Le G2S insiste aussi sur la nécessité de recenser et d’harmoniser ce qui existe déjà en France dans l’esprit du SNU.
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Un grand ancien m’aide à conclure selon ma conviction : « Force-les de bâtir ensemble une tour et tu les changeras en frères mais si tu veux qu’ils se haïssent, jette-leur du grain. (Aujourd’hui, des allocs et des bourses parfois abusives…) »

Merci Saint EX
JD

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Avis. J’ai la tristesse d’annoncer à nos amis le décès de Frédéric Jacquemet, l’un de nos premiers adhérents qui m’a beaucoup aidé en tant que vice-président au dévouement inlassable et aux précieux conseils, acceptant même de reprendre, dans l’urgence, les fonctions de trésorier.
Je renouvelle à Madame Jacquemet et à sa famille l’expression de notre tristesse et notre gratitude admirative pour cet homme de bien.



PS : Vos commentaires dans le forum.